‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 524 sur 551 · TYRAN · texte numérisé non relu

TYRAN

Ttxaitnos signifiait autrefois celui qui avait su s'attirer la principale autorité; comme roi, Bazileus, signifiait celui qui était chargé de rapporter les affaires au sénat.

Les acceptions des mots changent avec le temps. Idiote* ne voulait dire d'abord qu'un solitaire, un homme isolé ; avec le temps il devint le synonyme de sot.

On donne aujourd'hui le nom de tyran à un usurpateur , ou à un roi qui (kit des actions violentes

Cromwell était un tyran sous ces deux aspects. Un bourgeois qui usurpe l'autorité suprême, qui, malgré

toutes les lois, supprime la chambre des pairs, est sans doute un tyran usurpateur. Un général qui fait couper le cou à son roi prisonnier de guerre, viole à la fois et ce qu'on appelle les lois de la guerre, et les lois des nations , et celles de l'humanité. Il est tyran , il est assassin et parricide.

Charles Ier n'était point tyran, quoique la faction victorieuse lui donnât ce nom : il était, à ce qu'on dit, opiniâtre, faible, et mal conseillé. Je ne l'assurerait pas, car je ne l'ai pas connu, mais j'assure qu'il fut très-malheureux.

Henri Vin était tyTan dans son gouvernement , comme dans sa famille, et couvert du sang de deux épouses innocentes, comme de celui des plus vertueux citoyens : il mérite l'exécration de la postérité. Cependant il ne fut point puni; et Charles I" mourut sur un échafaud.

Elisabeth fit une action de tyrannie , et son parlement une de lâcheté infâme, en faisant assassiner pa* un bourreau la reine Marie Stuart. Mais, dans le reste de son gouvernement, elle ne fut point tyranuique ; elle fut adroite et comédienne , mais prudente et forte.

Richard III fut un tyran barbare ; mais il fut puni.

Le pape Alexandre VI fut un tyran plus exécrable que tous ceux-là ; et il fut heureux dans toutes ses entreprises.

Christiern II fut un tyran aussi méchant qu'Alexandre VI, et fut châtié: mais il ne le fut point assez.

Si on veut compter les tyrans turcs , les tyrans grecs , les tyrans romains , on en trouvera autant d'heureux que de malheureux. Quaud je dis heureux, je parle selon le préjugé vulgaire, selon l'acception ordinaire du mot, selon les apparences ; car qu'ils aieut été heureux réellement , que leur Ame ait été contente et tranquille , c'est ce qui me paraît impossible.

Constantin le Grand fut évidemment un tyran à double titre. Il usurpa dans le nord de l'Angleterre la couronne de l'empire romain , à la tête de quelques légions étrangères , malgré toutes les lois , malgré le sénat et le peuple qui élurent légitimement Maxcnce. Il passa toute sa vie dans le crime, dans les voluptés, dans les fraudes et dans les impostures. H ne fut point puni ; mais fut-il heureux ? Dieu le sait. Et je sais que ses sujets ne le furent pas.

Le grand Théodose était le plus abominable des tyrans quand , sous prétexte de donner une fete , il fcsail égorger dans le cirque quinze raille citoyens romains; plus ou moins, avec leurs femmes ot leurs enfans, et qu'il ajoutait à cette horreur la facétie do passer quelques mois sans aller s'ennuyer à la grand'messc. On a presque mis ce Théodose au rang des bienheureux ; mais je serais bien filcbé qu'il eût été heureux sur la terre. En tout cas, il sera toujours bon d'assurer aux tyrans qu'ils ne seront jamais heureux dans ce monde, comme il est bon de faire accroire i nos maîtres-d'hôtel et à nos cuisiniers qu'ils seront damnés éternellement s'ils nous volent.

Les tyrans du bas-empire grec furent presque tous détrônés, assassinés les uns par les autres. Tous ces

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grands coupables forent tour à tour les exécuteur» de U vengeance divine et humaine.

Parmi les tyrans turcs on en voit autant de déposes que de morts snr le trône.

A l'égard des tyrans subalternes, de cas monstre* en sous-ordre, qui ont fait remonter jusque sur leur ma iirc l'exécration publique dont ils ont été chargés, le nombre de ces Amans, de ces Séjans est tu» infini du premier ordre.

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