‹ Dictionnaire philosophique (volume 5)Chapitre 16 sur 90 · ARMÉES · texte numérisé non relu

ARMÉES

en résultera que les Romains , maîtres des Gaules si aisément vaincus par Clovis , avaient perdu toute leur ancienne valeur, et que les Gaulois aimèrent autant devenir les sujets d'un petit nombre de Francs, que d'un, petit nombre de Romains.

L'habillement de guerre changea ensuite , ainsi que tout change.

Dans les temps des chevaliers, écuyers, et varlets, on ne connut plus que la gendarmerie à cheval en Allemagne, en France, en Italie, en Angleterre, en Espagne. Cette gendarmerie était couverte de fer, ainsi que les chevaux. Les fantassins étaient des serfs qui fesaient plutôt les fonctions de pionniers que de soldats. Mais les Anglais eurent toujours dans leurs gens de pied de bons archers, et c'est en grande partie ce qui leur fit gagner presque toutes les batailles.

Qui croirait qu'aujourd'hui les armées ne font guère que des expériences de physique? Un soldat serait bien étonné si quelque savant lui disait : « Mon ami, tu es un meilleur machiniste qu'Archimède. Cinq parties de salpêtre , une partie de soufre , une partie de carbo ligneus , ont été préparées chacune à part. Ton salpêtre dissous , bien filtré , bien évaporé , bien cristallisé, bien remué, bien séché, s'est incorporé avec le soufre purifié, et d'un beau jaune. Ces deux ing^édiens, mêlés avec le charbon pilé, ont forme de grosses boules par le moyen d'un peu de vinaigre , ou de dissolution de sel ammoniac, ou d'urine. Ces boules ont été réduites in pulverem pirium dans un moulin. L'effet de ce mélange est une dilatation qui est à peu près comme quatre mille est à l'unité; et le

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plomb qui est dans ton tuyau, fait un autre effet qui est le produit de sa niasse multiplié par sa vitesse.

« Le premier qui devina une grande partie de ce secret de mathématiques, fut un bénédictin nommé Roger Bacon. Celui qui l'inventa tout entier fut un autre bénédictin allemand nommé Schwartz, au quatorzième siècle. Ainsi, c'est à deux moines que tu dois l'art d'être un excellent meurtrier, si tu tires juste, et si ta poudre est bonne.

[« C'est en vain que du Cange a prétendu qu'en ,i338 les registres de la chambre des comptes de Paris font mention d'un mémoire payé pour de la poudre à canon : n'en crois rien, il s'agit là de l'artillerie, nom affecté aux anciennes machines de guerre et aux nouvelles.

« La poudre à canon fît oublier entièrement le feu grégeois dont les Maures fesaient encore quelque usage. Te voilà enfin dépositaire d'un art qui nonseulement imite le tonnerre, mais qui est beaucoup pius terrible. »

Ce discours qu'on tiendrait à un soldat serait de la plus grande vérité. Deux moines ont en effet changé la face de la terre.

Avant que les canons fussent connus, les nations hyperborées avaient subjugué presque tout l'hémisphère, et pourraient revenir encore, comme des loups affamés, dévorer les terres qui l'avaient été autrefois par leurs ancêtres.

Dans toutes les armées c'était la force du corps, l'agilité , une espèce de fureur sanguinaire , un acharnement d'homme à homme qui décidaient de la vie-

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toire j et par conséquent du destin des états. Des hommes intrépides prenaient des- villes avec des échelles. Il n'y avait guère plus de discipline dans les armées du Nord, au temps de la décadence de l'empire romain , que dans les bêtes carnassières qui fondent sur leur proie.

Aujourd'hui une seule place frontière, munie de canons , arrêterait les armées des Attila et des Gengis.

On a vu, il n'y a pas long-temps, une armée de Russes victorieux , se consumer inutilement devant Custrin , qui n'est qu'une petite forteresse dans ail marais.

