ASTRONOMIE
Et encore quelques réflexions sur l'Astrologie.
M. Duval, qui a été, si je ne me trompe, bibliothécaire de l'empereur François I", a rendu compte do la manière dont un pur instinct, dans son enfance, lui donua les premières idées d'astronomie. Il contemplait la lune qui, en s'abaissant vers le couchant, semblait toucher aux derniers irbres d'un bois; il ne douta pas qu'il no la trouvât derrière cet arbres; il y courut, et fut étonné de la voir au bout de l'horizon.
Les jours suivant la curiosité le força de suivre le cours de cet astre , et il fut encore plus surpris de le voir se lever et se coucher à des heures différentes.
Les formes diverses qu'il prenait de semaine en semaine, sa disparition totale durant quelques nuits , augmentèrent son attention. Tout ce que pouvait faire un enfant était d'observer et d'admirer; c'était beaucoup, il n'y en a pas un sur dix mille qui ait cette curiosité et cette persévérance.
Il étudia comme U put pendant une année entière, sans autre livre que le ciel , et sans autre maître que ses yeux. Il s'aperçut que les étoiles ne changeaient point entre elles de positiou. Mais le brillant do l'étoile de Vénus fixant ses regards, elle lui parut avoir on cours particulier à peu près comme la Inné ; il
(*) CM irtîeW fut imprimé pour la première tica. o> ijSj des OEarrat de M. de .Vohaire.
SI
l'observa toutes les nuits, elle duparutlong-temps à sesyoux, et ii la revit enfin, devanua Moite du. matin au Heu de l'étoile du.seir.
La route du soleil , qui de omus eu mois se lésait «t se couchait dans de* entkuiia du ciel diflerens, ne lui échappa point; ttaïasqua. les, salrticas mo deux piqueta, sans savoir ce que c'était que les solstk •* ( i ).
Il me semhle que l'on porterait profiter do cet exemple pour enseigner J'aoUionomiei à uo salant de dix à douxe ans, beaucoup plut fhcileeaaot que cet enfant esUaordiuaire dont je parie nani lui- mémo les premiers élémcng»
esprit bien dispose par la nature , de voir que les différentes phases de la lune ne soot autre chose que celles d'une boule autour de laquelle, on frfctcnaner un flambeau ijlù tau tôt eu laisse veie un quart tantôt une moitié, et qui la laisse invisible quand ou met un corps opaque entre aile et le flambeau. C ou ainsi qu'en usa. Galilée lorsqu'il expliqua lce uer&iblcs principes de l'astronomie d et. tut le doge et le* sénateurs do Venise sur lu tour de Saint -.M sic 4 il deuion-
En afiet, non - seulement un enfant.,, mais nn homme mûr qui u'avu les constellations uue sur dt?s cartes, a beaucoup de peine a les reconnaître quand il les chercha dans le ciel. L'enfant oomeevr» tréshieD en peu de temps les. causes da la ccmra» appâtante du soleil, et de la révolution journalière des
U reconnaîtra surtout les constellations a l'aide de ces quatre vers latins, laits pur un astronome il y a environ cinquante ans, et qui ne sont pas a*»cx
connus.
Delta aria, Perteum tauna, geminiqve capdhm, N il cane*, platulmat Uo , *irgo commit, atgu* baottm , Libra anguem, anguiftrum fat itarpiu», Àntinoum arc ut, Delphi
Les systèmes de Ptolomée et de Ticho - Brahé , ne eut pas qu'on lui en parle, puisqu'ils sont faux; Us ne peuvent jamais servir qc'à expliquer quelques passages des anciens auteurs qui ont rapport tut erreurs de l'antiquité; par exemple, dans le second livre do MtUamorphoses d'Ovide, le soleil dit à Phaèton (vers 70, 72, :
Jddt quoi têiiJuJnnjitm-xtrtigtnt eo>/um,
iV/tcr in advertum, nec me, qui en-tant vinat Impetus, et rapiJo contraratu evthor ortL Un mouvement rapide emporte l'cmpyrec, Je résiste moi seul , moi seul je soi» vainqueur. Je marche contre lui dan* ma courte «Murre.
Cette idée d'un premier mobile qui fesait tourner nn prétendu firmament en vingt-quatre heures d'un, mouvement impossible, et du soleil qui , entraîné par ce premier mobile, s'.ivaii';ait pourtant insensiblement d'Occident en Orient par un mouvement propre qui n'a aucune cause, ne ferait qu'embarrasser un jeune commençant.
f 1 ) Il n'est peut -être pa» intuile de (aire observer ici que ott
t, qui devint un homme de lettre tre*-io»truit et d'un e»prit original et piquant , n'eut jamais jue des coonatMaocei trèt-
11 suffit qu'il sache que, soit que la terre tourne sur elle-même et autour du soleil, soit que le soleil •ehève sa révotation en nne année , fes apparences strat à peu prés les mêmes et qu'en astronomie on est obfigé de juger par ses veux avant que d'cxamïncr les choses en physicien.
U connaîtra bien vite la came des éclipses de fane et de soleil, et pourquoi il n'y en a point tous les mois. D loi semblera d'abord que, le sole» setroavant chaque mots en opposition on en conjonction avec la lune, nous devrions avoir chaque mois aire éclipse de lune et une de soleil. Mais des qu'il saura que ces deux astres ne se meuvent point dans an rafale plan , et sont rarement sur fat même ligne avec la terre, il ne sera plus surpris.
On lui fera aisément comprendre comment on a pu prédire les éclipses en cormaismrt la ligne circulaire dans laquelle s'accomplissent le mouvement apparent du soleil et le mouvement réel de la lune. On lui dira que les observateurs ont su, par l'expérience et par le calcnl, combien de fois ces deux astres se sont rencontrés précisément dans la même ligne avec la terre en die- neuf années et quelques heures; après qnoi, ces astres paraissent recommencer le même cours; de sorte quVn lésant les corrections nécessaires aux petites Inégalités qui arrivaient dans ces dix-neaf aimées, on prédisait au juste quel four, quelle heure, et quelle minute, il y aurait une éclipse de lutte on de soleil. Ces premiers élémeus entrent aisément dans la tête d*im enfant qui a quelque conception.
La précession des éqninoxes même ne l'effrayera pas. On se contentera de lui dire que le soleil a para avancer continuellement dans sa course annuelle d'un degré en sotxaute et douze ans vers l'Orient , et que c'est ce qae voulait dire Ovide par ce vers que nous avons cité :
Ainsi le beKer , dam lequel le soleil entrait autrefois au commencement du printemps, est atrjoard'hm s la place où était le taureau; et tous les almsmachs ont tort de continuîr, par un respect ridicule pont l'antiquité, à placer lettrée du soicii dans le bélier au premier jour du printemfs.
