‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 519 sur 551 · THÉOLOGIE · texte numérisé non relu

THÉOLOGIE

C'est l'étude et non la science de Dieu et des choses divines : il y eut des théologiens chez tous les prêtres de l'antiquité , c'est-à-dire, des philosophes qui , abandonnant aux yeux et aux esprits du vulgaire tout l'extérieur de la religion, pensaient d'une manière plus sublime sur la Divinité et sur l'origine des fêtes et des mystères; ils gardaient ces secrets pour eux et pour les initiés. Ainsi dans les fîtes secrètes des mystères d'Elcusine on représentait le chaos et la formation de l'uuivers, et l'hiérophante chantait celte hymne, a Ecartez les préjuges qui vous détourneraient du chemin de la vie immortelle où aspirer.; élevez tos pensées ver» la nature songes que vous marchez devant le maître de l'i vers, devant le Seul être qui soit par lui-même. * Ainsi, dans la fête de Pautonsie, on ne reconnaissait qu'uri seul Dieu.

Ainsi tout était mystérieux dans les cérémonie! de l'Egypte; et le peuple, content de l'extérieur d'un appareil imposant , ne se croyait pas fait pour percer le voile qui lui cachait ce qui lui était d'autant pins vénérable.

Cette coutume naturellement introduite dans tome la terre ne laissa point d'aliincus a l'esprit de dispute. Les théologiens du paganisme n'eurent point d'opinions à faire valoir dans le public, puisque le mérite de leurs npinious était d'être cachées; «t toutes les religions furent paisibles.

Si les théologiens chrétiens en avaient usé ainsi, ils se seraient concilié plus de respect. Le peuple n'est pas fait pour savoir si le verbe engendré est consubstantiei avec son générateur; s'il est une personne avec deux natures, ou une nature avec deut personnes, ou une personne et une nature ; s'il est l'enfer per ({fectum, et aux limbes ftr ; si on mange son corps avec les accidena

PHILOSOPHJQUE.

seuls du pain, ou avec la matière du pain ; si sa grAee •st versatile, suffisante, concomitante, m'ecssitaule dans le sens compose* ou dans le sens divisé. Neuf parts des hommes qui sur dix gagnent leur vie de leurs mains, entendent peu ces questious; les théologiens <jui ne les entendent pas davantage, puisqu'ils les épuisent depuis tant d'années sans être d'accord, et qu'ils disputeront encore, aur&icni mieux fait sans doute de mettre un Toile entre eux et les profanes.

Moins de théologie et plus c'e morale les eût rendus véuérablcs aux peuples et aux rois; mais, en rendant leurs disputes publique;, :1s se sont fait des maîtres de ces peuples mêmes qu'il* voulaient conduire. Car qu'cst-il arrivé ? que, ces malheureuses querelles ayant par:agé les chrétiens, l'intérêt et la politique s'en sont nécessairement mêlés. Chaque état ( même dans des temps d'ignorance ) ayant ses intérêts à part, aucune église ne pense précisément comme une autre, et plusieurs sent diamétralement opposées. Ainsi un docteur de Stockholm ne doit point penser comme uu docteur de Genève; l'anglican doit dans Oxford différer de lun cl de l'autre; il n'est pas permis à celui qui reçoit le bonnet à Paris de soutenir certaines opinions que le docteur de Home ne peut abandonner. Les ordres religieux jaloux les uns des autres se sout divisés. Un cordelicr doit croire l'immaculée conception : un dominicain est obligé de la rejeter, et il passe aux yeux du cordelicr pour uu hérétique. L'esprit géométrique qui s'est tant répandu en Europe a achevé d'avilir la théologie. Les vrai-, philosophes n'ont pu s'empêcher de montrer le plus profond mépris pour des disputes j chimériques dans lesquelles ou n'a jamais défini les termes, et qui roulent sur des mots aussi inintelligible , que le fond. Parmi les docteurs mêmes il s'en trouve beaucoup de véritablement doctes qui ont pitié de leur profession; ils sont comme les augures, dou! Cicéron dit qu'ils ne pouvaient s'aborder sans rire.

THEOLOGIEN.

