‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 63 sur 551 · ARIANISME · texte numérisé non relu

ARIANISME

Toutes les grandes disputes théologiques pendant douze cents ans ont été grecques. Qu'auraient dit Homère, Sophocle, Démosthèncs, Archimcde, s'ils avaient été témoins de ces subtils ergolismes qui ont coûté Uni de sang?

A ri us a l'honneur encore aujeurd hui de passer pour avoir inventé son opinion, comme Calvin passe pour être fondateur du calvinisme. La vanité d'être chef de secte est la seconde de toutes les vanités de ce monde; car celle des conquérans est, dit-on, la première. Cependant ni Calvin , ni Arius n'ont certainement pas la triste gloire de l'invention.

On se querellait depuis long-temps sur la Trinité, lorsque Arius se mêla de la querelle dans ladisputcuse ville d'Alexandrie, où Euclide n'avait pu parvenir à rendre les esprits tranquilles et justes. H n'y eut jamais de peuple plus frivole que les Alexandrins; les Parisiens même n'en approchent pas.

11 fallait bien qu'on disputât déj» vivement sur la Trinité, puisque le patriarche auteur de la Chronique d'Alexandrie, conservée à Oxford, assure qu'ilyavai deux mille prêtres qui soutenaient le parti qu Arius embrassa.

Mettons ici, pour la commodité du lecteur, ce qu'on dit d'Ariusdaus un petit livre qu'on peut n'avoir pas sous la main.

«Voici une question incompréhensible qui a exerce

depuis plus de seize cents ans la curiosité, la subtilité sophistique, l'aigreur, l'esprit de cabale, la fureur do dominer, la rage de persécuter, le fanatisme Aveugle et sanguinaire, la crédulité barbare , et qui a produit plus d'horreurs que l'ambition des priuces , qui pourtant en a produit beaucoup. Jésus est-il verbe ? S'il , est verbe, est-il émané de Dieu dam. le temps, ou avant lo temps? s'il est émané de Dieu, est-il coéternel et consubstaulicl avec lui ? ou est-il d'une substance semblable ? est-il distiuct de lui, ou ne l'est-il pas? est-il fait ou engendré? Peut-il engendrer à son tour? a-t-il la paternité ou la vertu productive sans paternité? Le Saint-Esprit est-il fait ou engendré, ou produit, procédant du père ou procédant du (ils, ou procédant de tous les deux? Peut-il engendrer, peut-il produire? Son hypost&se est- elle consubstantielle avec l'hy posta se du père etdu fils? et commeut, ayant précisément la même nature, la même essence que Je père et le fils, peut-il ne pas faire les mêmes choses que ces deux personnes qui sont lui-même?

« Ces questious, si au dessus de la raison, avaient certainement besoin d'être décidées par une église infaillible.

« On sophistiquait, on ergotait, on s# haïssait, on s'excommuniait chez les chrétiens pour quelques-uns de ces dogmes inaccessibles à l'esprit humain, avant les temps d'Arius cl d'Albauasc. Les Grecs égyptiens étaient d'habiles gens, ils coupaient un cheveu en quatre ; mais cette fois-ci ils ne le coupèrent qu'en trois. Alexandros , évêque d'Alexandrie , s'avise do prêcher que, Dieu étant nécessairement individuel ,

simple, une monade dans toute la rigueur du mot, celle monade est irine.

*t Le prêtre Arious, que nous nommons Arius, est tout scandalisé de la monade d'Alexandros ; il explique la chose différemment; U ergote en partie comme le prêtre Sabellious, qui avait ergoté comme le Phrygien Praséas , grand ergoteur. Alexandros assemble vite un petit coucile de gens de son opinion , et excommunie son prêtre. Eusébios, evêque de Nicomédie, prend le parti d Arious : voilà toute l'Eglise en feu.

