‹ Dictionnaire philosophique (volume 5)Chapitre 33 sur 90 · ET S 0 DOME. 1S · texte numérisé non relu

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Fïavien Josèphe, qui éiait du pays, dit (a) que de son temps le lac de Sodome n'avait aucun poisson, et que Feau en était si légère, que les corps les plus lourds ne pouvaient aller au fond. Il voulait dire apparemment si pesante au lieu de si légère. Il paraît qu'il n'en avait pas fait l'expérience. Il se peut, après tout, qu'une eau dormante imprégnée de sels et de matières compactes, étant alors plus pesante qu'un corps de pareil volume, comme celui dune bête ou d'au homme, les ait forcés de surnager. L'erreur de Josèphe consiste à donner une cause très-fausse d'un phénomène qui peut être très-vrai (1).

Quant à la disette de poissons, elle est croyable* L'asphalte ne parait pas propre à les nourrir; cependant il est vraisemblable que tout n'est pas asphalte dans ce lac , qui a vingt-trois ou vingt- quatre de nos lieues de long, et qui, en recevant à sa source les eaux du Jourdain , doit recevoir aussi les poissons de cette rivière) mais peut- être aussi le Jourdain n'en fournit pas, et peut-tire ne s'en trouve-t-il que dans le lac supérieur de Tibériade.

Josèphe ajoute que les arbres qui croissent sur les

(a) Liv. IV, chap. XXVII.

(1) Depuis l'impression de cet article, on a apporté à Paris de l'eau du lac Aspliallide. Cette eau ne diffère de celle de la mer qu'en ce qu'elle est plus pesante, tt qu'elle contient les mêmes sels en beaucoup plus grande quantité que l'eau d'aucune mer connue. Des corps qui tomberaient au fond de l'eau douce , ou même au fond de la mer, pourraient y nager; et c'en était assez poui faire crier au miracle un peuple aussi superstitieux qu'ignorant.

iGo ASPHALTE

bords de la mer Morte portent des fruits de la plus belle apparence , mais qui s'en vont en poussière dès qu'on veut y porter la dent. Ceci n'est pas si probable, et pourrait faire croire que Josèphc n'a pas été sur le lieu même, ou qu'il a exagéré suivant sa coutume et celle de ses compatriotes. Rien ne semble devoir produire de plus beaux et de meilleurs fruits qu'un terrain sulfureux et salé, tel que celui de Naples, de Catane et de Sodome.

La sainte Écriture parle de cinq villes englouties par le feu du ciel. La physique en cette occasion rend témoignage à l'ancien Testament, quoiqu'il n'ait pas besoin d'elle , et qu'ils ne soient pas toujours d'accord. On a des exemples de trcmblcmens de terre, accompagnés de coups de tonnerre, qui ont détruit des villes plus considérables que Sodome et Gomorrlie.

Mais la rivière du Jourdain ayant nécessairement son embouchure dans ce lac sans issue , cette mer Morte, semblable à la mer Caspienne, doit avoir existé tant qu'il y a eu un Jourdain ; donc ces cinq villes ne peuvent jamais avoir été à la place où est ce lac de Sodome. Aussi l'Ecriture ne dit point du tout que ce terrain fut changé en un lac ; elle dit tout le contraire : « Dieu fit pleuvoir du soufre et du feu venant du ciel; et Abraham, se levant matin, regarda Sodome et Gomorrhe, et toute la terre d'alentour; et il ne vit que des cendres montant comme une fumée de fournaise (/>). »

(h) Genèse, elia£. XUL

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Il faut donc que les cinq villes 5 Sodome, Gomorrhe , Zéboin , Adama et Segor , fussent situées sur le bord de la mer Morte. On demandera comment dans un désert aussi inhabitable qu'il l'est aujourd'hui , et où Ton ne trouve que quelques hordes de voleurs arabes , il pouvait y avoir cinq villes assez opulentes pour être plongées dans les délices, et même dans les plaisirs infâmes qui sont le dernier effet du raffinement de la débauche attachée à la richesse ; on peut répondre que le pays alors était bien meilleur.

D'autres critiques diront : Comment cinq villes pouvaient-elles subsister à l'extrémité d'un lac dont l'eau n'était pas potable avant leur ruine ? L'Écriture elle-même nous apprend que tout le terrain était asphalte avant l'embrasement de Sodome. « Il y avait, dit - elle, (c) , beaucoup de puits de bitume dans la vallée des bois; et les rois de Sodome et de Gomorrhe prirent la fuite , et tombèrent en cet endroit-là. »

On fait encore une autre objection. Isaïe et Jérémie disent (d) que Sodome et Gomorrhe ne seront jamais rebâties : mais Etienne, le géographe, parle de Sodome et de Gomorrhe sur le rivage de la mer Morte. On trouve dans lTIistoire des conciles des évêques de Sodome et de Segor.

