TRANSSUBSTANTIATION
Les protestans, et surtout les philosophes protestans, regardent la transsubstantiation comme le dernier terme de l'impudeuce des moines, et de l'imbécillité des laïques. Ils ne gardent aucune mesure sur cette croyance qu'ils appellent monstrueuse; ils oe pensent pas même qu'il y ait un seul homme de bon sens qui, après avoir réfléchi , ait pu l'embrasser sérieusement. Elle est, disent-ils, si absurde, si contraire à toutes les lois de la physique, si contradictoire, que Dieu même ne pourrait pas faire cette operation ; parce que c'est en effet anéantir Dieu que de supposer qu'il fait les contradictoires. Non-seuleraeu: un dieu dans un pain, mais un dieu à la place du pain; cent mille miettes de pain, devenues en an instant autant de dieux ; cette foule innombrable de dieux ne fesant qu'un seul dieu; de la blancheur, sans un corps blanc ; de la rondeur, sans un corps rond ; du vin ebaugé en saug, et qui a le goût du Tin; da pain qui est changé en chair et en fibres, et qui a le goût du pain : tout cela inspire tant d'horreur en de mépris aux ennemis de la religion catholique , apostolique et romaine, que cet excès d'horreur et da mépris s'est quelquefois changé en fureur.
Leur horreur augmente, quand on leur dit qu'on voit tous les jours, dans les pays catholiques, <it-s < ■
I*) Voytt l'article Çuwno*.
prêtres, des moines qui, sortant d'un lit incestueux , et n'ayant pas encore lave leors mains souillées d'impuretés, vont Taire des dieux par centaines; m ange ut et boivent leur dieu; chient et pissent leur dien. Mais quand ils réfléchissent que cette superstition, cent fois plus absurde et plus «crilége que tontes celles des Egyptiens, a valu à un prêtre italien quinze a vingt millions de rente, et la domination d'nn pays de cent railles d'étendue en long et en large, ils voudraient ious aller, à main année, chasser ce prêtre qui sY>st emparé du palais des Césars. Je ne sais si ji serai du voyage, car j'aime la poix; mais, quand Ht seront établi!» .1 Ivome, j'irai jurement leur rendre visite.
Vt. r M. Guillaume, i-tiriulie protestant. TU1N1TE.
Le premier qui parla de la Trinité parmi les occidentaux, fut Timée de Lorres dans son Ame du monde.
Il y a d'abord l'idée, l'exemplaire perpétuel de toutes choses engendrées; c'est le premier verbe, le verbe interne et intelligible.
Ensuite la manière informe, second verbe ou verbe proféré.
Puis le fils 011 le monde sensible , ou l'esprit drt monde.
Ces trois qualités constituent le monde entier, lequel inonde est le l'!s de Dien, Vnttnyenrs. Il a une finie, il .i «le la raison, il -f ?■>•• uil n-} !■ .i/ftvn.
Dieu, ayant voulu faire un Dieu très-beau , a dit m> Dieu engendré : Teuton cp»ic f' ron qcn>>'on.
Il est difficile de- bien comprendre ce système de Timée, qui peut-être le tetr?it des Egyptiens, peutêtre des braemanes. Je ne ssis si on l'entendait bien de son temps. Ce sont de ces médailles frustes et couvertes de rouille, dont la légende est effacée, i On a pu la lire autrefois, on la devine aujourd'hui comme on peut.
Il ne paraît pas que ce sublime galimatias ait fait beaucoup de fortune jusqu'à Pliton. H fut enseveli dans l'oubli, et Platon le rcssnscira. Il construisit son édifice en l'air, mais sur le modèle de Timée.
Il admit trois essences divines, le père, le suprême, le producteur; le père dis antres dieux est la première essence.
La seconde est le Dieu visible, ministre du Dieu invisible, le verbe, l'entendement, le graud dèmoi».
La troisième est le monde.
Il est vrai que Platon dit souvent des choses toutes différentes et même toutes contraires; c'est le privilège des philosophes grecs : et Platon s'est servi de son droit plus qu'aucuu des anciens et des modernes.
