‹ Dictionnaire philosophique (volume 5)Chapitre 62 sur 90 · BATAILLON · texte numérisé non relu

BATAILLON

différentcftie ce qu'elle était autrefois. On range une armée en bataille pour être en Lutte à des milliers de coups de canon 7 on avance un peu plus ensuite pour donner et recevoir des coups de fusil , et l'armée qui la première s'ennuie de ce tapage a perdu la bataille. L'artillerie française est très-bonne 7 mais le feu de son infanterie est rarement supérieur et fort souvent inférieur à celui des autres nations. On peut dire avec autant de vérité que la nation française attaque avec la plus grande impétuosité , et qu'il est trèsdifficile de résister à son choc : le même homme qui ne peut pas souffrir patiemment des coups de canon pendant qu'il est immobile, et qui aura peur même , volera à la batterie 7 ira avec rage, s'y fera tuer, ou enclouera le canon ; c'est ce qu'on a vu plusieurs fois. Tous les grands généraux ont jugé de même des Français. Ce serait augmenter inutilement cet article, que de citer des faits connus : on sait que le maréchal de Saxe voulait réduire toutes les affaires à des affaires de poste. Pour cette même raison « les Français l'emporteront sur les ennemis, dit Folard, si on les abandonne dessus; mais ils ne valent rien si on fait le contraire. »;

On a prétendu qu'il faudrait croiser la baïonnette avec l'ennemi , et, pour le faire avec plus d'avantage, mettre les bataillons sur un front moins étendu , et en augmenter la profondeur ; ses flancs seraient plus sûrs , sa marche plus prompte, et son attaque plus forte.

(Cet article est de M. D. P. . officier de létat major. )

BATAI LL01V. 333

Addition.

Remarquons que Tordre, la marche , les évolutions des bataillons 9 tels à peu près qu'on les met aujourd'hui en usage, ont été rétablis en Europe par un homme qui n'était point militaire, par Machiavel, secrétaire de Florence. Bataillons sur trois , sur quatre, sur cinq de hauteur, bataillons marchant à l'ennemi ; bataillons carrés pour n'être point entamés après une déroute; bataillons de quatre de profondeur soutenus par d'autres en colonne ; bataillons flanqués de cavalerie, tout est de lui. Il apprit à l'Europe l'art de la guerre : on la fesait depuis longtemps, mais on ne la savait pas.

Le grand-duc voulut que l'auteur de la Mandragore et de Clitie commandât l'exercice à ses troupes, selon sa méthode nouvelle. Machiavel s'en donna bien de garde ; il ne voulut pas que les officiers et les soldats se moquassent d'un général en manteau noir: les officiers exercèrent les troupes en sa présence, et il se réserva pour le conseil.

C'est une chose singulière que toutes les qualités qu'il demande dans le choix d'un soldat. Il exige d'abord la gagliardia, et cette gaillardise signifie viqueur alerte; il veut des yeux vifs et assurés dans lesquels il y ait même de la gaieté; le cou nerveux, la poitrine large, le bras musculeux, les flancs arrondis , peu de ventre , les jambes et les pieds secs , tous signes d'agilité et de force.

Mais il veut surtout que le soldat ait de l'honneur, et que ce soit par honneur qu'on le mène. ((La guerre.

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dit-il, ne corromptque trop les mœurs; » et il rappelle le proverbe italien, qui dit : « La guerre forme les voleurs, et la paix leur dresse des potences. »

Machiavel fait très-peu de cas de l'infanterie française ; et il faut avouer que jusqu'à la bataille de Rocroi elle a été fort mauvaise. C'était un étrange homme que ce Machiavel; il s'amusait à faire des vers, des comédies, à montrer de son cabinet Part de se tuer régulièrement, et à enseigner aux princes Fart de se parjurer, d'assassiner et d'empoisonner, dans l'occasion : grand art que le pape Alexandre VI et son bâtard César Borgia , pratiquaient merveilleusement sans avoir besoin de ces leçons.

*. Observons que dans tous les ouvrages de Machiavel, sur tant de différais sujets, il n'y a pas un mot qui rende la vertu aimable , pas un mot qui parte du cœur. C'est une remarque qu'on a faite sur Boileau même. Il est vrai qu'il ne fait pas aimer la vertu, mais il la peint comme nécessaire.

BATARD. Voyez BALA. (R,)

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