‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 7 sur 551 · ACADEMIE · texte numérisé non relu

ACADEMIE

Les académies sont aux universités ce que l'âge mûr est à l'enfance, ce que l'art de bien parler est à la grammaire, ce que la politesse est aux premières leçons de la civilité. Les académies n'étant poiut mercenairesdoivent être absolument libres. Telles ont été les académies d'Italie , telle est l'académie françaiss et surtout la société royale de Londres.

L'académie française, qui s'est formée elle-même, reçut à la vérité des lettres-patentes de Louis XIII, mais sans aucun salaire , et par conséquent sans aucune sujétion. C'est ce qui engagea les premiers hommes du royaume, et jusqu'à des princes, à demander d'être admis dans cet illustre corps. La société de Londres a eu le même avantage.

Le célèbre Colbcrt, étant membre de l'académie française, employa quelques-uns de ses confrères a

(•) V.v> . l'atticle

composer les inscriptions et les devises pour les bittraens publics. Cette petite assemblée, dont furenB ensuite Racine et Boileau , devint bientôt nne académie a part. On peut dater même de l'année i663 l'établissement de celte académie des inscriptions, nommée aujourd'hui des belles-lettres , et celle de l'académie des sciences de 1666. Ce sont deux établissemens qu'on doit au même ministre qui contribua en tant de genres à la splendeur du siècle de Louis XIV.

Lorsqu'après la mort de Jean-Baptiste Colbcrt , et celle du marquis de Louvois, le comte de Pontchartrain, secrétaire d'état, eut le département de Paris; il chargea l'abbé Bignon son neveu de gouverner les nouvelles académies. On imagina àts places d'honoraires qui n'exigeaient nulle science, et qui étaient sans rétribution; des places de pensionnaires qui demandaient du travail, désagréablement distinguées de celles des honoraires: des places d'associés sans pension, et des places d'élèves, titre encore plus désagréable et supprimé depuis.

L'académie des belles-lettres fut mise sur le même pied. Toutes deux se soumirent à la dépendance immédiate du secrétaire d'état, et à la distinction révoltante des honorés, des pensionnés et des élèves.

L'abbé Bignon osa proposer le même règlement l'académie française dont il était membre. Il fut reçu avec une indignation unanime. Les moins opulens de l'académie furent les premiers à rejeter ses offres , et à préférer la liberté et l'honneur à des pensions.

L'abbé Bignon qui, avec l'intention louable de faire du bien , n'avait pas assez ménagé la noblesse des sentimens de ses confrères, ne remit plus le pied à l'académie française; il régna dans les autres tant que le comte de Pontchartrain fut en place. Il résumait même les mémoires lus aux séances publiques, quoiqu'il faille l'érudition la plus profonde et la •<■ -l'étendue pour rendre compte sur-le-champ d'une dissertation sur des points épineux de physique et de mathématiques; et il passa pour un Mécène. Cet usage de résumer les discours a cessé, mais la dépendance est demeurée.

Ce mot d'académie devint si célèbre que lorsque Lully, qui était une espèce de favori, eut obtenu l'établissement de son opéra, en 167a, il eut le crédit de faire insérer dans les patente; que c'était une académie royale de musique , et que les gentilshommes et les demoiselles pourraient y chanter sans déroger. U ne fit pas le même honneur aux danseurs et aux danseuses ; cependant le public a toujours conservé l'habitude d'aller à l'opéra , et jamais a l'académie d? musique.

On sait que ce mot académie emprunté des Grecs signifiait originairement une société, une école de philosophie d'Athènes, qui s'assemblait dans un jardin légué par Académus.

Les Italiens furent les premiers qui instituèrent de telles sociétés après la renaissance des lettres. L'académie de la Crusca est du seizième siècle. Uy en eut ensuite dans toutes les villes où les sciences étaient cultivées.

Ce titre a été tellement prodigué en France, qtVoo

l'a donné pendant quelques années à des assemblées de joueurs qu'on appelait autrefois des tripots. On disait académies de jeu. On appela les jeunes gens qui apprenaient l'équitatioo et l'escrime dans des écoles destinées a ces arts, académistes, et non pas académiciens.

Le titre d'académicien n'a été attaché par l'usage qu'aux gens de lettres des trois académies, la française, celle des sciences, celle des inscriptions.

L'académie française a rende de grands services à la langue.

Celle des sciences a été très-utile en ce qu'elle n'a dopte aucun système, et qu'elle publie les découvertes et les tentatives nouvelles.

Celle des inscriptions s'est occupée des recherchas sur les monumens de l'antiquité, et depuis quelques innées il en est sorti des mémoires très-instructifs.

Cest un devoir établi par l'honnêteté publique que les membres de ces trois académies se respectent les uns les autres dans les recueils que ces sociétés impriment. L'oubli de cette polit esc a nécessaire es: très-rare. Cette grossièreté n'a guère été reproche'? de nos jours qu'à l'abbé Foucher de l'académie des inscriptions, qui, s'étanl trompé dans un mémoire sut Zoroastre, voulut appuyer se méprise par des expressions qui autrefois étaient trop en usage dans les écoles, et que le savoir-vivre a proscrites; mais le corps n'est pas responsable des fautes des membres.

La société de Londres n'a jamais pris le titre d'acudémie.

Les, académies dans les provinces ont produit des avantages signalés. Elles ont fait naître l'émulation, forcé au travail , accoutumé les jeunes gens à de bonnes lectures^ dissipé l'ignorance et les préjugés de quelques villes, inspiré la politesse, et chassé autant qu'on le peut le pèdantisme.

On n'a guère écrit contre l'académie française que des plaisanteries frivoles et insipides. La comédie des Académiciens de Saint-Êvremont eut quelque réputation en son temps; mais une preuve de son peu de mérite, c'est qu'on ne s'en souvient pas, au lieu que les bonnes satires de Boilcau sont immortelles. Je no sais pourquoi Pélisson dit que la comédie des Académiciens tient de la farce. Il me semble que c'est un simple dialogue sans intrigue et sans sel , aussi fade que le sir Politick, et que la comédie des Opéras, et que presque tous les ouvrages de Saint-Evremont qui ne sont, à quatre ou cinq pièces près, que des futilité* en style pincé et en antithèses (a)

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