Un vent grec poussa ces nuages philosophiques d'Athènes dans Alexandrie , ville prodigieusement entêtée de deux choses, d'argent et de chimères. 11 y avait dans Alexandrie desJnifs, qui ayant fak'foritme, se mirent à philosopher.
La métaphysique a cela de bon, qu'elle ne demande pas des études préliminaires bien gênantes. (Test là qu'on peut savoir tout sans avoir jamais rien
appris; et, pour peu qu'on ait de l'esprit un peu subtil et bien faux , on peut être sûr d'aller loin.
Philon le Juif fut un philosophe de cette espèce; il était contemporain de Jésus-Christ; mais il eut le malheur de ne le pas connaître, non plus que Josèphe l'historien. Ces deux hommes considérables , employés dans le chaos des affaires d'état, furent trop éloigné» de la lumière naissante. Ce Philon était une têto toute métaphysique, toute allégorique, toute mystique. C'est lui qui dit que Dieu devait former le monde en six jours, comme il le forma scion Zo* roastre en six temps («), h parce que trois est la moitié de six, et que deux en est le tiers, et que ce nombre est mâle et femelle. »
Ce même homme, entêté des idées de Platon, dit, en parlant de l'ivrognerie, que Dieu ei la sagosse sa marièrent, et que la sagesse accoucha d'un (ils bienaimé : ce fils est le monde.
Il appelle les auges les verbes de Dieu, et le moude verbe de Dieu, fagon tou Tfictt.
Pour Flavien Josèphe, c'était un homme de guerre qui n'avait jamais entendu parler du Logos, et qui s'en tenait aux dogmes des pharisiens, uniquement attachés à leurs traditions.
Celte philosophie platonicienne perça des Juift d'Alexandrie jusqu'à ceux de Jérusalem. ISicntôt toute l'école d'Alexandrie, qui était la seule savante, fut platonicienne ; et les chrétiens qui philosophaient ne parlèrent plus que du Logos.
On sait qu'il en était des disputes de ces temps- là comme de celles de ce temps-ci. On cousait à un passage mal entendu un passage inintelligible qui n'y avait aucun rapport. On en supposait un second, on en falsifiait un troisième; on fabriquait des livres entiers qu'on attribuait à des auteurs respectés par le troupeau. Nous en avons vu rem exemples au mot Jy. •( ) ;;'/;<■.
Cher lecteur, jetez les jeux, du gfflec, sur ce passage de Clément Alexandrin (' ) :
Lertqut Platon dit qu'il crt difficile <ll tonnaUrt le père it X'unirert. non-temlrment il fait noir ptr U qm le monde a >te emgmiré, mmt* qu'il a été engenèri comme fil» de Die».
Eirteodex-vous ces logomachies, ces équivoques l voyez-vous la moindre lumière dans ce chaos d'expressions obscures ?
O Locke, Locke ! vence, définisaex les termes. Je ne crois pas que de tous ces disputeurs platonicien* il y en eut un seul qui s'entendît. On distingua deux verbes; le Logos cmlintltctoi, le verbe en la pensée; et le verbe produit, /."//<>< propliorikox. On eut l'éternité d'un verbe, et la prolation, l'émanation d'nn autrr verbe.
Le livre des constitutions apostoliques (r), ancien monument de fraude, nr;s aussi ancien dépôt des dogmes iuformes de ces temps obscurs , s'exprime ainsi :
Le père, qui ett antérieur à tonte génération , i tout commencement, ayant tout créé par mn fî/« unique, o engendre luiu intermède ce fU fmr m \<<Aontè et ta pniuënee.
(a) Paye 4 , édition de 171 y.
(i) Strom. liv. V. — (e) Liv. VII!, cfc.p. XI.II.
Ensuite Origène avança (rf) que le Saint-Esprit a été créé par le fils, par le verbe.
Puis vint Eusèbc de Césaréc, qui enseigna (e) que l'esprit, paraclct, n'est ni Dieu , ni fils.
L'avocat Lac tau ce fleurit en ce temps-la (f).
