‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 53 sur 551 · II. Des enfans des Apôtres · texte numérisé non relu

II. Des enfans des Apôtres

On a très-peu de notions sur leurs familles. Saint Clément d'Alexandrie dit que Pierre eut des enfans (f) ; que Philippe eut des filles, et qu'il les maria.

Les Actes des apôtres spécifient saint Philippe dont les quatre filles prophétisaient (t/). On croit qu'il y en eut une de mariée, et que c'est sainte Hermion%.

Eusèbe rapporte que Nicolas (A), choisi par les apôtres pour coopérer au saint ministère avec saint Etienne, avait une fort belle femme dout il était jaloux. Les apôtres lui ayant reproche' sa jalousie , if s'en corrigea , leur amena sa femme , et leur dit : « Je suis prêt à la céder; que celui qui la voudra l'épouse. » Les apôtres n'acceptèrent point sa proposition. Il eut de sa femme un fils et des filles.

Cléophas, selon Eusèbe et saint Epipha/ie. éteit frère de saint Joseph, et père de «tint Jacques L Mineur, et de saint Judc qu'il avait eu de Marie, r: ur de la sainte Vierge. Ainsi saint Judc l'apôtre était cousin germain de Jésus-Christ.

Egésippc , cité par Eustbc, dit que deux petits-fils de saint Jude furent déférés à l'empereur Domitien (i), comme descendans de David, et ayant un droit incontestable au trône de Jérusalem. Domitien, craignant qu'ils ne se servissent de ce droit, les interrogea lui-même; ils exposèrent leur généalogie; l'empereur leur demanda quelle était leur fortune; ils répondirent qu'ils possédaieut trente-neuf arpens de terre, lesquels payaient tribut, et qu'ils travaillaient pour vivre. L'empereur leur demanda quand arriverait le royaume Je Jésus -Christ : ils dirent que ce serait a la fin du monde. Après quoi Domitien les laissa aller en paix, ce qui prouverait qu'il n'était pas persécuteur.

Voilà, si je ne me trompe, tout ce qu'on sait des •nfans des apôtres.

PICT, mit..

(J) Qui? le* aoeieoa Romain» qui n'avaient poiot de paie, le» Grec, le» lartare» cestrurteura de laot d'empire», le» AraU* . tous le» pcuplei «HXJurraiLS.

(e) SuviUiiL, li». III.

(•) Voyez CoMtituUoos apostolique», au mot Arocsrrnu, page 463, ci-devant

(f ) Stromat. , lir. VU, et Eutebe , liv. III , ebap. XXX. [çj) Art. ebap. XXL -(*) Euatbe, liv. m, chap. XXIX. (OE«»eb«,uv.m,e»ap.XX.

Ml. Où Us apôtres ent-ils vécu ? où tent-iLs morts?

Selon Eusèbc (Ar), Jacques surnommé le Juste, frère de Jésus-Christ, fut d'abord placé le premier sur le trône épiscopal, de la ville de Jérusalem ; ce sont ses propres mois. Ainsi , selon lui , le premier évéché fut celui de Jérusalem, supposé que les Juifs connussent le nom d'c'vèque. Il paraissait en effet bien vraisemblable que le frère de Jésus fût le premier après lui , et que la ville mémo qù s'était, opéré le miracle de notre salut, fût la métropole du monde chrétien. A l'égard du trône épiscopal, c'est un terme dont Eusèbe se sert par anticipation. On sait assez qu'ajors il n'y avait ni trône , ni siège.

Eusèbe ajoute, d'après saint Oément, que les autre* apôtres M contestèrent point i saint Jacques Fbonnour.d* oflle .dignité. Ilfi l'é lurent- invnédiatemeut après l'A*C*riSM». a L* Seigneur, dit^il, après ^ Msurreciion, avait donné à Jacques, surnomme le Ji#U, à iwi ot à Pierre , Ja don de h aoience. » Pa- FOlos bien remarquables. Eusèbc nowat Jacques le •avouer, Jean le scçpnd ; Pierre ne vient ici que le dernier : il semble juste que le frère et le disciple bicn^ainé.dc. Jésus passant avant celui qui Ta renié. L'église grecque tout entière «t tous les réformateurs demandent où est la primauté de Piecm? Us eaf obliques romains .répondent : S'il n'est pas nommé le premier chez les p*res de J'égljso , il l'est dans les Actes des apôtres. JLes Grecs et les autres répliquent qu'il n'a pas été le premier «réque, et la dispute «ub< sistera autant que ces églises.

