ARABES
Il est très-vraisemblabie que, si ce livre avait été composé après le temps où Ton place l'époque de Moïse , l'auteur qui parle de tant de choses , et qui n'épargne pas les exemples, aurait parlé de quelqu'un des évOnnans prodiges opérés par Moïse , et connus sans doute de toutes les nations de l'Asie.
Dès le premier chapitre , Sathan paraît devant Dieu, et lui demande la permission d'affliger Job, on ne connaît point Sathan dans le Pentateuque, c'était un mot chaldéen. Nouvelle preuve que l'auteur arabe était voisin de la Chaldée.
On a cru qu'il pouvait être Juif, parce qu'au douzième chapitre le traducteur hébreu a mis Jehova à la place d'El ou de Bel, ou de Sadaï. Mais quel est l'homme un peu instruit qui ne sache que le mot de Jehova était commun aux Phéniciens , aux Syriens , aux Egyptiens et à tous les peuples des contrées voisines?
Une preuve plus forte encore, et à laquelle on ne peut rien répliquer, c'est la connaissance de l'astronomie, qui éclate dans le livre de Job. Il est parlé des constellations que nous nommons (a) l'Arcture, l'Orion, les Hyades, et même de celles du midi qui sont cachées. Or, les Hébreux n'avaient aucune connaissance de la sphère , n'avaient pas même de terme pour exprimer l'astronomie , et les Arabes ont toujours été renommés pour cette science, ainsi que les Chaldéens.
Il paraît donc très-bien prouvé que le livre de Job
(a)Chap. IX, v. 9.
ARABES. ÏO
ne peut êfre d'un Juif, et est antérieur à tous les livres juifs. Philon et Josèphe sont trop avisés pour le compter dans le canon hébreu : c'est incontestablement une parabole , une allégorie arabe.
Ce n'est pas tout; on y puise des connaissances des usages de l'ancien monde, et surtout de l'Arabie (&). Il y est question du commerce des Indes, commerce que les Arabes firent dans tous les temps, et dont les Juifs n'entendirent seulement pas parler.
On y voit que l'art d'écrire était très-cultivé, et qu'on fesait déjà de gros livres (6).
On ne peut dissimuler que le commentateur Calmet, tout profond qu'il est, manque à toutes les règles de la logique, en prétendant que Job annonce l'immortalité de Famé, et la résurrection du corps, quand il dit : « Je sais que Dieu, qui est vivant, aura pitié de moi, que je me relèverai un jour de mon fumier, que ma peau reviendra, que je reverrai Dieu dans ma chair. Pourquoi donc dites-vous à présent, persécutons-le, cherchons des paroles contre lui ? Je serai puissant à mon tour ; craignez mon épée , craignez* que je ne me venge , sachez qu'il y a une justice. ».
Peut-on entendre par ces paroles autre chose que l'espérance de la guérison? L'immortalité de Famé., et la résurrection des corps au dernier jour sont des vérités si indubitablement annoncées dans le nouveau Testament 3 si clairement prouvées par les pères et par les conciles , qu'il n'est pas besoin d'en attribuer la première connaissance à un Arabe. Ces grands
(b) Chap. XXVIH, v. iC, etc.-(c) Chap. XXXI, v. 35 et 36.
Dicl. Pli. y. 2
14 AKAiVDA.
mystères ne sont expliqués dans aucun endroit du Pentateuque hébreu; comment le seraient-ils dans ce seul verset de Job, et encore d'une manière si obscure ! Calmet n'a pas plus de raison de voir l'immortalité de Tàme , et la résurrection dans les discours de Job , que d'y voir la vérole dans la maladie dont il est attaqué. Ni la logique ni la physique ne sont d'accord avec ce commentateur.
Au reste, ce livre allégorique de Job étant manifestement arabe, il esjt permis de dire qu'il ny a ni méthode, ni justesse, ni précisien. Mais c'est peutêtre le monument le plus précieux et le plus ancien des livres qui aient été écrits en deçà de PEuphrate.
AHANDA.
Droits royaux ? jurisprudence , inquisition.
Quoique les noms propres ne soient pas 1 objet de nos questions encyclopédiques , notre société littéraire a cru devoir faire une exception en faveur du compte d'Aranda, président du conseil suprême en Espagne, et capitaine-général de la Castille nouvelle, qui a commencé à couper les têtes de l'hydre de l'inquisition.
