ART POÉTIQUE
Pour moi , je suis sûr du contraire de ce qu'on avance; j'ai consulté des oreilles très-exercées; et je ne vois point du tout qu'on puisse mettre l'allégresse et la vie au lieu de je porte V épouvante et la mort, à moins qu'on ne ralentisse la mesure , qu'on n'affaiblisse et qu'on ne corrompe cette musique par une expression doucereuse , et qu'une mauvaise actrice ne gâte le chant des musiciens.
J'en dis autant des mots éveillons-nous , aux-quels on ne saurait substituer endormons -nous , que par un dessein formé de tourner tout en ridicule; je ne puis adopter la sensation d'un autre contre ma propra sensation.
J'avoue qu'on avait le sens commun du temps de Louis XïY comme aujourd'hui; qu'il aurait été impossible que toute la nation n'eût pas senti que Lulli avait exprimé l'épouvante et la mort comme l'allégresse et la vie, et le réveil comme l'assoupissement*
On n'a qu'à voir comment Lulli a rendu dormons, dormons tous, on sera bientôt convaincu de l'injustice qu'on lui foit. C'est bien ici qu'on peut dire : Il mecjlio è V inimico del bene.