ZELE
Cflpi de la religion est un attachement pur et éclairé au maintien et au progrès du culte qu'on doit » la Divinité; mais quand ce zMc est persécuteur, aveugle et faux, il devient le plus grand fléau dt l'humanité.
Voici comme l'empereur Julien parle du zèle des chrétiens de son temps : LcsGalilècus, dit-il (.<), ont
{.t) Lrtlxv Ml.
soufiert sous mon prédécesseur l'exil et les prisons;
on a massacré réciproquement ceux qui s'appellent tour à tour hérétiques. J'ai rappelé leurs exilés, élugi leurs prisonniers; faî rendu leurs biens aux proscrits, je les al forcés de vivre en paix : mais telle est la fureur inquiète des Galilécns, qu'ils se plaignent de ne pouvoir plus se dévorer les Uns les autres.
Ce portrait ne paraîtra point outré , si l'on fnit seulement attention aux calomnies atroces dont les chrétiens se noircissaient réciproquement. Par exemple» saint Augustin (f>) accuse les manichéens de contraindre leurs élus à recevoir l'uicharistic après l'avoir arrosée de semence humaine. Avant lui , sais* Cyrille de Jérusalem (« ) les avait accusés de la même infamie en Ces termes : Je n'oserais dire en quoi ces sacrilèges trempent leur isekas qu'ils donnent à leurs malheureux sectateurs, qu'ils exposent pu milieu dé leur autel, et dont le manichéen souille sa bouche et sa langue. Que les hommes pensent à ce qui a coutume de leur arriver en songe et les femmes dans le temps de leurs règles. Le pape stint Léon, dans un de ses sermons (</), appelle aussi le sacrifice des manichéens la turpitude même. Enfin Suidas ( ) et Cedrenus (,) ont encore enchéri sur celte calomnie, en avançant que les manichéens fesaient des assemblées nocturnes, où, après avoir éteint les flambeaux, ils Commettaient les plus énormes inipudicités.
Observons d'abord que les premiers chrétiens furent accusés des mêmes horreurs qu'ils imputèrent depuis aux manichéens, et que la justification des uns peut également s'appliquer aux autres. Afin d'a- V6h" des prétextes de nous persécuter, disait Athénagore dan* son apologie pour les chrétiens (j), o» nous accuse de faire des festins détestables et de commettre des incestes dans nos assemblées. C'est un vieux artifice dont on a uaé de tout temps pour faire périr la vertu. Ainsi Pvthagore fut brûlé avec trois cents de ses disciples , Iléraclite chassé par les £phésiens, Démocritc par les Abdérkains, et *ocra!c condamné par les Athéniens.
AthénagOrc fait voir ensuite que les principes et les mœtirs des chrétiens suffisaient seuls pour détruire les calomnies qu'on répandait contre eux ; les mâmes raisons militent en faveur des manichéens. Pourquoi,, d'ailleurs, saint Augustin, qui est si affirmatif daï.s son livre des Hérésies, est- il réduit dans céleri des mœurs des manichéens, en parlant do fhoiTible cérémonie dont il s'agit, à dire simplement (') : On les
en soUp onue.... Le monde a Celle opiirrn d'euv
SMsue font pas ce qn'on leur impute.... f.a renommée publie beaucoup de mal d'eux; mais ils soutiennent que ce sont des mensonges.
Pourquoi rte pas soutenir en (ace cette accusation dans sa dispute contre Fortunat, qui l'en sommai: eu public et en ces termes : Nous sommes accur-'s de faux Crimes; et comme Augustin a assisté .i tu-irc
(h) Cbap. XLVT, des fttrétfaf, — (f) H. XJIII de la »h>m* caiéeSè**. — (d) Sermon cinquième, nr le jennt du n:f maU. - - V Sur »•««». - Annale», f.->f<- af-n.
(j) P»;c 3j. - ^0 Cli .p. XVI.
culte, je le prie de déclarer devant tout le peuple, si ces crimes sont véritables ou non. Saint Augustin répond : Il est vrai que j'ai assisté à votre culte; mais autre est la question de la foi, autre est celle des mœurs; et c'est celle de la foi que j'ai proposée. Cependant, si les personnes qui sont présentes aiment dieux que nous agitions celles de vos mœurs, je ne m'y opposerai pas.