Saint Jacques, ce premier évéque du Jérusalem , frère du Seigneur, continua toujours à observer Ja loi mosaïque. Il était rdeabite , ne se fesaat jamais raser, marchant pieds nus» allant se prosterner dans le temple des Juifs deux fois par jour, et surnommé par les Juifs Oblia , qui signifie le fuMc. fwûa ils s'en rapportèrent à lui pour savoir qui était Jésus- Christ (',) : mais ayant répondu que Jésus était le dis de l'homme assis à la droite de Dion, et qu'il vieoidrait dans les nuées, il fut assommé à coups de haUm. Cest de saint Jacques le Mineur que nous venons de parler.

Saint Jacques Je Majeur é(ait ion oncle, frère de saint Jean lévangéJiste, fijs de Zébédtc ît <î« Salomé (tu). Ou prétend qu'Agrippa, "»» iu*ù, Lui fit couper la léto à Jérusalem.

Saiut Jean resta dans l'Asie, ot gouverne l'église d'Epbèsc, où il fut, dit-op, enterré («).

Saint André, frère de saint Pierre, quitta IVcola de saint Jcan-Iiaptislc pour celle de Jésus-Christ. On n'est pas d'accord s'il prêcha chez les TarUrcs ou dans Argos : mais, pour '.raneber la difficulté, on a dit que c'était dans l £pire. Porsonne ne sait où il fut martyrisé, ni mémo s'il le fut. Les actes de son martyre sont plus que suspects aux savaus; les peintres l'ont toujours représenté sur une croix en sautoir, à

(i: KnW'lir. lir. II.

(0 E*«ct>e, Épiphaot. Jérôme , CJér.eui d'Al«»i»drî».' (m) Lwdk, Ut. Il , cLtp. o. - (n) Ibid. liv. 1U, è»%>. 3 1 .

laquelle on a donné son nom; c'est . un usage. qaia préralusans. qu'où «n /connaisse la source.

Saint Pierro prêcha aux Jauû dispersas dans Je Pogt, la Bithyuic , la Cappauocc, dans Aatioche, à Babylone. Les Actes des apôtres ne parleat point de son voyage a Rome. Saint Paul aeamifte fait aucune mention do lui dans les lettres ,qu U.«crit facette capitale. Saint Justinestle premier mnttiraccréosiéqiu ait parlé de ce voyage , -sur lequel les .savaas neaaccordent pas. Saint Irénée, après saint Justin , dit expressément que saint Pierre et saint Paul vinrent à Rome, et qefls donnèrent le gouvernement i saint

Un. Cest encore là osm aoueeUe danoalté. Sils établirent saint Lin pour inspecteur .de .la socaéiéxhrétienoe naissante à Rome, on infère ra'M la conduisirent pas , et qu'ils ne rtstèaent ^oiiuv dan* cette ville.

La critique a. jeté sur cette matière une foule d'in~ oertiusde*. L'opinion <qae saint Pierre vint .à Rome soiu Néron, et qu'il y occupa Ja chaire pontificale vingt-cinq ans, est insoutenable,, paiaque Tvéron ne régna que treize année», la chaise de, bois qui est enchâssée dans l'église à Rome ne peut guère avoir appartenu à saint Pierrej le bois ne dure pas si longtemps » et il n'est pas vraisemblable que saint Pierre ait enseigné dans ce fauteuil .comme dans une école toute focmée,puisqu'il est avéré que lesJaifs deRome étaient les ennemis violta* des disciple» de Jésus - CbrisL

La plus forte difficulté, peat-étre., est zjue saint Paul , dans son £pîiae écrite de Rome aux CoJossicns(n), dit positivement qud<n'a étéaccendé que par Ariitarque, Marc , et un autre qui portait le nom de Jésus. Cette objection a paru insoluble aux plus savaas hommes.