Le fis de Dim, dit-il, est le verbt, comme les autre* ange* tO'U Ut erpritt de Dieu. Le verbe cil un esprit proféré par une voix significative , Pesprit procédant du net, et la parole de la bouche. Il s'ensuit qu'il y a différence entre le fis de Dieu et la
. M?il le fUétant cs^nt ertwrt. aTCtou^a^'lZ \\ • pour prêcher le j
On conviendra que l'avocat Lactance plaidait sa cause d'une étrange manière. C'était raisonner à la Platon ; c'était puissamment raisonner.
Ce fut environ ce temps-la que, parmi les disputes violentes sur la trinilé , ou inséra dans la première épître de saint Jean ce fameux verset :
71 y en a trois qui rendent témoignage en terre, l'esprit ou le vent, l'eau et le sang ; et ces trois sont un.
Ceux qui prétendent que ce verset est véritablement de saint Jean sont bien plus embarrassés que ceux qui le nient, car il faut qu'ils l'expliquent.
Saint Augustin dit que le vent signifie le Père, l'eau le Saint-Esprit, et que le sang veut dire le Verbe. Celte explication est belle, mais clic laisse toujours un peu d'embarras.
Saint Irénée va bien plus loin; il dit (</) que Rahab , la prostituée de Jéricho , en cachant chez elle trois espions du peuple de Dieu, cacha le Père, le Fils et le Saint-Esprit; cela est fort, mais cela n'est pas net.
D'un autre côté, le grand, le savant Origène nous confond d'une autre manière. Voici un de ses passages parmi bien d'autres (A) :
Le Filt ut autant au-dettout du Père, ave lui et le Saint- Eiprit sont au-dessus des plus nobles créatures.
Après cela que dire ? comment ne pas convenir avec douleur que personue ne s'entendait ? comment ne pas avouer que depuis les premiers chrétiens ébionites, ces hommes si mortifiés et si pieux, qui révérèrent toujours Jésus quoiqu'ils le crussent fils de Joseph, jusqu'à la grande dispute d'Athauase, le platonisme de la trinité ne fut jamais qu'an sujet de querelles. Il fallait absolument un juge suprême qui décidât; on le trouva enfin dans le concile de Nicée; encore ce concile produisit -il de nouvelles factions et des guerres.
Explication de la Trinité suivant Abauzit.
a L'on ne peut parler avec exactitude de la manière dont se fait l'union de Dieu avec Jésus -Christ, qu'en rapportant les trois sentimens qu'il y a sur ce sujet, et qu'en fesant des réflexions sur chacun •"eux. »
Sentiment dei orthodoxes.
« Le premier scutiment est celui des orthodoxes.
(d) I. P«nie sur ttint Jean. — (e) Théol. , liv. II , chap. VI. (f) Lit. IV. ch.p. VIII. — (g) Liv. IV, eliap. XXXVII. (fc) Liv. XXIV, nr niai Jean.
Ils y établissent, i*. Une distinction de trois personnes dans l'essence divine avant la venue de Jésus- Christ au monde, a *. Que la seconde de ces personnes s'est unie à la nature humaine de Jésus-Christ. 3°. Que cette union est si étroite, que par - là Jésus- Christ est Dieu ; qu'on peut lui attribuer la création du monde, et toutes les perfections divines, et qu'on peut l'adorer d'un culte suprême. »
Sentiment des unitaires.
a Le second est celui des unitaires, ftj concevant point la distinction des personnes dans ia Divinité, Us établissent , i °. Que la divinité s'est unie à la nature humaine de Jésus- Christ. a°. Que celte union est telle que l'on peut dire que Jésus-Christ est Dieu; que l'on peut lui attribuer la création et toutes les perfections divines, et l'adorer d'un culic suprême.»
Sentiment des sociniens.
« Le troisième sentiment est celui des sociniens, qui, de même que les unitaires, ne concevant point de distinction de personnes dans la divinité , établissent, i*.Quc la divinité s'est unie à la nature humaine de Jésus -Christ. 3°. Que cette union est fort étroite. 3". Qu'elle n'est pas telle que l'ou puisse appeler Jésus -Christ Dieu, ni lui attribuer les perfections divines et la création, ni 1 adorer d;un culte suprême; et ils pense i.t pouvoir expliquer tous les passages de l'Ecriture sans être obligés d'admettre aucune de ces choses. »
Réflexions sur le premier sentiment.
