‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 89 sur 551 · DICTION MARE · texte numérisé non relu

DICTION MARE

mêmes, le jésuite Garas)?, en un mot, trouve partout des athciucs; c'est ainsi qu'il nomme tous ceux contre lesquels il se déchaîne. Il «appelle Théodore de Bèzc atbéistc; c'est foi qui a induit le public en erreur sur Vanini.

« La Ain malheureuse de Vanini ne nous Ornent point d'indignation et de pitié comme celle de So cratc , parce que Vanini n'était qu'un «édant étranger sans mérite ; mais enfin , Vantai n¥tait point allu-c comme on l'a prétendu ; il était précisément tout le contraire.

« C'était un pauvse prêtre napolirani , prédicateur et théologien de son métier, dtspvtcura outrance sur les tjuiddrtés et sur les universaux , et ntrùtn rfiimcft bombinans in vecuo possit emienrre secunrbt* întentiones. Mais d'ailleurs, il n'y cveft en lui veine qui tendît à l'athéisme. Sa notion do ÎPîoa o*t de la théologie la plus saine et la plus approuvée : « Dieu est son principe et «a fin , père de l'une et de Poutre , et n'ayant besoin ni de l'une ni de 1 autre - éternel sans lire dans te temps, -pré sent partout sans être en aucun lieu. Il n'y a pour lui ni passé ni futur; a est partout et hors de tout ; gouvernant tout , ot ayant tout créé ; immuable , infini sans parties ; son pouvoir est M volonté, etc. » Cela n'est pas bien philosophique, mais cela est de la théologie la plus approuvée.

« Vanini se picjualt de renouveler ce beau sentiment de Platon embrassé par Avcrroôs , que Die'i avait créé une chaîne d'être» depuis le plus- petit jusqu'au plus gTand , dont le dernier chaînon est attaché a son trône éternel; idée, a la vérité, pins sublime que vraie, mais qui est aussi éloignée de l'athéisme que l'être du néant.

« 11 voyagea pour Mire fortune ot pour disputer ; mstis malheureusement la dispute eet le chemin opposé à la fortune ; on eo (ait autant d'ennemis irréconciliables qn'on trouve do savais ou de peoane contre lesquels ou argumenta. Il ny «ut point d'autre source du malheur de Vanini; sa chaleur et sa grossièreté dans la dispute lai valurent la haine de quelques théologiens; et, ayant eu une querelle arec uu nommé Francon ou rranconi , ce ('rançon , ami de sesennomis, ne manqua pas de l'accuser d'îarc ntbé-e eraetgnant l'athéisme.

« Ce Francon ou Freneoiii, aidé de qucjquos témoins, eut la barbarie do soutenir à la confrontation ce qu'il avait avancé. Vanini sur la sellette, interrogé »ur ce qu'il pensait de l'exislenoe de Dieu, répondit qu'il adorait avec l'église un Mot» en trois personnes. Ayant pris à terre une paille : Il suCt de ce fétu, ditil, pour prouver qu'il y a un créateur. Alors il prononça un très-beau discours sur la végétation et le mouvement, et sur la nécessité d'un être suprême, sans lequel il ny aurait ni mouvement, ni végétation.

« Le président Or a m mont, qui était alors à Toulouse , rapporte ce discours dans ton histoire de France, aujourd'hui si oubliée; et ce même Crantmoiit, par un préjugé inconcevable , prête tul que Vanini disait «oui ce» p#r tutnitc , ou par crainte , plutôt que par unt perMuiuon intérieure.

« SuT-quoi-petit être fondé ee jugement téméraire et atroce du président Grammont ? Il «stévideut que ,

sur la réponse de Vanini , oa devait l'absoudre da l'accusation d'athéisme. Mais qu'amiva-l-il ? ce malheureux prêtre étranger se mêlait aussi de médecine ; on trouva un gros crapaud vivant , qu'il conservait chez lui dans un vase plein d'eau ; on ae manqua pas de l'accuser d être sorcier. Ou soutint que ce crapaud était le Dieu qu'il adorait; on" donna un sens impie à plusieurs passages de ses livres, ce qui est très-aisé et très-commun, sn prenant les objections pour les réponses , en interprétant avec malignité quelque phrase louche, en empoisonnant une expression innocente. Enfin la faction qui l'opprimait arracha des juges l'arrêt qui condamna ce malheureux à la mort.