« L'empereur Constantin était un scélérat, je l'avoue, un parricide qui avait étouffé sa femme dans un bain, égorgé son fils, assassiné son beau-père, son beau-frère et son neveu, jo ne le nie pas j un homme bouffi d'orgueil et plongé dans les plaisirs, je l'accorde j un détestable tyran, ainsi que ses mfaDs, transeat : mais il avait du bon ssns. On ne paivient point i l'empire, on ne subjugue pas tous ses rivaux sans avoir raisonné juste.

m Quand il vil la guerre civile des cervelles scolastiques allumée , il envoya le célèbre évéque Ozius avec des lettres déhortatoircs aux deux parties belligérantes (n). « Vous êtes de grands fous, leur dit-il expressément dans sa lettre, de vous quereller pour des choses que vous n'entendez pas. U est indigne de la gravité de vos ministères de faire tant de bruit sur un sujet si mince. »

« Constantin n'entendait pas par mince sujet ce • qui regarde la Divinité, mais la manière incompréhensible dont on s'efforçait d'expliquer la nature do la Divinité. Le patriarche arabe qui a écrit l'Histoire de l'église d'Alexandrie, fait parler à peu près ainsi Ozius en présentant la lettre de l'empereur :

« Mes frères, le christianisme commence à peine à jouir de la paix , et vous allez le plonger dans une discorde étemelle. L empereur n'a que trop raison de vous dire que vous vous querella pour un sujet fort mince. Certainement, si l'objet de la dispute était essentiel , Jésus-Christ , que nous reconnaissons tous pour notre législateur, eu aurait parlé ; Dieu n'aurait pas envoyé son fils sur la terre pour ^10 nous pas apprendre notre catéchisme. Tout ce qu'il ne nous a pas dit expressément est l'ouvrage des hommes, et l'erreur est leur partage. Jésus vous a commandé de vous aimer, et vous commencez par lui désobéir en vous baissant, en excitant la discorde dans l'empire. L'orgueil seul fait naître les disputes, et Jésus votre

(u) Un professeur de l'université1 de Paria, nomme Le Beau , qui a écrit l'Histoire du Bas-Empire , M garde bien de rapporter •» ,e«f* de Constantin telle qu'elle est, et telle que l'a rapportée le tavaot auteur du Dictionnaire dea hérésies. « Ce bon pince , dit-il , animé d'une tendreaae paternelle, finissait en ce* termes : Rendes-moi dea jours te reins et dea nuits tranquille*. » U rapporte les compliment de Constantin aux ëvèques, mais il devak aussi rapporter le reproche. L ëpilhete de bon prince convient a Titus, k Trajan, a Marc Antonio, a Mare-Aurele, et même i Julien le Philrwophe , qui ne rersa jamais que le sang dea eanesxii* de l'empire en prodiguant le sien , et non paa à Constantin , le plus ambitieux des nommes, le plus Tain, le plus vohxptueux, •H es même temps le plus perfide ci le plus sanguinaire Ce n'est pas écrire IListoire, c'est la. '

OKJI. PHJL.

maître vous a ordonné d être humbles. Personne de vous ne peut savoir si Jésus est fait ou engendré. Et que vous importe sa nature , pourvu que la vôtre soit d'être justes et raisonnables ? Qu'a de commun une vainc scieucc de mou avec la morale qui doit conduire vos actions? Vous chargez la doctrine de mystères, vous qni n'êtes faits que pour affermir la religion par la vertu. Voulez-vous que la religion chrétienne ne soit qu'un amas de sophismes? est-ce pour cela que le Christ est venu? Cessez de disputer; adorez, édifiez, humiliez-vous, nourrissez les pauvres, apaisez les querelles des familles au lieu de scandaliser l'empire entier par vos discordes, n

« Ozius parlait à des opiniâtres. On assembla le concile de Nicéc, et il y eut une guerre civile spiri tuellc dans l'empire romain. Cette guerre en amena d'autres, et de siècle en siècle on s'est persécuté mutuellement jusqu'à nos jours, u

Ce qu'il y eut de triste, c'est que la persécution commença des que le concile fut terminé ; mais , lorsque Constantin en avait fait l'ouverture, il ne savait encore quel parti prendre, ni sur qui il ferait tomber la persécution. Il n'était point chrétien ('), quoiqu'il fût à la tête des chrétiens; le baptême seul constituait alors le christianisme, et il n'était point baptisé; il venait même de faire rebâtir à Rome le temple de la Concorde. Il lui était sans doute fort indifférent qu'Alexandre d'Alexandrie , ou Eusèbc de Nicomédie, et le prêtre Arius eussent raison ou tort ; il est assez '

évident, par la lettre ci-dessus rapportée, qu'il avait un profond mépris pour cette dispute.