SECTION PREMIERE

Le théologien sait parfaitement que , selon saint s, les anges sont corporels par rapport à Dieu, que l'àmc reçoit son être dans le corps, que l'homme a l'âme végétative, sensitive, et inlcllsctivc;

Que l'âme est toute en tout, et toute en chaque partie ;

Qu'elle est la cause efficiente et formelle du corps ;

Qu'elle est la dernière dans la noblesse des formes;

Que l'appétit est une puissance passive ;

Que les archanges tiennent le milieu entre losanges et les principautés ;

Que le baptême régénère par soi-même et par accident;

Que lo catéchisme n'est pas sacrement, mais sacra mental ;

Que la certitude vient de la cause et du sujet;

Que la concupiscence est l'appétit de la délectation sensitive;

Que la conscience est un acte, et non pas une puissance.

L'ange de 1 école a écrit environ quatre mille belle» pages dans ce goiït. Un jeune homme tondu passe trois années à se mettre dans la cmcllc ces sublime» connaissances, après quoi il reçoit le bonnet de docteur en Sorbonne, et nou pas aux petites-maisons!

S'il est homme de condition, ou fils d'un homme riche, ou intrigant et heureux, il devient evéque , archevêque, cardinal , pape.

S'il est pauvre et sans crédit, il devient le théologien d'un de ces gens-là ; c'est lui qui argumente pour eux , qui relit saint Thomas ot Scot pour eux , qui fait des mandemens pour eux, qui dans un concile décide pour eux.

Le titre de théologien est si grand , que les pères du concile de Trente le donnèrent à leurs cuisiniers , cuoeo cclatc, ijrun teoloqo. Leur science est la première des sciences, leur condition la première de> conditions, et eux les premiers des hommes : tant U véritable doctrine a d'empire ! tant la raison gcuvcriw le genre humain !

Quand un théologien est drvenn, grâce n ses argumens, ou prince du saint empire, ou archevêque de Tolède, ou l'un des soixante et dix princes vêtus de rouge successeurs des humbles apôtres, alors les. successeurs de Galicn et dHippocratc sout à ses gages. Ils étaient ses égaux quand Us étudiaient dans la même université, qu'ils avaient les mêmes degrés, qu'ils recevaient le même bonnet fourré. La fortune change tout ; et ceux qui out découvert la circulation du sang, les veines lactées, le caual ihorachique, sont les valets de ceux qui ont appris ce que c'est qua la grâce concomitante, et qui l'ont oublié.

SECTION II

J'ai connu un vrai théologien ; il possédait le» langues de l'orient, et était instruit des aucieus rite» des nations autant qu'on peut l'être. Les Dracmanes, les Chaldécns, les ignicoles, lesSabéens, les Syriens, les Egyptiens, lui étaient aussi connus que les Juifs; les diverses leçons de la Bible lui étaient familières ; il avait pendant trente années essayé de concilier les évangiles, et tâché d'accorder ensemble les pères. Il chercha dans quel temps précisément on rédigea le symbole attribué aux apôtres, et celui qu'on met sout le nom d'Atbanase ; comment on institua les sacremens les uns après les autres; quelle fut la différence entre la synaxe et la messe; comment l'église chrétienne fut divisée depuis sa naissance en différens parlis, et comment la société dominante traita toutes Ici autres d'hérétiques. U sonda les profondeurs de la politique qui se mêla toujours de ces querelles; et U distingua entre la politique et la sagesse, entre l'orgueil qui veut subjuguer les esprits et le désir de s'é cjairer soi-même, entre le zèle et le fanatisme.

La difficulté d'arranger dans sa tête tant de chosedont la nature est d'être confondue, et de jeter un peu de lumière sur tant de nuages, le rebuta souvent ; mais comme ces recherches étaient le devoir de son état , il s'y consacra malgré ses dégoûts. Il parvint enfin à des connaissances ignorées de la plupart de «es confrères. Plus il fut véritablement savant, plu*

il se défia de tout ce qu'il savait. Tandis qu'il vécut, il fut indulgent; et, à sa mort, il avoua qu'il avait consumé inutilcmenl sa vie.

Page 1