ARGENT
Mot dont on se sert pour exprimer de l'or. Monsieur,voudric7.-vous me prftcr cent louis d'or? Monsieur, je le voudrais de lôut mon caetr ; mais je n'ai point d'argent; je ne suis pas eu argent comptant : l'italien vous dirait : Signorc . non ho di danuri. Je n'ai point de deniers.
Harpagon demande à maître Jacques : Nous ferastu bonue chère? Oui, si vous me donnez bien de l'argent.
On demande tout, les joncs quel est le pays de l'Europe le plus riche en argent? on entend par-là quel est le peuple qui possède 1? plus de métaux représentatif» des objets de commerce. On demande par la raCmc raison quel est le plus pauvre? et alors ironie nations se présentent a Vrirvi; le Vcstphalien , le Limousin, le Basque, l'hibitant du Tircl, celui du Valais, le Grison, l'Istricn, l'Erossais, et l'Irlandais dn nord, le Suisse d'un petit canton, et surtout le sujet du pape.
Pour deviner qui eu a davantage , on balance aujourd'hui entre la France, l'Espagne et la Hollande qui n'en avait poiul en i Goo.
Autrefois, dans le treizième , quatorzième et quinzième siècle, c'était la province de la Paierie qu avait sans contredit If plus d argent comptant; aussi lesait-eJlc lu plus grand commerce. « Coiubicu veudei-vous cola? » disait-on, a. un marchand. Il répondait : m Autant que le* «eussent sots. »
Toute l'Europe envoyait «lors sou argent àla cour
romaine, qui rendait en échange des grains bruit», des agnus, des indulgences piénierca ou uou panières, des dispenses, des confirmât icjna, des exemptions, des bénédictions, et oiÇme des excommuniçatious contre ceux qui n'étaient pas assez bien en cour de Home, et » qui tes payeur» en voulaient.
Les Vénitiens ue vendaient rien de tout cela; ruais ils lésaient le commerce de tout 1 Occident par Alexandrie; on n'avait que par cm* du poivre et delà cannelle, L'argcul q ui n'allait pas. .1 U Dateric veuau, i eux , un peu aux Toscans cl aux .Génois. Ton» les autres royaumes étaient si pauvres, en argent comptant, que Çbarles. Vlll fin, obligé d'emprunter les piwrerieadq Ia,du«hcsse de Savoie,, et de les mettre eu gage pour aller conquérir flapies qu'il perdit bientôt : le* Vénitiens soudoyèrent des armées plus tories que ta sienne,. Va noble VCnijieu avait pins d'or dans son, coffre, et, pins de vaissede d argent sur sa table ,, que l'empereur Ma*imilicn surnommé Vorfii daimri.
Us choses changèrent quand les. Portugais altèrent trafiquer aux Lndçs, en cofiqu^rans,, et que Les Espagnols eurent subjugué le Mexique et le Pérou avec six, ou sept cents hommes. On sait qu'alors le commerce de Venise, celui. des antre* vLUes dltalie, tout tomba. Philippe U , maître de l'Espagne , du Portugal, des Pays-Bas, des Dcux-SicUes , du Milanais, de quituc cents lieues de côtes daus l'Asie > et des mines d'or et d'argcul dans l'Amérique , fut le seul riche, et par conséquent le seul puissant en Europe. Les espions qu'il avait, gagnés, en France baisaient à genoux les doublons catholique»; et le petit nombre d'angelots et de carolus qui circulaient eu France n'avaient pas un. grand crédit. On prétend que l'Amérique et l'Asie lui valurent à peu près dix millions de ducats de revenu. H eut en effet acheté lEuwpc avec sou argent, sans le fer de Henri IV et les ûptte>de la reiue Elisabeth.