Mais il arriva ce qu'on voit, et ce qu'on verra a jamais dans toutes les cours. Les ennemis de ceux qu'on nomma depuis Ariens , accusèrent Eusèbe de Nicomédie d'avoir pris autrefois le parti de Licinius contre l'empereur : J'en ai des preuves, dit Constantin dans sa lettre à l'église de Nicomédie , par les prêtres et les diacres de sa suite eue j'ai pris, etc.

Ainsi donc, dès le premier grand concile, l'intrigue, la cabale, la persécution, sont établies avec le dogme, sans pouvoir en affaiblir la sainteté. Constantin donna les chapelles de ceux qui ne croyaient pas la consubstantialité à ceux qui la croyaient, confisqua les biens des dissident à son profit, et se servit de son pouvoir despotique pour exiler Arius et ses partisans, qui alors n'étaient pas les plus forts. On a dit même que de son autorité privée il condamna à mort quiconque ne brûlerait pas les ouvrages d'Arius : mais ce fait n'est pas vrai. Constantin, tout prodigue qu'il était du sang des hommes, ne poussa pas la cruauté jusqu'à cet excès de démence absurde, de faire assassiner par ses bourreaux celui qui garderait un livre hérétique, pendant qu'il laissait vivre l'hérésiarque.

Tout change bientôt à la cour; plusieurs évéque* inconsubstantiels , des eunuques, des femmes parlèrent pour Arius , et obtinrent la révocation de la lettre de cachet. Cest ce que nous avons vu arriver plusieurs fois dans nos cours modernes en pareille occasion.

(•) Veyes Via on pk Comtastis.

138 mcnosmAiRE

La célébra Eusèbe , évéqne de Césarée , connu par tes ouvrages qui ne sont pas écrits vrac an grand dieeernoment, accusait fortement Eustate, évoque d'Antiocne, «l'être suboJUea ; «t tSeetete accusait Eusèbe d'être arien. On oiaambla un eowtlfe A Aotiocfae ; Basèbe gagna sa caase; on éi-pomt Eustate; on offrit le siégo d'Àntiocbe a Eusèbe qui urei. voulut point; les deux partis s'armèrent l'un contre fautif, ce lot le prélude des guerres de controverse. Constantin, qui avait exilé Arius pour ne pas croire le fHs eonsub- «tantiei, exila Eustate pour le w>ire : de toiles révolutions soûl communes.

Saint Athanase était alors évoque d'Alexandrie; il ne voulut point recevoir dans la ville Artus que l'empereur y avait envoyé, disant « qa'Arius était excommunié; qu'un excommunié ne devait plus avoir ni

, ni patrie , qu'il ne pouvait ni manger , m coucher nulle part, et qu'il vaut mieux obéira Dieu «féaux hommes. » Aussitôt nouveau concile à Tvr, at nouvelles lettres de cachet. Athanase est déposé par les pères de Tjr , exilé à Trêves par l'empereur. Ainsi Vriiis et Athanase, sait plus grand ennemi, sont «ondamnés tour a toar par un homme qui oVtait pas encoiv obTviien.

Le» deux frétions employèrent également r'arti- 6ce, la rrauile, la calomnie, selon l'ancien et IVver- •ei usage. Constantin les laissa disputer et caboter ; id avait d autres occupations. Ce fut dam cetenrps-lu que ce bon prince fit assassiner son 61s , sa femme , son neveu le jeune Licinius, l'espérance de l'empire; qui n'avait pas encore douze ans.

