‹ Dictionnaire philosophiqueChapitre 38 sur 84 · A«IE · texte numérisé non relu

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pendant les autres attributs dont la matière est douée. Le^feu élémentaire; par exemple, agit sur nos sens comme les autres corps : mais il ne tend point à un centre comme cux^ il s'échappe, au contraire, du centre en lignes drx)ites de tous côtés. Il ne sembla pas obéir aux lois de rattraction, deJa gravitation, comme les autres corps. L'optique a des mystères dont on ne pourrait guère rendre raison qu'en osant supposer que le» traits de lumière se pénètrent les uns les autres. Il y a certainement quelque chose dans la lumière qui la distingue de la matière connue : il semble que la lumière soit un être mitoyen^ entre les corps et d'autres espèces d'êtres que nous ignorons. Il est très vraisemblable que ces. autres espèces sont elles^ laémes un milieu qui conduit à d'autres créatures , et qu'il y a ainsi une chaîne de substances qui s'élèvent à l'infini.

« Usque adeo quod tangit idem est, tamen ultima distant! »

•Cette idée nous paraît digne de la grandeur de Dieu, si quelque chose en est digne. Parmi ces substances, il^ pu sans doute en choisir une qu'il a logée dans nos corps et qu'on appelle ame humaine^ les livres saints que nous avonslus nous apprennent que cette

ame est imniOrteUe. La raison esWd'accerd avec la révélation^ car comment une subr s tance quelconque périrait -elle? tout mode «e détruit^ l'être reste. Nous ne pouvons concevoir la création d'une substance ^ nous ne pouvons concevoir son anéantissement; mais nous n'osons affirmer que le maître ab* solu de tous les êtres ne puisse donner aussi des sentiments et des perceptions à Fétre qu'on appeHe matière. Vous êtes bien sur que l'essence de votre aine est de pensery et nous n'en sonunes pas si sûrs : car^ lorsque nous examinons un fœtus ^ nous avons de la peine à croire que son ame ait eu beaucoup d'idées dans sa coiffe; et nous doutons fort que dans un sommeil plein et profond , dans une léthargie complète^ on ait jamais fait des méditations. Ainsi il nous paraît que la pensée pourrait bien être ^ non pas l'essence de l'être pensant^ miais un présent que le Créateur a fait à ces êtres que nous nommons per^santSy et tout cela nous à fiEiit naître le soupçon que y saille voulait^ il pourrait faire Ce présent-là h un atome^ conserver à jamais cet atome et son présent^ ou le détruire à son gré. La difficulté consiste moins à deviner comment la matière pourrait penser^ qu'à deviner comment une substance quelconque

{>«i8e. Vous n'tfvez des idées que parceque Dieu a Imch voulu vous en donner; pourquoi voulez-vous r empêcher d'en donner à d'autres espèces ? SerieE-vous bien assez intrépide pour oser croix e que votre ame est précisément du même genre que les substances qui approchent le plus près de la Divinité? Il y a grande apparence qu'elles sont d'un ordre bien supérieur, et qu'en conséquence Dieu leur a daigné donner une faç(m de penser infiniment plus belle; de même qu'il a accordé une mesure d'idée très médiocre aux animaux, qui sont d'un ordre inférieur à vous. J'ignore comment je vis, comment je donne la vie, et vous voulez que je sache comment j'ai des idées : l'ame est une horlf^e que Dieu nous a donnée k gouverner; mais il ne nous a point dit de quoi le ressort de cette horloge est composé.

Y a-t-il rien dans tout cela dont on ptiissc inférer que nos âmes sont mortelles ? Encore une fois, nous pensons comme vous sur l'immortalité que la foi nous annonce; mais nous croyons que nous sommes trop ignorant pour affirmer que Dieu n'ait pas le pouvoir d'accorder la pensée à tel être qu*il voudra. Vous bornez la puissance du Créateur qui est sans bornes, et nous l'ëtendons aussi loin

qu& 8fétend»«dn êkistence. Bbrédniie^noas ée le croire tout» puissant^ comiiiê nous tous pardonnons deTestr eindre son pouvoir. Tous aaveB'Sans doute tout^ce qu'il pt\xi faire ^ et iMms n'en «avons rien. Viv<<his en frères, adorons en paix notre Père commun j vo<i8 avec vos âmes savantes et hardies , nous avec -nos âmes ignorantes e^ timides. Nous avons un jour à vivre : passons-le doucement sans nous quereller pour des difficultés qui' seront éeiaircies dans la vie immortelle qui conunencera demain.

Le brutal n'ayant rien de bon' à répliquer parla lon^-temps et se fôcha beaucoup. Nos pauvres philosophes se mirent pendant quelques semaii)içs à lire l'histoire^ et, après avoir bien lu y voici ce qu'ils dirent à ce barbare y qui était si indigne d'avoir une atne immortelle : *

Mon ami , nous avons lu que daAs toute l'antiquité les choses «illaient aussi bien que dans notre temps ; qu'il y avait même de plus grfende» vertus , et qif on nepersécutait point les philosophes pour les opinions • qtrtls avaient : pourquoi donc voudriei-vous nous fkîrfe du mal pour les opinions que nous n'avons pas? Nous lisons que toute Ta-Atiquité croyait la matière éternelle. 'Ceux qui ont vu

qu'elle élait-créée-ont lamé iés autres en repos. Pythagare avait été ooq^-seS' parents cochons y personne n'y trouva à redire f sa secte fut chérie et révérée de toUt le monde) excepté d£s rôtisseurs et de ceux qOi avaient 4es fèves à vendre.

Les stoïciens reconnaissaient un Dieu j à •peu près tel que celui qui a été si témérairement admis depuis par les spinosistes ; 4e stoïcisme cependant fut la secte la-plus féconde en vertus héroïques et la plus accréditée.

