VENTRE PARESSEUX
Saint Paul a dit qnc les Crétois , menteurs, de wr citante s Actes, et t Le médecin Hequet entendait par ventre paresseux , que les Cretois allaient rarement à la selle ; et qui la matière fécale, refluant dans leur sang, les 1 de mauvaise humeur, et en fesait de méchantes biles. Il est très-vrai qu'un homme qui n'a pu venir à bout de pousser sa selle , sera plus sujet i la colère qu'ua autre ; sa bile ne coule pas, elle est recuite, son sanj est aduste.
Quand vous avez le matin une grâce à demander i un ministre ou à un premier commis de ministre, informez-vous adroitement s'il a le ventre libre. H ùut toujours prendre mollia (uudi tempora.
Personne n'ignore que notre caractère et notre Cour d'esprit dépendent absolument de la garde-robe. Le cardinal de Richelieu n'était sanguinaire que parc; qu'il avait des bémorrhoides internes qui occupaient son intestin rectum , et qui durcissaient ses matières La reine Anne d'Autriche l'appelait toujours cul poun. Ce sobriquet redoubla l'aigreur de sa bile , et coûta probablement la vie au maréchal de Marillac , et Ja liberté au maréchal de Bassompicrrc. Mais je ne vais pas pourquoi les gens constipés seraient plus menteurs que d'autres; il n'y a nulle analogie entre le sphincter de l'anus et le mensonge, comme il y en a une très-sensible entre les intestins et nos passions , notre manière de penser, notre conduite.
Je suis donc bien fondé à croire que saint Paul entendait par jïHtre. fureteur des gens voluptueux, des espèces de prieurs, de chanoines, d'abbés commendataircs, de prélats fort riches, qni restaient an lit tout le matin pour se refaire des débauches de la veille, comme dit Marot (épig. 86) :
Et ro%nardait au uutin dam m couche, Tudii rôtir M perdrix ou fiisAil, etc., etc.
Mais on peut fort bien passer le matin au lit , ot
nt menteur, m méchante béte. An twif les voluptueux indoions sont pour I» plupart très* doux dtns la société, et du meîUear commerce du mande.
Quoi qu'il en soit, je suis tres-fAché que saint Paul injurie tonte une nation : il n'y a dam ce passage (humainement parlant) ni politesse, ni habileté, ni vérité. On ne gagne point les bonnes en leur disant qu'ils sont du méchantes bêtes; et sûrement il aurait trouvé en Crète des hommes de mérite. Pourquoi outrager ainsi la patrie de Mi nos, dont l'arc hevfqu« Fénélon (bien plus poli qne saint Paul) fait on si pompeux éloge dans son Télémaque ?
Saint Paul n'était-il pas difficile à vivre? d'une humeur brusque , d'un esprit fior, d'un caractère dur et impérieux? Si j'avais été l'un des apôtres, ou seulement disciple, je me serais infailliblement brouillé avec lui. Il me semble que tout le tort était de son côté , dans sa querelle avec Pierre Simon Barjone. Il avait la fureur de la domination ; il se vante toujours dlfitre apôtre, et d'être plus apôtre que ses confrères; toi qui avait servi a lapider saint Etienne! lui qui avait été un valet persécuteur sous Gamaliel , et qui aurait dû pleurer ses crimes bien plus long-temps que saint Fièvre ne pleura sa faiblesse (toujours humainement parlant. )
H se vante d'être citoyen romain, né à Tharsit; et saint Jérôme prétend qu'il était un pauvre Juif de province, né à Giscale dans la Gelilée (*). Dans ses lettres au petit troupeau de ses frères, il parle toujours en maître très-dur. « Ja viendrai , écrit-il à quelques Corinthiens, je viendrai Avons, je jugerai tout par deux ou trois témoins ; je ne pardonnerai ni i eeux qui ont péché , ni aux autres. Ce ni aux autres est un peu dur.
Bien des gens prendraient aujourd'hui le parti da saint Pierre contre saint Paul, n'était l'épisode d'Ananio et de Sapbire, qui a intimidé les âmes encline» » faire l'aumône;
Je reviens à mon tente des Crétois menteurs, méchantes bétee, ventres paresseux ; et je conseille à tous les missionnaires de ne jamais débuter avec ae«cun peuple par lui dire des injures.
Ce n'est pas que je regarde les Cretois comme les plu» justes et les plus respectables des hommes, ainsi que le dh la fabuleuse Grèce. Je ne prétends point concilier leut prétomUss vertu avee leur prétendu taureau dont la belle Pasipbné fut si amoureuse , m* arvee l'art dent le fondeur Dédale fit utiu vache d?»** rain damr laqueMe Pasiphné se pesta si habilement quueon tendre «maathii ton» muwtaure-, auquer le pieux et' équitable Mhtoesacrffeit tous le» ans (et non- pa» ton» les neuf ans ) sept grands garons et sept grandes filles d'Athènes.
Ce n'est pas que je- crovaaux cent grandes villes
(„} >otu l'a von» défi dit ailleurs, et nous le nijxitoiu ici : Pourquoi? parée <|ue les jeune* welclie», polir l'Édification de <jni ccri»oo» , lisent en courant et oublient ce qu'il» lUrot.
de Crète; passe pour cent mauvais villages établis snr ce rochor long et étroit , arec deux ou trois villes. On1 est toujours lAebd que RoUin, dans s» compilation élégante de l'Histoire ancienne, ait répété tant d'anciennes fables su» l'île de Crète et sur " comme sur le reste.
A l'égard des pauvres Grecs et des pauvre qui habitent aujourd'hui les montagnee escarpées de celte île, sou» le gouvernement d'un bach», il se peut qu'ils soient des menteurs et de otéel J'ignore s'ils ont le ventée paresseux, et qu'ils aient à manger.