‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 80 sur 551 · CLYTEMNESTRE · texte numérisé non relu

CLYTEMNESTRE

Vous ne me parle» point, «eigneur, de la victime.

(Acte IV, scène m.)

Ces mots : Fous ne me /nr/cr point de la victime . ne sont pas assurément dans Euripide. On sait de quel sublime est le reste de la scène , non pas de ce sublime de déclamation , non pas de ce sublime de pensées recherchées ou d'expressions gigantesques , mais de ce qu'une mère au désespoir a de plus pénétrant et de plus terrible, de ce qu'une jeune princesse qui sent tout son malheur a de plus touchant et

(i)Psge ri dei'etfuotiinV-

do plus noble ; après quoi Achille dans une autre scène déploie la fierté, l'indignation, les menaces d'un héros irrité, sans qu'Agamemnon perde rien de sa dignité ; et c'était là le plus difficile.

Jamais Achille n'a été plus Achille que dans cette tragédie. Les étrangers ne pourront pas dire de lui ce qu'ils disent d'Hippolytc, de Xipharès, d'Anliochus, roi de Comagènc , de Baiazct même ; ils les appellent monsieur Bajazet , monsieur Anliochus , monsieur Xipharès, monsieur Hippolyto; et, je l'avoue, ils n'ont pas tort. Cette faiblesse de Racine est un tribut qu'il a payé aux mœurs de son temps , à la galanterie de la cour ^c Louis XIV, au goût des romans qui avaient infecté la naticj, au\ exemples mêmes de Corneille, qui ne composa jamais une tragédie sans y mettre de l'amour, et qui fit de cette passion le principal ressort de la tragédie de Polyeucte, confesseur et martyr, et de celle d'Attila, roi des Huns, et de sainte Théodore qu'on prostitue.

Ce n'est que depuis peu d'années qu'on a osé en France produire des tragédies profanes sans galanterie. La nation était si accoutumée à cette fadeur, qu'au commencement du siècle où nous sommes, on reçut avec applaudissement une Electre amoureuse, et une partie carrée de deux maîtresses dans le sujet le plus terrible de l'antiquité , tandis qu'on sifflait l'Electre de Longepicrre, non-seulement parce qu'il y avait des déclamations à l'antique , mais parce qu'on n'y parlait point d'amour.

Du temps de Racine, et jusqu'à nos derniers temps, les personnages essentiels au théâtre étaient \'<t mouvoir et Vamoureuse, comme à la foire Arlequin et Colambine. Un acteur était reçu pour jouer tous les amoureux.

Achille aime lphigénie, cl «lie doit; il la regarde comme sa femme , maU il est beaucoup plus fier , plus violent qu'il n'est tendre ; il aime comme Achille doit aimer , et il parle comme Homère l'aurait (kit parler s'il avait été Français.

Axe cinquième.

M. Luneau do Bc-isjermain , qui a fuit une édition de Racine avec des commentaires, voudrait que la catastrophe d'iphigénie fût en action sur le théâtre. -«Nous n'avons, dit-il, qu'un regret à former, c'est que Racine n'ait point composé sa pièce daus un temps où le théâtre fût, comme aujourd'hui, dégagé de la foule des spectateurs qui inondaient autrefois le lieu de la scène; ce poète n'aurait pas manqué de mettre en action la catastrophe qu'il n'a mise qu'ep récit. On eut vu d'un côté un père consterné , une mère éperdue, vingt rois en suspens, l'autel, le bûcher, le prêtre, le couteau, la victime; hé! quelle victime! De l'autre, Achille menaçant, l'armée en .meure, le sang de toutes parts prêt à couler; Eriphile alors serait survenue ; Calchas l'aurait désignée pour l'unique objet de la colère céleste, et cette princesse, s'emparant du couteau sacré, aurait expiré bientôt sous les coups qu'elle se serait portés, n

Cette idée paraît plausible au premier coup d'œil. Cest ou effet le sujet d'un très-beau tableau , parce que dans no tableau on ne peint qu'un instant ; mai» il

serait bien difficile que, sur le thé.itrc, cette action qui doit durer quelques montons, ne devînt froide et ridicule. Il m'a toujours paru évident que le violent Achille, l'épéc nue, et ne se battant point, vingt héros dans la môme attitude comme dus personnage.-:: de tapisserie, Agamcranon roi des rois n'imposant a personne, immobile dans le tumulte, formeraient un spectacle assez semblable au cercle de la reine eu cjre coloré! par Benoît.