Les épicuriens fesaient leurs dieux ressemblants à nos chanoines ^ dont l'indolent embonpoint soutient leur divinité^ et qui prennent en paix leur nectar e( leur ambroisie en ne se mêlant de rien. Ces épi<;uriehâ enseignaient hardiment la matérialité et la mortalité de l'ame. Ils n'en furent pas ntoins considà-és : on les admettait dan» tous les emplois /et leurs atomes crochus ne firent jamais aucun mal au m(Hide. «

Les plafoniciens ^ à l'exemple des gymuosophisteSy ne. nous fesaient pas l'honneur de penser que Dieu eut dai^é nous foi'mer lui-même. IL avait; selon eux^ laissé ce soin à ses o/ficierSy à des génies, qui firent dans leur besogoe beaucoup de baloui^disas. Le

Dieu dés platoniciens était aa ouvrier excel* lent y qui employa ici-bfts des élèves assez uédiocres. Les hommes n'en révérèrent pas moins l'école de Platon.

£n un Taoty chez les Grec» et chez les Romi^ins^ autant de sectes^ autant de manières de penser sur Dieu^ sur Tame ^ sur le passé y et sur l'avenir : aucune de ces sectes ne fat p^sécutante. Toutes se trompaient^ et nous en sonunes bien fôchés } mais toutes étaient paisibles ^ et c'es^ ce qui nous confond ; c'est ce qui nous condamne ^ c'est ce qui nous &it voir que la plupart des raisonneur» d'aujourd'hui sont des monstres ^ et que ceux de l'antiquité étaient des hommes. On chantait publiquement sur le théâtre de Rome :

« Post mortem nihil est; ipsaque mors iiihil \ »

Rien n'est après la mort ; la mort même n'est rien.

Ces sentiments ne rendaient les hommes ni nieillews ni pires | tout se gouvernait^ tout allait à l'ordinaire f et les Titus ^ les Tra* jan , les Marc-Aurële , gouvernèrent la terre en dieux bienfesants.

Si nous passons des Grecs et des Romains aux nations barbares ^ arrêtons-nous seule-

* Sénèque le tragique , Troade , choeur à la fin du 2in« acte^ P.

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ment aux .Jui&« Tout superstitieux; tout cruel j et tout ignonunt qu'était ce mise'rable peuple ; il hoDorait cependant les pharisiens qui admettaient la fatalité de la destinée et la métempsycose ^ il portait aussi respect aux saducéens qui niaient absolument Timmortalité de l'am^ et l'existence des esprits ^ et qui se fondaient $ur la loi de Moïse y la-quelle n'avait jamais parlé de peine ni de récompense après la mort. Les esséniens, qui croyaient aussi la fatalité ^ et qui ne sacrifiaient jamais de victimes dans 4e temple, étaient encore pkts révérés que les pharisiens et les saducéens. Aucune de leurs opinions ne troubla jamais le gouvernement. Il y avait pourtant là de quoi s'^gprger, se brûler ; s'exterminer réciproquement si ou l'avait voulu. O misérables hommes! profitez de ces exemples. Pensez ^ et laissez penser. C'est la consolation de nos faibles esprits dans cette courte vie. Quoi! vv)i}S i*ecevrez avec politesse un Turc qui croit que Mahomet a voyagé dans la lune; vous vous garderez bien de déplaire au pacha Bon ne val y et vous voudrec mettre en quartiers votre frère y parcequ'il croit que Dieu pourrait donner l'intelligence à toute créature?

' C'estainM <<|ae parla un des *t>hilosophe8 ; un autre ajouta : Groyez-moi ^ il ne faut ja« maïs craindre qu'aucun sentiment philoso^ pbique puisse nuire h la religion <l*un pays. Nos mystères ont beau être contraires à no5 démonstrations^ ils n'en ^ont pas moins ré-^ viérés par nos philosophes chrétiens^ qui savent que les objets de la raison et de la foi 9ont de difiPérente nature. Jamais les philosophes ite feront tine ' secte de religion ; pourquoi? c'est qu'ils sont sans enthousiasme.' Divisez le g^enre humain en vingt parties 5 il • y en a dix-neuf composées de ceux qui travaillent de leurs mams, et qui ne sauront jamais s'il y a eu un Locke au monde. 'Dans la vingtième partie qui reste ^ combien trouve-t-on peu d'hommes qui lisent! et parmi ceux qui lisent^ il y en a vingt qui lisent des romans^ contre un qui étudie la philosophie. Le nombre de . ceux qui pensent *e8t excessivement petit', et c«ux-là ne s^avisent pas de ^troubler le monde.

Qui sont ceux qui ont porté le flambeau de la discorde dans leur patrie? Est-ce Pomponace, Montaigne , Levayer , Descartes , Gassendi ^ Bayle ^ Spinosa ^ Hobbes ^ le lord Shaftesbury, le comte de. Boula in-

villiers y lô censul Maillet^ Toland^ G^Ui&s, Fludd , Wooiston , Bekker , l'auteur déguisé sous le nom de Jacques Massé ^ j celui de V Espion tara* y celui des Lettres persanes, des Lettres juives ' , des Pensées philosophiques * y etc.? Non; ce sont^ pour la plupart^ des théologiens qui^ ayant eu d^bord Tambition d'être chefs de secte ^ ont bientôt eu celle d'être chefs de parti. Que dis-je? tous les livres de philosophie moderne , mis enjtemble y ne feront jamais dans le nftonde autant de bruit seulement qu'en a fait autrefois la dispute des cordeliers sur la forme de leurs mianches et de leurs capuchohs.

SBCTXOK &. >

De l'antiquité du db^e de Timmortalité de l'ame.

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