‹ Dictionnaire philosophique (volume 5)Chapitre 53 sur 90 · BANQUE · texte numérisé non relu

BANQUE

La banque est un trafic d'espèces contre du papier, etc.

Il y a des banques particulières et des banques publiques.

Les banques particulières consistent en lettres de change qu'un particulier vous donne pour recevoir votre argent au lieu indiqué. Le banquier prend demi pour cent, et son correspondant, chez qui vous allez, prend aussi demi pour cent quand il vous paye. Ce premier gain est convenu entre eux sans en avertir le porteur (i).

Le second gain, beaucoup plus considérable, se fait sur la valeur des espèces. Ce gain dépend de l'intelligence du banquier et de l'ignorance du remetteur d'argent. Les banquiers ont entre eux une langue particulière , comme les chimistes ; et le passant qui n'est pas initié à ces mystères en est toujours la dupe. Us vous disent, par exemple, nous remettons de Berlin à Amsterdam, Yincertain pour le certain; le change est haut, il est à trente-quatre , trente-cinq; et avec ce jargon , il se trouve qu'un homme qui croit les eur tendre perd six ou sept pour cent; de sorte que, s'il fait environ quinze voyages à Amsterdam en remettant toujours son argent par lettres de change, il se

(i) Ce profit est souvent beaucoup moindre ; la manière dont od le fait consiste à donner à celui qui vous remet son argent comptant des lettres qui ne sont payables qu'après quelques semaines, en protestant qu'on ne peut lui en fournir à des échéance» plus prochaines.

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trouvera que ses deux banquiers auront eu à la Ru tout son bien. C'est ce qui produit d'ordinaire à tous les banquiers une grande fortune. Si on demande ec que c'est que Y incertain pour le certain; le voici.

Les écus d'Amsterdam ont un prix fixe en Hollande , et leur prix varie en Allemagne. Cent écus ou patagons de Hollande, argent de banque, font cent écus de soixante sous chacun : il faut partir de là et voir ce que les Allemands leur donnent pour les cent écus.

Vous donnez au banquier d'Allemagne , ou 1 3o , ou i3i,ou i32 risdales, etc.; et c'est là l'incertain. Pourquoi 1 3 1 risdales ou i32? parce que l'argent d'Allemagne passe pour être plus faible de titre que cemi de Hollande.

Yous êtes censé recevoir poids pour poids et litre pour titre ; il faut donc que vous donniez en Allemagne un plus grand nombre d'écus , puisque vous les donnez d'un titre inférieur.

Pourquoi tantôt i32 ou i33 écus, ou quelquefois i36? C'est que l'Allemagne a plus tiré de marchandises qu'à fordinaire de la Hollande : l'Allemagne est débitrice , et alors les banquiers d'Amsterdam exigent un plus grand profit, ils abusent de la nécessité où l'on est; et, quand on tire sur eux, ils ne veulent donner leur argent qu'à un prix fort haut. Les banquiers d'Amsterdam disent aux banquiers de Francfort ou de Berlin : Yous nous devez, et vous tirez encore de l'argent sur nous : donneznous donc cent trente-six écus pour cent patagons.

Ce n'est là encore que la moitié du mystère. J"ai

bain que. 3qj

donné à Berlin treize cent soixante écus, et je vais à Amsterdam avec une lettre de changé de mille écus, ou patagons. Le banquier d'Amsterdam me dit : Voulez-vous de l'argent courant , ou de l'argent de banque? Je lui réponds que je n'entends rien à ce langage , el que je le prie de faire pour le mieux. Croyezmoi , me dit-il , prenez de l'argent courant. Je n'ai pas de peine à le croire.

Je pense recevoir la valeur de ce que j'ai donné à Berlin; je crois, par exemple, que, si je rapportais sur-le-champ à Berlin l'argent qu'il me compte, je ne perdrais rien ; point du tout , je perds encore sur cet article, et voici comment. Ce qu'on appelle argent de banque en Hollande, est supposé l'argent déposé en 1609 à la caisse publique, à la banque générale. Les patagons déposés y furent reçus pour soixante sous de Hollande, et en valaient soixantetrois (2). Tous les gros paiemens se font en billets sur la banque d'Amsterdam; ainsi je devais recevoir soixante-trois sous à cette banque pour un billet d'un écu. J'y vais, ou bien je négocie mon billet, et je ne reçois que soixante-deux sous et demi , ou soixantedeux sous pour mon patagon de banque ; c'est pour la peine de ces messieurs , ou pour ceux qui m'escomptent mon billet; cela s'appelle Vagio, du mot italien aider : on m'aide donc à perdre un sou par écu , et mon banquier m'aide encore davantage en

(2) Ils ne valent réellement que 60 sous, mais la monnaie courante que l'on dit valoir 60 sous ne les vaut pas, à cause du faiblage dans la fabrique, et du déchet qu'elle éprouve par l'tuage.