Quand on commence à possotler quelques principes d'astronomie , ou ne peut mieux fïiirc que de lire les institutions de M. hj Mercier, et/tous les articles de M. d'Alembert dans FEncyclopcdie concernant cette science. Si on les Tasserai' lit, ib feraient le traité le plus complet et le plus dair que nous ayons eu.
Ce que nous venons de dire du changement arrivé dans le ciel, et de l'entrée du soleil dans d'antres constellations que celles qu'il occupait autrefois, était le plus fort argument rontfr» les prétendues règles de l'astrologie judiciaire. Il ne parait pas cependant qu'on ait fait valoir cotte preuve avant uoire siècle pour détruire cette extravagance universelle, qui a si long-temps infecré le genre humain, et qui est encore fort en vogue dans la Perse.
Un homme né, selon ialrnanach, quand le soleil était dans le signe du lion, dorait être nécessairement courage»»; mais malheureusement il était Dé en «fie» sous le signe de la vierge ; ainsi il aurait fallu que Gauric et Jlichei Marin cusseut changé toutes les
Une chose assez pknsanU , c'est quetoutts lesJoii •if l'astrologie étaient contraire: à cojHcs de I astronomie. Les misérables charlatans de l'antiquité et leurs sots disciples, qui ont été ■ bien reçus et si bien payés chez tous -les jKvnocj -de l'Europe , ne parlaient que de Mars et ds Vénos stationnai res et rétrogrades. Ceux qui evnieut Mares aiienimine devaient OUto toujours vainqueurs. vè*ius M atioimam- .rendait tous les amans heureux. Sien «tait né quand Vénus était rétrograde , c'était ce qasr aoirHatt arriver de fis. Mais le sait est qnsJes trsftres i.'«e>t jamais été si rétrogrades ni stationaairas : et il statuait d'une légère ropnaisssncc de 1 optique pour le- démontrer.
Comment donc ^'est-il pu faire que, maigre la physique ele* géométrie, cotte* ridicule chimère dc l'astrologie ait dominé jusqu'à nos jours au point que noue avons tu des hommes diâtiuguîs par leurs oou-
•ntùlés taule leur vie d'une erreur si méprisable ? Mais cette erreur était ancienne, et cela suffit.
Les Égyptiens, les Chaldéeas, les Juiis, avaient prédit l'avenir; donc ou peut aujourd'hui le prédire. On enchantait les serpeus, ou évoquait des ombres; donc on peut aujourd'hui évoquer des ombres et enchanter des serpens. Il n'y a qu'à savoir bien précisément la formule dont on se servait. Si on ne fait plus de prédictions, ce n'ost pas Ja faute de l'art, c'est la faute Jet m:\sUss. Michel .Morin est mort avec ton secret. Cost aiasi que les alchimistes parient de la pierre puilotopliale. Si nous ne la -trouvons pas aujourd'hui, disent- Us, c'est que nous ne sommes pas eucore assez au sait; mais il est certain qu'elle est dans la clavicule dc .Salomon; et avec cette belle certitude, plue de deux cents familles se sont rainées eu Allemagne et en France.
Ne voua atoneei doue pais', si la ttnt entière a été la dupe de l'astrologie. Ce piavre raiscanemeiU , « il y a de faux prodige*, donc il y en a de vrais, « n'est ni d'un philoeeplie ni l'un hjjtme qui ait connu la
'!MMldc.
a Cria est f*ex et absurde, donc cela sera cru par la multitude; » voilà une maximo plus vraie.
Etonnez- Vous encore moins quo tant d'hommes, d'ailleurs très-élevés au-dessus du vulgaire, tant do princes, tant de papes, qu'on n'aurait pas trompés air le «oindre de leurs intérêts, aient été si ridienl'utMtBt séduits par cette impertinence de l'astrologie. ;U étaient très-orgueilleux et très-ignorans. Il n'y avait d'étoiles que pour eux : le reste de l'univers •:m>U de Lacanailledout Us étoiles ne se mêlaient pas. ils ressdwublaicat à ce prince qui tremblait à la vue d une comète, et qui répondait gravement à ceux ijui ne la craignaient pas : « Vous en parlez fort à otm aise, vous n'élos pas princes, »
Le fameux duc de Val&tciu ûu un des plus infatués de cette chiméro. Il se disait prince , et par consé-
quent pensait que le zodiaque avait été formé tout exprès pour bai. Il n'assiégoait une ville, ne livrait uik bataille , qu'après avoir tenu son conseil avec le ciel. Mais comme ce grand homme était fort ignorant , U naît établi pour chef de ce couse il un fripon d'Italien, nommé Jean -Baptiste Séui, auquel il entretenait un carrosse à six chevaux , et dounait la valeur de vingt mille de nos livres de pension. Jean- Baptiste Séui ne put jamais prévoir que Valstein serait assassiné par les ordres de son gracieux souverain Ferdinand II , et que lui Séui s'en retournerait à pied en Italie.
11 est évident qu'en ne peut rien savoir dc 1 avenir que par conjectures. Ces conjectures peuvent Être si fortes qu'elles approcheront d'une certitude. Vous voyez une baleine avaler uo petit garçon; vous pourriez parier di\ mille contre un qu'il sera mangé 1 mais vous n'en fîtes pas absolument sfa-, après les aventures d'Hercule, de Jonas, et de Roland le feu, qui restèrent si long-temps dans le ventre d'un poisson.
On ne peut trop répéter qu'Albert-le-Grand et le cardinal d'Ailli ont fait tous deux l'horoscope de Jésus-Christ. Us ont lu évidemment dans les astres combien de diables il chasserait du corps des possédas, et par quel genre do mort il devait finir; mais malheureusement ces deux sivans astrologues n'ont rien dit qu'après coup.
Nous verrons ailleurs que, dans une secte qui pisse pour chrétienne, on ne croit pas qu'il soit possible à l'intelligence suprême de voir l'avenir autrement que par une suprême conjecture; car Invenir n'existant point, c'est, selon eux, une contradiction dans les termes, de voir présent ce qui n est pas.