Fortunat, s'adressant à l'assemblée : Je veux, ditil, avant toute chose, être justifié dans l'esprit des personnes qui nous croient coupables , et qu'Augustin témoigne à présent devant vous , et un jour devant le tribunal de Jésus-Christ, s'il a jamais vu, ou s'il sait, de quelque manière que ce soit, que les choses qu'on nous impute se commettent parmi nous? Saint Augustin repoud encore : Vous sortez de la question, celle que j'ai proposée roule sur la foi, et non sur les mœurs. Enfin, Fortunat continuant à presser saint Augustin de s'expliquer, il le fait en ces termes : Je reconnais que, dans la prière où j'ai assisté, je ne vous ai vus commettre rien d'impur.
Le même saint Augustin , dans son livre de l'Utilité de la foi (/), justifie encore les manichéens. Dans ce temps-là , dit-il à son ami Honorât , lorsque j'étais engagé dans le manichéisme, j'étais encore plein du désir et de l'espérance d'épouser une belle femme, d'acquérir des richesses, de parvenir aux honneurs, et de jouir des autres voluptés pernicieuses de la vie. Car, lorsque j'écoutais avec assiduité les docteurs manichéens, je n'avais pas encore rcuoncé au désir et à l'espérance de toutes ces choses. Je n'attribue pas cela à leur doctrine; car je dois leur rendre ce témoignage , qu'ils exhortent soigneusement les hommes à se préserver de ces mêmes choses. Cest donc ïà ce qui m'empêchait de m'attacher tout-à-fait à la secte, et ce qui me retenait dans le rang de ceux qu'ils appellent auditeurs. Je ne voulais pas renoncer aux espérances et aux affaires du siècle. Et dans le dernier chapitre de ce livre , ou il représente les docteurs manichéens commodes hommes superbes , qui avaient l'esprit aussi grossier qu'ils avaient le corps maigre et décharné, il ne dit pas un mot de leurs prétendues infamies.
Mais sur quelles preuves étaient donc fondées ces imputations? La première qu'allègue saint Augustin, c'est que ces impudicités étaient une suite du système de Manichéc, sur les moyens dont Dieu se sert pour arracher au prince des ténèbres les parties de sa substance. Nous en avons parlé à l'article Généalogie; ce sont des horreurs que l'on se dispense de répéter. Il suffit de dire ici que le passage du septième livre du Trésor de Manichéc, que saint Augustin cite en plusieurs endroits, est évidemment falsifié. L'hérésiarque dit, si nous l'en croyons, que ces vertus célestes qui ac transforment tantôt en beaux garçons et tantôt en belles filles, sont Dieu le père lui-même. Cela est fiiux. Manès n'a jamais confondu les vertus célestes avec Dieu le père. Saint Augustin n'ayant pas compris l'expression syriaque d'une vierge de lumière pour dire une lumière vierge, suppose que Dieu fait voir
(0 Cfc«p. I.
au prince des Ténèbres une belle fille vierge exciter leur ardeur brutale ; il ne s'agit point du tout de cela dans les anciens auteurs , il est question de la cause des pluies.
Le grand prince, dit Tirbon, cité par saint £piphane (Ar), fait sortir de lui-même dans sa colère des nuages noirs qui obscurcissent tout le monde; il s'agite, se tourmente, se met tout en eau, et c'est là ce qui fait la pluie , qui n'est autre chose que la sueur du grand prince. Il faut que saint Augustin ait été trompé par une tradu lion ou plutôt par quelque extrait iufidèle du Trésor de Manichée , dont □ tft cité que deux ou trois passages. Aussi le manichéen Secundinus lui reprochait-il de n'entendre rien aux mystères de Manichée, et de ne les combattre que par de purs paralogismes. Comment d'ailleurs, dit le savant M. de Bcausobre, que nous abrégeons ici (/), saint Augustin aurait- il pu demeurer tant d'années dans une secte où l'on enseignait publiquement da telles abominations? et comment aurait-il eu le front de la défendre contre les catholiques?