« Pour justifier cette mort , il fallait bien accuser cet infortuné de ce qu'il y avait de plus affreux. Le minime et très-minime Mersenne a pousse la démence jusqu'à imprimer, que Vanini était parti de îiapla açcc douze de ses apôtres, pour aller convertir toute* ta nations à l'athéisme. Quelle pitié! comment un pauvre prêtre aurait-D pu avoir douze hommes à ses gages ? comment aurait-il pu persuader douze Napolitains de voyager à grands frais pour répandre partout cette doctrine révoltante au péril de leur vré? Un roi serahv il assez puissant pour payer donne prédicateurs d'athéisme? Personne, avant le père Mer<?emie, nevait avancé une si énorme absurdité. Mais après lai on l'a répétée, on en a infecté les journaux, les dictionnaires historiques; et le monde, qui aima J'eatraor-

« Bsy le lui-même? dansées pensées diverses, parle de Vanini comme d'un athée : il se sert de cet exemple pour appuyer »ou paradoxe, qu'uni svaètid-'ntht'e* peut subsister ; il assura quo Vanini était un homme de moeurs tréa-réglécs, et qu'il futJc martyr de son opinion philosophique. U se trompe également sur ces deux points. Le prêtre Vauini nous apprend dans ses dialogues, bits à l'imitation d'Érasme, qu'il avait eu une maîtresse nommée Isabelle. Il était libre daasaesôci its comme dans sa conduite; mais il a -était point aiiwV.

« Un siècle après sa mort, le avant La Groae, et celui qui a pris le nom du Pbilaléle,, ont voulu le justifier; mais comme personne uc s'intéresse à la mémoire d'un malheureux Napolitain, très-mauvais auteur, presque personne ne lit ces apologies.?).

Le jésuite Uardouin, plus. savant que Garasse, et non moins téméraire, accuse d'athéisme , dans sou livre intitulé Athei uVtcd i, les Doscartcs, les Arnauld, les Pascal, les Malcbxauchc; heureusemeut ils n'out pas eu le sort de Vanini.

section tv.

Disoas un mot de la question de mqrale agitée par Baylc, savoir : si une soaUtè d athtos pourrait subsister? Remarquons d'abord, sur ont article,, quelle est l'énorme contradiction des hommes dans la dispute ; ceux qui se sont élevés contra l'opinion de Baylc avec te plus d'emportement; ceux qui lui ont nié avec le plus d'injures la possibilité d'une société d'athées, ont soutenu depuis, avec la même intrépidité , que lathéisme est la religion du gouvernement de la Chine.

, Ils sç sont assurément bioa trompés sur le^gouverocracat chinois; Us n'avaient qu'à lire les édits des

empereurs de ec tuU pays, ils auraient vu que ces h uraue , U est évident qu'il valait infiniment mieux

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édits sont des sermons, et que partout il est parlé de l'Être suprême, gouverne ur, vengeur et rémunérateur.

Mais en même temps ils ne se sont pas moins trompas dan» r-imp«*cif>ll.té dtae société d'athées, et je ne sais comment M. tarte a pu oublier un exemple frappant qai aurait pu rendre sa causa victorieuse.

En quoi me société d'athées paruît-dlo impossible ? (Test qu'on jr.ge que de» hommes qui n'auraient pas de frein, ne pourraient jamais vivre ensemble ; que tes Mb ne peuvent rien contra les crions secrets ; qa'il firttt un Dieu vengeur qui punisse dans oc monddci on dans l'antre les méchans échappés * 1» justice humaine.

Les lois de Moïse, il est vrai, n'enseignaient point une vio A venir, ne meuaçaient point du chatiusens après la mort, n'enseignaient point aux premiers Juifs l'immortalité de l'àme; mais les Juifs, loin d'être athées, loin de croire se soastrairc à la vengeance il i vinc, étaient les plus religieux de tous les hommes. Non-scuBwnent trs c royal ont l'existence d'un Dieu werncJ, mais ils le croyaieot toujours présunt parmi cm ; ils tremblaient d'être punis dans eux-iu£iucs , dans leurs femmes, dans leurs enfaos, dans leur postérité , jusqu'à la quatrième génération; ce frein était

