‹ Dictionnaire philosophique (volume 5)Chapitre 2 sur 90 · ARABES · texte numérisé non relu

ARABES

d'un faux prophète qui aura débité ses rêveries, pour faire de la Mecque un lieu sacré et le rendez-vous des nations voisines. C'est ainsi que le temple de Jupiter Ammon était bâti au milieu des sables, etc.

L'Arabie s'étend du désert de Jérusalem jusqu'à Aden ou Éden, vers le quinzième degré, en tirant droit du nord est au sud-est. C'est un pays immense, environ trois fois grand comme l'Allemagne. Il esjt très -vraisemblable que ses déserts de sablo ont été apportés par les eaux de la mer, et que ses golfes maritimes ont été des ïerres fertiles autrefois.

Ce qui semble déposer en faveur de l'antiquité de cette nation, c'est qu aucun historien ne dit qu'elle ait été subjuguée ; elle ne le fut pas même par Alexandre, ni par aucun roi de Syrie, ni par les Romains. Les Arabes au contraire ont subjugué cent peuples, depuis J'ïnde jusqu'à la Garonne; et, ayant ensuite perdu leurs conquêtes, ils se sont retirés dans leur pays sans s'être mêlés avec d'autres peuples.

N'ayant jamais été ni asservis, ni mélangés, il est plus que probable qu'ils ont conservé leurs mœurs et leur langage; aussi l'arabe est-il en quelque façon la langue-mère de toute l'Asie jusqu'à l'Inde, et jusqu'au pays habité par les Scythes, supposé qu'il y ait en effet des langues-mères; mais il n'y a que des langues dominantes. Leur génie n'a point changé, ils font encore des mille et une nuits . comme ils en fesaient du temps qu'ils imaginaient un Bach ou Bacchus, qui traversait la mer Rouge avec trois millions d'hommes, de femmes et d'enfans; qui arrêtait *i

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soleil et la lune \ qui fesait jaillir des fontaines de vin avec une baguette , laquelle il changeait en serpent quand il voulait.

Une nation ainsi isolée, et dont le sang est sans mélange , ne peut changer de caractère. Les Arabes qui habitent les déserts ont toujours été un peu voleurs. Ceux qui habitent les villes ont toujours aimé les fables, la poésie et l'astronomie,

Il est dit dans la Préface historique de l'Àlcoran,que, lorsqu'ils avaient un bon poète dans une de leurs tribus, les autres tribus ne manquaient pas d'envoyer des députés pour féliciter celle à qui Dieu avait fait la grâce de lui donner un poëte.

Les tribus s'assemblaient tous les ans par représentai, dans une place nommée Ocad, où l'on récitait des vers à peu près comme on fait aujourd'hui à Rome, dans le jardin de l'académie des Arcades; et cette coutume dura jusqu'à Mahomet. De son temps chacun affichait ses vers à la porte du temple de la Mecque.

Labid , fils de Rabia , passait pour l'Homère des Mecquois; mais, ayant vu le second chapitre de l'Alcoran que Mahomet avait affiché, il se jeta à ses genoux, et lui dit : « Q Mohammed, fils d'Abdallah, fils de Motaleb, fils d'Achen, vous êtes un plus grand poëte que moi; vous êtes sans doute le prophète de Dieu. »

Autant les Arabes du désert étaient voleurs, autant ceux de Maden , de Naïd , de Sanaa étaient généreux. Un ami était déshonoré dans ces pays quand il avait refusé des secours à un ami.

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Dans leur recueil de vers, intitulé Tograïd, il est rapporte qu'un jour dans la cour du temple de la Mecque trois Arabes disputaient sur la générosité et l'amitié , et ne pouvaient convenir qui méritait la préférence de ceux qui donnaient alors les plus grands exemples de ces vertus. Les uns tenaient pour Abdallah, fils de Giafar, oncle de Mahomet; les autres pour Kaïs, fils de Saad, et d'autres pour Arabad de la tribu d'As. Après avoir bien disputé, ils convinrent d'envoyer un ami d'Abdallah vers lui , un ami de Kaïs vers Raïs, et un ami d'Arabad vers Arabad, pour les éprouver tous trois, et venir ensuite faire leur rapport à l'assemblée.

L'ami d'Abdallah courut donc à lui et lui dit : Fils de l'oncle de Mahomet, je suis en voyage et je manque de tout. Abdallah était monté sur son chameau chargé d'or et de soie, il en descendit au plus vite, lui donna son chameau, et s'en retourna à pied dans sa maison.

Le second alla s'adresser à son ami Kaïs, fils de Saad. Kaïs dormait encore; un de ses domestiques demande au voyageur ce qu'il désire. Le voyageur répond qu il est l'ami de Kaïs, et qu'il a besoin de secours. Le domestique lui dit : Je ne veux pas éveiller mon maître; mais voilà sept mille pièces d'or, c'est tout ce que nous avons à présent dans la maison; prenez encore un chameau dans l'écurie avec un esclave, je crois que cela vous suffira jusqu'à ce que vous soyez arrivé chez vous. Lorsque Kaïs fut éveillé , il gronda beaucoup le domestique de n'avoir pas donné davantage.

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Le troisième alla trouver son ami Arabad de la tribu d'As. Arabad était aveugle , et il sortait de sa maison appuyé sur deux esclaves pour aller prier Dieu au temple de la Mecque ; dès qu'il eut entendu la voix de l'ami, il lui dit : Je n'ai de bien que mes deux esclaves, je vous prie de les prendre et de les vendre; j'irai au temple comme je pourrai avec mon bâton.

Les trois disputeurs étant revenus à l'assemblée, racontèrent fidèlement ce qui leur était arrivé. On donna beaucoup de louanges à Abdallah 'fils de Giafar, à Kaïs fils de Saad, et à Arabad de la tribu d'As; mais la préférence fut pour Arabad.

Les Arabes ont plusieurs contes de cette espèce, Nos nations occidentales n'en ont peint; nos romans ne sont pas dans ce goût. Nous en avons plusieurs qui ne roulent que sur des friponneries , comme ceux de Bocace, Gusman d'Alfarache, Gilblas, etc.

Il est clair que du moins les Arabes avaient des idées nobles et élevées. Les hommes les plus savans dans les langues orientales pensent que le livre de Job, qui est de la plus haute antiquité, fut composé par un Arabe de l'Idumée. La preuve la plus claire et la plus indubitable, c'est que le traducteur hébreu a laissé dans sa traduction plus de cent mots arabes qu'apparemment il n'entendait pas.

Job , le héros de la pièce , ne peut avoir été un Hébreu; car il dit, dans le quarante-deuxième chapitre , qu'ayant recouvré son premier état, il partagea ses biens également à ses fils et à ses filles, ce qui est directement contraire à la loi hébraïque.

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