SECTION PREMIERE
C'est une communauté religieuse gouvernée par un abbé ou une abbesse»
Ce nom d'abbé, ahbas en latin et ep- grec^ abba en syrien et en chaldéen , vient de l'hé* breu abj qui veut dire père. Les docteurs juifs prenaient ce titre par orgueil^ c'est pourquoi Jésus disait à ses disciples : « N'appelez personne sur la terre votre
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père , car v6us n'avez qu'un père qui est dams les cieux". »
Quoique saint Jérôme se soit fort emporté Q»ntre les moines de son temps % qui^ nwl* gré k défense du Seigneur ^ donnaient ou recevaient le' titre d'abbé, le sixième concile de Paris ' décide que , si les abbés sont des pères spirituels , et s'ils engendrent au Seigneur des fils spirituels, c'est avec raison <pj.'on les appelle abbés.
D'après ce décret, si quelqu'un a mérité le titre d'abbé , c'est assurément saint Benoît, qui, l*an Sag, fonda sur le Mont-Cassin, dans le royaume de Naples , sa règle si éminente en sagesse et en discrétion, et si grave, si ckkire, à l'égard du discours etdu^style. Ce sont les propres termes du pape saint Grégoire ', qui ne manque pas de faire mention du^privilége singulier dont Dieu daigna gratifier ce saint fondateur; c'est que tous les bénédictins qui meurentau Mont-Cassin sont sauvés. L'on ne doit donc pas être surpris que ces moines comptent seize mille saints canc^nisés de leur ordre. Les bénédic-
• Matthieu, ùh. xxiii, v. 9- Volt.
* Liv. n, sur VÊpître aux Galates. Volt. ' Lit. I , cb. xxxvii. Volt.
" Dialog,, lir. II, ch. yizi. Vgo-t.
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tines prétendent même qu'elles sont averties de l'approche de leur mort par quelque bruit nocturne qu'elles app^dlent les coups de saiièi B^ioîL
On peut bien croire que ce saint abbe ne s'était pas oublié lui-même eo demandante Dieu le salut de ses disciples. En conséquence, le samedi a i mars 543, veille du dimanche de la Passion, qui fut le jour de sa mort, deux moines , dont Tua était dans le monastère, l'autre en était é}oi|];né, eurent la même vision. Ils virent un chemin couvert de tapis, et éclairé d'une infinité de flambeaux, qui s'étendaient vers l'orient depuis le monastère jusqu'au ciel. Un per* scmnage vénérable y paraissait, qui leur demanda pour qui était ce chemin. Hs dirent qu'ils n'en savaient rien. C'est, ajoutat-il, par où Benoît, le bien-aimé de Difu, est monté au ciel.
Un ordre dans lequel le salut était si assuré s'étendit bientôt dans d'autres éXats, dont les souverains se laissaient persuader ' qu'il ne s'agissait , pour être sur d'une place en paradis, que de s'y faire un bon ami; et qu'on pouvait racheter les injustices ]es plus criantes , les crimes les plu9 énor-
^ Mézerai, tome I, page 2a5. Yofix.
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mes y par des donations ea faveur des églises. Pour ne parler ici que de la France ^ 9n lit dans les Gestes du roi Dagohert, fondateur de l'abbaye de Saint-Denis près Bftris ^ y que ce prince étant mort fut condamné au jugement de Dieu^ et qu'un saint ermite nommé Jean^ qui demeurait sur les cotes de la mer d'Italie^ vit son ame enchaînée dans une barque^ et des diables qui la rouaient de coups en la conduisant vers k Sicile , où ils devaient la précipiter dans les gouf&es du mont Etna^ que saint Denis avait tout-à-coup paru dans un globe Inmineux ^ précédé des éclairs et de la foudre ^ et qu'ayant mis en fuite ces malins espritS; et arraché cette pauvre ame des gri^Res duphis acharné^ ilTavarit 'portée au ciel en triomphe.
