‹ Dictionnaire philosophiqueChapitre 39 sur 84 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

Le* dogtne de l'imimortalita de l'ame est l'idée la plus consolante, et en même temp§ la plus réprimante que l'esprit hamain ait pu recevoir. Cette belle philosophie é^it^

* Voltaire Teat sans doute parler des Fojages et Aven^ tfires de Jacques Massé , 1710, in-S* ouin-ia, doat Vvk^ teur est Simon Tyssot de Patot. P.

' Marana. P.

* Le marquis d'Argeas. P.

* Did^ot. P>

ehez les égyptiens , aumsï ancienne ' que leurs pyramides : elle était avant eux connue chez les Perses. J'ai déjà rapporté ailleuBs cette allég;orie du premier Zoroaostre , citée dans le Sadder^ dans laquelle Dieu fit voir à Zoroastre un lieu de châtiments^ tel que le Dardarot ou le Keron des \^yp tiens, VHadès et le TaHare de» Grecs , q«e notis n'avons traduit qu'imparfaitement dans noé langues nïodernes par le mot enfer, souterrain. Dieu montre à Zoroastre^ dans ce lieu dç châtiments , tous les mauvais rois. 11 y en avait un auquel il manquait un pied : Zoroastre eu demanda la raison; Dieu lui répondit que ce roi n'avait fait qu'une bonne action en sa vie, en approchant d'un coup de pied une auge qui n'était pas assez près d'un pauvre âne mourant de faim.. Dieu avait mis le pied de ce méchant homme dans le ciel; le reste du corps était en enfer. Cette fable , qu'on ne peut trop répéter, fait voir de quelle antiquité était l'opinion d'une autre vie. Les Indiens en étaient persuadés, leur métempsycose en est la preuve. Les Chinois révéraient les âmes de leurs ancêtres. Tous ces peuples avaient fondé de puissants empires long-temps avant les EgyptWns. C'est une vérité très imp.orUnic,

que je crois avoir ëéjà prouvée par la nature siéme du sol de l'Egypte. Les terrains les ^lus favorables ont (M être cultivés les premiers j le termin d'Eçypte était le moins praticable de tous , puisqu'il est submergé quatre mois de i'aunéç : ce ne fut x|u' après des travaux immenses , et par 'conséquent après tto espace de temps prodigieux, qu'on vint à bout d'élever des villes que le Nil -ne pût inonder.

Cet empire si ancien Fêtait donc bien moins que les empires de l'Asie; et dans les uns et dans les autres on croyait que l'ame subsistait après la m^rt. il est vrai que tous ces peuples, sans exception, regardaient l'ame comme une forme éthérée, légère , une image du corps; le mot grec qui signifie souffle ne fut loug-temps après inventé que par les Grecs. Mais enfin on ne peut douter qi/une partie de nous-mêmes ne fût 'regardée comme immortelle. Les châtiments et les récompenses dans une autre vie étaient le grand fondement de l'ancienne théokogic.

Phërécide fut le premier chez lès Grecs qui crut que les âmes existaient de toute éternité, et non le premier, comme ou Fa cru , qui ait dit que les âmes survivaient aux coips. Ulysse, long-temps avant Phé-

récide ^ avait vu les âmes àps héros dans les enfers } mais que les arnes fussent aussi auci^nnes que le monde ^ c'était un système né dans rOrient, apporté dans l'Occident par Phérécide. Je ne crois pas que nous ayons parmi bous un seul système qu'on ne reû-ouve chez les anciens; ce n'est qu'avec les décombres de l'antiquité que bous avons élevé toxis nos édifices modernes.

SECTIOX XI.

Ce serait une belle chose de vpir son ame. Connais^toi tpi-méme est un excellent précepte ^ mais il n'appartient qu'à Dieu de le mettre en pratique : quel autre que lui peut connaître son essence?

Nous appelons aine ce qui anim.e. Nous n'en savons guère davantage, grâce aux bornes de noti^e intelligence. Les trois quarts du genre humain ne vont pas plus loin, et ne s'embarrassent pas de l'être pensant; l'autre quart cherche; personne n'a trouvé ni ne trouvera.