De cette preuve de raisonnement, passons au preuves de fait et de témoignages alléguées par saint Augustin , et voyous si elles sont plus solides. On dit, continue ce père (nu), que quelques-uns d'eux ont confessé ce fait dans des jugemens publics , nonseulement dans la Paphlagonie, mais aussi dans les Gaules , comme je l'ai oui dire à Rome par an certain catholique.
De pareils oui-dire méritent, si peu d'attention, que saiut Augustin n'osa en faire usage dans sa conférence avec Fortunat, quoiqu'il y eût sept i huit ans qu'il avait quitté Rome; il semble même avoir oublie le nom du catholique de qui il les tient. Il est vrai que, dans son livre des Hérésies, le môme saint Augustin parle des confessions de deux filles, nommées l'une Marguerite et l'autre Eusébie, et de quelques manichéens qui, ayant été découverts à Carth^e et menés à l'église , avouèrent , dit -on, l'horrible fait dont il s'agit.
Il ajoute qu'un certain Viator déclara que ceux qui commettaient ces infamies s'appelaient catharistes ou purgateurs; et qu'interrogés sur quelle écriture ils appuyaient cette affreuse pratique, ils produisaient le passage du Trésor de Manichée, dont on a démontré la falsification. Mais nos hérétiques, bien loin de s'en servir, l'auraient hautement désavoué comme l'ouvrage de quelque imposteur qui voulait les perdre. Cela seul rend suspects tous ces actes de Carthagt . que Quod-vult-Dcus avait envoyés à saiut Augustin v et ces misérables, découverts et conduits à l'église, ont bien la mine d'être des gens a postés pour avouer tout ce qu'on voulait qu'ils avouassent.
Au chapitre XLVII de la Nature du bien , saint Augustin avoue que, lorsqu'on reprochait à nos hérétiques les crimes en question , ils répondaient qu'un de leurs élus, déserteur de leur secte, et devenu leur , avait introduit cette énorme pratique.
(Jc)lMr. LXVI,cli«p.XXVI.
(1) Hin. du manieb., liv. IX . rbip. \m et IX. (m) C«p. XLVII , Je la Salure i
l'HILO.'OP IJUE.
examiner si celte secte, que Viator nommait des catbaristes, était réelle, il suffit d'observer ici que les premiers chrétiens imputaient de même aux gnostiques les horribles mystères dont ils étaient accusés par les Juifs et par les païens; et, si celte apologie est bonne dans leur boude , pourquoi ne le seraitelle pas dans celle des manichéens ?
C'est cependant ces bruits populaires qno M. il'. Tiilcmont , qui se pique d'exactitude et de fidélit* ose convertir en faits certains. Il assure (n) quV> avait fait avouer ces infamies aux manichéens dan-, des jugcmcnspublicscnPaphlagonie, dans lcsGaulcs, et diverses fois à Carthage.
Pesons aussi le témoignage de saint Cyrille de Jérusalem, dont le rapport est tout différent de celui >t • saiut Augustin; et considérons que le fait est si incroyable et si absurde, qu'on aurait peine à le croiiv quand il serait atteste par cinq ou six témoins qui l'auraient vu, et qui l'affirmeraient avec sermon:, oaint Cyrille est seul, il ne l a point vu, il lavant j dans une déclamation populaire, où il se donne la licence (o) de faire tenir a Manichée, dans la conférence de Cascar, un discours deut il n'y a pas un mot dans les actes d'.Archélaus , comme M. Zaccagni (//) est obligé d'en convenir; et l'on ne saurait alléguer, pour la défense de saint Cyrille, qu'il n'a pris que le sens d'Archélaus et non les termes : car ni les termes, ni le sens, rien ne s'y trouve. D'ailleurs, le tour que prend ce père parait être celui d'un historien qui cite I ;s propres paroles de son auteur.
Cependant, pour sauver l'honneur cl la bonne foi de saint Cyrille, M. Zaccigni, cl après lui M. de Tillemont, supposent, sans aucune preuve, quo le traducteur ou le copis c ont omis l'endroit des actes allégué par ce père; et les journalistes de Trévoux ont imaginé doux sortes d actes d'Archéiaiis, les mis authentiques, que Cyrille a copiés, les autres supposés dans le cinquième siècle par quelque nestorien. Quand ils auront prouve cette supposition, nous examinerons leurs raisons.