Le Dictionnaire encyclopédique , à l'article Aa- CENTj cite l'Esprit des lois, dans, lequel il est dit : uJ'ai oui déplorer plusieurs fois l'aveuglement du « conseil de François I" , qui rebuta Christophe « Colomb qui lui proposait les Indes; en vérité, on K fil peut-être par imprudence une chpse bien sage, »
Nous voyons, par l'énorme puissance de Philippe, que le conseil prétendu de François I" naîtrait pas fait une chose h vaut. Mais contentons-nous de remarquer que François 1*' n'élit pas né: quand on prétend qu il refusa l?s offres de Christophe Colomb; ce Génois aborda en Amérique en (49a> et François I*' naquit en j 4j)4 , et ne parvint au troue qu'en i 5 t 5.
Comparons ici le revenu de Hepri 111 , de Henri IV et de la reine Elisabeth , avec celui de Philippe 11 ; le subside ordinaire d'Elisabeth n'était que de cent utUle livres sterling; et avec l'extraordinaire il fut, année commune, d'environ quatre cent mille ; mais il fallait qu'elle employât ce surplus à se défendre de Philippe II. Saus une extrême économie ellcétait perdue, ci I' \nglctcrre avec elle.
Le revenu du Henri III se montait à la vérité* à trente millions de livres de son temps; celte somme était a la seule somme que Philippe II relirait des
Indes, commé trot* à dix ; mais il n'entrait pas le tiers de cet argent dans les coffres de Henri III, très* prodigue, très-volé, et par conséquent très-pauvre, il se trouve que Philippe II était d'un seul article dix fois plus riche que lui.
Pour Henri IV, ce n'est pas la peine de comparer se» trésors arec ceux de Philippe II. Jusqu'à la paix deVcrvlns H n'avait que ce qu'il pouvait emprunter ou gaguer à la pointe de son épée, et il vécut en chevalier errant rosqu'au temps qu'il devint le premier roi de I Europe.
L'Angleterre avait toujours été si pauvre que le roi Edouard III fut le premier qui Qt ba'trc de la monnaie dW.
On vent savoir ce que devient l'or et l'argent qui affluent continuellement du Mexique et du Pérou en Espagne? il entre dans les poch»s des Français, des Anglais, des Hollandais, qui font le commerce de Cadix sous des noms espagnols, et qui envoient en Amérique les productions de leurs manufactures, l'ne grande partie de cet argent s'en va aux Indes orientales payer des épiceries, du coton , du salpêtre, du sucre-candi, du thé, des toiles, des JiaouûS et des magots.
On demande ensuite ce que deviennent fous ces trésors des Indes ; je réponds que Sha-Thamas-Koulikan , ou Sba-Nadir, a emporté tout celui du Grand- Mogol avec ses pierreries. Vous voulez savoir où sont ces pierreries, cet or, cet argent que Sha-Nadif a emportes en Perse? une partie a été enfouie dans la terre pendant les guerres civiles; des brigands- se «ont servis do l'autre pour se faire des partis. Car, comme dit fort bien César, « avec de l'argent on a « de* soldats, et avec des soldats OH vole de Par- « geai. »
Votre curiosité n'es* f oint aneore safîsfàife; vorrs «tes embarrassé de savoir sont les trésors de Sésostris, de CrésiM, de CyruS, de Nalmchodonosor , et surtout de .S.-tlomoi. qui wait , dK-oir, vingt milliards et phw de nos livres de compte, à lui tout seul, dans sa cassette?
Je vous dirai que tout cela s'est répandu pur le monde. Soyez sur que Ja temps de Crrtis, res Gaules, la Germanie, le Dartemarck, la Po'wve, la «unie, □ avaient pas un écu. Le* rhoses se sort mises1 an niveau avec le temps, sans ce qui sfest perdir ^n dorure, ce qui reste enfoui à "ferre- Dame de Lorerte et antres lieux , et oe qui a été* englouti dans Pdi urr mer.