Il était bien juste qu'un Espagnol délivrât la terre de ce monstre , puisqu'un Espagnol l'avait fait naître. Ce fut un saint, à la vérité, ce fut saint Dominique Vencuirassé (i), qui, étant illuminé d'en-haut , et » ■ — —
(i) Dominique, fondateur de l'ordre de Saint-Jacques-Clément, et inventeur de l'inquisition, est différent du Dominique surnommé Ycncuiiassê, parce qu'il s'était endurci la peau à force
A R AND A. l5
croyant fermement que l'église catholique > apostolique et romaine, ne pouvait se soutenir que par des moines et des bourreaux, jeta les fondemens de l'inquisition au treizième siècle, et lui soumit les rois, les ministres et les magistrats : mais il arrivé quelquefois qu'un grand homme est plus qu'un saint dans les choses purement civiles, et qui concernent directement la majesté des couronnes, la dignité du conseil des rois, les droits de la magistrature, la sûreté des citoyens.
La conscience, le for intérieur (comme l'appelle Puniversité de Saîamanque) est d'une autre espèce; elle n'a rien de commun avec les lois de l'état. Les
de se donner la discipline. On voit , par la note ci-après , qui est de M. de Voltaire, qu'il connaissait très-bien la différence de ces deux saints. Mais le fondateur de l'inquisition ne mérite-t-il pas bien aussi 1 epithètc d'encuii assé?
Illi rebur el tes triplex Circa -pectuÈ tint.
( Hor. , lib. 1 j od. 3 j v. 9-10. )
Il faudrait vecht relier si du temps de saint Dominique on fe~ sait porter !e sati-beiiilo aux pécheurs, et si ce san-benito notait pas une chemise bénite qu'on leur donnait en échange de leuv argent qu'on leur prenait. Mais, étant retiré au milieu des neiges
,-i d du mont Grapak qui sépare la Pologne de la Hongrie, nous n'avons qu'une bibliothèque médiocre.
La disette des livres dont nous gémissons vers ce mont Crapafc où nous sommes, nous empêche aussi d'examiner si saint Dominique assista en qualité d'inquisiteur à la bataille de Muret, ou en qualité de prédicateur, ou en celle d'officier volontaire ; et si le titre iïencuirassé lui fut donné aussi-bien qu'à l'ermite Dominique : je crois qu'il était à la bataille, de Muret, mais qu'il ne porta point d'armes.
l6 AAANDA.
inquisiteurs; les théologiens doivent prier Dieu pour les peuples; et les ministres, les magistrats établis par les rois sur les peuples , doivent juger.
Un soldat bigame ayant été arrêté pour ce délit par l'auditeur de la guerre , au commencement de l'année 1770, et le Saint-Office ayant prétendu que c'était à lui seul quil appartenait de juger ce soldat, le roi d'Espagne a décidé que cette cause devait uniquement ressortir au tribunal du comte d'Aranda, capitaine-général ? par un arrêt solennel du 5 février de la même année.
L'arrêt porte que le très-révérend archevêque de Pharsale, ville qui appartient aux Turcs, inquisiteur général des Espagnols , doit observer les lois du royaume, respecter les juridictions royales, se tenudans ses bornes, et ne se point mêler d'emprisonner les sujets du roi.
On ne peut pas tout faire à la fois; Hercule ne pur nettoyer en un jour les écuries du roi Àugias. Les écuries d'Espagne étaient pleines des plus puantes immondices depuis plus de cinq cents ans; c'était grand dommage de voir de si beaux chevaux, si fiers, si légers, si courageux, si brillans, n'avoir pour palefreniers que des moines qui leur appesantissaient la bouche par un vilain mors, et qui les fesaient croupir dans la fange.
Le comte d'Aranda, qui est un excellent écuyer, commence à mettre la cavalerie espagnole sur un autre pied, et les écuries d'Augias seront bientôt de la plus grande propreté.
Ce pourrait être ici l'occasion de dire un petit mol
ÀRÀRÀT. \J
des premiers fceaux jours de l'inquisition , parce qu'il est d'usage dans les dictionnaires, quand on parle de la mort des gens , de faire mention de leur naissance et de leurs dignités; mais on en trouvera le détail à l'article Inquisition (a)s aussi-bien que la patente curieuse donnée par saint Dominique (ft).
Observons seulement que le comte d'Aranda a mérité la reconnaissance de l'Europe entière , en rognant les griffes, et en limant les dents du monstre.
Bénissons le comte d'Aranda (i).