Venons enfin au témoignage du pape Léon, touchant les a' ominations m.-.iriebécnncs. Il dit dans s< •, sermons (</) que les troubles survenus en d'autres pays, avaient jeté en Italie des manichéens, dont U s mystères étaient si abominables, qu'il ne pouvait les exposer aux yeux du public sans blesser 1 honnêteté; que, pour les connaiirc, il avait fuit venir des élus ci des élues de celte sccledans une assemblée composée d'évcqucs,dc prè.'rcs,ct de quelques hommes nobles; que ces hérétiques avaieut découvert beaucoup de choses louchant leurs dogmes cl les cérémonies de leur féle, et avaient avoué un crime qu'il ne pouvait leur dire, mais dont on ne pouvait douter après !.. confession des coupables; savoir, d'une jeune fille qui n'avaii que dix ans ; de deux femmes qui l'avaient préparée pour l'horrible cérémonie de la secte; du jeune ho nni»- ,,ui en. ava l été complice, de l'évêquc
f«i) Minich., irt. i», prje 79 >. (o) S. XY. (p) Préface, n. XIII
if) itruMi I V , «ur la J.aiivitd « »■ r 1 1 piplanio.
qui l'avait ordonnée et qui y avuii présidé. Il renvoie ceux de ses auditeurs qui en voudront savoir davantage aux informations qui avaient été faites, et qu'il communiqua aux cvêques d'Italie dans sa seconde lettre.
Ce témoignage parait plus précis' cl plus décisif ; que celui de saint Augustin; mais il u'est rien moins I que suffisant, pour prouver un fait démenti par les protestations des accusés, et par les principes cer tains de leur morale. En effet , quelles preuves a-t-on j que les personnes infimes, inierrogécj par Léon, i n'ont pas été gagnées pour déposer contre leur i »ecte ?
On répondra que la piété et la sincérité de ce pajv» il ne permettront jamais de croire qu'il ait procuré uue \, telle fraude. Mais si , comme nous l'avons dit à || l'article Rt-tiqua , le même saint Léon a été capable l' de supposer que des liugcs, des rubans qu'on a mis | dans une boite, et que l'on a fait descendre dans le :j sépulcre de quelques saints, ont répandu du sang ij quand on les a coupés; ce pape dut-il se faire aucun ! scrupule de gagner ou de faire gagner des femmes perdues, et je ne sais quel évêque manichéen, lesquels, assurés de leur grâce, s'avoueraient coupables des crimes qui peuvent être vrais pour eux en particulier, mais non pour leur secte, de la séduction de laquelle saint Léon voulait garantir son peuple ? De tout temps les évéques se sont crus autorisés à user de ces fraudes pieuses, qui tendent au salut des âmes. Les écritssupposés et apocryphes en sont une preuve; et la facilité avec laquelle les pères ajoutai înt foi à ces mauvais ouvrages, fait voir que, s'ils n'étaient pas complices de la fraude, ils n'étaient pas scrupuleux i en profiler.
Enfin saint Léon prétend confirmer les crimes secrets des manichéens, par un argument qui les détruit. Ces exécrables mystères, dit-il (r), qui plus ils sont impurs, plus on a soin de los cacher, sont communs aux manichéens cl aux priscillianistes. Ccst partout le même sacrilège, la même obscénité, la même turpitude. Ces crimes, ces infamies, sont les mêmes que l'on découvrit autrefois dans les priscilliauistcs et dont toute la terre a été informée.