Charles-Martel au contraire fut damné en corps et en ame^ pour avoir donné des abbayes en récompense à ses capitaines ^ qui^ quoique laïques^ portèrent le titre d'abbés^ comme des femmes mariées eurent depuis celui d'abbesses^ et possédèrent des abbayes de filles. Un saint évéque de Lyon^ nommé Ëucher^ étant en oraison y fut ravi en esprit^ et mené par un ange en enfer où il vit Qiarles-
' Ch. xxxYii. Volt.
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Martel y et apprit de Tance que les saints dont ce ppince avait dëpauiUë les égltse» Tavaient condamné à bràler éternellement en corps et eu ame. Saint Eircber écrivit cette révélation à Boni&ce y évéqae de Mayence^ et à Falrad^ archi-chapelaiu de Pepin-le-Bref , eïi les priant d'ouvrir le toml>eau de Charles-Martel^ et de voir si son* corps y était. Le tombeavv fut ouvert; le ibnd en était tout brûlé ^ et on n*y trouva qu'Hun gros serpent qui en sortit avec une fumée puante.
Boniface* eut l'attention d'écrire h. Pepinle-Bref et à Carloman toutes ce»circonstanees. de la damnation de leur père , et Louis de Germanie s' étant emparé^ en 858; de quelques biens ecclésiastiques ^ les évéques de l'assemblée de Oéci lui rappelèrent dan» une lettre toutes los particulantés de cette' terrible histoire ^ en ajoutant qu'ils les tenaient de vieillards dignes de foi ^ et qui en avaient été témoins oculaires.
Saint Bernard y premier abbé de Clairvauk en 1 1 1 5^ avaitpareilleiHent eu révélation qtie tous ceux qui recevraient l'habit de sa main seraient-sauvés . Cependant le pape Urbain II, dans une bulle de l'an 1092, ayant doniié
^ Mézerai, tooie ly page 53 c. Volt.
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son célèbre institut ^ ce qui fait dire à un dominicain^ dans un ouvrage latin intitulé la Tourterelle de Vame, (Qu'Ignace habita quelques mois cette montagne de contemplation^ et que y comme un autre Moïse et un autre législateur^ il y fabriqua les secondes tabler des lois religieuses qui ne le cèdent en rien aux premières.
A la vérité ce fondateur des* jésuites ne trouva pas dans les bénédictins la même complaisance que saint Benoît^ à son arrivée au Mont-Gassin^ avait éprouvée de la part de saint Martin ermite^ qui lui céda la place dont il était en possession y et se retira au Mont-Marsique ^ proche de la Carniole^ au contraire ; le bénédictin Ambroise Cajetan, dans un gros ouvrage fait exprès^ a prétendu revendiquer les jésuites à Tordre de Saint- Benoît.
Le relâchement qui a toujours régné dans le monde j même parmi le clergé^ avait déjà fait imaginera saint Basile^ dès le quatrième siècle y de rass^nbler sous une règle les solitaires qui s'étaient dispersés dans les déserts pour y suivre la loi ; mais^ comme nous le verrons à l'article Quête, les réguliers ne l'ont pas toujours été : quant au clergé séculier, voici comme en parlait saint Cyprien
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àèsle troisième siècle' «jk Plusieurs évéques, au lieu d'exhorter les autres et de leur montrer r exemple ; négligeant les af&irés de Dieu se chargeaient d'affaires temporelles , quittaient leur chaire ^ abandonnaient leur , peuple ^ et se promenaient dans d'autres provinces pour fréquenter les foires ; et s'enrichir par le trafic. Ils ne secouraient point les frères qui mouraient de faim; ils voulaient avoir -de l'argent en abondance ^ usurper des terres par de mauvais artifices , tirer de grands profits par des usures. »
Charlemagne ^ dans un écrit où il rédige jce qu'il voulait proposer au parlement de 8i I y s'exprime ainsi : « Nous voulons connaître les devoirs des ecclésiastiques afin de ne leur demander que ce qui leur est '^ permis 7 et qu'ils ne nous demandent que ce
que nous devons accorder. Nous les prions de nous expliquer nettement ce qu'ils ap<- , pellent quitter le monde , et en quoi l'on
! peut distinguer ceux qui le quittent de ceux
qui y demeurent^ si c'est seulement en ce qu'ils ne portent poinl. les armes et ne sont pas marias publiquement : si celui-là a quitté le monde ^ qui ne cesse tous les jours d'augmenter ses biens par toutes sortes de moy ex^s ,
* De lapsis. Volt.