Il est des objet» que l'on judicieux Doit offrir 1 larmUe , et reculer dta jeux.

Il y a bien plus; la mort d'Ëriphile glacerait lespectatcurs au lieu de les émouvoir. S'il est permis de répandre du sang sur le théâtre (ce que j'ai quelque peine à croire), il ne faut tuer ajue des personnages auxquels on s'intéresse. CVst alors que le cœur du spectateur est véritablement éme , il vole audcvaul du coup qu'on va porte, il epigne de la blessure, on se plaît avec douleur à rcir tomber Zaïre sous le poignard dX)ro»manc dont elle est idolâtrée. Tuer, si vous voulez, ce que vous aimez; mais Diluez jamais une personne indifférente; le public sera très-indifférent à cette mort : on n'aime point du tout Ëriphile. Racine l'a rendue supportable jusqu'au quatrième acte ; mais, dès qu'lpliigénie est en péril de mort, Ëriphile est oubliée, rt bientôt haie : elle ne ferait pas plus d'effet que la biche de Diane.

On m'a mandé depuis peu qu'on avait essaye a Paris le spectacle que M. Luucau do Boisjcrni;ùii avait proposé, et qu'il n'a point réussi. Il faut savoir qu'un récit écrit par Racine est supérieur à toutes les actions théâtrales.

D'Athalie.

Je commencerai par dire d'Athalic que c'est là que la catastrophe est adioiiabk-meut en action, c'est laque se fait la reconnaissance la plus intéressant?: chaque acteur y joue un grand rôle. On ne lue point Athalic sur le théâtre ; le fils des rois est sauvé, cl est reconnu roi : tout ce spectacle transporte les spectateurs.

Je ferais ici l'éloge de cette pièce, le chef-d'œm ;e de l'esprit humain, si tous les gens de goùl de l'Europe ne s'accordaient pas à lui donucr la préférence sur presque toutes les autres pièces. On peut condamner le caractère et l'actici du grand -prêtre Jou.l; sa conspiration, son ^natisme peuveut être d'un trèsmauvais exemple; aucun souverain, depuis le Japon jusqu'à Naples, ne voudrait d'un tel pontife; il est factieux, insolent, enthousiaste, inflexible, sanguinaire; il trompe indignement sa reine; il fait égorger par des prêtres cette femme âgée de quatre-vingts ans, qui n'en voulait certainement pas à la vie du jeune Joas ,^u' 'elle voulait vici er comme son itropre(il>.

J'avoue qu'en réfléchissant sur cet événement, on peut détester la personne du ponli^ ; mais ou admire l'auteur, on s'assujettit sans peino à toutes les idées qu'il présente, on ne pense, en ne sent que d'après lui. Son sujet d'ailleurs respectable ne permet pas les critiques qu'on pourrait faire, si c'était un sujet d invention. Le spectateur suppose , avec Racine , qnç

Joui est <ra droit de foiucâmU cequilikit; et ce principe OM fi>ii poéd^oibcsaurksiu^iieilfcpièckast op que noueasopsde pliu» paifritmqntcaoduit, do plus simple et d* pipa sutoinui. Gcjqui ajottlq ou^oro au m<-mto de, «j* ouwaa^x> «test que de. tous 1m sujets c'était As pJastdjffieilB i traiter.

Ou a imprimé avec que^a^o fondement q/toJAecinq avait ioùti dBJ«s ectto pit oe plUaicHT» endroits de la tragédie de la Ligue faite pnr Jo^iuoilIp^dî'out Mtithieu , historiographe de, irr:;nçs sous Henri IV, écrivain qui ne fesait pas, «oMcs vers peur son, temps. Constance dit dans Va tragédie de Matthieu ;

Je reAwte<moo Dieu, c'ftrt lui tenl que jeeram...

Oan'caf poifH df^aiiUquand o»« Oitmpoar p*m U «jujirf iHoM-l» tt nourri! Ica.coilxpm*, Il donne la ptuire aoS>Hne» paucrepu*, Aux.Letes.des foriu^des prç*ctjJçs mpuuencs : Tout vit d<- m bonté,

IVacinp dit :

Je ereïof Pwnrf flh*t Alwer, et n'ai point,d autre crainte.