Les priscillianistes ne furent jamais coupables de ceux pour lesquels on les Gt périr. Or trouve dans les œuvres de saint Augustin ( ), le Mémoire iustructif qui fut remis à ce pire par Orose , et dans lequel ce prêtre espagnol proteste qu'il a ramassé «outes le.» | plantes de perdition qui pullulent dans la secte des | priscillianistes; qu'il n'eu a pas oublie la moindre j branche, la moindre racine; qu il expose an médecin I toutes les maladies de cette secte, afin qu'il travaille J à sa guérison. Orose ne dit pas un mot d<*s mystères | aboiuinab'cs dont parle Léou ; démnn't-ation inviu- I cible qu'il ne doutait pas que ce ne fussent de pures i calomnies. Saint Jérôme (>) dit aussi que Priscillien : fut opprimé par la faction , par les machinations des evêques Ithacc cl Idacc. Parlc-t on ainsi d'-in homme coupable de profaner la religion par les plus infâme*
(r) Ltttre XCIU, chap. XVI. — (i) Tome VIII, coL 43o. (I) Dan* le catalan»
cérémonies ? Cependant Orose et saint Jérôme n'ignoraient pas ces crimes, dont tonte ia terre e étrf
informée.
Saint Martin de Tours et saint Ambroise , qui étaient à Tréverquand Priscillien fat juge, devaient
instamment safrAce; et, n'ayant pn l'obtenir, Ils refus érent de communiquer avec ses acensnteunet leur faction. Sulpicc Sévère rapporte Fhistoire des malheurs de Priscillien. Latronien, Eopbrosine, veuve du pot- te Delphidins, sa fille et quelques autres personnes, furent exécutés avec lui à Trêves, par les
d'Idace, deux évoques vicieux, et qui, pour prix de leur injustice, moururent dans l'excommunication , chargés de la haine de Dieu et des hommes.
Les priscillianistes étaient accusés, comme les ma nichéens, de doctrines obscènes, de nudité ctd'impudicité religieuses. Comment en fin-en t-il s convaincus ? Priscillien et ses complices les avouèrent, » ce qu'on dit, dans les tourmens. Trois personnes vHes, Tertulle, Potamius et Jean, les confessèrent sans attendre la question. Mats l'action intentée contre les prisefllianistes devait être fondée sur d'antres témoignages qui avaient été rendus contre eux en Espagne. Cependant les dernières informations forent re jetée s par «n grand nombre d'évêques, d'ecclésiastiques estimes; et le bon vieillard Higimis , évéqne de Gordone , qui avait été le dénonciateur des priscillianistes, les crat dans la suite si innocens -des crimes qttVm leur im-
pntait, qu'il les reçut à «a Cviuninnmu , par-là enveloppé' dans la persécution qu'ils es rent.
Ces borribk-5 calomnies dictées par un e*4« avongic sembleraient justifier la réflexion qu'Anmien Marcellin («) rapporte de'Pempereur Julien : Les bêtest féroces, dit-il, ne sont pas plnsrcdontables aux hommes, que les chrétiens le sont les uns aux autres quand ils sont divisés de croyance et de sentiment.
Ce qu'il y a de plus déplorable en cela, c'est quand le zèle est hypocrite cl faux, les exemples n'en sont pas rares. L'on tient d'un docteur de Sorbonne, qu'en sortant d'une séance de la -faculté, Tourncli, avec lequel il était fort lié, lui dit tout bas : Vous voyez que j'ai soutenu avec chaleur tel sentiment pendant deme heures; eh bien ! je vous assure qu'il n'y a pas an mot de vrai dans tout eo que j'ai dit.
On sait aussi la réponse d'un jésuite, qui avait été employé vingt ans dans les missions du Canada, et qui, ne croyant pas en Dieu, comme il en convenait à l'oreille d'un ami, avait affronté vingt fois la mort pour la religion qu'il prêchait avec svecè» aux muvagCii. ijft iimiiui représentant 1 <neon«eqncnce de son zèle : Ah ! répondit le jésuite missionnaire, vous n'avez pas d'idée du plaisir qu'on goûte a pe faire écouter de vingt mille hommes, à leur persuader ce qu'on ne croit pas soi-môme.
On est effrayé de voir que tant d'abus et de désordres soient nés de l'ignorance profonde où l'Europe a été plongée si long-temps ^ et les souverains
qui sentent enfin combien il importe d'être éclairé, deviennent Le* bienfaiteurs de l'humanité, «a favorisant le progrès des connaissances, qui sont le soutien do la tranq ui llité c t d u bonheur d es peu pies, et le plus solide rempart contre- lus entreprises du fanatisme.
•ZOROASTBE.
Si c'est Zoroastrc qui le premier annonça aux hommes cotte beUe maxime .- o Dana le doute si une
roasire était le premier des liommes après Confucius.