Dans sa lettre aux Gelâtes, il dit (p) « qu'il obligea Jacques, Céphas et Jean , qui étaient colonnes, m à reconnaître aussi pour coionaes lui et Banubé. S'il place Jacques avant Oephas, Cèphas n'était donc pas le chef. Heureusement ces disputes n'entament pas le fond de notre sainte religion. Que saint Pierre ait été à Rome ou non, Jésus-Christ n'en est pas moins fils de Dieu et de la vierge Marie, et n'en est pas moins ressuscité ; il n'en a pas moins recommandé l'humilité et la pauvreté, qu'on néglige* il est vrai, mais sur lesquelles on ne dispute pas.

Nicéphorc Caliste, auteur du quatorzième siècle, dit que Pierre « était menu, grand et droit, le viuige kng et pale , la barbe et les cheveux épars, couru et crépus, les yeux noirs, le nez long, plutôt camus que pointu. » C'est ainsi que dom Calme t traduit ce passage (*).

Saiut Uarthélemi , mot corrompu de Bar-Ptolatnaioi (</) , fils do Ptolomée. Les Actes des apôtres nous apprennent qu'il était de Galilée. Eusèbe prétend qu'il alla prêcher dans l'Inde, dans l'Arabie-Hee-. reusc , dans la Perse , et dans l'Aby&sinio. On croit que c'était le même que Nathauaël. On lui attribua

(o) Chap. IV, t. to et i i.-(p) Cliap. II, v. n. {*) Voyez ton Dictionnaire de la Bible. (<}) Nam crée et hébreu , ce qui eit tingatier, et qw a &fc croire que tout fut écrit par des Juifc helleu'itc» lois de J cruwksn»

sa mort est très-incertain. On a prétendu qu'Astiag* , frère do Poumon, roi d'Aeméok: , le fit écoreher vif •

tous ici boas critiquas,

Saint Philippe* Si' l'on en croit les légendes apocryphes, il véeat quatre ingUsopt ans, et mourut

Saint ThomUs-Didyrnev Ongàno, cite par Eusèbe, dit qu >il -alla >pr* cher au* IVk de», tu Perse*, tu C» ramaniens, aux Baot riens et aux mages , comme si les'ma-ges avaicM été ni» peuple, Orvajoute qu'il baptisa un <let mages qui étaient venus à llctbl<!cm. Les manichéens prétendaient qu'an bomma , ayant donné un sosnVetufcsaùnl Tannes» , Tut dévoré par un lion. Des auteurs portugais assurent qu'il fut martyr iw» à MéJiaponr, dansla presqu'île de l'Inde. L¥glis»3 grecque croit qu'il prêcha dans l'Inde , et que dc-li on porta son corps à Edessev Ca qui fait croire encore à quelques moines qu'il alla dans Hnde, c'est qu'on Y trouV », Tara la cote d'Ortrra», à la fin dn quioziemo siralo, antique, familles n estoniennes étabiter parait niareband do Moioui , nommé Thomas. La légende porte qu'il bâtît un palais magnifique pour un rot da l'Inde»,, appelé Coudafer, mais les s-vans rejettent toutes dm histoires.

Saint Matthias. On ne sait de lui aucune particularité; Sam» n'a été éeriteqtfe» douzième siècle, par un aaoss» de l'abbaye de Saint- Mathias de Trêves, qui disait la tenir due Juif qui la loi avait

croit Rufin » Socrate , Abdia*, il prêcha- et mourut «a Ethiopie. Héracléon le fait vivre long-temps, et mourir d'une mort naturelle ; mais<Abdias dit qu'Hirtaoua, roi d'Ethiopie, frère d'Êgtipus, voulant épouser sa nièce Iphigénie, et n'en pouvant obtenir la permission de saint Matthieu, lui fittrancher la tête , et mit le feuà la maison d'Iphigénte. Celui à qui iiousdevoas l'Evangile le plus

torien qu'Abdias.