(Atlialic, acte 1, xx-pc 1.) Dieu laitea-t:il jamais »e» en(ar» au besoin ? Aux petits de* -oiseaux il donuo hur pâture, tit*» iMMêfHmi «irumM- 1* nature,

(Act»K,«*nf VU.}

Lo plagiat paraît ,eonsiblp, et cependant ce n'en est point un^ rie» n'est plu* naturel quo d'avoir les mCincs idées sar le-méme sufat. D'ailleurs Rapine et Matthieu ne sont pas las proaùors qui aient exprimé des popsecs dont on trouva le, fond dans plusieurs endroits de l'Ecriture»

Des chefs-fetuvre tragiques fronçait.

Qu'oses ajt-on placier parmi les chefs-d'œuvre, reconnus pour tels en France et dans les autres pays, après Iphigénie et Àthalic ? nous mettrions une grande partie de Cinna , les scènes supérieures dos lioraces, du Cid», de Pompée, de Polycuctc; la fin de Rodogunc; le rôle parfait et inimitable de Phèdre , qui Petnporte sur tous les rôles; celui d'Acomat aussi bcaa en son genre; les quatre premiers actes de Britannicus; Andromaquc tcut entière, a une scène près de pure coquetterie; les rôles tout cutiers de Rcrxanc et de Monisae, admirables Tira et 1 autre dans des genres toat opposés; des morceaux vraiment tragiques dans quelques autres pièces ; mais après vingt lionnes tragédies > sur phi s de quatre mille , qu'avonsnous? rien. Tant mieax. Nôns l'avons dit ailleurs : Il fnut que le beau soit rare, sans quoi 11 cesserait d'être beau.

Cqmédie.

Bk parlant de la tragédie, je n'ai point osèVIOnncr des règles; il yr pHis de bonnes dissertât *>ns que de hounc» pièces; et, si un jeune homme q*»> ân gt^nie veut connaître les règles importantes de t-.* art , il lui suffira de lire co que Boilcau en dH dans $or art poé. tique , et d'en être bien, pénétré : j'en dfs autant de la comédie.

J'écarte la» théorie, et. je n'irai guère au delà de l'historique. Je demanderai seulement pourquoi les Grecs et les Romains firent toutes leurs comédies en

*era, et pourquoi les modernes ne les fout souvcal ([(t'en prose ?r N'est tço pose) que l>»nt est beaucoup .plus aise «pie- V/mtm , «4$ue,lpsJawra*MrMott^nTe veulent réussir «mm heaucoupdotraveQ? Wnéleai£t «an T^lémaque e* posa parce qu'ils pnuvsii le jCuj re en esas»

L'abbé d'Aubignac , qui connue, prédicateur du roi , s» «roy ait s aounne |o aiu* eJoqjwai du rpjvauuw^ c*,qui, pouisavois lu, h poétique, d'Aristotf, pensait ^tnc lc ma^ra de Corneille, fit sue tragédie eu prose, dont la refvésantation as put être ac^avéô, et que jaaiais. personne n'aîjae.

La Motte ,«'c tant, laissé persuade? que son esprit était infiniment, aur-dossa» de sondaient peex Ja,poér m, demapdApaxdo» au public do Vôtre abaissé ju*qu'i fairo des vers. ,11 donna une ode on,prose et mut u.içédie en, prose»; «t onse moqua , de lui», 1| n'en, a pas été, de même de la comédie), Molière ayait.ûcrai son Avanerea prose pour le mettre ensuMet un Ma-*; usais il, parfit si, bon qoe les oomédi^is voulurent le jouer tel qu51. était, et.qna. persoona,BP^dap«iat touohor.

Au contraire , Le conrivo de Piom», qu'on a si mal à propos appela le Festin, do Pierre., ^itvcçsifié après la uiortdo Mplièwi par ïbasaas Goraeilla > etcsl ton. jours joué de ceue facoau

Jo pense. que personne, ne s'avisera, de vor«i6cr I»; Gcorçe Danjiu. La diction en, est si najvc, si pjaisante, tant de traits do cette ipièce sontde»anu»|»ïOr veibos, qu'U scrohle qu'on; les .gâterait si onvoalait las mettre, en ver».

