‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 544 sur 551 · YVETOT · texte numérisé non relu

YVETOT

Cest le nom d'un bourg de Franco à six lieues de Rouen en Normandie, qu'on a qualifié de royaume pendant long-temps, d'après Robert Gaguin, historien du seizième siècle.

Cet écrivain rapporte que Gautier ou Vauticr, seigneur d'Yvctot, chambricr du roi CloUire I, ayant perdu les bonnes grAces de son maître par des calomnies dont on n'est pas avare à la cour, s'en banni) de son propre mouvement , passa dans les climats étrangers où, pendant dix ans, il fit la guerre aux ennemis de la foi; qu'au bout de ce terme, se flattant que la colère du roi serait apaisée, il reprit le chemin de la France ; qu'il passa par Rome où il vit le pape Agapet , dont il obtint des lettres de recommandation pour le roi qui était alors à Soissons, capitale de ses états. Le seigneur d'Yvctot s'y rendit un jour de vendredi -saint, et prit le temps que Clotaire était à l'église pour se jeter à ses pieds, en le conjurant de lui faire grâce par le mérite de celui qui, en pareil jour , avait répandu sou sang pour le salut des hommes; mais Clotaire, prince farouche et cruel, l'ayant reconnu, lui passa son épéc au travers du çorps..

Gaguin ajoute que le pape Agapet, ayant appris une action si indigne, menaça le roi des foudres do l'église, s'il ne réparait sa faute; et que Clotaire justement intimidé, et pour satisfaction du meurtre de son sujet, érigea Ja seigneurie d'Yvctot en royaume, eu faveur des héritiers et des successeurs de Gautier; qu'il en fit expédier des lettres signées de lui, et scellées de son sceau; que c'est depuis ce temps -là que les seigneurs d'Yvctot portent le titre de rois : et je trouve, par une autorité constante, et indubitable, continue Gaguin, qu'un événement aussi extraordinaire s'est, passé en l'an de grâce 536.

Rappelons, à propos de ce récit de Gaguiu, l'observation que nous avons déjà faite (*) sur ce qu'il iit de l'établissement de l'université de Paris. C'est qu'aucun des historiens ooiUccporains ne fait nictition de l'événement singulier qui, sclo«i lui, fit ériger en royaume la seigneurie d'Yvctot; et. comme l'onl très -bien remarqué Claude Ma'inçrc et l'abbé de .Vcrlol, Clotaire I, qu'on supposa souverain du bourg dTvctoi, ne régnait point dan? ctte coutrée; les fiefs alors n'étaient point héréditaires; l'en ne da:ait point les actes de Tau de grâce, comme !c rapporte Hubert Gaguin; enfin le pape Agapet était déjà mort. Ajoutons, que le droit d'ériger un fief en ruyaiurc appartenait exclusivement à l'empereur.

Ce n'est pas à dire cependant que les foudres de l'église ne fussent déjà usitées du temps d'Agapct. On sait que saint Paul («) excommunia l'incestueux de Corinthc; on trouve aussi dans les lettres de sajpt Basile quelques exemples de censures générales dès le quatrième siècle. Inc de ces lettres est contre un ravisseur. Le saint prélat y ordonne de faire rendre la fille .i ses parons, d'exclure le ravisseur des prières, et de le déclarer excommunié, avec ses complices et

toute sa maison, pendant trois ans; il ordonne aussi

d'exclure des prières tout le peuple de la bourgade qui a reçu la personue ravie.

Auxflius, jeune évéque, excommunia la faanilic entière de Clacitien : et quoique saint Augustin ait désapprouvé cette conduite, et que le pape saint Léo* ait établi les mêmes maximes que saint Augustin, dans une de ses lettres aux- évêquca de la province de Yienncy pour ue parler ici que de la France , Prétextât, évéque de Roue.:, ayant été assassiné Tan 58€ dans sa propre iglise, Lcudovaldc,.évéqucdcBaycax, ne laissa pas de mettre en interdit toutes les églises de Rouen, défendant d'y célébrer le service divin, jusqu'à ce que l'on eût trouvé l'auteur du crime.

L^n 1 1 4 1 , Louis le Jeune ayant.refusé-de consentir à l'élection de Pierre de la Chaire que le pape avait fait nommer â la place d'Albcric, archevêque dt Bourges, mort Tannée précédente. Innocent II mit tout» la France en interdit.