Comment (osaient les Romain* sons leur grand Romulus, fils de Mats et d'une religieuse, et sous le dévot Numn Pompiliiis? Ils avaient un Jnpiter de bois de ebéne mal taillé, des hutte» pour palais, une loignéc de foin au bout d'un bilton pour étendard, M pas une pièce d'argent de douze sons dans leur poebe. Nos cochers ont des montres dor que les sept rois>d« Rome, les Camille, lesManlius, les Fabius, n'auraient pu paye» .
Si par hasard la femme d'un receveur-général des finances se fosait lire ce chapitre à sa toilette par le bel'esprit de la maison, elle aurait un «"frange mépris pour les Romaine des trois premier» siècles, et ne
voudrait pas laisser entrer dans son, anti-chambre un Maalitis, nu Citrius, un Fabius, qui viendraient k pied j et qui n'auraient pas de quoi Aire sa partie de jeu.
Lenr argent comptant était du cuivre. Il serrait à la fois d'armes et de monnaie. On se battait et on comptait avfec du cuivre. Irois ou quatre livres de eu vre de douze onces payaient un boeuf. On achetait le nécessaire au marché commé on l'achète aujourd'hui ; et les hommes iraient comme de tout temps la nourriture, 1b vêtement et le couvert. Les Romains, plus pauvres que leurs voisins, 1er subjuguèrent, et augmentèrent toujours leur territtirt dans l'espace de cinq cents années, avant de frapper Ce la monnaie d'argent.
Les soldats de Gustave - Adolp' e n'avaient en Suède que de la monnaie de enivre p jur icur solde , avant qu'il fit des conquêtes hors de srn pays.
Pourvu qu'on ait un gage d'4cba:igc pour lés choses nécessaires à la vie, le commerre se 'ait toujours. H n'importe que ce gage d'échange sort de coquilles ou de papier. L'or et l'argent a fa longue n'ont prévalu parfont que parce qu'ils sont plus rares.
C'est en Asie que commencèrent les premières fabriques de la monnaie* de ces deux métaux, parce qne l'Asie fut lé berceau de tons les arts.
Il n'est point question de monnaie dans la guerre de Troie; on y pèse l'or et l'argent. Agamcrtfnon pouvait avoir un trésorier, mais point de cour des monnaies.
Ce qui a fait soupçonner à plusieurs savans téméraires que le Pentatcuqnc n'avait cic écrit que dans le temps où les Hébreux commencèrent à se procurer quelques monnaies de leurs voisins , c'est que dans plus d'un passage il est parlé des siclcs. On y dit qu'Abraham, qui était étranger, et qui n'avait pas un pouce de terre dans le pays de Canaan , y acheta un champ et une caverne pour enterrer aa femme, quatre cents sicles d'argeut monnayé de bon aloi ( >) : Quadringrntos sUhs urqrnti probatie nionelce pubfiar. \jc judicieux dom Calraet évalue oette somme à quatre cent quarante-huit livres si« sons neuf deniers, selon les ancicus calculs imaginés assez au basard, quand le marc émargent était à vingt-six livres do compte le marc. Mais comme lo marc d'argent est augmenté «le moitié, la somme vaudrait Huit cent quatre-vingtseize livres.
Or, comme en Ce temps- là il' n'y avait point d«raonuaic marquée au coin , qui répond t au mot pceunia, cela lèrait une petite difficulté dont il est aisé de se tirer (i).
(a) Gentse-, ebep. XXTII , 16.
(fc) Ce» barda «avant, qui, «urée prétexte « aor plimenr* autre* , ittrib<i«nt le Pentaieuqoe 4 d'jioue» qu'.'i Moi*-, te fan drnl encore aor les témoignages de Miot TLoodoret, de Marius, etc. Ils disent : Si «tint Tuéodorel et Matin» affirment 411e le livre d> Joaud n'a pas dtd écrit par Joauc, et n'en m pi» moins admira ble, ne pouvom- nom pas noire aussi que If tVntateUque e»t trro-admirable «uns être de Moue? Vovevsiir cria le premier livre de l'Histoire critique du vieux Testament , par le révérend père Simon de l'oratoire. Mai», quoi qu'en aicut «lit t>nt de «»■ van», il est clair qu'il faut t'en tenir au ««liment de la »êinie église apostolique e» romaiue, la seule infaillible.