Ce n'est peut-être pas .une idée fausse de -penser qu'il j a des piaisaotjeijes «a; prose et de*pjai$antene^ de vers. Tel bon conte, dans la conversation, dev^adi-ait insipide s'il était rimé;, et tel, autre, no réussira bien qu'on rimes. Je pense que M, et uuudiuucjde.^ov tenvUlc^. et madamo la coatessc, d'Jïsparbiftnasj ne seraient point si plaisans s'iJarimsient. Vaui danaie» grandes pièces remplies do portruiis ^ de oieaim«4 i de récits, et dont les personnages ont des caractère» fortement dessines , teHes que le Misanthrope , le Tartuffe, 1 Ecole des.feaunw, celle des, marw», les Fcnupca sava#tes> le Joueur , I a» >Tcrs>*ie «parais seau absolainankjnécessaires., et j'ai Voujoats «iode,J>avis de MieJbri.Moatoigne* qui dit;M qae.la>scatetKa>, pressiic aax pieds nembreuxde la poésie» «aieve-soo ûap d'une plus rapide secousse. »

No répétons. point jpitco qnfoaja tant dit do Mo-

aa>-deevsus des comiques de toutes les natsons.aar ciennM et modernes. Despréaax a «iit s

Maissirst qnc «fan irait de tes £ita!e* main» T.ia Parque Veat*rtiyfc du ooiïtNw -dfs Hiiaïama t Ou -rrtonnut Jo pria de sa icute Arlipma. L'i'uMlile CUtniUir, îvik Lui icrriaséa,

l o vaiudVti coup ai rude eapéra revenir , Ct sur u* brodequins ne put plu» se tenir.

ftu.pkij est un,paa.rudp à l'oreille; mais Boiitau as ait raison^

Qcpaajrô^a^ araur© dwis larjuclle la France perdit Molière» on.ac vit pas u«e seule pièce supportable jasqu'an; Joueur du trésorier do France Re-

gnard, qui fut joué an 1697; et fl faut avouer qu'il n'y a eu que lui seul, après Molière, qui ait fait de bonnes comédies en rets. La seule pièce de caractère qu'on ait eue depuis bù * été le Glorieux de Destouches, dans laquelle tous les .persomuges ont été généralement applaudis, excepte malheureusement celui du Glorieux qui est le sujet de la pièce.

Rien n'était si difficile que de faire rire les honnêtes gens : on se réduisit enfin à donner des comédics romanesques qui étaient moins la peinture CJt lo des ridicules que des essais de .tragédie bourgeoise; ce fut une espèce bâtarde qui, oVtantni comiquo ni tragique, manifestait l'impuissance de faire des tragédies et des comédies. Cette espèce cependant avait un mérite, celui d'intéresser; et, dès qu'on intéresse, on est. sûr du succès. Quelques auteurs joignirent aux talcns que ce genre érige* celui d* semer leurs pièces de vers heureux. Vofci woime ce gettre s'introduisit. •

Quelques persotaeasl sieumsaient » jourr dans un chAteau de petiw» comédies qui tenaient dis cm Arecs qu'on appelle parades: on en fit une eulaftneè t^3a, dont le principal personnage était le fils d'un nc«o- . i^ deBorQW^s-oon-hommtî, et matin fort gvteso», loquei, eroyamt avoir perdu sa femme et son Us, venait so remarier i Paris après-un long voyage

Sa fitame Mail m* rapertinebtt mri eTteft véntre r.HTt! ta grande dame dans la capitale, minier une grand* partie du bien acquis par son mari, e* marier ton fils à QM dvmotsene de eondiKon. Le fils, beaucoup pins hnp<vrUnent que lamère, se 'donnait des aie» de wi^oooj-;'et soft plus» gread air ét&it'de mépri» sur bewconip«a femme, tlaqueNe était wr modVHe de vertu et du raison. Cette faune femme PaeeaHait de i'oas ppocéii's sans se plaindre, payait* ses dettes secrèteflienc qiMi nd il avait ioud'tl perdu sftr sa "parole , et lui faisait tenir des petit» présens très'-galans sous des noms supposés. Cette «enduite rendait notre jeune homme encore plus Art; le marin revenait à la fin de la pièce, et mettait ordre il tout.

Une actrice de Paris, fille de beaucoup d'esprit, nommée mademoiselle Quioault^ayaut v» cette farce, conçut qu'on en pourrait faire une comédie trèsintéressante , et d'un genre tout nouveau pour les Français, en exposant sur le théâtre le contraste d'un jeune homme qui croirait en effet que c'est un ridicule d'aimer sa femme,, et une épouse respectable, qui forcerait enfin -srns mari » l'aimer publiquement. Elle pressa l'auteur d*M faire «rte pièce régulière, noblement écrite ; mais» ayant été refasse , elle demanda permisjsron de donner ce saje* » M. do la Chaussée, jeune homme qui ftsait fort bien des vers, et qui avait de- la rorrvetian dans, le style. Ce fut ce qui valut au p.dtfo le Préjugé à la mode.

