‹ Dictionnaire philosophique (volume 5)Chapitre 5 sur 90 · ARARAT · texte numérisé non relu

ARARAT

pèdes; mettez-y des provisions; et, quand on vous demandera*, Où voulez-vous aller avec ce vaisseau? répondez : Vers les dieux , pour les prier de favoriser le genre humain. »

Xixutre bâtit son vaisseau, qui était large de deux stades, et long de cinq, c'est-à-dire, que sa largeur était de deux cent cinquante pas géométriques, et sa longueur de six cent vingt-cinq. Ce vaisseau, qui devait aller sur la mer Noire , était mauvais voilier. Le déluge vint. Lorsque le déluge eut cessé, Xixutre lâcha quelques-uns de ses oiseaux, qui, ne trouvant point à manger, revinrent au vaisseau. Quelques jours après il lâcha encore ses oiseaux, qui revinrent avec de la boue aux pâtes. Enfin ils ne revinrent plus. Xixutre en fit autant : il sortit de son vaisseau , qui était perché sur une montagne d'Arménie; et on ne le vit plus; les dieux l'enlevèrent.

Dans cette fable il y a probablement quelque chose d'historique. Le Pont-Euxin franchit ses bornes, t\ inonda quelques terrains. Le roi de Chaldée courut réparer le désordre. Nous avons dans Rabelais des contes non moins ridicules, fondés sur quelques vérités. Les anciens historiens sont pour la plupart des Rabelais sérieux.

Quant à la montagne d'Ararat , on a prétendu qu'elle était une des montagnes de la Phrygie , et qu'elle s'appelait d'un nom qui répond à celui d'arche, parce qu'elle était enfermée par trois rivières.

Il y a trente opinions sur cette montagne. Comment démêler le vrai ? Celle que les moines arméniens appellent aujourd'hui Ararat était 3 selon eux, une

des bornes du paradis terrestre , paradis dont il reste p u de traces. C'est un amas de rochers et de précipices couverts d'une neige éternelle. Tournefort y nlla chercher des plantes par ordre de Louis XIV; il dit que « tous les environs en sont horribles, et la montagne encore plus; qu'il trouva des neiges de quatre pieds d'épaisseur, et toutes cristallisées; que de tous les côtés il y a des précipices taillés à-plomb. »

Le voyageur Jean Struis prétend y avoir été aussi. Il monta , si on l'en croit , jusqu'au sommet pour guérir un ermite affligé d'une descente (a). « Son ermitage, dit-il, était si éloigné de terre, que nous n'y arrivâmes qu'au bout de sept jours, et chaque jour nous fesions cinq lieues. » Si dans ce voyage il avait toujours monté, ce mont Ararat serait haut de trentecinq lieues. Du temps de la guerre des géans, en mettant quelques Ararats l'un sur l'autre, on aurait été à la lune commodément. Jean Struis assure encore que Termite qu'il guérit lui fit présent d'une croix faite du bois de l'arche de Noé; Tournefort n'a pas eu tant d'avantage.

L'arbre à pain croît dans les îles Philippines, et principalement dans celles de Gaam et de Ténian, comme le coco croît dans Finie. Ces deux arbres seuls , s'ils pouvaient se multiplier dans les autres climats, serviraient à nourrir et à désaltérer le genre humain.

(a) Voyage de Je np JrtruiSj îd-4°, page 208.

'ARBRE A PAIN. aï

L'arbre à pain est plus gros et plus élevé que nos pommiers ordinaires; les feuilles sont noires, le fruit est jaune , et de la dimension de la plus grosse pomme de calville; son écorce est épaisse et dure, le dedans est une espèee de pâte blanche et tendre qui a le goût des meilleurs petits pains au lait, mais il faut le manger frais; il ne se garde que vingt-quatre heures, après quoi il se sèche, s'aigrit et devient désagréable; mais en récompense ces arbres en sont chargés huit mois de l'année. Les naturels du pays n'ont point d'autre nourriture; ils sont tous grands, robustes, bien faùs, d'un embonpoint médiocre, d'une santé vigoureuse, telle que la doit procurer l'usage unique d'un aliment salubre ; et c'est à des nègres que la nature a fait ce présent.

Le voyageur Dampierre fut le premier qui en parla. Il reste encore quelques officiers qui ont mangé de ce pain quand l'amiral Anson y a relâché, et qui l'ont trouvé d'un goût supérieur. Si cet arbre était transplanté comme l'a été l'arbre à café, il pourrait tenir lieu en grande partie de l'invention de Triptolème, qui coûte tant de soins et de peines multipliés. Il faut travailler une année entière avant que le blé puisse être changé en pain, et quelquefois tous ces travaux sont inutiles.

Le blé n'est pas assurément la nourriture de la plus grande partie du monde. Le maïs, la cassave, nourrissent toute l'Amérique. Nous avons des provinces entières où les paysans ne mangent que du pain de châtaignes, plus nourrissant et d'un meilleur goût que celui de seigle ou d'orge dont tant de gens

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s'alimentent, et qui vaut beaucoup mieux que le pain de munition qu'on donne au soldat (i). Toute l'Afrique australe ignore le pain. L'immense Archipel des Indes, Siam, le Laos, le Pégu, la Cochinchine, le Tunquin , une partie de la Chine, le Japon , les côtes de Malabar et de Coromandel, les bords du Gange fournissent un riz dont la culture est beaucoup plus aisée que celle du froment, et qui le fait négliger. Le blé est absolument inconnu dans l'espace de quinze cents lieues sur les côtes de la mer Glaciale* Cette nourriture, à laquelle nous sommes accoutumés, est parmi nous si précieuse, que la crainte seule de la voir manquer cause des séditions chez les peuples les plus soumis. Le commerce du blé est partout un des grands objets du gouvernement; c'est une partie de notre être, et cependant on prodigue quelquefois ridiculement cette denrée essentielle.