Saint Sunon Cananéen T qu'oc tete communément avec saint Judc. On ignore sa vie. Les Grecs modernes disent) qu'il alla prêcher dans la Libye? et de là en Angleterre. D'autres le font Martyriser en Perse.

Saint Thadee ou Lé bée, le même que saint Jude, qud lesJuifs appellent', dans saint Matthieu (r) , frère de Jésus-Christ, «t qui, solon Eusèbe, était sou cousin-germain. Toutes ces relations, la Tri u port incertaine* et vagues , ne nous éclairent point sur la vie des apôtres. Mais, s'il y a peu pour notre curiosité, il resto assez, pour notre instruction.

Des quatre Evangiles choisis parmi fo? cinquantequatre qui furent composés par les premiers chrétions, il y en a deux qui os sont point dits par des apôtres»

Saint Paul n'était pas un des douse apôtres; et cependant ce fut lui qui contribua le plus à l'établissement du christianisme. C'était le seul homme de lettres qui fût parmi eux. U avait étudié dans l'école de ♦

(r)Matw.,cbap.Xraiv.55.

GamafiW. ftstu* même, gouverneur dé JudéV, lui reproché qtfff était trop savant; et ne pouvant corn-1' prendre les sublimités1 de sa dottrrnc , il toi dit (5) ! Tu es fou, Paul; tes* grandes études t'ont conduit à" la folle.' InsatktS, Pkuiëi iKkltâttëtfftèt'àé aâ insaniam cotwdftunt.

II se qualifie1 envoyé, dans sa* prehtrere Epttre atir*

Corinthiens (t). «Tfe suis-je pas fibre? ne sUiV-pspas' apotre? n'ai-je pas vu notre Seigneur? n'êtes -von» pas mon ouvrage en notre Scignè'fJf ? Quand je ne serais pas apfltrc à l'égard des antres, je le suis à votre t-gard.... Sont-ils ministres du C.rirt? Quarid on devrait m*accuserd'impudcncc, je le «ils encore plus, n

Il se pent en effet qu'il eut vu Jésus7, lorsqu'il étudiait à Jérusalem sous Ga mal ici. On pcot dire cependant que ce n'était point une raison qui autorisât son apostolat. Il n'avait point été au rang des disciples de Jésus; au contraire, il les avait persécutés; il avait été complice de la mort de saint Etienne. Il est étonnant qu'il ne justifie pas plutôt son apostolat volontaire par le miracle que fit depuis Jésus-Christ en sa faveur, par la lumière céleste qui lui appirut en plciri midi, qui le renversa de cheval, et narson tnlcvcment au troisième ciel.

Saint Epiphane cite des Actes des a pâtres (u) qu'on' croit composés par les chrétiens nommés ébionites ou j»uvre.< , et qui furent rejetés par l'Eglise; actes trèsanciens , à la vérité , mats pleins d'outrages contre saint Paul.

Cest li qu'il est dît que saint Paul *tait né à Tarsitf de par en s idolâtres, utrbqne parente gentili procréa- Un; et qu'étant venu i Jérusa rem j où îl resta quelque temps , il voulut épouser la fille de Gamafiel'; que' dans ce dessein il se rendit prosélyte juif , et se fit circoncire; mais que, n'ayant pas obtenu cette vierge (ou ne l'ayant pas trouvée Vierge) , la colère le' fit écrire contre la circoncision, le sabbat et toutela loi.

Quim<jue Hierotolymam ocetitiittt, et ibidem aUtfuanciiù mantutet, poiuï/icit ftllam iueere in anîmuni inJuxim, et eam «b rem prwfytur* fhctvnt, attjoe eimmeiiant él'è'fpàiM ijuèi virginem eam non accej>it$et, tuceemuiae, et advertàt circtiM-' animent, ac tabbatum , iolamtjut legtm , uripsiue.

Ces paroles injurieuses ibnr voir que ce* premle'rs chrétiens, sous le nom dé rwavret, étaient attachés encore au sabbet'Ct à la CircbncfsiorJ , se préVaîaut'dtt la circoncision de Jésus- Christ, et de "son observance du sabbat , qu'ils étaient ennemis de saint Panl ; qu'ils te regardaient comme un intrus x]iti voulait font renverser. En un mot Ils étaient héfétiqncs; et, en conséquence , ils s'efforçaient de répandre la diffamation ' sur leurs ennemis, emportement trop ordinklra aTêsprit de parti et de superstition.