Cette pièce était bien froide après celle de Molière et do Kegnard ; dtfr ressemblait à un homme un pou posant qui d»«se avec pies de justesse que de grâce. Laurearveulut mêler m ptaimnrerie aux bcairx sentiment; il iatneduisit deux marquis tfu'fl crut comiques, et qui ne purent que forcés et insipides. L'un dit a l'autre :

«la niutrtw est Yohftt de not

L'tmlwni <le eboUk la awida* teop jwrplrM. "M» fo^, nurquis, il faut «voir jilié du tes*.

•eu Ut, setas V. )

Ce n'est pas ainsi que Molière £nt parler sos personnages. Dès. lors Je comique fut banni <du la comédie- On y substitua le pathétique; on' disait que c'était par bon goiU, mais c'était par stérilité

Ce n'est pas que deux ou trois •cOBes<p«Ui«ikln<<s ne puissent faire un trés-bua «Set. Il j «n a de» exemples dans Térence; ÏLy en a dam Molière : mais il faut après cela revenir à la peinture naïve et plaisante des mœurs.

On ne travaille dans le goût de la tonu;die larmoyante que parce qucoe genre est plus- aisé; mai* cette facilité même le dégrade; en un mot , les Français ne surent plus rire.

Quand la comédie fu^nsi défiguré*) la tragédie le fut aussi : en donna des pièces barbares, et 'e thé.1tro tomba : mais il peut surélever.

Detopâhi.

C'est à deu« cardiuaftk 'ifttbi ht tragoû i« et1 l'opéra doivent leur étabilssvawrt eu Prant*; car ce Ai» .<,<»« Kichclicuque Corneille fit son apprentissage,: parn-.i les ein<r auteurs quo ce miaistrs ftsait traVuiiiei

pi* a, et où il glissait souvent nombre de rrè*m*uvais vers de sa façon : eï ce fia* toi encore qui, ayant persécuté le Cid,cut le bonheur d'inspirer à Cortsritle ce noble dépit et cette généreuse opmifcrete qai lui

tetdc

Le cardinal Msouwi» fit coanaltre aux FHJt&i$ l'opère, qisi nefiÉtd\abord qu* ridee* , quoique le ministre h'y travaillât points

Ce fut M 1647 qui* fit venir pour tap rentière ibis une teeape entière de musft W iialfei*, des déroratcurs et un orchestre : on représenta au Loutre la tragi - comédie d'Orphée an Vers' iisasena M est musique : ce spectacle ennuya teueBerti. Ires-peu de gens entendaient l'ilattèa? presque personne ne savait la musique) et t&jl le monde baissait Te cardinal : eette fête», qui ceéte beaucoup d argent, fut sifflée; et bientôt âpres les plais, tas do te temps- iA firent le grand Ballet, et le ôreuledeéa fuite de Màzarin, dansé sur le théâtre-do la France par lai-*** rire et par ses adluTena. Voiln loutft ia té compense qu'il eut d'avoir voulu plaire à la nation.

Avant luiioft ataiteu dos hal|«ts«v Pnnee detr lu lomttMsicement du seiaiCoitf sirele ( èt eklf» C*-s ballets il y avait toujours eu qoeique NUstyfe d'ftte en deux voix , queiqueibis accompsgnâea dntibfteurt qui n'étaient guère autre chose qu'un plai^hant g¥#gorien. Les filles d'AchdoOs, les sirène*, ftva^nt chawé en i58a aux noces du duo do Joyeuse 3 mais c'étaient d'élraages sirènes.

Le cardinal Masaxin ne se rebuta pas dq mauvais succès de son opéra italien; et, lorsqu'il fin lootpuissant , il fit revenir ses musiciens italieilsqui chantèrent le Noazedi Velco e di Tctide en trois actes, en 1654. Louis XIV y dansa; la nation fut charmée de

16t* Dieu

voir sou roî , jeune , d'une taille majestueuse et d'une figure aussi aimable que noble, danser dans sa capitale après en avoir été chassé ; mais Topera du cardinal n'ennuya pas moins Paris pour la seconde fois.