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HfépaTgnant la peine d'aller aux changeurs : il me fait perdre deux sous , en mo disant que Y agio est Fort haut, que l'argent est fort cher; il me vole, et je le remercie (3).

Voilà comme se fait la banque des négocians , d'un bout de l'Europe à l'autre.

La banque d'un état est d'un autre genre : ou c'est un argent que les particuliers déposent pour leur seule sûreté, sans en tirer de profit, comme on fit à Amsterdam en 1609, et à Roterdam en i636; ou c'est une compagnie autorisée qui reçoit l'argent des particuliers pour l'employer à son avantage, et qui paie aux déposans un intérêt; c'est ce qui se pratique «n Angleterre, où la banque autorisée par le parlement donne 4 pour cent aux propriétaires.

En France on voulut établir une banque de l'état sur ce modèle en 17 17. L'objet était de payer avec les billets de cette banque toutes les dépenses courantes de l'état, de recevoir les impositions en même paiement, et d'acquitter tous les billets; de donner

(3) J'ai vu un banquier irès-connu à Paris prendre 2 pour 1 Oo pour faire passer à Berlin une somme d'argent au pair : c'est 4o sous par livre pesant ; un chariot de poste transporterait de l'argent de Paris à Berlin à moins de 20 sous par livre. Un des principaux objets que se proposait le ministre de France en 1 77$ dans l'établissement des messageries royales, était de diminuer ces profits énormes des banquiers , et de les tenir toujours au- -dessous du prix <3u transport de l'argent ; aussi les banquiers se mirent à crier que ce ministère n'entendait rien aux finances ; et ceux des financiers qui font un commerce de banque entre les caisses des provinces et le trésor royal , ue manquèrent point -d'être de lavis des banquiers.

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«ans aucun décompte tout l'argent qui serait tiré sur la banque, soit par les régnicoles, soit par l'étranger, et par là de lui assurer le plus grand crédit. Cette opération doublait réellement les espèces en ne fabriquant de billets de banque qu'autant qu'il y avait d'argent courant dans le royaume, et le triplait si, en fesant deux fois autant de billets qu'il y avait de monnaie, on avait soin de faire les paiemens à point nommé; car, la caisse ayant pris faveur, chacun y eût laissé son argent , et non - seulement on eût porté le crédit au triple, mais on Feût poussé encore' plus loin , comme en Angleterre. Plusieurs gens de finance, plusieurs gros banquiers , jaloux du sieur Law, inventeur de cette banque, voulurent l'anéantir dans sa naissance ; ils s'unirent avec des négociant hollandais, et tirèrent sur elle tout son fonds en huit jours. Le gouvernement, au lieu de fournir de nouveaux fonds pour les paiemens, ce qui était le seul moyen de soutenir la banque , imagina de punir la mauvaise volonté de ses ennemis , en portant par un édit la monnaie un tiers au delà de sa valeur; de sorte que, quand les agens hollandais vinrent pour recevoir les derniers paiemens , on ne leur paya en argent que les deux tiers réels de leurs lettres de change, mais ils n'avaient plus que peu de chose à retirer. Leurs grands coups avaient été frappés , la banque était épuisée, ce haussement de la valeur numéraire des espèces acheva de la décrier. Ce fut la première époque du bouleversement du fameux système de Law. Depuis ce temps, il n'y eut plus en France de banque publique; et ce qui n'était pas

."lia BANQUEROUTE.

arrivé à la Suède, à Venise , à l'Angleterre , à la Hollande, dans les temps les plus désastreux , arriva à la France au milieu de la paix et de l'abondance.

Tous les bons gouvernemens sentent les avantages d'une banque d'état ; cependant la France et l'Espagne n'en ont point : c'est à ceux qui sont à la tète de ces royaumes d'en pénétrer la raison.

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