Dictionnaire philosophique
L'àproPos est comme l'avenir, l'atour, Fados et plusieurs termes pareils, qui ne composent plus aujourd'hui qu'un seul mot, et qui en fesaientdeux autrefois.
Si vous dites : A propos j'oubliais de vous parler de cette affaire ; alors ce sont deux mots, et à devient une préposition. Mais si vous dites : Voilà un apropcs heureux , un apropos bien adroit , apropos n'est plus qu'un seul mot.
La Motte a dit dans une de ses odes :
Le sage , le prompt A-propos , Dieu , qu'à tort oublia la fable.
Tous les heureux succès en tout genre sont fondes sur les choses dites ou faites à propos.
Arnaud de Bresse , Jean Hus , et Jérôme de Prague , ne vinrent pas assez à propos , ils furent tous trois brûlés; les peuples n'étaient pas encore assez éclairés : l'invention de l'imprimerie n'avait point encore mis sous les yeux de tout le monde les abus dont on se plaignait. Mais quand les hommes commencèrent à lire ; quand la populace , qui voulait bien ne pas aller en purgatoire 7 mais qui ne voulait pas payer
6 rÀPROPOS, l'apropos.
trop cher des indulgences, commença à ouvrir les yeux , les réformateurs du seizième siècle vinrent très à propos et réussirent.
Un des meilleurs apropos dont Fhistoire ait fait mention y est celui de Pierre Danez au concile de Trente. Un homme qui n'aurait pas eu l'esprit présent, n'aurait rien répondu au froid jeu de mots de l'évêque italien : « Ce coq chante bien : » Iste gallus bene cantat (a). Danez répondit par cette terrible réplique : a Plût à Dieu que Pierre se repentît au chant du coq ? »
La plupart des recueils de bons mots sont remplis de réponses très -froides. Celle du marquis Maffei , ambassadeur de Sicile auprès du pape Clément XI, n'est ni froide, ni injurieuse, ni piquante ; mais c'est un bel apropos. Le pape se plaignait avec larmes de ce qu'on avait ouvert , malgré lui , les églises de Sicile qu'il avait interdites : Pleurez, Saint-Père , lui dit-il , quand on les fermera.
Les Italiens appellent une chose dite hors de propos, un sproposito. Ce mot manque à notre langue.
C'est une grande leçon dans tlutarque que ces paroles : « Tu tiens sans propos beaucoup de bons propos. )) Ce défaut se trouve dans beaucoup de nos tragédies, où les héros débitent des maximes bonnes en elles-mêmes, qui deviennent fausses dans l'endroit où elles sont placées.
L'apropos fait tout dans les grandes affaires , dans
(a) Les dames , qui pourront lire ce morceau, sauront que G allus «signifie Gaulois et coq.
Arabes, j
les révolutions des états. On a déjà dit que Cromwell sous Elisabeth, ou sous Charles II le cardinal de Retz, quand Louis XIV gouverna par lui-même ? auraient été des hommes très-ordinaires.
César, né du temps de Scipion {'Africain, n'aurait pas subjugué la république romaine ; et , si Mahomet revenait aujourd'hui, il serait tout au plus chérif de la Mecque. Mais, si Archimède et Virgile renaissaient, l'un serait encore le meilleur mathématicien 5 l'autre le meilleur poëte de son pays.
ARABES, Et par occasion du livre de Jok
Si quelqu'un veut connaître à fond les antiquités arabes, il est à présumer qu'il n'en sera pas plus instruit que de celles de l'Auvergne et du Poitou. Il est pourtant certain que les Arabes étaient quelque chose long -temps avant Mahomet. Les Juifs euxmêmes disent que Moïse épousa une fille arabe; et son beau -père Jéthro paraît un homme de fort bon sens.
Mecka ou la Mecque passa , et non sans vraisemblance, pour une des plus anciennes villes du monde; et ce qui prouve son ancienneté, c'est qu'il est impossible quune autre cause que la superstition seule ait fait bâtir une ville en cet endroit ; elle est dans un désert de sable, l'eau y est saumâtre, on y meurt de faim et de soif. Le pays, à quelques milles vers l'Orient, est le plus délicieux de la terre, le plus arrosé, le plus fertile. C'était là qu'il fallait bâtir, et non a la Mecque. Mais il suffit d'un charlatan, d'un fripon 3