Mazarîn persista; il fit venir en 1660 le signor Cavalli, qui donna daii» la grande galerie du Louvre l'opéra de Xencès en cinq actes; les Français bâillèrent plus que jamais, cl se crurent délivrés de l'opéra .italien par la mort de Mi/arin, qui donna lieu, en 1661, à mille épitaphes ridiculc3, et à presque autant de chansons qu'on en avait Tait contre lut pendant sa vie.

Cependant les Français voulaient aussi dès ce temps-la même avoir un opéra dans leur langue, quoiqu'il n'y eut pas un seul homme dans le pays qui sût faire un trio , ou jouer passablement du violon ; et dès l'année i6")f), un abbé Pcrrin lui croyait faire des vers, et un Cambert, intendant d« douze violons de la reine-mère, qu'on appelait ta pxu ique île France , fircnl chanter dans le village d'Issi une pastorale qui , en f.iit d'ennui , l'emportait sur le.« llacolc amant-*, cl sur les iïozze di l'eleo.

En 1669, le mémo abbé Pcrrin et le même Cambert s'associèrent avec le marquis de Sourdeac, grand machiniste qui n'était pas absolument fou, mais dont la raison était très- particulière, et qui se ruina dans cette entreprise. Les commcncemcns en parurent heureux; ou joua d'abord Pomone, dans laquelle il était beaucoup parlé de pommes et d'artichauts.

On représenta ensuite les Peines et les plaisirs de l'Amour; et enfin Lulli, violon de Mademoiselle, devenu surintendant de la musique du roi, s'empara du jeu de paume qui avait ruiné le marquis de Sourdeac. L'abbé Pcrrin inruinable se consola dans Paris à faire des élégies et des sonnets, et même à traduire l'Enéide de Virgile en vers qu'il disait héroïques. Voici comme il traduit, par exemple, ces Jeux vers du cinquième livre de l'Ênéide (v. 48*)) ;

Sta nitur t cxanimUipit Unment protwnhit humi bot.

Dao» n-i 09 fracassé» enfonce ron énmf,

Et tout tremblant, et mort , ea dm loti) tu le boref.

On trouve son nom souvent dans les Satires de Boileau, qui avait grand tort de l'accabler : car il ne faut se moquer ni de ceux qui font du bon, ni de «•eux qui font du très-mauvais, mais de ceux qui, « tant médiocres, se croient des génies, et font les importans.

Pour Cambert, il quitta la France de dépit, et alla î .ire exécuter sa détestable musique chez les Anglais qui la trouvèrent excellente.

Lulli , qu'on appela bientôt monsieur de ImIU , s'associa très-habilement avec Quinault, dont il sentait tout le mérite, et qu'on n'appela jamais monsieur <■(■ tJuinnuU. Il donna dans son jeu de paume de Bél iii , en 1675», le Fêtes de l'Amour et do Bacchus, composée* par ce poète aimable; mais ni les vers, ni la musique ne furent dignes de la réputation qu'ils acquirent depuis; les connaisseurs seulement estimèrent beaucoup une traduction de l'ode charmanlc d Horace (liv. 3, od. 9, vol. 1):

Don ce jrdlut ertim tîbi, Nec tfuitquam fetior brachia candidir

Cervici juvtn'ti dabtt , Per*ernm vicui r«je oeotior.

Cette ode en effet est très- gracieusement rendue en français; mais la musique en est un peu languissante.

Il j eut des bouffonneries dans cet opéra, ainsi que dans Cadmus et dans Alceste. Ce mauvais goût régnait alors à la cour dans les ballets, et les opéras italiens étaient remplis d'arlequtnadcs. Quinault ne dédaigna pas de s'abaisser jusqu'à ces platitudes.

Tu £aia la ejimnee tri pleurant, Je ne pu» ni 'empêcher de rire.

lâh ! vraiment , je vons trouve bonne, Est-ce a tous , petite mignonne r* reprendre ce <jue je di.?

M«§ pauvre» compagnons , belae '.

Le dragon n en a fait qu'un fort léger repai.

Le dragon étendu ! Ke fait-il point le mort ?

