THÉOCRATIE
Gouvernement de Dieu ou des dieux.
Il m'arrive tous les jours de me tromper; mais je soupçonne que les peuples qui ont cultivé les arts ont été sous une théocratie. J'excepte toujours les Chinois, qui paraissent sages dès qu'ils forment une nation. Us sont sans superstition sitôt que la Chine est un royaume. Cest bien dommage qu'ayant été d'abord élevés si haut, ils soient demeurés au degré où ils sont depuis si long-temps dans les sciences. Il semble qu'ils aient reçu de la nature une grande mesure de bon sens, et une assez petite d'industrie. Mais aussi leur industrie s'est déployée bien plus tôt que la nôtre.
Les Japonais, leurs voisins, dont on ne connaît point du tout l'origine ( car quelle origine connaîton?), furent incontestablement gouvernés par une théocratie. Leurs premiers souverains , bien reconnus, étaient les dairis, les grands prêtres de leurs dieux; cette théocratie est très-avérée. Ces prêtres régnèrent despotiquement environ din-huit cents ans. Il arriva au milieu de notre douzième siècle qu'un capitaine, un imperator, uu seogon partagea leur autorité; et dans notre seizième siècle les capitaines la prirent tout entière, et l'ont conservée. Les dairis sont restés les chefs de la religion; ils étaient rois, ils ne sont plus que saints .- ils règlent les fêtes, ils confèrent des • titres sacrés, mais ils ne peuvent donner une compagnie d'infanterie.
Les bracmaues dans llndc ont eu long- temps ]« pouvoir théocratique, c'est-à dire, qu ils ont eu le pouvoir souverain au nom de Brama fils de Dieu ; et, dans l'abaissement où ils sont aujourd hui, ils croient encore ce caractère indélébile. Voilà les deux grandes théocraties les plus certaines.
Les prêtres de Chaldée, de Perse, de Syrie, de Phénicie, d'Egypte, étaient si puissans, avaient une si grande part au gouvernement, fesaient prévaloir ai hautement l'encensoir sur le sceptre, qu'on peut dira que l'empire chez tous ces peuples était partagé entre la théocratie et la royauté.
Le gouvernement de Numa Pompilius fut vi«ibfcment théocratique. Quand on dit, je vous donne des lois de la part des dieux, ce n'est pas moi, c est un Dieu qui vous parle; alors c'est Dieu qui est roi; celui qui parle ainsi est son lieutenant-général.
Chez tous les Celtes, qui n'avaient que de* chefs éligibles et point de rois, les druides et leurs sorcières gouvernaient tout. Mai* je n'ose appeler du nom da> théwralic l'anarchie de ce* i
La petite nation juive ne mérite ici d'être consi dérée politiquement que par la prodigieuse révolulion arrivée dans le monde, dont clic lut la cause très-obscure et très-ignorante.
Ne considérons que I historique de cet étrange peuple. 11 a un conducteur qui doit le guider au nom de son Dieu dans la Pliénicic qu'il appelle le Canaan. Le chemin était droit et uni depuis le pays de Gosscn jusqu'à Tyr, sud et nord; et il u'y avait aucun daug?r pour sis cent trente mille combatanî, ayant a leur tête un général tel que Moïse, qui, selon Flavien Josèphe(i), avait déjà vaincu une armée d'Ethiopiens, et même une armée de serpens.
Au lieu de prendre ce chemin aisé et court, il les conduit de llamcsscs à Baal-Sephon, tout à l'oppo site , >out au inilk-u de l'Egypte eu tirant droit an sud. U passe la mer, il marche pendant quarante ans dans des solitudes aflVcuscs, où il u'y a pas-une fontaint d'eau, pas un arbre, pas un champ cultivé ; ce ne sont que des sables et des rochers affreux. Il est évident qu'un Dieu seul pouvait faire prendre aux Juifs cette route par miracle, et les y soutenir par des miracles continuels.
Le gouvernement juif fut donc alors une véritable théocratie. Cependant Moise n'était point pontife, et Aaron qui l'était no fut point chef et législateur.
Depuis ce temps on ne voit aucun pontife régner : Josué, Jephté, Samson, et les autres chefe du peuple, excepté Hf'lie et Samuel . ne furent point prêtres. La république juive, réduite &i souvent en servitude, était auarchique plutôt que théocratique.
Sous les rois de Juda et d'Israël ce ne fut qu'une longue suite d'assassinats et de guerres civiles. Ces hortcurs ne furent interrompues qae par l'extinction entière de dix tribus, ensuite par l'esclavage de deux autres, et par la ruine de la ville , au lieu de la famine et de la peste. Ce n'était pas là un gouvernement divin.