Dans les batailles, les hommes les plus faibles de corps peuvent l'emporter sur les plus robustes, avec une artillerie bien dirigée. Quelques canons suffirent à la bataille de Fontenoi pour faire retourner en arrière toute la colonne anglaise déjà maîtresse du champ de bataille.

Les combattans île s'approchent plus : le soldat ira plus cette ardeur, cet emportement qui redouble dans la chaleur de Faction lorsque l'on combat corps à corps. La force, l'adresse, la trempe des armes même, sont inutiles. A peine une seule fois dans une guerre se sert on de la baïonnette au bout du fusil, quoiqu'elle soit la plus terrible des armes.

Dans une plaine souvent entourée de redoutes munies de gros canons, deux armées s'avancent eu silence; chaque bataillon mène avec soi des canons de campagne; les premières ligues tirent l'une contre l'autre, et l'une après l'autre. Ce sont des victimes qu'on présente tour à tour aux coups de feu. On voit

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souvent .sur les ailes , des escadrons exposés conti • nuellement aux coups de canon en attendant l'ordre du général. Les premiers qui se lassent de cette manœuvre, laquelle ne laisse aucun lieu à l'impétuosité du courage, se débandent et quittent le champ de bataille. On va les rallier, si l'on peut , à quelques milles de là. Les ennemis victorieux assiègent une ville qui leur coûte quelquefois plus de temps, plus d'hommes, plus d'argent, que plusieurs batailles ne leur auraient coulé. Les progrès sont très-rarement rapides : et au bout de cinq ou six ans, les deux parties également épuisées sont obligées de faire la paix.

Ainsi, à tout prendre, l'invention de l'artillerie et la méthode nouvelle ont établi en^re les puissances une égalité qui met le genre humain à l'abri des anciennes dévastations , et qui par-là rend les guerres moins funestes, quoiqu'elles le soient encore prodigieusement.

Les Grecs, dans tous les temps, les Romains jusqu'au temps de Syila, les autres peuples de l'Occident et du Septentrion, n'eurent jamais d'armée sur pied continuellement soudoyée; tout bourgeois était soldat, et s'enrôlait en temps de guerre. Celait précisément comme aujourd'hui en Suisse. Parcourez- la tout entière , vous n'y trouverez pas un bataillon , excepté dans le temps des revues; si elle a la guerre, vous y voyez tout d'un coup quatre-vingt mille soldats en armes.

Ceux qui usurpèrent la puissance suprême depuis Syila, eurent toujours des troupes permanentes soudoyées de l'argent dfes citoyens pour tenir les citoyens

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assujettis, encore plus que pour subjuguer les autres nations. Il n'y a pas jusqu'à l'évêque de Rome qui ne soudoie une petite armée. Qui l'eût dit du temps des apôtres, que le serviteur des serviteurs de Dieu aurait des régimens, et dans Rome ?

Ce qu'on craint le plus en Angleterre , c'est a grcat standing army, une grande armée sur pied.

Les janissaires ont fait la grandeur des sultans, mais aussi ils les ont étranglés. Les sultans auraient évité le cordon, si au lieu de ces grands corps ils en avaient établi de petits.

La loi de Pologne est qu'il y ait une armée j mais elle appartient à la république qui la paie quand elle peut en avoir une.

AROT ET MAROT,

Et courte revue de VAlcoran.

Cet article peut servir à faire voir combien les plus savans hommes peuvent se tromper, et à développer quelques vérités utiles. Voici ce qui est rapporté d'Arot et de Marot dans le Dictionnaire encyclopédique.

(( Ce sont les noms de deux anges que l'imposteur Mahomet disait avoir été envoyés de Dieu pour enseigner les hommes, et pour leur ordonner de s'abstenir du meurtre, des faux jugemens et de toutes sortes d'excès. Ce faux prophète ajoute qu'une trèsbelle femme ayant invité ces deux anges à manger chez elle , elle leur fît boire du vin, dont, étant échauffes, ils la sollicitèrent à l'amour; qu'elle fei-

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