Mais dans ces deux opéras d'Alcest* et de Cad mus, Quinault sut insérer des morceaux admirable* de poésie. Lulli sut un peu les rendre en accommodant son génie à celui de la langue française ; et comme il était d'ailleurs très-plaisant, très- débauché, adroit, intéressé, bon courtisan, et par conséquent aim«S des grands, et que Quinault n'était que doux et modeste, il tira toute la gloire à lui. 11 fit accroire que Quinault était sou garçon poète, qu'il dirigeait, et qui sans lut ne serait connu que par les Satires de Boilcan. Quinault, avec tout son mérite, resta donc en proie aux injures de Boileau, et à la protection de Lulli.

Ccpcudant rien n'est plus beau , ni même plus sublime que ce chœur des suivans de Pluton dans Alceste. (Acte FV, scène III.)

Tout mortel doit ici paraître.

On ne peut naître

Oue pour mourir.

De cent maux le trépas délirre :

Qui cherche a vivre ,

Cherche a souffrir. ....

... ' Est-on sage

De fuir ce p*»5age

Cesl on orage

Qui mène au port.....

Plaintes, ena, larmes,

Tout est aima ann< i

Coati e la mort.

Le discours que tient Hercule à Pluton paraît digne

de la grandeur du sujet. (Acte IV, scène V.)

Si c'est le faire outrage D'entrer par force dnns ta cour, Pardonne il mon courage, Et fais grâce 4 l'amour.

la charmante tragédie d'Atis, les beautés ou nobles, ou délicates, ou naives, répandues dans les pièces suivantes, auraient dû mottre le comble à la gloire de Quinault, et ne firent qu'augmenter celle de Lulli, qui fut regardé comme le dieu de la musique. 11 avait en effet le rare talent de la déclamation :

il sentit de bonne heure que, la langue française étant la seule qui eût l'avantage des rimes féminines et masculines, il Cillait la déclamer en musique différemment de l'italien. Lulli inventa le seul récitatif qui convînt a la nation, et ce récitatif ne ponvait avoir d'autre mérite que celui de rendre fidèlement les paroles. 11 fallait encore des acteurs, il s'en forma; c'était Quinault qui les exerçait , et leur donnait l'esprit du rôle et l'Ame du chant. Boileau (Satire io, v. 1 40) dit que les vers de Quinault étaient des

.... lieux communs de momie lubrique, <W Lulli réchauffa des ions de aa musique.

Cétait au contraire Quinault qui réchauffait Lull*. Le récitatif ne peut être bon qu'autant que les vers le sont : cela est si vrai qu'à peine , depuis le temps de ces deux hommes faits l'un pour l'autre, y cut-U i l'opéra cinq ou six scènes de récitatif tolérables.

Les ariettes de Lulli furent très-faibles, c'étaient des Barcacolcs de .Venise. Il fallait pour ces petits airs des chansonnettes d'amour aussi molles que les notes, Lulli composait d'abord les airs de tous ces divertissemens; le poète y assujettissait les paroles. Lulli forçait Quinault d'être insipide; mais les morceaux vraiment poétiques de Quinault n'étaient pas des lieux communs de morale lubrique. Y a-t-il beaucoup d'odes de Pindare plus fières et plus harmonieuses que ce couplet de l'opéra de Proserpine ? ( Acte I". scène I". )

Lei aopcibes geau», arme» contre Ici dieux, Ne noua donnent plu* d épouvante;

Des monta qu il* rututuilcnt pour attaquer le* Noua avoua vu tomber leur chef audacieux

Soua une montagne brûlante :

Jupiter l'a coutraiut de vomir a no* yeux Le* reale* enflammes de M rage expirante;

Jupiter est victorieux.

Et tout cède i l'cflurt de sa maiu fuuAroyjiitf. Goùtona dans ce* aimable» lieux Le* douceurs d'une paix charmante.

L'avocat Brosscttc a beau dire ; l'ode sur la prise de Nam ut, avec ses monceaux de piques, de corps morts, de rocs, de briques, est aussi mauvaise que ces vers de Quinault sont bien faits. Le sévère auteur de l'Art poétique, si supérieur dans son seul genre, devait être plus juste envers un homme supérieur aussi dans le sien ; homme d'ailleurs aimable dans la société, homme qui n'offensa jamais personne, et qui humilia Boileau en ne lui répondant point.

Enfin , le quatrième acte de Roland , et toute la tragédie d'Armido furent des chefs - d'œuvre de la part du poète ; et le récitatif du musicien sembla même en approcher. Ce fut pour l'Arioste et pour lu Tasse , dont ces deux opéras sont tirés, le plus bel hommage qu'on leur ait jamais rendu.