Mais, chez les Gentils, plusieurs socles n'avaient aucun frein; les sceptiques doutaient de tout i les académiciens suspendaient leur jugement sur tout ; les épicuriens étaient persuadés que la Divinité ne pouvait so mêler des affaires des hommes ; ci, dans lo fond, ils n'admettaient aucune divinité, ils étaien convaincus que l'Ame n'es! point une substance , mais une faculté qui naît et qui périt avec le corps; par conséquent ils n'avaient aucun joug que celui de la morale et do l'honneur. Les sénateurs et les chevalier* romains étaient oc véritables athées, car les dieux n'existaient pas pour des hommes qui ne craignaient ni n'espéraient rien d'eux. Le sénat romain étaitdonc réellement une assemblée d'athées du temps do César et de Cwéroo.

Ce grand orateur,, dans sa harangue pour Chientius , dk à tout le sénat asseaedé : « Quel mai lui fait la mort? ne*» rejet ans tontes les fables ineptes des enfers ; qu'est- ce donc que la. mort lui a ôté ? rien que le sentaneut des douleurs.

César, l'ami de Calilina , voulant sauver la vie de son ami contre oe mémo Ciouronr.p<t luiobjccte-'.-il pas que ec n'est, point punir un criminel que de le faire mourir, que la, mort, n'est rian, que c'est seulement la On de nos maux, que c'est uu moment plus uaureas que SttaiJ Cicéron et tout le sénat ne se rendiwt-ili.pa* à ees wisons? Les vainqueurs et les lé-

meni une société d'hommes qui ne craignaient rien des dteits,iqui élaiontde véritables-athées.

!Ba)4*iCKàmine ensuite si l'idolâtrie est plus dangereuse que l'athéisme, si c'est un crime plus grand de ne point croire a la divinité. qu£ d/avpu^delle des opinions indignes; ii est en cela du sentiment de Plulaoqut; il cKHtqnil vaut mieux n'avoir nulle opinion

n'eu dey aise à Plu-

pour les Grecs de craindre Cérès, Neptune et Jupiter, que de ne rien craindre du tout. Il est clair que la sainteté des serai cas est nécessaire, et qu'on doit se fier davantage à ceux qui pensent qu'un faux serment sera puni, qu'à ceux qui pensent qu'Uj peu* eut taire un faux serment avec impunité. Il est indubitable que dans une ville policée il est infiniment plus utile d'avoir uue religion , même mauvaise, que de non avoir point du tout.

il parait donc que Uayle devait plutôt examiner quel est le plus dangereux, du fanatisme ou de l'athéisme. Le fanatisme est certainement mille fuis plus funeste ; car l'athéisme n'inspire point de passiou sanguinaire, mais le fanatisai* en inspire : l'atliéi.sme ne s oppose pas aux crimes, mais le fanatisme les fait commettre. Supposons avec l'auteur du Cominentitrium i ci uni gnllicitrum , que le chancelier de l'Ilospital fat athée, il n'a fait que de sages lois, et n'a conseillé que la modération et la concorde. Les fau «tiques commirent les massacres de la Saiut-Barlbéleiny. Ilobbcs passa pour un athée, il mena une vie tranquille et innocente. Los fanatiques de sou temps inondèrent de sang l'Angleterre, ITtcoss* et l'Irlande. Spinosa était non-seulemeut athée, mais il enseigna 1 athéisme; ce ne fut pas lui assurément qui eut part » l'assassinat juridiquo de Barnevelt; ce ne fut pas lui «mi déchira les deux frères de Witt eu morceaux, et <jui les mangea sur le gril.

Les athées sont pour la plupart des savaus hardis cl égarés qui raisonnent mal , et qui , ne pouvant comprendre la création, l'origine du mal et d'autres difficultés , ont recours à l'hypothèse de l'éternité des choses et de la nécessité.

Les ambitieux , les voluptueux n'ont guère le temps de raisonner et d'embrasser un mauvais système ; ils ont autre chose à faire qu'à comparer Lucrèce avec Socrate. Ccst ainsi que vont les choses parmi nous.

Il n'en était pas ainsi du sénat de Rome qui était presque tout composé d'athées de théorie et de pratique, c'est-à-dire, qui ne croyaient r.i à la Providence ni à la vio future; ce sénat ét?it une assemblée de philosophes, de voluptueux et d'ambitieux , tous tres-dangareux, et qui perdirent h république. L'épicuréisme subsista sous les empereurs : les athées du sénat avaient été des factieux dans les temps de Sylla et de César; ils furent sous Auguste et Tibère des athées esclaves.