Le parti d'Arius fut toujours victorieux sous Constantin. Le parti opposé u'a pas rougi d'écrire qu'un jour «aint Macairc , l'un des plus ardens sectateurs d'Atbaïusc , sachant qu'Anus s'acheminait pour entrer dans la ca;hédrale de Coiistantinoplc , suivi de plusieurs de ses confrères , pria Dieu si ardemment de confondre cet uérésiarque, que Dieu ne put résister à la prière de Macaire ; que sur le-cbanip tous les boyaux d'Arius lui sortirent par le fondement ; ce qui est impossible : mais cafin Arins mourvt.

Constantin le suivit une, anréc après, en 33 7 de l'ère vulgaire. On prétend qu'il mourut de la lèpre. L'empereur Julien , dans ses iV><»r<, dit que le baptême que reçut cet empereur quelques heures avant sa mort ne guérit personne de cette maladie.

Comme ses enfans régnèrent après lui , la flatterie des peuples romains, devenus esclaves depuis longtemps, fut portée à un tel excès, que ceux de lancienne religion en firent un dieu, et ceux de la nouvelle en firent un saint. On célébra long temps sa féle avec celle de sa mère.

Après sa mort, les troubles occasionés parle seul mol coifub tmtliel , agitèrent l'empire avec violence. Constance , fils et successeur de Constantin , imita toutes les cruautés de son père, et tint des conciles comme lui; ces conciles s'anathém misèrent réciproquement. Atbanasc courut l'Europe et l'Asie pour soutenir son parti. Les cusébieiis l'accablèrent. Les exils, les prisons, les tumultes, les meurtres, les asts, signalèrent la fin du règne de Constance. Julien , fatal ennemi de l'Église , fit ce

qu'il pot pour rendre la paix à tfigfise, et n'en put venir a bout. Jovien et après lui Valentinien , donnèrent une liberté entière de conscience : mais les deux partis ne Ta priient que pour une liberté d'exercer tour haine «t leur foreur.

Théodose se déclara pour le concile de Tficée : mais l'impératrice Justine, qui régnait en Italie, en Bryrie, en Afrique, comme tutrice du jeune "Valeutinien , proscrivit le grand concile de Nicée, et bientôt les Ooths, les Vandales , les Bourguignon* , qui se répandirent dans tant de provinces , y trouvant l'a» rianisme établi , l'embrassèrent pour gouverner les peuples conquis par la propre religion le ce» peuples mêmes.

Mais m foi n referme ayant été reçue cher tes Gaulois, Govis, leur vainqueur} strivh leur commnnion par la même raison que les autres barbares avaient professi la foi arienne.

Le grand Théodoric , en Italie , entretint la paix entre les deux partis ; et enfin la formule nicéenne prévalut dans rOccrdent et dans l'Orient.

L^rianismc reparut vers le milieu du seizième siècle, à h faveur de toutes tes disputes de religion qui partageaient alors l'Europe ; mats reparut armé d'une force noav elle et d'nne pins grande incrédulité. <Jnann*e gentilshommes de ▼icenee fermèrent une académie, dans hnrae1foonn¥tabKtque h» seuls dogmes qui parurent nécessaires pour être chrétien. Jésws fut reconnu pour verbe , pour sanveur, et pour juge .mais on nia sa divinité , sa trooanbsTantiaffté , etin*qn'à la Trinité.

Les principaux de «es degtoatisems furent Léfios Socin, Oiin, Parata, Gentilis. Servct se joignit à eux. On connaît sa malheureuse dispute avec Calvin; lis eurent quelque temps ensemble un commerce d'injures par lettres. Server fat asseï imprudent pour passer par Genève, dans on royage qu'il fesart en Allemagne. Calvin fat assez lâche pour le dire arrêter, et asset barbare pour le faire- condamner à être brûlé à petit ira , c'est a dira , «a cerne supplice auquel Calvin avait a peine échappé «a France. Presque tous les théologiens *'\\ors étaient tout 4 tour pcrsécufcnrs ou |>ersécatés , Stwmww or vi crimes.

