‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 527 sur 551 · USAGES · texte numérisé non relu

USAGES

Des usages méprisables ne supposent peu toujours une nation méprisable.

Il y a des cas où il ne faut pas juger d'une nation par les usages et par les superstitions populaires. Je suppose que César, après avoir conquis l'Egypte, voulant faire fleurir le commerce dans l'empire romain, eût envoyé une ambassade à la Chine par le port d'Arrinoé, par la mer Rouge, et par l'océan indien. L'empereur Yventi , premier du nom, régnait alors; les aunalcs de la Chine nous le représentent comme un prince très-sage et très-savant. Après avoir reçu les ambassadeurs de César avec toute la politesse chinoise, il s'informe secrètement par ses interprètes des usages, des sciences et de la religion de ce peuple romain , aussi célèbre dans l'occident que le peuple chinois l'est daus l'orient. Il apprend d'abord que les pontifes de ce peuple ont réglé leurs annecs d'une manière si absurde, que le soleil est déjà cutré dans les signes célestes du printemps lorsque les Romains célèbrent les premières fôtes do l'hiver.

Il apprend que cette nation entretient à grands frais un collège de prêtres qui savent au juste la temps où il faut s'embarquer et où l'on doit douner bataille, par l'inspection du foie d'un boeuf, ou par la manière dont les poulets mangent de l'orge. Cette science sacrée fut apportée autrefois aux Romain» par un petit dieu nommé Tagès, qui sortit de terre en Toscane. Ces peuples adorent un Dieu suprême et unique qu'ils appellent toujours Lieu très -grand et très-bon. Cependant ils ont bâti un temple à une courtisane nommée Flora; et les bonnes femmes do Rome ont presque toutes chez elles de petits dieux pénates, hauts de quatre ou cinq pouces. Une de ces petites divinités est la déesse des tétons; l'autre celle des fesses. Il y a un pénatc qu'on appelle le dieu Pet, L'empereur Yventi se met à rire : les tribunaux de Nanquin pensent d'abord avec lui que l»s ambassadeurs romains sont des fous ou des imposteurs qui ont pris le litre d'envoyés de la république romaine ; mais, comme l'empereur est aussi juste que poli, il a des conversations particulières avec les ambassadeurs. Il apprend qnc les pontifes romains ont été très- ignorans, mais que César réforme actuellement le calendrier; on lui avoue que le collège des augures a été établi dans les premiers temps de la barbarie; qu'on a laissé subsister celte institution ridicule, devenue cbère à un peuple long -temps grossier; que tous les honnêtes gens se moquent dtl

augures; que César ne les a )amais consultés; qu'au rapport d'un très grand homme nommé Caton, jamais augure n'a pu parler à son camarade sans rire; et qu'enfin Gicéron , le plus grand orateur et le meilleur philosophe de Rome, vient de faire contre les augure» un petit ouvrage intitulé de la Divination, dans lequel il livre à un ridicule éternel tous les aruspices, touter tes prédictions, et tous les sortilèges dont la terre est infatuée. L'empereur de la Chine k la enriosité de lira ce livre de Cicéron, les interprètes le traduisent; il admire le livre et la république romaine.

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