On peut répondre à cette critique que Dieu mit dans ces villes rebâties des habitans moins coupa-

(c) Genèse, chap. XIV, v. 10.

[d) Isaïe, chap. XIII. Jérémie, cljap. II.

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blés ; car il n'y avait point alors d'évêques in partibus.

Mais quelle eau, dira-t-on, put abreuver ces nouveaux habitans ? tous les puits sont saumatres ; on trouve l'asphalte et un sel corrosif, dès qu'on creuse la terre.

On répondra que quelques Arabes y habitent encore , et qu'ils peuvent être habitués à boire de trèsmauvaise eau; que Sodome et Gomorrhe dans le Bas- Empire étaient de médians hameaux, et qu'il y eut dans ce temps-là beaucoup d'évêques, dont tout le diocèse consistait en un pauvre village. On peut dire encore que les colons de ces villages préparaient l'asphalte, et en fesaient un commerce utile.

Ce désert aride et brûlant qui s'étend de Ségor jusqu'au territoire de Jérusalem, produit du baume et des aromates , par la même raison qu'il fournit du naphte , du sel corrosif et du soufre.

On prétend que les pétrifications se font dans ce désert avec une rapidité surprenante. C'est ce qui rend très -plausible , selon quelques physiciens, la pétrification d'Edith, femme de Loth.

Mais il est dit que cette femme, mjant regardé derrière elle, fut changée en statue de sel; ce n'est donc pas une pétrification naturelle opérée par l'asphalte et le sel ; c'est un miracle évident. Flavien Josèphe dit (e) qu'il a vu cette statue. Saint Justin et saint Irénée en parlent comme d'un prodige qui subsistait encore de leur temps.

On a regardé ces témoignages comme des fables

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(e) Antiçf. , liv. I, chap. 2.

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ridicules. Cependant il est très-naturel que quelques Juifs se fussent amusés à tailler un monceau d'asphalte en une figure grossière ; et on aura dit : C'est la femme de Lotb. J'ai vu des cuvettes d'asphalte très-bien faites qui pourront long-temps subsister. Mais il faut avouer que saint Irénée va un peu loin quand il dit (/) : La femme de Loth resta dans le pays de Sodome non plus en chair corruptible , mais en statue de sel permanente, et montrant par ses parties naturelles les effets ordinaires : Vxor remansit in Sodomis s jam non caro corruptibilis , sed statua salis, semper manens, et per naturalia ea quœ sunt consuetu* dinis hominis ostendens.

Dans le Poëme de Sodome , dont on dit Tertullien auteur, on s'exprime encore plus énergiquement :

Dicitur et viveris alio sub corpore sexûs Mirificè soliio dispunejere sanguine menscs.

C'est ce qu'un poëte du temps de Henri II a traduit ainsi dans son style gaulois :

La femme à Loth , quoique sel devenue , Est femme encor ; car elle a sa menstrue:

Les pays des aromates furent aussi les pays des fables. C'est vers les cantons de l'Arabie Pétrée, c'est dans ces déserts que les anciens mythologisles prétendent que Myrrha , petite-fille d'une statue , s'enfuit après avoir couché avec son père, comme les filles de Loth avec le leur , et qu'elle fut métamorphosée en l'arbre qui porte la myrrhe. D'autres profonds mytliologistes assurent qu'elle s'enfuit dans l'Arabie

(f) Liv. TV, chap. IJ.

Elcureuse; et cette opinion est aussi soutenablc que l'autre.

Quoi qu'il en soit , aucun de nos voyageurs ne s'est encore avisé d'examiner le terrain de Sodome, son asphalte , son sel , ses arbres et leurs fruits ; de peser Teau du lac, de l'analyser, de voir si les matières spécifiquement plus pesantes que l'eau ordinaire y surnagent , et de nous rendre un compte fidèle de Fliistoire naturelle du pays. Nos pèlerins de Jérusalem n'ont garde d'aller faire ces recherches : ce désert est devenu infesté par des Arabes vagabonds qui courent jusqu'à Damas , qui se retirent dans les cavernes des montagnes , et que l'autorité du pacha de Damas n'a pu encore réprimer. Ainsi les curieux sont fort peu instruits de tout ce qui concerne le lac Asphaltide.

Il est bien triste pour les doctes que parmi tous les sodomistes que nous avons, il ne s'en soit pas trouvé un seul qui nous ait donné des notions de leur capitale.

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