Le même Calvin soRàcita dw» •Genève la mort de Gx-ntilis. Tl frewra cîoq avocats q ni sqrniTewt qoe G entilts méritait de mourir dans les flammes. De telles horreurs sont dignes de cet abominable siècle. Gentilis Ait mis en prison, et allait être broie ronimcServet : mais il fur plus avisé que cet Espagnol ; il se rétracta, donna les louange» lespluî ridicules à Calvin , et fut sauvé. Mais son malheur voulut ensuite que, n'ayant pas assea ménage un bailli de canton de Berne , U fut arrêté nomme ariea. Des témoins déposèrent qa'H avait dit que les mots de invité , dVssenec , A'hrf}>o*tn<c , ne se trouvaient pas dans l'Ecriture sainte; et sur celte déposition les juges, qui ne savaient pas plus que lui ce que c'est qu'un b\ posta*:, le eoudainuèrcnl sans rai tonner* perdre la tête.

rwutui Socia, otrwadcLél us Socin , et ses compagnons, furent pins henreus en Allemagne; ils pénétrèrent en Silésic et en Pologiie ; ils y fondèrent des églises; ils écrivirent, ils prêchèrent . ils réussirent :

mai» à la longue,

leur relifi on était dépaail-

op.

Ile de presque fous les o»ystcr*sT et plu ni» une secte philosophique paisible 4» une sente inihsjaraley àlaifu-

crédit qu'eux , le» poursuivirent elles

Ce qui reste de celte socle en Pologne , en Allemagne, en Hollande, *e tient caché et tranquille. La secte a repara en Au^itficrrt kvec plus de force et d'dclat. Le grand Newton et U*eke Kern brassèrent ; Samuel Clarckc, célèbre curé de Saint-James, auteur d an si boa livre sur l'eiisUiee de-Dieu, «e déclara hautement arien , et ses dssriplee «mittrès^cxabreux. Il n'allait juins is à sa pnro;«se loueur qu'on y récitait le svubolo do saint Athaïasc. Qi* pourra voir dans le cours do cet ouvrage lésai niâtres, plus philosophes que la pureté de la foi catholique

Queiqartl j eût ufl grand troupeau d'ariens à Londres parmi le» théologien», les grandes vérité» mav ihématiqoos découverte* par Newton, et la sagesse métaphysiapat de Locke ont plus occupé le* esprits. Los dispute» sur la oonsnhstantiaMté ont paru trèsfade» an* philosophes* lient arrivé a Newton on A». -Icterre ta même chose qu'a Conteai le en franco; on oublia Perthawie t Théodore, et son recueil de vers , on ne pensa qu'à China. Newton fut regardé comme

I interpréta de LWeu dans le calcul des fluxions , dans les loisde la gravitation, dans la natnre de la lunurre.

II fui porte à sa mort par les pairs et le chancelier du royaume prés des tombeaux ne* rote, et plus révéré qu'eux, Sorvet qui découvrit, dit-on, la orrcidaaioo do sang , avait été brûlé & petit feu dans une petite ville des Ailobrogcs, maîtrisée par un théologien de Picardie.

ARISTÊE

Quoi! Ton voudra toujours tromper les hommes sur les choses les plus indifférentes, comme sur les plus sérieuses! Un prétendu Arisléc voit faire croire auTl a fait traduire l'ancien Testament sn grec, pour I usage de Ptoloniée Philadclpoe , comme le duc do Moruausiera réellement fait commentèr Us meilleurs auteurs latins à l'usage du dauphin qui n'en fcsaii aucun usage.

Sî on en croit cet Aristée, Ptolômée brûlait d'envie de connaître les lois juives : et , pour connaître cos lois que le moindre Juif d'Alexandrie lui aurait traduites pour cent ccus, il se proposa d'envoyer une ambassade solcnrrcHc au grand -prêtre des Juiù. de Jérusalem , de délivrer six vingt raille esclaves juifs que son père Ptolomée Sotcr aviit pris prisonniers en Judée , et de leur donner a t1 acun environ quarante écus de notre monnaie pour lcnr aider à faire le voyage agréablement ; ce qui fait quatorze millions quatre ceut mille de nos livres.