Quand les esclaves juifs revinrent à Jérusalem , ils furent soumis aux rois de Perse , au conquérant Alexandre et à ses successeurs. II paraît qu'alors Dieu uc régnait pas immédiatement sur ce peuple , puisqu'un peu avant l'invasion d'Alexandre, le pontife Jean assassina le prêtre Jésus, sou frère, dans le temple de Jérusalem, comme Salomon avait assassiné son frère Adonias sur l'autel.
L'administration était encore moins théocratique quand Antiochus Êpiphanc, roi de Syrie, se servit de plusicursJuifs pour punir ceux qu'il regardait comme rebelles (b). Il leur défendit à tous de circoncire leurs enfans sous peine de mort («:); il fit sacrifier des porcs dans leur temple, briller les portes, détruire l'autel ; et les épines remplirent toute l'enceinte.
Matalhias se mit contre lui à la tête de quelques citoyens , mais il ne fut pas roi. Son fils Judas Macbabéc, traité de Messie, périt après des efforts
A ces guerres sanglantes succédèrent des
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t*j Lir. \ n. — ;r. liv. XL
eiviles. T-cs Jérosolymites détruisirent Samarie, que les Romains rebâtirent ensuite sous le nom de Sébaste.
Dans ce chaos de révolutions , Aristobulc , de la race des Machabces, fils d'un grand prêtre, se fit roi plus de cinq cents ans après la ruine de Jérusalem. U signala son règne comme quelques sultans turcs, eu égorgeant sou frère, et en fesant périr sa mère. Ses successeurs l'imitèrent jusqu'au temps ou les Romains punirent tous ces barbares. Rien de tout cela n'est théocratique.
Si quelque chose donne une idée de la théocratie, il faut convenir que c'est le pontificat de Rome (d) ; il ne s'explique jamais qu'au nom de Dieu , et ses sujets vivent en paix. Depuis long-temps le Tbibcl jouit des mêmes avantages sous le grand lama; mais c'est l'erreur grossière qui cherche à imiter la vérité sulilime.
Us premiers Incas , en se disant descendans en droite ligne du soleil, établirent une théocratie ; tout •e fesait au nom du soleil.
La théocratie devait être partout; car tout homme ou prince, ou batelier, doit obéir aux lois naturelles et éternelles que Dieu lui a données.
THEOOOSE.
Tout prince qui se met à la tf te d'un parti , et qui réussit, est sûr d'être loué pendant toute l'éternité, si le parti dure ce temps-là ; et ses adversaires peuvent compter qu'ils seront traités par les orateurs, par les poètes cl par les prédicateurs, comme des titans révoltés contre les dieux. Ccst ce qui arriva à Octave- Auguste quand sa bonne fortune l'eut défait de Brutus, de Cas» us et d'Antoine.
Ce fut le sort de Constantin quand Maxence, légitime empereur élu par le sénat et le peuple romain, fut tombé dans l'eau et se fut noyé.
Théodose eut le même avantage. Malheur au vaincus! bénis soient les victorieux! voilà la devise du genre humain.
Théodose était un officier espagnol, fils d'un soldat de fortune espagnol. Dès qu'il fut empereur, il persécuta les anti-consubstanticls. Jugez que d'applaudissemens, de bénédictions , d'éloges pompeux de la part des consubstanticls ! Leurs adversaires ne subsistent presque plus ; leurs plaintes , leurs clameurs contre la tyrannie de Tbéodosc ont péri avec eux; et le parti dominant prodigue encore à ce prince les noms de pieux, de juste, de clément, de sage et de (franA.
Un jour ce prince pieux et clément , qui aimait l'argent à la fureur, s'avisa de mettre un impôt trearude sur la ville d'Antiochc, la plus belle alors do
li) Rome encore anjoord liui coautrrant ces maximes, Joint le trvne à laulel par Jt i nœuds I
Jeun Ucorge Le Franc , *»émie du Pny en Vela/i prétend que e'eal nul raisonner ; il e»t vroi <ju on |>ourr>it nier lt$ naeuAt légitimer Mail il pourrait bien niwnufr liii-mfme fort mal. Il oe voit pas qne le papt ne détint «ouvrrain qu'en abnaanl de ton titre de puttrar, qu'en changeant «a lu nielle en teepire «a plulot il ne veut pai le voîr. A IVginl de la paix ilea : », c'est la mrnmilliti' Je r.poplni?.
