‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 8 sur 551 · ADAM · texte numérisé non relu

ADAM

SECTION I

On a tant parlé , tant écrit d'Adam, de sa femme , de* préadamites , etc. ; les rabbins ont débité sur Adam tant de rêveries, et il est si plat de répéter ce que les autres ont dit , qu'on hasarde ici sur Adam une idée assez neuve; du moins elle ne se trouve dans aucun ancien auteur, dans aucun Père de l'église, ni dans aucun prédicateur ou théologien , ou critique ,

(a) Voyez le Mercure de France, juin, p*g* l5l ; juillet, àtaxttme votante, page i44i « août, page i23,auuee i;6y.

ou scoliaste de ma connaissance. C'est le profond secret qui a été gardé sur Adam dans toute la terre habitable, excepté en Palestine, jusqu'au temps ou les livres juifs commencèrent à être connus dans Alexandrie, lorsqu'ils furent traduits en grec sous un des Ptolomées. Encore furent-ils très-peu connus ; les gros livres étaient très-rares et très- chers; et de plus les Juifs de Jérusalem furent si en colère contre ceux d'Alexandrie, leur firent tant de reproches d'avoir traduit leur Bible en langue profane, leur dirent tant d'injures, et crièrent si haut au Seigneur, que les Juifs alexandrins cachèrent leur traduction autant qu'ils le purent. Elle fut si secrète qu'encun auteur grec ou romain n'en parle jusqu'au temps de Tempe, rcur Aurélien.

Or l'historien Josèphc avoue dans sa réponse a Appion (livre i", chap. IV), que les Juifs n'avaient eu long-temps aucun commerce avec les autres nations. «Nous habitons, dit-il, un pays éloigné de la mer; nous ne nous appliquons point au commerce; nous ne communiquons point avec les autres peuples... Y a-t-il sujet de s'étonner que notre nation habitant si loin de la mer, et a dictant de ne rien écrire,, ait été si peu connue (a) ? »

On demandera ici comment Josèphe pouvait dire que sa nation affectait de ne rien écrire lorsqu'elle avait vingt-deux livres canoniques, sans compter le Targum d'Onkehs. Mais il faut considérer que vingtdeux volumes très-petits étaient fort peu de chose en comparaison de la multitude des livres conservés dans la bibliothèque d'Alexandrie, dont la moitié fut brûlée dans la guerre de César.

Il est constant que les Juifs avaient très-peu écrit , très-peu In; qu'ils étaient profondément ignorans en astronomie, en géométrie, en géographie , en physique; qu'ils ne savaient rien de l'histoire des autres peuples, et qu'ils ne commencèrent enfin A s'instruire que dans Alexandrie. Leur langue était un mélange barbare d'ancien phénicien et de chaldécn corrompu. Elle était si pauvre qu'il lenr manquait plusieurs modes dans la conjugaison de leurs verbes.

De plus, ne communiquant à aucun étranger leurs livres ni leurs titres, personne sur la terre, excepté eux, n'avait jamais entendu parler ci d'Adan», ni d'Eve, ni d'Abel, ni de Cain, ni de Noé. Le seul Abraham fut connu des peuples orientaux dans la suite des temps : mais nul peuple ancien ne convenait que cet Abraham ou cet Ibrahim fat la tige du peuple juif.

Tels sont les secrets de la Providence que le pere et la mère du genre humain furent toujours entièrement ignorés du genre, humain, au point que les noms d'Adam et d'Eve ne se trouvent dans aucun ancien auteur, ni de la Grèce , ni de Rome , ni de la Perse, ni de la Syrie, ni chex les Arabes.

(a) Les Juifs étaient trèsv-cociiu» Jet Pertes, peùtnn'il» forent disper»éi dans leur empire; ensuite de» Égyptiens, puisqu'il» firent tous le commerce d'Alexandrie ; de* ".contins, puixru'iU »v tient de» ivnagogucaa Rome. Mai» i-lanl au milieu de» nation», Us en forent toujours «i-pares par leur» institutions. Il» ne mangeaient point avec le» étranger* , et ne communiquèrent leur* livre* que tri»- lard.

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