ATHEE, «zcTnorjr vacauÉRK.
a y a eu beaucoup d'athées chez les chrétiens, il y en a aujourd'hui beaucoup moins. Ce qan paraîtra d'abord un paradoxe, et qui à l'examen paraîtra une vérité, c'est que la théologie avait souvent jeté les esprits dans 1 athéisme, et qu'eafio la philosophie los en a retirés. Il fallait en effet pardonner autrefois aux buuuttes do douter dc la Di imité, quand les seuls qui la leur annonçaient, disputaient sur sa nature. Les premiers pères de l'église fesaient presque tous Dieu corporel. Les autres entente, ne lui donnaient point d'étendue, le logeaient cependant dans une partie du ciel; il avait, selon les uns, créé le monde dans le temps, et, selon les antres, il avait créé le temps : ceux-là lui donnaient un fils semblable à lui, ceux- •i n'aecordaient point que le fils fut semblable au pere. On disputait sur la manière dont une troisième personne dérivait des deux autres.
On agitait si le fils avait été composé dc deux personnes sur la terre. Ainsi la question était , sans qu'on s'en aperçut, s'il y avait dans la Divinité ciuq personnes , en comptant deux pour Jésus-Christ 6ur la terre et trois dans le ciel; ou quatre personnes, en ne comptant le Christ en terre que pour une ; ou trois personnes , en ne regardant lo Christ que comme Dieu. Ou disputait sur sa mère, sur la descente dans
l'enfer et dans les limbes, sur la manière dont on mangeait le corps de lHommc-Dicu , et dont on buvait le sang de l'Homme-Dieu; et sur sa grâce, et sur ses saints , et sur tant d'autres matières. Quaud on voyait les confidens de la Divinité si peu d'accord entre eux , et prononçant anathème les uns contre les autres, de siècle en siècle, mais tous d'accord dans la soif immodérée des richesses et de la grandeur; lorsque d'un autre côté on arrêtait la vue sur ce nombre prodigieux de crimes et de malheurs dont la terre était infectée , et dont plusieurs étaient causés par les disputes niâmes de ces maîtres des âmes, il faut l'aioucr, il semblait permis à l'homme raisonnable de douter de l'existence d'un être si étrangement annoncé , et à l'homcc sensible d'imaginer qu'un Dieu qui aurait fait librement tant de malheureux, n'existait pas.
Supposons, par exemple, un physicien du quinzième siècle qui Ut, dans la Somme de saint Thomas, ces paroles :
Virtui corfi, loto tptrmatit, sufficil rum tlemtntu et putréfaction* ci generationtm animalium imper fceterum.
« La vertu du ciel , au lieu de sperme , suffit avec les élt'mens cl la putréfaction pour la génération des animaux imparfaits. »
Voici comme ce physicien aura raisonné : Si la pouriturc suffit avec les éléracns pour faire des animaux informes, apparemment qu'un peu plus de pouritnre et un peu plus de chaleur fait aussi des animaux plus complets. La vertu du ciel n'est ici que la vertu de la nature. Je penserai donc , avec Epicurc et saint Thomas , que les hommes ont pu naître du limon de la terre et des rayons du soleil : c'est encore une origine assez noble pour des êtres si malheureux et si méchans. Pourquoi admettrais-je un Dieu créateur qu'on ne me présente que sous tant d'idées contradictoires et révoltantes ? Mais enfin la physique est née, et la philosophie avec elle. Alors on a clairement reconnu que le limon du Nil ne forme ni un seul insecte ni un seul épi de froment; on a été forcé de reconnaître partout des germes , des rapports , des moyons, et une correspondance étonnante entre tons les êtres. On a suivi les traits de lumière qui partent du soleil pour aller éclairer les globes et l'anneau de Saturne, à trois cents millions de lieues, et pour venir sur la terre former deux angles opposés au sommet dans l'œil d'un ciron , et peindre la nature sur sa rétine. Un philosophe a été donne au monde, qui a découvert par quelles simples et sublimes lois tous les globes célestes marchent dans l'abîme de l'espace. Ainsi l'ouvrage de l'univers mieux connu montre un ouvrier, et tant de lois toujours constantes ont prouvé un législateur. La saine philosophie a donc détruit l'athéisme à qui l'obscure théologie prétait des armes.
Il n'est resté qu'une seule ressource au petit nombre d'esprits difficiles qui , plus frappés des injustices prétendues (*) d'un être suprême que de sa sagesse , se sont obstinés à nier ce premier moteur. Us ont dit : La nature existe de toute éternité ; tout
(*) V.oye% Bus. (Dm huin'it mal phytif* et wwroL)
est en mouvement dans la nature; donc tout y change continuellement. Or si tout change à jamais, il faut que toutes les combinaisons possibles arrivent; donc la combinaison présente de toutes les choses a puêtre le seul effet de ce mouvement et de ce changement éternel. Prenez six dés, il y a à la vérité 46655 à parier contre un que vous n'amènerez pas une chance de six fois six ; mais auesi en 46655 le part est égal. Ainsi, dans l'infinité des siècles, une des combinaisons infinies , telle que l'arrangement présent de l'univers, n'est pas impossible.
On a vu des esprits, d'ailleurs raisonnables , séduits par cet argument; mais ils ne considéraient pas qu'il y a l'infini contre eut , et qull n'y a certainement pas l'infini contre l'existence de Dieu. Ils doivent encore considérer que, si tout change, les moindres espèces des choses ne devraient pas être immuables, comme elles le sont depuis si long-temps. Us n'ont du moins aucune raison pour laquelle de nouvelles espèces ne se formeraient pas tous les jours. Il est au contraire très- probable qu'une main puissante, supérieure à ces changemens continuels, arrêta toutes les espèces dans les bornes qu'elle leur a prescrites. Ainsi le philosophe qui reconnaît un Dieu a pour lui une foule de probabilités qui équivalent à la certitude , et l'athée n'a que des doutes. On peut étendre beaucoup les preuves qui détruisent l'athéisme dans la philosophie.
- Il est évident que, dans la morale, il vaut beaucoup mieux reconnaitre un Dieu que n'en point admettre. C'est certainement Kntérêt de tons les hommes qu'il y ait une Divinité qui punisse ce que 1» justicchumainc ne peut réprimer; mais aussi il est clair qu'il vaudrait mieux ne pas reconnaître de Dlen que d'en adorer un barbare auquel on sacrifierait des hommes, comme on a fait chsz tant de nations.
Cette vérité sera hors de doute par on exemple frappant. Les Juifs , sous Moïse , n'avaient aucune notion de l'immortalité de l'ime et d'une autre vie. Leur législateur ne leur annonce de Ta part do Dieu que des récompenses et des peines purement temporelles ; il ne s'agit donc pour eux que do vivre. Or Moïse commande aux lévites d'égorger vingt-troM mille de leurs frères pour avoir eu un veau d'or on doré. Dans une autre occasion on en massacre vingtquatre mille pour avoir eu commerce a7cc les filles du pays; et douze mille sont frappés de mort, pirec que quelques-uns d'entre eux ont voulu soutenir l'arche qui était près de tomber. On peut, en respectant les décrets de la Providence, affirmer humainement qu'il eût mieux valu , pour ces cinquante-neuf mille hommes qui ne croyaient pas une autre vie, être absolument athées et vivre, que d'être égorgé» au nom du Dieu qu'ils reconnaissaient.