Si cette belle leçon de morale, ne se trouve qa« dans les cent portes du Sadder, long-temps après Zoroastre, bénissons l'auteur du Sadder. On peut avoir des dogmes et des rites trcs-ndioalc morale excellente.
Qui était «e Zoroastre? ce nom a quelqi de grec, et on dit qu'il était Mode. Les Par si s d'aujourd'hui l'appellent Zcrdust, ou Zerdast, on Zeradast, ou Zarathrust. Une passe pas pour avoir été i« premier du nom. Ou nous parle de deux antres Zoroastrus , dont le premier a neuf mille ans d'antiquité ; c'est beaucoup pour nous, quoique ce soit très-peu
>ous ne connaissons que le dernier Zoroastre. Les voyageurs français, Chardin «t Tavenuer, nous ont appris quelque chose de ce grand prophète ,
répandus. dans l'Inde et dans la Perse, et qui «Mit excessivement ignorans. Le docteur Hyde, professe»! c u arabe dans Oxford , nous en a appris cent fois da vaatage sans sortir de chez lui. Il a fallu apte, dans l'ouest de l'Angleterre, il ait deviné la langue <iec parlaient les Perses du temps de Cyrus, et qu'il ) ait
du /eu.
C'est a lui surtout que nous devons ces cent portes
du Sadder, qui contiennent tous 4 es principaux pré-
Pou r moi, j'avoue que je n'ai rien trouvé sur leurs
anciens rites de plus curieux que oe saus deSadi, rapportés par Hydc :
Qu'un Perse «ir conservé le fit» sacré U ~une borna* est brûle qtund il
vers per-
.il?
a peu d'années, dans le cour d'un jeune Français le désir du s'instruire par lui-même des dogmes de» Guèbres.
Il fit le voyage des gnndes Indes, pour apprendrî dans Surate, chez les pauvres Persis modernes, la langue des anciens Perses, et pour lire dans cett? langue les livres de ce Zoroastre si fameux, suppose qu'en effet il ait écrit.
Les Pythagorc , les Platon , les Apollonius de Thyanc, allèrent chercher autrefois en orient la sa gesse qui n'était pas là. Mais nul n'a couru après cette divinité cachée, à travers pins de peines et de périls que le nouveau traducteur français des livres attribués à Zoroastre. Ni les maladies, ni la guerre, ni les renais sans à chaque pas, ni la pauvreté
racine, le première» le plu» grand des obstacles, rin n'a .rebuté son courage.
Il est glorieux pour Zoroastre qu'us Anglais ail écrit sa- vie au bout de tant de siècles, et qu'ensuite un Français l'ait écrite d'une manier* leu te différente. Mais ce qui est encore plus beau, c'est que nous avons parmi les biographes anciens du prophète, denx principaux auteurs arabes, qui précédemment écrivirent chacun son histoire; et ces quatre histoires se contredisent merveilleusement tontes les quatre. Cela ne s est pas (ait de concert ; et rien n'est plus capable de faire connaître la vérité.
Le premier historien arabe , Abu - Mohammed Moustapha, avoue que le- père de Zoroastre s'appelait Espinkaman; mais il dit aussi cpi'Espinîaman n'était pas soit père, mais son trisatenl. Pour sa mure, il n'y v pas denx opinions; elle Rappelait Dogdu -, ou Dodo, o» Dodu; c'était une très4,cU* poule d'Inde : elle est fort bien dessinée cher le docteur Hjde.
Bnndari, le second historien, conte «ne Zoroastse éuit Juif, et qu'il avait été valet de Jérémie-, qu'ik mentit à son maître; que Jércmie pour le punir lui donna la lèpre; que le valet pour se décrasstr alla pcécbcr une nouvelle religion en Ferse, et fit adoi cr le soleil au lieu des étoiles.
Voici ce que le troisième historien raconte, et ee que l'Anglais Hyde a rapporté assez au long :
Le prophète Zoroastre étant venu du paradis prêcher sa religion chez le roi de Perse Gustapb, le roi dit au prophète : Donnez-moi un signe. Aussitôt le prophète fit croître devant la port» d«i palais un cèdre si gros, si haut, que nulle corde ne pouvait ni l'entourer, ni atteindre sa cime. 11 mit au haut de cèdre un beau cabiuet où nul homme ne pouvait monter. Frappé de ce miracle, Gustaph crut à Zoroastre.