Aussi samt Paul les traite-t-il dé fi-tf* apôtres, d'ouvriers trompeurs, et les accéMe dlnjurt-s ( r) ; il les appelle chien* dans sa Lettre au* iiânitans' de Philippcs (r/).

(1) Aet, ebap. XXVI,' t. a 4.

(t) L aux Goriot, ebop. IX*, t. -r et «ntr.

(«) Bariake; hV. XXX, $ 6V

(*) n aux Cariât, ch.p. XI, v. t3.-(j ? Itt. v. »

Saint Jérôme prétend (s) qu'il était né à Giscala, bourg de Galilée, et non à Tarsis- D'autres lui contestent sa qualité de citojren romain, parce qu'il n'y avait alors de citoyen romain ni à Taras , ni a Giscala , et que Tarsis ne fut colonie romaine qu'environ cent ans après. Mais il en faut croire les Actes des apôtres, qui sont inspirés par le Saint-Esprit cl qui doivent l'emporter sur le témoignage do :aint Jérôme, tout savant qu'il était.

Tout est intéressant de saint Pierre et de saint Paul. Si Nicéphorc nous a donné le portrait de l'un , les Actes de sainte Tbècle qui, bien que non canoniques, sont du premier siècle, nous ont fourni le portrait de l'autre. 11 était, diseut ces Actes, de petite taille, chauve, les cuisses tortues, la jambe grosse, le net aquilin, les sourcils joints, plein de la grâce du Seigneur. Stntura bra'i , etc.

Au reste, ces Actes de saint Paul et de sainte Théclc furent composés, selon Tcrtullicn, par un Asiatique, disciple de Paul lui-même, qui les mit d'abord sous le nom de l'apôtre, et qui en fut repris, et mOmc déposé, c'cst-A-diic, exclus de rassemblée; car la hiérarchie n'étant pas encore établie, il n'y avait pas de déposition proprement dite.

IV. Quelle était U discipline sous laquelle vivaient les apôtres et les premiers chrétiens?

Il parait qu'ils étaient tous égaux. L'égalité était le grand principe des esséniens, des récabilcs, des thérapeutes, des disciples de Jean, et surtout de Jésus-Christ qui la recommande plus d'une fois.

Saint Barnabé, qui n'était pas uu des douze apôtres, donne sa voix avec eux. Saiut Paul, qui était encore moins apôtre choisi du vivant de Jésus, nonseulement est égal à eux , mais il a une sorte d'ascendant; il tance rudement saint Pierre.

On ne voit parmi eux aucun supérieur quand ils sont assemblés. Personne no préside, pas même tour à tour. Ils ne s'appellent point d'abord évéques. Saint Pierre ne dounc le nom d'cvèqut , ou l'épithète équivalente , qu'à Jésus Christ, qu'il appelle le surveillant <!t% âmes (n). Ce nom de surveillant, d'évêque. est donné ensuite indifféremment aux anciens, que rcus appelons prêtra ; mais nulle cérémonie , nulle dignité nulle marque distinclive de prééminence.

Les anciens ou vieillards sont chargés de distribuer les aumônes. Les plus jeunes sont élus à la pluralité des voix (/<), pour avoir sein des tables, et ils sont au nombre de sept; ce qui constate évidemment des repas de communauté (*).

De juridiction, de puissance, de commandement, on n'en voit pas la moindre trace.

Il est vrai qu'Ananiah et Saphira sont mis à mort pour n'avoir pas donné tout leur argent à saint Pierre; pour en avoir retenu une petite partie dans la vue de subvenir 4 leurs besoins pressans , pour ne l'avoir pas avoué; pour avoir corrompu, par un petit mensonge,

(•) Saint Jéiôme, Épltre a PliWmon.