Je ne voudrais pas avoir à faire à un prince athée qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier; je suis bien sûr que je serais pilé. Je ne voudrais pas , si j'étais souverain , avoir à faire à des courtisans athées dout l'intérêt serait de m'empoisonner ; il me faudrait prendre au hasard du contre - poison tous les jours. Il est donc absolument nécessaire pour les princes et pour les peuples, que l'idée d'un Être :>uprcnic créateur, gouverneur, rémunérateur et vendeur, soit profondément gravée dans les esprits.

11 y a des peuples athées, dit Bayle dans ses Pensées sur les comètes. Les Cafres, les Hotleutots, les Topinambous et beaucoup d'aulres petites nations n'out point de Dieu; ils ne le nient ni ne l'affirment,

ils n'en ont jamais entendu parler; dites-lcar qu'il y en a un, ils le croiront aisément; dites-leur que tout se fait par la nature des choses, ils vous croiront de même. Prétendre qu'ils sont athées est la même imputation que si l'on disait qu'ils sont anti-cartésiens, ils ne sont ui pour ni contre Descartes. Ce sont de vrais enfans ; un enfant n'est ni athée , ni déiste , il n'est rien.

Quelle conclusion tirerons-nous de tout ceci? Que l'athéisme est un monstre très- pernicieux dans ceux cjui gouvernent, qu'il l'est aussi dans les gens de cabinet, quoique leur vie soit innocente, parce que de leur cabinet ils peuvent percer jusqu'à ceux qui sont en place; que, s'il n'est pas si funeste que le fanatisme , il est presque toujours fatal à la vertu. Ajoutons surtout qu'il y a moins d'athées aujourd'hui que jamais, depuis que les philosophes ont reconnu qu'il n'y a aucun être végétant sans germe, aucun germe sans dessein , etc. , et que le blé ne vient point de pouriture.

Des géomètres non philosophes ont rejeté les causes finales, mais les vrais philosophes les admettent; et, comme on l'a dit déjà ( article Athée, section 11), un catéchisme annonce Dieu aux enfans, et Newton le démontre aux sages.

S'il y a des athées, à qui doit-on s'en prendre, ■inon aux tyrans mercenaires des âmes qui, en nous révoltant contre leurs fourberies, forcent quelques esprits faibles à nier le Dieu que ces monstres déshonorent ? Combien de fois les sangsues du peuple ontils porté les citoyens accablés jusqu'à se révolter contre le roi (*) !

Des hommes engraissés de notre substaucc nous crient : Soyez persuadés qu'une âncsseaparlé; croyez qu'un poisson a avalé un homme et l'a rendu au bout de trois jours sain et gaillard sur le rivage; ne doutez pas que le Dieu de l'univers n'ait ordonné à un prophète juif de manger de la merde (Ezéchiel), et à un autre prophète d'acheter deux catibs, et de leur faire

des fils de p (Osée). Ce sent les propres mots

qu'on fait prononcer au Dieu de vérité et de pureté ; croyez cent choses ou visiblement abominables ou mathématiquement impossibles; sinon le Dieu de miséricorde vous brûlera, non-seulement pendant des millions de milliards de siècles au feu d'enfer, mais pendant toute l'éternité, soit que vous ayez un corps, soit que vous n'en ayez pas.

Ces inconcevables bêtises révoltent des esprits faibles et téméraires, aussi - bien que des esprits fermes et sages. Ils disent : Nos maîtres nous peignent Dieu comme le plus insensé et comme le plus barbare de tous les êtres; donc il n'y a pas de Dieu ; mais ils devraient dire : Donc nos maîtres attribuent à Dieu leurs absurditéset leurs fureurs, donc Dieu est le contraire de ce qu'ils annoncent, donc Dieu est bussï sage et aussi bon qu'ils le disent fou et méchant. Cest ainsi que s'expliquent les sages. Mais si un fanatique les entend , il les dénonce à un magistrat sergent de prêtres; et ce sergent les fait brûler à petit feu,

(•) Voyo Fbaco*.

croyant venger et imiter la majesté divine qu'il outrage.

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