Il est très-certain qu'on n'enseigne point l'athéisme dans les écoles des lettrés i la Chine, mais il y a beaucoup de ces lettrés athées, parce qu'Os ne sont que médiocrement philosophes. Or il est sûr qu'il vaudrait mieux vivre avec eux à Pékin , en jouissant de la douceur de leurs moeurs et de leurs lois , que d'être exposé dans Goa à gémir chargé de fers dans les prisons de l'inquisition , pour en sortir couvert
d'une robe cnsoilfréc, parsemée de diables, et pour expirer dans les flammes.
Ceux qui ont soutenu qu'une société d'athées pouvait subsister ont donc eu raison : car ce sont les lois qui forment la société , et ces athées , étant d'ailleurs philosophes , peuvent mener une vie très-sage et trèsheureuse à l'ombre de ces lois. Ils vivront certainement en société plus aisément que des fanatiques superstitieux. Peuplez une ville d'Epicurcs, de Simonides , de Protagoras, de Desbarreaux , de Spiuosas ; peuplez une autre vil le de jansénistes et de molimstcs, dans laquelle pensez-vous qu'il y aura plus de troubles et de querelles ? L'athéisme , à ne le considérer que par rapport à cette vie, serait très-dangereux chez un peuple farouche : des notions fausses do la Divinité ne seraient pas moins pernicieuses. La plupart des grands du monde virent comme s'ils étaient athées. Quiconque a vécu et a vu sait que la connaissance d'un Dieu , sa présence , sa justice , n'ont pa s 1 a plus légère influence sur les guerres, sur les traités, sur les objets de l'ambition, de l'intérêt, des plaisirs, qui emportent tous leurs momens. Cependant on ne voit point qu'Us blessent grossièrement les règles établies dans la société. 11 est beaucoup plus agréable de passer sa vie auprès d'eux qu'avec des superstitieux et des fanatiques. J'attendrai , il est vrai , plus de justice de celui qui croira un Dieu que de celui qui n'en croira pas : mais je n'attendrai qu'amertume et persécution du superstitieux. L'athéisme et le fanatisme sont deux monstres qui peuvent dévorer et déchirer la société; mais l'athée, dans son erreur, conserve sa raisou qui lui coupe les griffes, et le fanatique est atteint d'une folie continuelle qui aiguise le»
En Angleterre, comme partout ailleurs, il y a eu et il y a encore beaucoup d'athées par principes ; car il n'y a que de jeunes prédicateurs sans expérience et très-mal informés de ce qui se passe au monde, qui assurent qu'il ne peut y avoir d'athées; j'en ai connu en France quelques-uns qui étaient de très-bons physiciens ; et j'avoue que j'ai été bien surpris que des hommes qui démêlent si bien les ressorts de la nature, s'obstinassent à méconnaître la main qui préside si visiblement au jeu de ces ressorts.
Il me paraît qu'un des principes qui les conduisent au matérialisme, c'est qu'ils croient le monde infini et plein , et la matière éternelle ; il faut bien que ce soient ces principes qui les égarent, puisque presque tous les newtoniens que j'ai vus, admettant le vide et la matière finie , admetteut conséquemment un Dieu.
En effet, si la matière est infinie, comme tant de philosophes et Descartes même l'ont prétendu, elle a par elle-même un attribut de l'Être suprême; si le vide est impossible, la matière existe nécessairement; si elle existe nécessairement, elle existe de toute éternité ; donc dans ces principes on peut se passer d'un ., fabricateur, et conservateur de la
t Je sais bien que Descartes , et la plupart des écoles qui ont cru le plein et la matière indéfinie, ont cepen dant admis un Dieu; mais c'est que les hommes ne raisonnent et ne se conduisent presque jamais selon leurs principes.
Si les hommes raisonnaient conséquemment , Epicure et son apôtre Lucrèce auraient dû être les plu? religieux défenseurs de la Providence qu'ils combattaient; car, en admettant le vide et la matière finie, vérité qu'ils ne fesaient qu'entrevoir, il s'ensuivait nécessairement que la matière n'était pas l'être nécessaire, existant par lui-même, puisqu'elle n'était pas indéfinie ; ils avaient donc dans leur propre philosophie, malgré eux-mêmes, une démonstration uu'il y a un autre être suprôrae, nécessaire, infini, et qui a fabriqué l'univers. La philosophie de Newton, qui admet et qui prouve la matière finie et le vile, prouve aussi démonstrativemont un Dieu.
Aussi je regarde les vrais philosophes comme les apôtres de la Divinité; il en faut pour chaque espèce d'homme; un catéchiste de paroisse dit à des enfans qu'il y a un Dieu; mais Newton le prouve à des sages.
A Londres après les guerres -de Cromwell sous Charles D, comme à Paris après les guerres des Guises sous Henri IV, on se piquait beaucoup d'athéisme ; les hommes ayant passé de l'excès de la cruauté à celui des plaisirs, et ayant corrompu leur esprit successivement dans la guerre et dans la mollesse, ne raisonnaient que très-médiocrement; plus on a depuis étudié la nature , plus on a connu son auteur.
J'ose croire une chose , c'est que de toutes les religions, le théisme est la plus répandue dans l'univers : elle est la religion dominante à la Chine ; c'est la secte des sages chez les mahomélans; et de dix philosophes chrétiens, il y en a huit de cette opinion ; elle a pénétré jusque dans les écoles de théologie , dans les cloîtres, et daus le conclave; c'est une espèce de secte, sans association, sans culte, sans cérémonies, sans disputes et sans zèle, répandue dans l'univers sans avoir été préchéc. Le théisme se rencontre au milieu de toutes les religions comme le judaïsme ; ce qu'il y a de singulier, c'est que l'un étant le comble de la superstition, abhorré des peuples et méprisé des sages, est toléré partout i prix d'argent ; et l'autre étant l'opposé de la superstition, inconnu au peuple, et embrassé par les seuls philosophes, n'a d'exercice public qu'à la Chine.
Il n'y a point de pays dans l'Europe où il y ait plus de théistes qu'en Angleterre. Plusieurs personnes de-
U y a deux sortes de théistes; ceux qui que Dieu a fait le monde sans donner à l'homme des règles du bien et du mal. Il est clair que ceux-là ne doivent avoir que le nom de philosophes.