Les amidonniers emploient la meilleure farine pour couvrir la tête de nos jeunes gens et de nos femmes.

Le Dictionnaire encyclopédique remarque, avec très -grande raison, que le pain bénit dont on ne mange presque point, et dont la plus grande partie est perdue, monte en France à quatre millions de livres par an. Ainsi, de ce seul article, l'Angleterre

(i) En France, une société de physiciens éclairés s'occupe depuis quelques années h perfectionner l'art de fabriquer lé pain: grâce à ses soins , celui des hôpitaux et de la plupart des prisons de Paris est devenu meilleur que celui dont se nourrissent les liabitans aisés de la plupart des provinces.

est au bout de Tannée plus riche de quatre millions que la France.

Les missionnaires ont éprouvé quelquefois de grandes angoisses dans des pays où l'on ne trouve ni pain ni vin. Les habitans leur disaient par interprètes : .Vous voulez nous baptiser avec quelques gouttes d'eau dans un climat bridant où nous sommes obligés de nous plonger tous les joui a dans les fleuves; vous voulez nous confesser, et vous n'entendez pas notre langue; vous voulez nous communier, eivous manquez des deux ingrédiens nécessaires, le pain et le vin ; il est donc évident que votre religion universelle n'a pu être faite pour nous. Les missionnaires répondaient très -justement que la bonne volonté suffît, qu'on les plongerait dans Teau sans aucun scrupule, qu'on ferait venir du pain et du vin de Goa; et, quant à la langue, que les missionnaires rapprendraient dans quelques années.

On nomme dans l'Amérique candd-berry-tree , ou bai - bemj - tree , ou Yarbre à suif , une espèce de bruyère dont la baie donne une graisse propre à faire des chandelles. Elle croît en abondance dans un terrain bas et bien humecté; il paraît qu'elle se plaît sur les rivages maritimes. Cet arbuste est couvert de baies d'où semble suinter une substance blanche et farineuse ; on les cueille à la fin de l'au> tomne lorsqu'elles sont mûres; on les jette dans une chaudière qu'on remplit d'eau bouillante ; la graisse se fond , et s'élève au-dessus de l'eau : on met dans

un vase à part cette graisse refroidie, qui ressemble à du suif ou à de la cire; sa couleur est communément d'un vert sale. On la purifie, et alors elle devient d'un assez beau vert. Ce suif est plus cher que le suif ordinaire , et coûte moins que la cire. Pour en former des chandelles, on le mêle souvent avec du suif commun; alors elles ne sont pas si sujettes à couler. Les pauvres se servent volontiers de ce suif végétal qu'ils recueillent eux-mêmes, au lieu qu'il faudrait acheter l'autre.

On en fait aussi du savon et des savonnettes dune odeur assez agréable.

Les médecins et les chirurgiens en font usage pour les plaies. v

Un négociant de Philadelphie envoya de ce suif dans les pays catholiques de l'Amérique , dans l'espoir d'en débiter beaucoup pour des cierges ; mais les prêtres refusèrent de s'en servir.

Dans la Caroline on en a fait aussi une sorte de cire à cacheter.

On indique enfin la racine du même arbuste comme un remède contre les fluxions des gencives, remède usité chez les sauvages.

À l'égard du cirier ou de l'arbre à cire , il est assez connu. Que de plantes utiles à tout le genre humain la nature a prodiguées aux Indes orientales et occidentales ! le quinquina seul valait mieux que les mines du Pérou, qui n'ont servi qu'à mettre la cherté dans l'Europe.

Jeanne d'Arc, dite la Pucelle d'Orléans.

Il convient de mettre le lecteur au fait de la véritable histoire de Jeanne d'Arc surnommée la Pucelle. Les particularités de son aventure sont très-peu connues et pourront faire plaisir aux. lecteurs. Les voici.

Paul Jove dit que le courage des Français fut animé par cette fille, et se garde bien de la croire inspirée. Ni Robert Gaguin , ni Paul-Ëmile , ni Polidore Virgile, ni Genebrard, ni Philippe de Bergame, ni Papire Masson , ni môme Mariana , ne disent qu'elle était envoyée de Dieu; et, quand Mariana le jésuite l'aurait dit, en vérité cela ne m'en imposerait pas.

Mézerai conte a que le prince de la milice céleste lui apparut ; » j'en suis fâché pour Mézerai , et j'en demande pardon au prince de la milice céleste.

La plupart de nos historiens, qui se copient tous Jes uns les autres , supposent que la Pucelle fit des prédictions, et qu'elles s'accomplirent. On lui fait dire a qu'elle chassera les Anglais hors du royaume, » et ils y étaient encore cinq ans après sa mort. On lui fait écrire une longue lettre au roi d'Angleterre, et assurément elle ne savait ni lire ni écrire; on ne donnait pas cette éducation à une servante d'hôtellerie dans le Barrois; et son procès porte qu'elle ne savait pas signer son nom.

Mais , dit-on , elle a trouvé une épée rouillée dont la lame portait cinq fleurs de lis d'or gravées ; et cette épéc était cachée dans l'église de sainte Catherine de Fierbois à Tours. Voilà certes un grand miracle!

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