Uuo autre difficulté, c'est que dans un endroit il est dit qu'Abral.am achcU ce champ en Hébron, et dans un autre eu Sichcm (c). Consultez sur cela le vénérable Bèdc , Ha ban Maure et, Emmanuel Sa.
Nous pourrions parler ici des .ichcsscs que laissa David à Salomon en argent monnayé. Les uns les font monter à vingt-un, vingt-deux milliards tournois, les autres à vingt-cinq. Il n'y a point de gardes du trésor royal, ni de Icftcrdar du grand -turc, qui puisse supputer au juste le trésor du roi Salomon . Mais les jeunes bacheliers d'Oxford et de Sorbonne font ce compte tout courant.
Je ne parlerai point des innombrables aventures qui sont arrivées à l'argent depuis qu'il a été frappé, marqué, évalué, altéré, prodigué, resserré, volé, ayant dans toutes ses transmigrations demeuré constamment l'amour du genre humain. On l'aime au point que, chez tous les princes curetions, il y a encore une vieille loi qui subsiste, c'est de ne point laisser sortir d'or et d'argeat de leurs royaumes. Cette loi suppose de deux chose: l'une, ou que ces princes remuent sur des fous à lier qni se défont de leurs espaces en pays étranger pour leur plaisir, ou qu'il ne l'.iM pas payer ses dettes a un étranger. 11 est clair l'ourlant que personne n'est assez insensé pour donner son argent sans raison, et que. quand on doit à l'étranger, il faut payer soit eu lettres de change, soit en denrées, soit en espaces sonnantes. Aussi cette loi nV; pa» exécutée depuis qu'on a commencé à ouvrir les yeux , et il n'y a pas long-temps qu'ils sont ouverts.
11 y aurait beaucoup de choses à dire sur l'argent monnayé, comme sur l'augmentation injuste et ridicule des espèces , qui fait perdre tout d'un coup des sommes considérables à un état, sur la refonte ou la remarque, avec une augmentation de valeur idéale, qui invite tous vos voisins, tous vos ennemis à remarquer votre monnaie et à gagner à vos dépens; enfin Mir vingt autres tours J'adresse inventés pour se ruiner. Plusieurs livres nouveaux sont pleins de réflexions judicieuses sur cet article. Il est plus aisé d'écrire sur 1 argent que d'en avoir; et ceux qui en gagnent se moquent beaucoup de ceux qui ne savent qu'en parler.
En général , l'art du gouvernement consiste à prendre le plus d'argent qu'on peut à une grande partie des citoyens pour le donner à une autre partie.
On demande s'il est possible de ruiner radicalement un royaume dont en général la terre est fertile ; ou répond que la chose n'est pas praticable, attendu que depuis la guerre de 1 689, jusqu'à la fin de 1 769, ni nous écrivons, on a fait presque sans discontinuatiou tout ce qu'on a pu pour ruiner la France sans ressource, et qu'on n'a jamais pu un venir à bout. C'est un bon corps qui a eu ia fièvre pendant quatrevingts ans avec des rcdoublcntcns, et qui a été entre les maius des charlatans, mais qui vivra.
Si vous voulez lire un mmecau curieux et bien fait sur l'argent de diflorens pays, adressez-vous à l'article Monnaie, de M. le chevalier de Jaucourt, dans l'Kncy clopédic; on ne peut en p.irlerplus savamment,
(c) Acte»,e1iap. Vit. \ . iG.
tvec plus d'impartialité. Il est beau d'approfou Jir on su/et qu'on méprise. ■ t