Lan taoo, Pierre de Capoue, chargé d'obliger Philippe- Auguste à quitter Agités^ et à reprendre Ingcrburge, et n'y ayant pas réussi, publia le 1 5 janvier la sentence cTintcrd» sur tout le royaume, qui, avait été prononcée par le pape Innocent III. Cet interdit fut observé avec une extrême rigueur. La chronique anglicane, citée par le bénédictin Marfenne (ft), dit que tout acte de christianisme, hormis le baptême des- enfant, fut interdit en Fiance; les églises fermées , les chrétiens en étaient cha&sè* comme des chiens; plus d'office divin ni de sacrifice de la messe, plus de sépultures ecclésiastiques pour les défunts; les cadavres abandonnés au hasard ré-, pandaient la plus affreuse infection, et pénétraient d'horreur ceux qui leur survivaient.

La chronique de Tours fait la même description; elle y ajoute seulement un trait remarquable confirmé par l'abbé Fleuri et l'abbé de Vertot (c) i c'est que le saint viatique était excepté, comme le baptême, des cufiiiis, de cette privatiou des c'uoscs saintes. Le royaume fut pendant neuf mois daas ectts situation; Innocent III permit seulement au bout de quelque temps les prédications et le sacrement de confirmation. Le roi fut si courrouce qu'il t hassa les évéque* et tous les autres ecclésiastiques do leurs demeures, et confisqua leurs biens.

Mais ce qui est singulier, les souverains euxmêmes priaient quelquefois les évoques de prononcer un interdit sur les terres de leurs vassaux. Par des lettres du mois de février i356, ccufirxuatives de celles de Guy, comte de Ncvcrs, et do >»aih:>d; sa femme, en faveur des bourgeois de Ncvcrs, Charles V, regent du royaume, prie les archevêques de Lyon, do Bourges, et de Sens; et les évéqu?» d'Autun, d« Laugrcs, d'Auxcrrc, et de, devers, de prononcer une excommunication coutre le comte de Ncvcrs, et un interdit sur ses terres, s'il n'exécute pas l'accord qu'il avait fait avec ses babiiaus. On trouve aussi, dans le recueil des ordonuauees de la troisième race, plu-

(ty TtfMV, pnp- 8<i8.

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sieurs lettres semblables du roi Jean, qui autorisent tes évoques à mettre en interdit les lieux dout le seigneur tenterait d'enfreindre les privilèges.

Enfin, ce qui semble incroyable, le jésuite Daniel rapporte que, Tan 998, le roi Kobeft fut excommunié parGrégoireV pour avoir épouse* sa parente an quatrième degré. Tous les évéques qui avaient assisté A ce mariage furent interdits de la communion Jusqu'à ce qu'ils fussent allés à Borne faire satisfaction an samt-siége. Les peuples, les courtisans même se séparèrent du roi, il ne lui resta que deux domestiques qui purifiaient par le feu toutes les choses qu il «▼ait touchées. Le card'malDamien et Romualde ajoutent tnéme qu'Un matin Robert , étant allé selon sa coutume, dire ses prières 4 la porte de féglise de Saint Barthélemi, car H n'osait pas y eritrer, Abbonf abbe de fleuri, suivi de deux femmes du palais qui portaient un grand plat de vermeil couvert d'un linge, l'aborde, lui annonce que Bcrtbe vient d accoucher; et découvrant le plat : Voyci, lui dit-il, les effets de votre désobéissance aux décrets de IVglise , et le sceau de t'anatheme sur ce fruit de vos amours. Robert regarde et voit un monstre qui avait le cou et la «te d'un canard. Benhe fut répudiée, et l'excommunication enfin levée.

tfrbtm IT, au contraire, excommunia l'an 1093 Pbllrppe I, petit-fils de Robert, pour avoir quitté sa parente. Ce pape prononça Ta sentence d'excommunication dans les propres états du roi a Clermont en Auvergne, où sa sainteté tenait chercher un asile; dut» ce «ému concile 06 fat préchée la croisade, et ou- pour ht première fois le nom de pape fut donné à l'éffqtte de Rome, à l'exclusion des autres évéques ctut le prenaient auparavant.

Ou voit que ces peines canoniques furent d'abord' plutôt médicinales que mortelles; mais Grégoire VII et quelques-uns de ses successeurs osèrent prétendre qu'un souverain excommunié était privé de ses états, et que ses" sujets n'étaient plus obligés de lui obéir : supposé cependant qu'un roi puisse êtte excommunié en certains cas graves, l'excommunication, n'étant qu'une peine purement spirituelle, ne saurait dispenser ses sujets de l'obéissance qu'ils lui doivent comme tenant sou autorité de Dieu même. Ccst ce qu'ont reconnu constamment les parlemcns et même le clergé de France, dans les excommunications do Bonrface V1TI contre Philippe le Bel ; de Jules H contre Louis Xfl ; de Sixte V contre Henri ITI ; de Grégoire XIIT contre Henri IT, et c'est aussi la doctrine de la fameuse assemblée du clergé de i68a.

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