Il y a ceux qui croient que Dieu a donné à l'homme une loi naturelle , et il est certain que ceux-là ont une religion quoiqu'ils n'aient pas de culte extérieur. Ce sont , à l'égard de la religion chrétienne , des ennemis pacifiques qu'elle porte dans son sein, et qui renoncent à elle sans songer à la détruire; toutes les autres sectes veulent dominer, chacune est ce
politiques qui veulent se nou«ir de Lt substance des autres, «t, s clewtr sur Jour j-uam ; le. titisme aeulu tourna été tranquille. On n* jamais au de t&ute* qui aient cabaic.daiU aucun >ét*t.
11 y a eu à Londres une jociété dt théistesqui s?a*semblèrent pfti^tqu^w.iflHii^rai^pt^Jiuumpie Vocr; ils avaient uu polit Jivrc dp UhwJqU,; k religion sur laquelle ouasompesé aillew* tasU^egros volume* np contenait p** 4cm» page», dp ce livre. Leur priucipal aw'ome étaù ce pciaciiHi : U monde est la même chez, tous le* hommes,, do^c elle Tient de Dieu; le culte c*t différent, doac.il wtWr^o des hommes.
Le secoud axiome était : Que les borna** étant tous frères et reconnaissant lc.ras.me,Dion, il est c*étrahie que de* frères pcrsiçuVcu: lcu»*orer, patoc qu'il* témogneat leur amour. au p»xe,dc fimiillc d'un» manière différente. Eu o/fc*, <U*uent-iU, quel est rhq.in<Hc homme qui ira tu3r se* frère aîné on son frère cadet, parce que l'un a;ira salge\leur|pcrc commun à la uhinoisc et l'autre à la hollandaise, surtout des qu'il ne sera pas bien décidé dans la froullc de quelle manière Je père veut qu'oo lui Tasse la révérence? il parait que celui qui ci* userait ainsi serait plutôt un mauyii* frère qu'un .bon fil*.
Je «ai) bien que ces maaiincs mcnentitoi* droit au do-»c abfttniuable et caéerablc de latcdéraocc; aussi je uc f.ù* que rapporter simplement les choses. Je mo donne bien degarde d étr&controversiste. U faut convenu- «pendant que., si le* dUEr-rente* secte* qui onjt décluV les chrétiens avaient eu cette modération, la chrétienté aurait éie treuhjéc parwoin* de désordres, saccagé par moins derévolupon*, inondée par moins de sang.
PJmguon* les théistes de combattre notre sainte révdatiun (•). .àkis d'où vient que Uni de calvinistes, de lulbériensj danabpptislcs, de uestorien*, d'ariens,.de ^isaus de Hume, dejiuemisue Home ont «'té si sanguinaires, si barbares et si malheureux. , persécutans e: persécutés ? c'en qjlls étaient peuple. D'où vient que les théistes, me\n.e en se trompant, n'ont jamais tut de mal auz homme*? c'est qu'ils sont philosophes. La religion cartUiocnc a conté à J*hj>p manité plus de dix-sept m.'I.'ioat d'hommes, à ne compter qu'un million d bromes par siècle, tant ceux qui ont péri par les m^n* des bourreau* de la justice que ceux qui sont .morts per Ja main des bourreaux soudoyés et rangés -e» fc?»aUle, le tout pour le salut dn prochain et la plus grande gloire de Dieu.
J'ai vu de* geo*, s'étonner qu'une religion aussi modéréo que le théisme, et qui parait si conforme à lu raison, n'ait jamais été répandue parmi le peuple.
Cheale vulgaiie^randot petit, on arouvo de piouses horbicrcs,d>e dévoies revendeuses, de mplinistes duchesses , de scrupuleuses couturières , qui se feraient brûler pour lanakaptisme ; de saints cochers de fiacre qui sont tout-à-fait dans les intérêts de Luther ou d'Ariusj mais enfin dans ce peuple on ne voit point de théistes. C'est que le théisme doit encore
p*p 5 et Mi*
moins s'appeler uae rafagiou qu'un «rstème do philosophie, et que le vulgaire dco grands et le vulgaire des petits n'est poiot philôsofd*e.
Loeke étak us théiste oclairé. J»*i été étonné de trouver, duos le chapitre des Jdée* innées de ce grand pbUosophe, que les homme* ont *gmiébji idées diffirentes de la justice. Si, cela était, la morale ne sera* plus la même, la voixoaBieu ne ee ferait pins entendre aux homeacs: il Jiy a plue de religion natureUe. Javas» croiree.ee lui qu'il ya.de, nations où l'on mange son pure , et où lWend nn-sereicc dJami en oouobaMa«ec !a femme de son voisin ; mais si cela est -«mit, cet* n'empêche pas que cotte la , « ne pas à auteui ce<quc fau ne voudrais pas <qu*ont»iât » ue «oit use soi #enérale. Car, *i*fi «mange son père , c'est quand il est «km*, qu'il ne pont plusse traîner , «t qu'il serait mangé pariée ennemis; orqnel est le pero, Je vous prie, qui «iuim*t mietw fournir on boa wpas à son fil* qu'à I ennemi de sa nation? De plus, celui qui mange son père espère qu'il aéra mangé son tour par ses on&es.
Si l'on vend service* sou voisin, en oourbant avec sa femme, c'est lorsque oe voisin no peut avoir an (Us , et en veut avoir un; car autrement 11 eu serait fort ftebe. Dauainmiet4a«sdlaateedeoes«aa, et dans tous les autre*,, la loi naturelle, u ne -Au* à autrui que ce que.lu voudrai* qu'on te su, » subsiste. Toutes les autees règles si dmasos et si -variées se rapportent a oelic-là. Lors donc que le sage métardtyaioîen Locke dkqne les bonnes n'oïKpoioté'idéeeinnées, etqu'ih ont des iddee dijfcrentes du juste. et de Fio juste, il ne prétend pas assurément qne Dion nuit pis donné à «ou* Jesbsunmq* eut ùwtinot dWur-propre qui les conduit tous nécessairement (*).
ATHEISME.
sficTfoif rtcmtkE.
I>e la comparaison si souvent fake x^itre l'athéisme et l'idolâtrie.