Ptolomée ne se contenta pas de celle libéralité inouïe. Comme il était fort dévot, sans doute, au judaïsme, il envoya au temple a Jérusalem une grande table d'or" massif, enrichie partou'. de pierres précieuses; et il eut soin de faire graver sur cette table la carte du Méandre, fleuve de Phrygic ( ') » le cours

(«) U m peut tf e*-birn poumm que ce iw foi y*» un plan do

de cette ri vitre 1 «' tneraudos. (>» sont comlndu c*tM otrte du Méandre dsvatt emikanUK tes Jsn'nv. C**»e *«ble était chargée de deux immenses vases d'or encore mien* travaillés* il donna encore trente autres vases d'or, et une infinité de vases d'argent. On n'* jamais ,>ave si chèrement un livre-, on aurait toute la bibliothèque du Vatican à bien meilleur marché.

Ëléazar, pré endu grand-prétrs de Jérusalem , h»! envoya à son tour des imbassadeurr qui ne présentèrent qu'une lettre en beau v<lin, ècri j :r, caractèrof l'or. C'était agir en dignes Jui<s rjur de donner un morceau de parchemin pour environ ti .nie millions.

Ptolomée fat si content du -.lylo d£luanar un il en versa des larmes do joie.

Les ambassadeurs dtuéront *r»c le roi et les principaux prvtrcs d'Egypte. Q-itnd II fallut bénir la tabie, Ice Égyptiens c^derent -;ot Soonmr aut Juifs.

Avec ces ambassadeurs arriveront st <nto-douu iiitorproicê, 6i* de chacune «'es dowr >r.b»'s, tous ayant appris le gree en1 perfection do».i Jérusalem. C'est dommage, a la vérité, qae ic 'îes douze trtbus il y en eût/ dix absolument perdues, et disparues de la face de la terre depuis tant do jict-lc»-; mais le grand-pretre Ëlcaur les avait retrouvées expies pour envoyer des Iradncteurs à Ptolomée.

Les seixatite-donao interprètes furent enfermés dans l'île de Pbaros, chacun d'eux fit sa traduction i part en soi\autc-douic jours, et totres les traductions se trouveront semblables mot à mot : c'est ce qu'on appelle la t r<><1,<, th<h rfV* 'fournie nui devrait Être nommée la Tni.lm iin* de* t<tnit - h r.

Dès que le roi eu reçu cei livres, il les adora, tant il était bon Juif! Chaque interprète n- ut trois talens d'or, et on jhvoj» eiirovc au grand «aertficateov peur son parctortm* dix lits d'argent , «ne couronne d'or, des encensoirs et des coupes «l'or, nu vase de trente 'taltmsn argent , c est-a-dire, du po uUd environ soixante mille r-us, avec dix rolics de | et cent pièces dévoile do pta» beau lin.

Presque toet ce beau eante en fidèlement rapporte par l'historien Jo-iéphc, «ni n'a ramais non evagrjfé. Saint Justin a enchéri sur Josèphc; il dk «pie ce fut au rot liérode que Ptolomée s'adressa, et non pas au grand prrtre ÊWaiar. Il f«it «nvoyei deuv ambaseadeurs de Ptolomée à Rérode, c'est beaucoup sjonter au merveillen* ; car on sait qnHérooV ne naqi«H qne long-tcraps après le règne de Ptolom-'c l'hiladefphe.

Ce n'est pas la peinede remarquer ici la profusion d"anacbronrsmesqui régnent dans ces romans et dans tous leurs semblables, la foule de eoirtradfcrions et les énormes bévuesdans lesquelles l'auteur juif tombe à chaque phrase : cependant cette fable a passé pendant des siècles poor une vérité irreonte stable; et, pour mieux exercer la erédttrhé de l'esprit humain, chaque auteur qui ht citait , ajoutait ou retranchait à sa raauière; de sorte qn'en croyant cette aventure H faliait la croire de cent manières différentes. Les uns

four» du Méandre . niait ee qu'on appelait eo «ree un mtmirt, ub Ivb , un Dcrad de pi.r 1 pt«*mt.

lào

rient de ces absurdités dont les nations out été abreu- || vi!cs , les autres gémissent de ces impostures ; la mul- 1 titude infinie des mensonges fait des Démocrites et j des Héraciites.

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