(«) Épltre I, ebap. IL— (b) Acte*, dwp. VI, v. ».

la sainteté de leurs largesses; mais ce n'est pas saint Pierre qui les condamne. Il est vrai qu'il devine la faute d'Ananiah ; il la loi reproche ; il dit (c) : « Vous avez menti au Saint-Esprit ; » et Ananiah tombe mort. Ensuite Saphira vient , et Pierre , an lieu de l'avertir , l'interroge; ce qui semble une action de juge. U la fait tomber dans le piège en lui disant : « Femme , dites-moi combien vous avez vendu votre champ? » La femme répond comme son mari. Il est étonnant qu'en arrivant sur le lieu, elle n'ait pas su la mort de son époux; que personne ne l'en ait avertie; qu'elle n'ait pas vu dans rassemblée l'effroi et le t»multc qu'une telle mort devait causer, et surtout la crainte mortelle que la justice n 'accourût pour informer de cette mort comme d'un meurtre. Il est étrange que cette femme n'ait pas rempli la maison de ses cris, et qu'on l'ait interrogée paisiblement comme dans un tribunal sévère, où les huissiers contiennent tout le monde dans le silence. II est encore plus étonnant que saint Pierre lui ait dit : « Femme , vois-tu les pieds de ceux qui ont porté ton mari en terre? ils vont t'y porter, m Et dans l'instant la sentence est exécutée. Rien ne ressemble plus à l'audience criminelle d'un juge despotique.

Mais il fout considérer quo saint Pierre n'est ici que l'organe de Jésus-Christ et du Saiut-Esprit ; que c'est à eux qu'Anauiah et sa femme ont menti; et que ce sont eux qui les punissent par une mort subite ; que c'est même un miracle fait pour effrayer tous, ceux qui, en donnant leur bien à l'église, et qui, en disant qu'ils ont tout donné, retiendront quelque chose pour des usages profanes. Le judicieux dom Calmct fait voir combien les pères et les commentateurs différent sur le salut de ces deux premiers chrétiens, dont le péché consistait dans une simple réticence, mais coupable.

Quoi qu'il en soit , il est certain que les apôtres n'avaient aucune juridiction, aucune puissance, aucune autorité que celle de la persuasion, qui est la première de toutes, et sur laquelJo toutes les autres sont fondées.

D'ailleurs il paraît par cette histoire même que les chrétiens vivaient en commun.

Quand ils étaient assemblés deux ou trois, Jésus- Christ était au milieu d'eux. Ils pouvaient tous recevoir également l'Esprit. Jésus était leur véritable, leur seul supérieur; il leur avait dit (e) : a N'appelez personne sur la terre votre père , car vous n'avea qu'un père , qui est dans le ciel. Ne désirez point qu'on vous appelle maître , parce que vous n'avea qu'un seul maître, et que vous êtes tous frères; ni qu'on vous appelle docteurs, car votre seul docteur est Jésus (*). »

Il n'y avait du temps des apôtres aucun rite , point de liturgie, point d'heures marquées pour s'assembler , nulle cérémonie. Les disciples baptisaient les cathécumènes; on leur soufflait dans la bouche pour

(e) Actes, cliap. y, t. 8.

M M»uh., d»p. XXIII, v. 8, o et te.

H Voy« Éoiua.

(f) J**n, chip. Xx, t. as.

y faire entrer l'Esprit saint avec le souffle (f)t a;n«i que Jé.„s-Chri,t ,v.it ,oufflé sur les apôtre,, S qu on souffle encore aujourd'hui, en plusieurs cilises dans I. bouche d'un enfant quand on lui admfnistro le baptême. Tels furent les commencemens du chml,anjSmC- T°Dt « *•* P« inspiration , par entbou, *,n*me> C°ame ch« 1" thérapeutes et chez les iu-

statu '■ / rt ^ dC C°mparer Un *om°"< de, sociétés judaïque,, devenues réprouvées, à des so-

«.«.. conduite, par Jésu^r* même, du h," Tu

cel, où ,1 était awis à la droite de «on père

rpiL!CT T™, dM cba"Kcmcns nécessaires ; 1 Êghse séta„t étendue, fortifiée, enrichie, eile eu besoin de nouvelles lois.

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