!t me semble que dans le Dictionnaire encyclopédique on ne réfute pas aussi fortement qu'on l'aurait pu le sentiment dn jésuite Ricboome sur les athées et sur les idolâtres; sentiment soutenu autrefois par saint Thomas, saint Grégoire de Nazianze, saint Cy. prien, et Tertullien; sentiment qu'Arnobe étalait aver beaucoup de force qnand il disait aus païens : « Ne reugisseE-vous pas de noos reprocher notre mépris pour vos dieux , et n'cst-il pas beaocoitp plus juste de ne croire aucun dieu , que de leur imputer des ac lions infâmes?» sentiment établi long-temps auparavant par Plwarque, qui dit « qu'il aime beaucoup mieuï qu'on dise qu'il ny a point de Plutarquc que si on disait : H y a un Pfutarque inconstant, colère, vindicatif; » sentiment enfin fortifié par tous les efforts dfe la dialectique de Baylc.
Voici le fond de la dispute , mis dans on jour assez tblonissant par le jésahc Wchcomc , et rendu encore
£*) Voyes let «rticlrt Aiioin i nornt, Athéisme et Théisme ; l oumge intiwlé r\of.t$hn A foi i* thii.te,, rt !-s Lfftrti de Mcmmiiu ù Ciceron. { l'HaosopHii, tome I.)
plu» syriens parUmanière dovrt flaylc le fait val oh-.
w II y a deux portiers * la porte d'une maison ; on leur demande : Peut-on parler à votre maître? il n'v est pas, répond l'uu; il 7 est, répond l'autre; mais il est occupé à faire- de la fausse monnaie, de faux contrats, des" poignards et des poisons, pourperdre ceux qui n'orrt fait qu'accomplir ses desseins. L'athée ressemble au premier de ces portiers, le paien à l'attire. Il est donc visible que le païen offense plus grièvement la Divinité que ne frit l'uthee. »
Avec la permission dn ,ière Hicheome et m^me de Rayle, ce n'est point hi du tour l'état de la question. Pour que le premier portier rassemble aux athées, il ne faut pas qu'il dise : Mon maître n'ej.t point ici; il faudrait qu'il dit : Je n'ai pc int de L*aît;e; celui que vous prétendes mon maître n'existe peint; mon camarade est un sot, qui vous dit que Monsieur est occupé a composer des poisons et à aiguiser dos poignards ponr assassiner ceux qui ont exécute ses volontés. Un tel être n'existe point dans le monde.
Rlcbcome a donc fort mil raisonné, et Ha? le, dans se* discours un peu diffus, s'est oublié josqu'à 6 ire a Riebeome l'honneur de le commenter fort r.al à propos.
Hutarqwe semble s'erprimer bien mien* etr prévaut les gens qui awsurenrqu'il n'y a point de Phjtarque, à Ceux qnf prétendent que Plntarque est nn ho ma» iusoeiabtt. Qoe lui importe en efifet qu'en dise qu'i* n'est pas an monde! mai» il M importé beaucoup qu'on ne flétrisse pas s* réputation. Il n'en est pas ainsi de l'Être suprême.
Ptoferque n'entame pas eactvfe le- verftable objet en»a faut traiter. Il nvnVrfrpts de savoir qni offense le plus l'Être suprême , de celni qui le nie, où de celui qui le délignre. îl est impossible de savoir, autrement que par le révélation , si Bien est ofieneé des vains discours qne les hommes tiennent de lai.
Les philosophes, sans y penser, tombent presque toujours dans les idées du vulgaire, en supposant que Dieu est jaloux de sa gloire, qu'il est colère, quHl ahnc la vengeance, et en prenant des figures de rhétorique ponr des idées réetlea. L'objet intéressant ponr l'univers entier est de savoir s'il ne vaut pas mieux pour le bien de tons les hommes admettre un Dien rémunérateur et vengeur, qui récompense les ïxmrKS actions cachées, et qui punit lej crimes secrets, qne de n'en admettre aoerra.
Bayle s'épuise à rapporter tontes les ittftmfcs que la fable impute aux dieux de Panriquité. Ses adversaires loi répondent par des lieux communs qui ne signifient rien. Les partisans de Bayle et ses ennemis ont presque toujours combattu sans se rencontrer. l\s conviennent tons que Jupiter était un adultère, Vénus une impudique, Mercure un fripon. Maïs ce n'est pas, àeequll me semble, ce qu'il feHait considérer. On devait distinguer les métamorphoses d'Ovîde de la religion des anciens Romains, P est très-certain qu'il ny a jamais en de temple ni cher eux, nf même chex les Grecs, dédié à Mercure le fripon, à Vénus l'impudique , A JupUer l'adultère.
Le dien que les Romains, appelaient D:ui opf tmn.t , maximus , très-bon, tocs-grand, notait pas censé
eneonfUgftr Oaudra* a' coucher avec la femme de €ésaf, m César « être le gîton dn mi dé Nicomède.
eieévon fie dit point qne Mercure excita Verres à toU* la «effe, quoique Mercure dans la fable eût volé les vaches d'ftpollon. La véritable religion des anciens était que Jupiter, tris-bon et tri- -ja tr , et les dieux secondaires, punissait le parjure dans le» enfers. Aussi les ROmahts forent-ils très long-terap* les pins reKgieirx* observateurs des sermons. La religion lut donc toèu-mile air* Romains. Il oétaît point du tout ordonné de croire denv œufs de Léda. au changement dft fa fille dlnactu; n vache, à l'amour d '.Apollon pour Hyacinthe.
H ne font donc pas dire que la religion de Numa déshonorait la Divinité. On a donc long-temps disputé sur une chimère; et c'jst ce qui n'arrive que trop souvent.
On demande ensuite si un peuple d'athées peut subsister; il me semble qu'A faut distinguer entre le peuple proprement dit, et une société de philosophes au-dessus du peuple. Il est très-vrai que par tout pays la populaue a besoin du plus grand frein, et que, si Bayle avait en seulement cinq ou ai» cents. paysans à gouverner, ,1 a'aurait pas manqué de leur annoncer un Dieu rémunérai**» et vengeur. Mais Bayle n'en aurait pas parlé aux épicuriens qui étaient des gens riches > amoureux dn repus, cultivant tontes les vertus sociales et surtout PamWé, fhyaut l'embarras et le danger des affaires publiques, menant enfin une rie commode et innocente. 11 me'paraît qu'ainsi la dispute est Unie quant à ce qui regarde la société et la pofftfqtte:
Pou* le» peuples entièrement sauvages, on a déjà dît qn'dn ne petit les compter ni parmi les athées, ni parmi les théistes. Leur demander leur croyance, ce serait amant que leur demander s'ils sont pour Aris tbteou pourDémocrite : ils ne connaissent rien, ils ne sont pas plus athées que périf aielicicns. *
Mais on peut insister; on peut dire : II» vivent ni société1, et ils sont sans Dieu; donc ou peut vivre çn société sans religion.