Quatre mages ou quatre sages ( c'est la même chose ) , gens jaloux et mécbans , empruntèrent du portier royal la clef de la chamort. du prophète pendant son absence, et jetèrent parmi ses livres des os de chiens et de chats, dea ongles et des cheveux de morts, toutes drogues, comme en sait, avec lesquelles les magiciens ont opéré de tout temps. Puis ils allèrent accuser le prophète d'*»re un sorcier et un empoisonneur. Le roi se fît ouvrir la chambre par *oii portier. On y trouva les maléfices, et voilà l'cn- »ov«' du ciel condamné à cire pendu.
Comme on allait pendre Zoroastre , le plus beau cheval du roi tombe malade; sis quitre jambe? rentrent dans son corps, tellement qu'on n'en voit plus. Zoroastre l'apprend , il promet qu'il guérira le cheval pourvu qu'où ne le peude pas. l 'acrerd étant fait , il fait sortir une jambe du ventre, ri il d'ttSin, ( je ne vous rendrai pas la seconde jambe que vou< n'ayez «.•nibrassc ma religion. Soit, dit le monarque. Le prophète, après avoir fait paraître la seconde jambe, voulut que les fils du roi se fissent zoroastriens ; et ils le furent. Les autres jambes firent des prosélytes de toute la cour. Ou pendit les quatre malins sages au lieu du prophète, et toute la Perse reçut la foi.
I.c voyageur français raconte a peu près les mêmes miracles, mais soutenus et embellis par plusieurs autres. Par exemple, l'cufancc de Zoroastre ne pou
VHIQUE MT
I vait pas manquer d'être miraculeuse ; Zoroastre se mit à rire dès qu'il fut né, du moins à ce que disent Pline et Solin. Il y avait alors, comme tout le monde le sait , un grand nombre de magiciens très-puiaaans; et ils savaient bien qu'un jour Zocoastre en saurait plus qu'eux , et qu'il triompherait de leur magie. Le prince des magiciens se fit amener l'enfant et voulut le couper en deux ; mais sa main se sécha sur-lechamp. On le jeta dans le feu, qui se convertit pour lui en bain d'eau rose. On voulut le faire briser sous les pieds des taureaux sauvages ; mais un taureau plus puissant prit sa défense. On le jeta parmi les loups; ces loups allèrent incontinent chercher deux brebis qui lui donnèrent à téter toute la nuit. Enfin il fut rendu à sa mère Dogdo , ou Dodo, ou Dodu, femrae excellente entre toutes les femmes, ou fille admirable entre toutes les filles.
Telles ont été dans toute la terre toutes les histoires des anciens temps. Cest la preuve de ce que nous avons dit souvent, que la fable c«t la sesur ainér de l'histoire.
Je voudrais que pour notre plaisir, et pour notre instruction, tous ces grands prophètes de l'antiquité, les Zoroastres, les Mereorea Trismégtstes, les Abaris,
dirai sur fa terre , et qu'ils conversassent avec Locke, Newton , Bacon , Shaftesbury, Pascal , Arnaud , Bay le ; que dis-je , avec les philosophe* les moins savaus de nos jours qui ne sont pas les moins sensés.
J'en demande pardon k l'antiquité ; mais je crois qu'ils feraient une triste figure.
Helas , les pauvres charlatans ! ils ne vendraient pas leurs drogues sur le Pont-Neuf. Cependant, encore une fois , leur morale esc bonne. Cest que la morale n'est pas de la drogue. Comment se pourrait-il que Zoroastre eût joint tant d'énormes fadaises à ce beau précepte de s abstenir dans le doute si on fera bien ou mal? c'est que les hommes sont toujours pétris de contradictions.
On ajoute que Zoroastre , ayant affermi sa religion, devint persécuteur. Ht la?! il n'y a pas de sa- . cristain ni de balayeur d'église qui ne persécutât s'il le pouvait.
