ASTROLOGIE. Ï
rience eût pu au bout de quelques milliers de siècles former un art dont il eût été difficile de douter : on aurait pensé , avec quelque vraisemblance , que les hommes sont comme les arbres et les légumes, qu'il ne faut planter et semer que dans certaines saisons. Il n'eût servi de rien contré les astrologues de dire : Mon fils est né dans un temps heureux, et cependant il est mort au berceau : l'astrologue aurait répondu : Il arrive souvent que les arbres, plantés dans 4a saison convenable , périssent ; je vous ai répondu des astres , mais je ne vous ai pas répondu du vice de conformation que vous avez communiqué à votre enfant. L'astrologie n'opère que quand aucune cause ne s'oppose au bien que les astres peuvent faire.
On n'aurait pas mieux réussi à décréditer l'astrologie en disant : De deux enfans qui sont nés dans la même minute , l'un a été roi , l'autre n'a été que mar~ guillier de sa paroisse ; car on aurait très-bien pu se défendre, en fesant voir que le paysan a fait sa fortune lorsqu'il est devenu marguillier, comme le prince en devenant roi.
Et si on alléguait qu'un bandit que Sixte-Quint fît pendre était né au même temps que Sixte-Quint, qui de gardeur de cochons devint pape , les astrologues diraient qu'on s'est trompé de quelques secondes, et qu'il est impossible , dans les règles , que la même étoile donne la tiare et la potence. Ce n'est donc que parce qu'une foule d'expériences ont démenti les prédictions , que les hommes se sont aperçus à la fin que l'art est illusoire; mais, avant d'être détrompés, ils ont été long-temps crédules,