En ce cas je répondrai que les Icnps vivent ainti , et que ce n'est pas nne société qu'un aîr;mbla»c de barbares anthropophages tels que vous les suppose*. Et je vous demanderai toujours sî, quand vous ave/, prêté votre argent à quelqu'un de votre socîc'-è , vous voudriez qno ni votre débiteur, ri vefre procun i r, ni votre notoire, ni votre juge, na Crurent c.; Dim.
SECTION II
Des athées modernes. Raisons des adorateurs de Dieu.
Noos sommes des êtres mteiligeus; or des êtres intelligens ne peuvent avoir été formés par un être brut, aveugle, insensible î il y a certainement quelque différence entre les idéesde Newton et des crottes de mulot. L'inteHigence de Newton venait donc d'une antre intelligence.
Quand nous voyons nne belle machine, nous di-
sons qu'il 7 a un bon machiniste) et que ce machiniste a un excellent entendement. Le monde est assurément une machine admirable; donc il y a dans le monde une admirable intelligence, quelque part où elle soit. Cet argument est vieux, et n'en est pas plus mauvais.
Tous les corps vivans sont composés de leviers, de poulies , qui agissent suivant le: lois de la mécanique ; de liqueurs que les lois de l'hydrostatique font perpétuellement circuler ; et, quand en songe que tous ces êtres ont du sentiment qui n'a aucuu rapport à leur organisation, on est accablé de surprise.
Le mouvemeut des astres, celui de notre petite terre autour du soleil , tout s'opère en vertu des lois de la mathématique la plus profonde. Commeut Platon, qui uc connaissait pas une de ces lois, l'éloquent, mais le chimérique Platon, qui disait que la terre était fondée sur un triauglc équilatère, et l'eau sur un triangle rectangle; l'étrange Platon, qui dit qu'il ne peut y avoir que c<nq mondes, parce qu'il n'y a que cinq corps réguliers; comment, dis-je, Platon , qui ne savait pas seulement la trigonométrie sphérique, a-t-il eu cependant un génie assez beau, un instinct assez heureux, pour appeler Dieu Vtternet géomètre, pour sentir qu'il existe une intelligence formatrice? Spinosa lui-même l'avoue. 11 est impossible de se débattre contre cette vérité qui nous environue et qui nous presse de tous côtés.
Baisons des athées.
J'ai cependant connu des mutins qui disent qu'il n'y a point d'intelligence formatrice, et que le mouvement seul a formé par lui-même tout ce que nous voyons et tout ce que nous sommes. Ds vous disent hardiment : La combinaison de cet univers était possible puisqu'elle existe ; donc il était possible que le mouvemeut seul larrangcAt. Prenez quatre astres seulement, Mars, Vénus, Mercure et la Terre; ne songeons d'abord qu'à la place ou ils sont, en fesant abstraction de tout le reste, et voyom. combien nous avons de probabilités pour que '2 seul mouvement les mette à ces places respectives. Nous n'avons que vingt-quatre chances dans cette combinaison: c'està-dire, il n'y a que vingt-quatre contre un à parier, que ces astres ne se trouveront pas ou il? sont les uns par rapport aux autres. Ajoutons à ces quatre globes celui de Jupiter ; il n'y aura que cent vingt contre un à parier que Jupiter, Mars, Vénus, Mercure et notre globe , ne seront pas placés où nous les voyons.
Ajoutez-y enfin Saturne, il n'y aura que sept cent vingt hasards contre un, pour mettre ces six grosses planètes dans l'arrangement qu'elles gardent entre elles, selon leurs dislances données. 11 est donc démontré qu'en sept cent vingt jets , le seul mouvement a pu mettre ces six planètes principales dans leur -ordre.
Prenez ensuite tous les astres secondaires, toutes leurs combinaisons , tous leurs mouvomens, tous les <trcs qui végèteut, qui vivent, qui sentent, qui pen-
sent, qui agissent dans tous les globes, vous n'aurez qu'à augmenter le nombre des chances; multipliez ce nombre daus {toute l'éternité , jusqu'au nombre que notre faiblesse appelle infini, il y aura toujours une unité en faveur de la formation du monde, tel qu'il est, par le seul mouvement; donc il est possible que dans toute l'éternité le seul mouvement de la matière ait produit l'univers entier tel qu'il etute. H est même nécessaire que dans l'éternité cette combinaison arrive. Ainsi, disent-ils, non-seulement il est possible que le monde soit tel qu'il est par le seul mouvement; mais il était impossible qu'il ne fût paj de cette façon après des combinaisons infinies.
Toute cette supposition me paraît prodigieusement chimérique, pour deux raisons; la première*, c'est que dans cet univers il y a des êtres intelligeus , et que vous ne sauriez prouver qu'il soit possible que le seul mouvement produise l'entendement; la seconde, c'est que, de votre propre aveu, il y a l'infini contre un à parier, qu'une cause intelligente formatrice aunonco l'univers. Quand 00 est tout seul via-àvis l'infini, on est bien pauvre.
Encore une fois, Spinosa lui-même admet cette intelligence; c'est la base de son système. Vous ne l'avez pas lu, et il faut le lire. Pourquoi voulez- vous aller plus loin que lui, et plonger par un sot orgueil votre raison dans un abîme où Spinosa n'a pas osé descendre ? Sentez-vous bien l'extrême folie de dire que c'est une cause aveugle qui (ait que le carré d une révolution d'une planète est toujours au carré des révolutions des autres planètes, comme le cube de sa distance est au cube des distances des autres au centre commun ? Ou les astres sont de grands géomètres , ou l'éternel géomètre a arrangé les astres.
Mais, où est l'éternel géomètre? est- il en un lieu, ou en tout lieu, sans occuper d'espace? je n'en sais rien. Est-ce do sa propre substance qu'il a arrangé toutes choses? Je n'en sais rien. £ît-il immense sans quaulité et sans qualité ? je n'en inis rien. Tout ce que je sais, c'est qu'il faut l'adorer et dtre juste.
Nouvelle objection d'on athée wodebne. Peut-on dire que les parties des animaux soient conformées selon leurs besoins ? Quels sont ces besoins? la conservation et la propagation. Or, faut-il s'étonner que, des combinaisons infinies que le hasard a produites , il n'ait pu subsister que celles qui avaient des organes propres à la nourriture et à la continuation de leur espèce? toutes les autres n'ont-clles pas dû nécessairement périr ?