On ne peut lire deux pages de l'abominable fatra* attribué a ce Zoroastre, sans avoir pitié de la nature humaine. Nostradainus et le médecin des urines sont des gens raisonnables, en comparaison de cet énerguiiu' ne. Et cependant on parle de lui , et on en par- Jera encore.
Ce qui parait singulier, c'est qu'il y avait, du temps de ce Zoroastre que nous connaissons, et probablement avant lui, des formules de prières publiques et particulières instituées. Nous avons au voyageur français l'obligation de nous les avoir traduites, il y avait de telles formules dans l'Inde; nous n'en connaissons point de pareilles dans le Pcutateuquc.
Ce qui est bien plus fort , c'est que les mages, ainsi que les brames, admirent un paradis, un enfer, une résurrection, un diable («)• Il est démontré que la
(a) Le diable chez Zoroastre est // arimuti , uu.ii tous *om- I Ik, Arimune; il avait été a&. Cctait loin comme chet ncui
9fS
DICnoMNAME PHILOSOPHIQUE
loi des Juifs ne connut rien de tout cela. Ils ont été tardifs en lout.Ccst une vérité dont on est convaincu, pour peu qu'on avance dans les connaissances orientales.
Déclaration des amateurs , questionneurs , et douleurs, qui se sont amusés à faire aux savons les Questions ci -dessus en neuf volumes (*).
Nors déclarons aux savans, qu'étant comme eux prodigieusement ignorons sur les premiers principes do toutes les choses, et sur le sens naturel, typique, mystique, allégorique, de plusieurs choses, nous nous en rapportons sur ces choses a a jugement infaillible de la sainte inquisition de aowc, de Milan , île Florence, de Madrid, de Lisbonne, et aux décrets de la Sorbonnc de Paris, concile perpétuel des Gaules.
Nos erreurs n'étant point provenucs de malice, mais étant la suite naturelle de la faiblesse humaine, nous espérons qu'elles nous seront pardonnées en ce monde-ci et en l'autre.
Nous supplions le petit nombre d'esprits cél-rstes qui sont encore enfermés en franco dins des corps
originairtme ut ; il n'était point (iriacipe; il o obtint cette dignifë Je milit ai* piineipr qu'avec le irmpv. Ce diable, cliex Zoroaslie, e< un «erpent qui proJuUit qtniraiile-ciiiq mille envie». I.« nombre j'en e»t nerru depuis; et c'en Jrpiit* ec temps-li qu'à Itome, h Pari», chci I » courtivnn» . dnn» les armee» et c!.ei le» moine*, noui rovnn» tant d envieux.
C) I** première» édilious de» <.>ue*iou« nu l liocydopedie ut ta ueul volume*.
mortels, et qui, de là, éclairent l'univers a trente tout la feuille, de nous communiquer leurs lumières pour le tome dixième, que nous comptons publier à la un du carême de 1772, ou dans l'avant do 1773; et nous payerons leurs lumières quarante sous.
Nous supplions le peu de grands hommes qui nous reste d'ailleurs; comme fauteur de la Gazette ecclésiastique; et l'abbé Guyon; et l'abbé de Caveirac, auteur de l'apologie de la Saint - Bartbélcmi ; et ceint qui a pris le nom de Cbiniac ; et l'agréable Larcher ; et le vertueux, le docte, le sage Langlcvic), dit la bcaumclle ; le profond et l'exact Nonottc; le modéré, le pitoyable et doux Patouillet , de nous aider dan* notre entreprise. Nous profiterons de leurs critiques instructives, et nous nous ferons un vrai plaisir de rendre à tous ces messieurs la justice qui leur est due.
Ce dixième tome contiendra des articles trèscurieux, lesquels, si Dieu nous favorise, pourront donner une nouvelle pointe au sel que nous tâcherons de répandre dans les remercimens que nonferons à tous ces messieurs.
Fait au mont Krapac, le 3o du mois de Janus. l'an
du inonde, selon Scaliger
selon les F.trennrs miqnonnr*
selon Riccioli.
selon l'.ii.sèbc ....
selon les Tablrs nlpfionsinci
selon les Kjjypticns
selon les Chaldécns .
selon le.s brames .
selon les philosophes. .
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