Du récitatif de Lulli.

Il faut savoir que cette mélodie était alors à peu près celle de l'Italie. Les amateurs ont encore quelques motets de Carissimi qui sont précisément dans ce goût Telle est cette espèce de cantate latine qui fut, si je ne me trompe, composée par le cardinal Dclpbini.

oict. mu.

Sun» brevtt muadi rotai, S uni fuijilivi flores; Frondes veluti annota , SunHab.lt, honora.

Velocimmo curtu Fhiinit «nui; iSic-ttl ctlerts vemti, S ir ut ia<jitt« rapi<i> ,

durai «rlcrnùm sut) art*).

Rapit onmia ritjiia tort' Implacabili, funtsto telo Ptrit omnim liviia mors , Est fola in ceci Jucundilat «incera, VolupUu para,'

s nube dit*, tic.

Bcaumaviel chantait souvent ce motet , et je l'ai rutendu plus d'une fois dans la bouche de Thévcnard ; rien ne me semblait plus conforme à certains morceaux de Lulli. Cette mélodie demande de l'âme, i faut des acteurs, et aujourd'hui il ne faut que des l'uanteurs; le vrai récitatif est une déclamation sotéc, mais on ne note pas l'action et le sentiment.

Si une actrice, en grasseyant un peu, en adoucissant sa voix, en minaudant, chantait :

Ah 1 je le tient, je tien* ton cœur perfide. AhljelinmmUimafiimir,

elle ne rendrait ni Quinault ni Lulli; et elle pourrait, en fesant ralentir un peu la mesure, chanter sur les uiO mes notes :

Ah ! je les toi», je rot* to» yeux aimable*, Ah! je me rend* a leur, attrait*.

Pcrgolèsc a exprimé dans une musique imitatrice ces beaux vers de VArtaserse de Metastasio; Va soleando un mar crudd»

Stn%a vtle , Sema Marie.

Freme l' onàa , il ciel «' tmoruiuf, Cmce il «en!©, e manca l'art»; E il roltr délia fortuna Son cottrelto a utjuitar, etc.

Je priai une des plus célèbres virtuoses de me chanter ce fameux air de Pcrgolèsc. Je m'attendais à frémir au mar ciudelc, au freme fonda, au crcsrc il vento; je me préparais à toute l'horreur d'une tempête : j'entendis une voix tendre qui fredonnait aves grâce l'haleine imperceptible des doux zéphirs.

Dans l'Encyclopédie , à l'article Exparssiojî, qui est d'un assez, mauvais auteur de quelques opéras et de quelques comédies, on lit ces étranges paroles : « En général la musique vocale de Lulli n'est autre , on le répète , que le pur récitatif , et n'a par ellemême aucune expression du sentiment que les paroles de Quinault ont peint. Ofait est si certain, que , sur le même chant qu'où a si long-temps cru plein de la plus forte expression, on n'a qu'à mettre des paroles qui forment un sens tout-à-fait contraire, et ce chant pourra être appliqué à cc.« nouvelles paroles aussi bien pour le moins qu'aux anciennes. Sans parler ici du premier chœur du prologue d'Amadis, où Lulli a exprimé éveillons-nous comme il aurai» fallu exprimer endormons-nous, on va prendre pour exemple et pour preuve un de ses morceaux de la plus graude réputation.

SI

bichonnai ru:

■« Qu'on lise d'abord les vers admirables que Quinault met dans la bouche de la cruelle, de la barbare Méduse (l'ersée, acte HI, scène l") :

Je porte l'épouvante et la mon en ton* lieux. Tout se cbûige en rocher A mon aspect borrible ; Les traits <ju>" Jupiter Unce 'du I

N'ont rien de si terrible

Qu'un regard de me* yt

*« II n'est personne nui ne sente qu'un chant qui serait l'expression véritable de ces paroles, ne saurait servir pour d'autres qui présenteraient uu sens absolument contraire; or lo ebant que Lulli met dans la bouche de l'horrible Méduse, dans ce morceau et dans tout cet acte, est si agréable, par conséquent si pou convenable au sujet, si fort en contre-sens, qu'il irait très-bien pour exprimer le portrait que l'amour triomphant ferait de lui-même. On ne représente ici, pour abréger, que la parodie de ces cinq vers, avec leur chant. On peut être sûr que la parodie très-aisée i faire du reste de la scène, offrirait partout une démonstration aussi frappante, a

TU

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