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l'Asie Mineure; le peuple désespéré ayant demande ane diminution légère, et n'ayant pu l'obtenir, s'emporta jus(]u'4 briser quelques statues, parmi lesquelles il s'en trouva une du soldat père de 1' empereur, ^aint- Jean Chrysostômc, ou bouche d'or, prédicateur et on peu flatteur de Théodosc, ne manqua pas d'appeler cette action un détestable sacrilège, attendu quo TVodose était l'image de Dieu , et que son père était presque aussi sacré que lui. Mais, si cet Espagnol ressemblait à Dieu , il devait songer que les Antiochiens lui ressemblaient aussi, et qu'il y eut des hommes avant qu'il y eût des empereurs.
Fmxi't in ëfpgiem moirantùm euncta Dtorum, ; Ovide, Mit., I,t. 83.)
Théodosc envoie incontinent une lettre de cachet au gouverneur , avec ordre d'appliquer a la torture les principales images de Dieu qui avaient eu part à cette sédition passagère , de les faire périr sous des coups de cordes armées de balles de plomb, d'en faire briller quelques-uns, et de livrer Icf autres au glaive. Cela tut exécuté avec la ponctualité de tout gouverneur qui fait son devoir de chrétien, qui lait bien sa cour et qui veut faire son chemin. L'Orontc ne porta que des cadavres à la mer pendant plusieurs jours ; après quoi sa gracieuse majesté impériale par* donna aux Antiochicos avec sa clémence ordinaire, et doubla l'impôt.
Qu'avait fait l'empereur Julien dans la même ville, dont il avait reçu un outrage plus personnel et plus
injurieux ? Ce n'était pas une méchante statue de son père qu'on avait abattue ; c'était à lui-même que les Antiochiens s'étaient adressés; ils avaient fait contre lui les satires les plus violentes. L'empereur philosophe leur répondit par une satire légère et ingénieuse. Il ne leur ôla ni la vie, ni la bourse. 11 se contenta d'avoir plus d'esprit qu'eux. C'est là cet homme que saiut Grégoire deNazianzc clThéodorct, qui u 'étaient pas de sa communion, osèrent calomnier jusqu'à dire qu'il sacrifiait à la lune des femmes et des enfans; tandis que ceux qui étaient de la communion do Théodose ont persisté jusqu'à nos jours, en se copiant les uns les autres, à redire en ceut façons que Théodosc fut le plus vertueux de» hommes, et à vouloir en faire un saint.
On sait assez quelle fut la douceur de ce saint dans le massacre de quinze mille de ses sujets à Tbcssaloniquc. Ses panégyristes réduisent le nombre des assassinés à sept ou huit mille ; c'est peu de chose pour eux. Mais ils élèvent jusqu'au ciel la tendre piété de ce bon prince qui se priva de la messe, ainsi que son complice, le détestable Rufin. J'avoue, encore une fois, que c'est une belle expiation, uu grand acte de dévotion de ne point aller à la messe : mais enfin cela ne rend point la vie à quinze mille ionocens égorgés de sang-froid par une perfidie abominable. Si un hérétique s'était souillé d'un pareil crime, avec quelle complaisance tous les historicus déploieraient contre lui leur bavai derie ! avec quelles couleurs le peindrait-on dans les chaires et dans les déclamation! de collège !
Je suppose que Je prince de Parme fût entré' dars
Paris, après avoir forcé uotre cher Henri IV à lever le siège; je suppose que Philippe H eût donné la trône de la France à sa fille catholique et au jeune duc de Guise catholique, alors que de plumes et que de voix qui auraient analhématisé à jamais Henri IV et la loi salique! Ils seraient tous deux oubliés; et Its Guises seraient les héros de l'état et de la religion. £t coU frf.'ïw, mit€rot fuje.
Que Hugucs-Capct dépossède l'héritier légitime de Charlcmagnc, il devient la tige d'une race do héros. Qu'il sur combe, il peu*, être traite comme le frère de saint Louis traita depu:s Conrad in et le duc d'Autriche, et a bien plus juste titre.
Pépin rebelle détrône ta race mérovingienne, et enferme son roi dans un clcitre; mais, s'il ne réussît pas, il monte sur l'èchafaivl.
Si Clovis, premier roi chrétien dans la Gaule belgique, est battu dans son invasion, H court risqnc d'être condamné aux bêtes comme le fut un de ses ancêtres par Constantin. Ainsi va le monde sous l'empire de la fortune, qui n'est autre chose que la néces* sité, la totalité insurmontable. Fortwrn sovo /cria najntiv. Elle nous fait jouer en aveugles à son jeu terrible; et nous ns voyens jamais le dessous des cartes.