« Dans la distinction qu'on fait des trois personnes dans la Divinité, ou on retient l'idée ordinaire des personnes, ou on ne la reticut pas. Si on retient l'idée ordinaire des personnes, on établit trois dieux; cela est certain. Si l'on ne retient pas l'idée ordinaire des trois personnes, ce n'est plus alors qu'une distinction de propriétés, ce qui revient au second sentiment. Ou , si on ne veut pas dire que ce n'est pas une distinction de personnes proprement dites, ni une distinction de propriétés, on établit une distinction dont on n'a aucune idée. Et il n'y a point d'apparence que, pour faire soupçonner en Dieu une distinction dont on ne peu» avoir aucune idée, l'Ecriture veuille mettre les hommes en danger de devenir idolâtres en multipliant la Divinité. Il est d'ailleurs surprenant que, cette distinction de personnes ayant toujours été, ce ne soit que depuis la venue de Jésus -Christ qu'elle a été révélée , et qu'il soit nécessaire de Ici connaître, n
Réflexions sur le second sentiment.
« Il n'y a pas à la vérité un si grand danger de jeter les hommes dans l'idolâtrie dans le second sentiment que dans le premier; maie il faut avouer pourtant qu'il n'en est pas entièrement exempt. En eflèt , comme par la nature de l'union qu'il établit entre la divinité et la nature humaine de Jésus-Christ, on peut appeler Jésus- Christ Dieu, et l'adorer : voilà deux objets d'adoration, Jésus -Christ et Dieu. J'avoue qu'on dit
que ce n'est que Dieu qu'on doit adorer en Jésus- Chriit : nuis qui ne sait l'extrême penchant que les hommes ont de changer les objets invisibles du culte en des objets qni tombent sous les sens, ou du moins sous l'imagination; penchant qu'ils suivront ici avec d'autant moins de scrupule, qu'on dit que la divinité est personnellement unie à l'humanité de Jésus- Christ?»
Réflexions sur le troisième sentiment.
« Le troisième sentiment , outre qu'il est trèssimple et conforme aux idées de la raison , n'est sujet à aucun semblable danger de jeter les hommes dans l'idolâtrie : quoique par ce sentiment Jésus-Christ ne soit qu'un simple homme, il ne faut pas craindre que par-là il soit confondu avec les prophètes ou 1er i du premier ordre. Il reste toujours dans ce : une différence entre eux et lui. Comme on peut imaginer presqu'à l'infini des degrés d'union de la divinité avec un homme, ainsi on peut concevoir qu'en particulier l'union de la divinité avec Jésus-Christ a un si haut degré de connaissance, de puissance, de félicité, de perfection, de dignité, qu'il y a toujours une distance immense entre lui et les plus grands prophètes. II ne s'agit que de voir si ce sentiment peut S'accorder avec l'Écriture, et s'il est vrai que le titre de Dieu, que les perfections divines, que la création, que le culte suprême ne soient jamais attribués à Jésus- Christ dans les évangiles. »
C'était au philosophe Abauzit à voir tout cela. Pour moi, je me soumets de cœur, de bouche et de plume à tout ce que l'église catholique a décidé, et à tout ce qu'elle décidera sur quelque dogme que ce puisse être. Je n'aiouterai qu'un mot sur la Trinité; c'est que nous avons une décision de Calvin sur ce mystère. La voici :
« En cas que quelqu'un soit hétérodoxe, et qu'il se fasse scrupule de se servir des mots Triuité et Personne , nous ne croyons pas que ce soit une raison pour rejeter cet homme ; nous devons le supporter i le chasser de l'église , et sans l'exposer à aucune
omme un hérétique. »
C'est après une déclaration aussi solennelle que Jean Chauvin , dit Calvin , fils d'un tonnelier de Noyon, fit brûler dans Genève, à petit feu avec des fagots verts, Michel Servet de Villa-Nueva. Cela n'est pas bien.