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eo promettant le paradis et menaçant de ren&r, et employant le nom de Dieu ou de quelque saint pour persuader aux simples de se dépouiller de leurs biens , et en priver leurs Rentiers légitimes^ qui, par-là réduits à la pauvreté, se croient ensuite les crimes penni&, comme le larcin et le pillage^ si c'est avoir quitté le monde que de suivre la passion d'acquérir jusqu'à corrompre par argent de faux témoins pour savoir le bien d'autrui, et de chercher des avoués et des prévôts cruela, intéressés, et sans crainte de Dieu*. »
Enfin l'on peut juger des mœurs des réguliers par une harangue de l'an i493, où l'abbé Trithéme dit à ses confrères : « Vous, messieurs les abbés, qui êtes des ignorants et ennemis de la science du salut, qui passe! les journées entières dans les plaisirs impudiques, dans l'ivrognerie et dans le jeu; qui vous attachez aux biens de la terre, que répondrez-vous à Dieu et à votre fondateur saint Benoît? j>
Le même abbé ne laisse pas de prétendre que dç droit ' la troisième partie de tous
* Capit^interrog., page 478, tome VII; Conc., page 11 84. Volt.
' Fra-Paolo, Truite des hinèpcesp page 3x. VoiiT.
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les biens des chrétiens appartient à Tordre de Saint-Benoît^ et que s'il ne l'a pas c'est qu'on la lui a volée. U est si pauvre^ ajoutet-il, pour le présent , qu'il n'a plus que cent millions ^'or de rerenu. Trithême ne dit point à qui appartiennent les deux autres parts ^ mais comme il ne comptait de son temps que quinze mille abbayes de bénédictins^ outre les petits couvents du même ordre , et que dans le dix-septième siècle il y en avait déjà trente-sept miUe^ il est clair, par la règle de proportion,. que ce saint ordre devrait posséder aujourd'hui les deux tiers et demi du bien de la chrétienté , sans les funestes progrès de rhérésie des dernier^ siècles.
Pour surcroît de douleurs , depuis le concordat fait Fan i5i5 entre Léon X et François I*^"* , le roi de France nommant à presque toutes les abbayes de son royaume, le plus grand nombre est donné en commende à des séculiers tonsurés. Cet usage , peu connu en Angleterre, fit dire plaisamment, en 1694 7 au docteur Grégori, qui prenait l'abbé Gallois pour un bénédictin ' : Le bon père ^imagine que nous sommes revenus à ces temps fabuleux où il était
' Transactions philosophiques. Voit.
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I>ermis à un moioe de dire ce qu'il vou- Jait.
SBCTlOir II.
Ceux qui fuient le monde sont sag^es 3 ceux qui se consacrent .à Dieu sont respectables. Peut-être le temps a-t-il corrompu une si sainte institution.
Aux thérapeutes juifs succédèrent les moines en Egypte, idiotai , monoL Idiot ne signifiait alors que solitaire : ils firent bientôt coi*ps 3 ce qui est le contraire de solitaire, et qui n'est pas idiot dans l'acception ordinaire de ice terme. Chaque société de moines élut son supérieur : car tout se* fesait à la pluralité des voix dans les premiers temps de TEglise. On cherchait à rentrer dans la liberté primitive de la nature humiaine, -en échappant par piété ^u tumulte et à Fescjavage inséparables des g^rands em- 2)ires. Chaque société de moines choisit son père, son abba, son abbé, quoiqu'il soit dit dans r Évangile : «N'appelez personne. votre père. »
Ni les abbés, ni les moines, ne furent prêtres dans les premiers siècles. Ils allaient par troupes entendre la messe au prochain village. Ces troupes devinrent considérables;