Réponse. Ce discours, rebattu djaprès Lucrèce, est assez réfuté par la sensation donnée aux animaux, et par l'intelligence donnée à l'homme. Comment des combinaisons que le hasard a produites produiraientelles cette sensation et cette intelligence (ainsi qu'on vient de le lire au paragraphe précédent ) ? Oui, sans doute, les membres des animaux sont faits pour tous leurs besoins avec un art incompréhensible, et vous n'avez pas même la hardiesse do le nier. Vous n'en parlez plus. Vous sentez que vous n'avez rien à répondre à ce grand argument que la nature fait contra
tous. La disposition d'une aile de mouche , les organes d'un limaçon suffisent pour vous attérer.
Objection de Maupextuis. Les physiciens modernes n'ont fait qu'étendre ces prétendus argumens, ils les ont souvent poussés jusqu'à la minutie et à l'indécence. On a trouvé Dieu dans les plis de la peau dn rhinocéros : on pouvait , avec le même droit , nier son existence à cause de l'écaillé de la tortue.
Réponse. Quel raisonnement! La tortue et le rhinocéros, et toutes les différentes espèces, prouvent également, cans leurs variétés infinies, la même cause, le même dessein, le même but, qui sont la conservation, la génération et la mort. L'unité se trouve dans cette infinie variété; l'écaillé et la peau rendent également témoignage. Quoi ! nier Dieu parce que l'écaillé ne ressemble pas à du cuir ! Et des journalistes onl prodigué èces inepties des éloges qu'ils n'ont pas donnés à Newton et à Locke , tous deux adorateurs de la Divinité en connaissance de cause.
Objection de Maupextuis. A quoi sert la beauté et la convenance dans la construction du serpent? U peut, dit-on, avoir des usages que nous ignorons. Taisons- nous donc au moins; n'admirons pas un animal que nous ne connaissons que par le anal qu'il fait.
Réponse. Taisez -vous donc aussi , puisque vous ne concevez pas son utilité plus que moi; ou avouez que tout est admirablement proportionné dans les reptiles.
H y en a de venimeux , vons l'avez été vous-même. A ne s'agit ici que de l'art prodigieux qui a formé les serpens, les quadi npèdes , les oiseaux, les poissons et les bipèdes. Cet art est assez manifeste. Vous demandez pourquoi le serpent nuit? Et vous, pourquoi avez-vous nui tant de fois? Pourquoi avez-vous été persécuteur, ce qui est le plus grand des crimes pour un philosophe? C'est une autr» question, c'est celle du mal moral et du mal physique. Il y a long-temps qu'on demande pourquoi il y a tant de serpens et tant de méchans hommes pires que les serpens? si les mouches pouvaient raisonner, elles se plaindraient à Dieu de l'existence des araignées ; mais elles avoueraient ce que Minerve avoua d'Arachné dans la fable qu elle arrange merveilleusement sa toile.
Il faut donc absolument reconnaître une intelligence ineffable que Spinosa même admettait. Il font convenir qu'elle éclate dans le plus vil insecte comme dans les astres. Et, à l'égard du mal moral et physique , que dire et que faire ? se consoler par la jouissance du bien physique et moral, en adorant l'Etre éternel qui a tait l'un et permis Pautre.
Encore un mot sur cet article. L'athéisme est levice de quelques gens d'esprit, et la superstition le vico des sots. Mais les fripons ! que sont-ils ? des fripons.
ss'ctiom lit.
Des injustes accusations, et de la justification de Vanini,
Aotxefois quiconque avait nn secret dans un art, courait risque de passer pour un sorcier; toute nou-
velle secte était accusée d'égorger des enfans dans ses mystères; et tout philosophe qui s'écartait du jargon de l'école était acensé d'athéisme par les fanatiques et par les fripons, et condamné par les sots.
Anaaagore ose-t-il prétendre que le soleil n'est point conduit par Apollon, monté sur un quadrige; ou l'appelle athée, et il est contraint de fuir.
Aristote est accusé d'athéisme par un prêtre; et, ne pouvant faire punir son accusateur, U se retire à Chalcis. Mais la mort de Socrate est ce que l'histoire de la Grèce a de plus odieux.
Aristophane (cet homme que les commentateurs admirent, parce qu'il était Grec, ne songeant pas que Socrate était Grec aussi ) , Aristophane fut le premier qui accoutuma les Athéniens à regarder Socrate comme un athée.
Ce poète comique, qui n'est ni comique ni poète, n'aurait pas été admis parmi nous à donner ses farces a la foire Saint-Laurent; il me paraît beaucoup plus bas et plus méprisable que Plutarque ne le dépeint. Voici ce que le sage Plutarque dit de ce farceur : » Le langage d'Aristophane sent sou misérable charlatan; ce sont las pointes les plus basses et les plus dégoûtantes; il n'est pas même plaisant pour le peuple, et il est insupportable aux gens de jugement et d'honneur; on ne peut souffrir son arrogance, et les gens de bien détestent sa malignité. »
C'est donc là , pour le dire en passant, le Tabarin que madame Dacier , admiratrice do Socrate , ose admirer : voilà l'homme qui prépara de loin le poison dont des juges infâmes firent périr l'homme le plus vertueux de la Grèce.
Les tanneurs, les cordonniers, les couturières d'Athènes applaudirent à une farce dans laquelle on représentait Socrate élevé en l'air dans un panier , annonçant qu'il n'y avait point de Dieu, et se vantant d'avoir volé un manteau en enseignant la philosophie. Un peuple entier, dont le mauvais gouvernement autorisait de si infimes licences, méritait bien ce qui lui est arrivé , de devenir l'esclave des Romains, et de l'être aujourd'hui des Turcs. Les Russes que la Grèce aurait autrefois appelés barbares, et qui la protègent aujourd'hui , n'auraient ni empoisonné Socrate, ni condamné à mort Alcibiade.
Franchissons tout l'espace des temps entre la république romaine et nous. Les Romains , bien plus sages que les Grecs, n'ont jamais persécuté aucun philosophe pour ses opinions. Il n'en est pas ainsi chez les peuples barbares qui ont succédé à l'empire romain. Dés que l'empereur Frédéric II a des querelles avec les papes, on l'accuse d'être athée, et d'être l'auteur du livre des Trois imposteurs, conjointement avec son chancelier de Vineis.
« Notre grand chancelier de lHospital se déclarct-il contre les persécutions, on l'accuse aussitôt d'athéisme (a). Homo doc tus, sed vents ai«eo5. Un jésuite , autant au - dessous d'Aristophane qu'Aristophane est au-dessous d'Homère, un malheureux dont le nom est devenu ridicule parmi les fanatiques
(a) Connuntwum r«r«» eolbcffum, L XXVUI.