Pauvre pédant, tu vois une plante qui végète, et tu dis végétation^ ou même ame végétative. Tu remarques que les coi^s ont et donnent du mouvement, et tu àis/orce : tu vois ton chien de chasse apprendre sous toi

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son métier^ et tuf cries instinct, ame sensitive : tu as- des idées combiaées y et tu di« esprit,

Mais^ de grâce, qu'entends -tu par ces mots : cette fleur végète? mais y a-t-il un éti^e réel qui s'appelle végétation ? ce corps en pousse un autre, mais possède-t-il en sol un être distinct qui s'appelleybrce? ce chien te rapporte une perdrix , mais y a-t^il un être qui s'appelle instinct? Ne rirais-tu pas d'un raisonneur (eûtril été précepf:eur d'Alexandre) qui te dirait : Tous les animaux vivent, donc il y a dans eux un être , une forme substantielle qui est la vie ?

Si une tulipe pouvait parler, et qu'acné le dît : Ma végétation et moi nous sommes deux êtres joints évidemment ensemble; ne te moquerais-tu pas de la tulipe?

Voyons d'abord ce que tu sais, et de quoi tu es certain : que tu marclies avec tes pieds ; que tu digères par ton estomac ; que tu sens par tout ton corps, et que tu penses par ta tête. Voyons si ta seule raison a pu te donner assez de lumières pour conclure sans un secours surnaturel que tu as une ame.

Les premiers philosophes, soit chaldéens, •oit égyptiens, dirent : Il faut qu'il y ait en neus quelque chose qui produise nos.pen-

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sées } ce quelque chose doit être très subtil ; c'est un souffle^ c'est du feu , c'est de l'éther) c'est une quintessence^ c'est un simulacre léger^ c'est une entéléchie^ c'est un nombre, c'est une harmonie. Enfin ^ selon le divin Platon , c'est un composé du même et de Vautre, Ce sont des atomes qui pensent en nous^ a dk Epicure après Démocrite. Mais, mon ami, tomment un atome pense-t*il^?

avoue que tu n'en sais rien.

L'opinion à laquelle on doit s'attacher sans doute c'est que l'ame est un être immatériel^ mais certainement vous ne concevez pas ce que c'est que cet être immatériel? Non, répondent les savants;, mais nous savons que sa nature est dépenser. Et d'où le savez-vous? Nous le savons, parcequ'il pense. O savants ! j'ai bien peur que vous ne soyez aussi ignorants qu'Epicure ; la nature d'une pierre esit de tomber, parcequ'eUe tombe; mais je vous demande qui la fkit tomber. '

Nous savons, poursuivent -ils, qu'une pierre n'a point d'ame. D'accord, je le crois comme vous. Nous savons qu'une négation et une affirmation ne sont point divisibles, ne Sont point des parties de la matière. Je suis de votre avis. Mais la matière, ik noctô

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d'ailleui'S kicenmie^ possède ées qualités qui ne sont pas matëfielles , qui ne sont pas divisibles ; elle a la gravitation vers un centre^ que Dieu lui a donnée. Or^ cette gravitation n'a point de parties , n'est point divisible, ha. fotce metrice dj^s corps n'est pas un être composé de parties. La végétation des corps organisés^ leur vie, leur instinct, ae sont pas non plus des êtres à part, des êtres divisibles; vous ne pouvez pas plus couper en deux la végétation d'une rose, la vie d'un cheval, l'instinct d'un chien, que vous ne pourrez couper en deux une sensation , une négation , une affirmation . Votive bel argument, tiré de l'indivisibilité de la pensée , ne prouve donc rien du tout.

Qu'appelez-vous donc votre ame? quelle idée en avez-vous? Vous ne pouvez par vous-même, sans révélation, aAnettre autre chone en tous qu'un pouvoir à vous inconnu de sentir, de penser.

A présent , * dites-moi de bonne foi , ce pouvoir dé sentir et de penser est-il le même que celui qui vous fait digérer et marcher? vous m'avouez que non , car votre entendement aurait beau dire h votre estomac digère, il n'en fera rien s*il est malade ; en vain votre ^re immatériel ordonnerait à vos pieds de

marcher^ ils resteront là s'ils ont la goutte.

Les Grecs ont bien > senti que la pensée n'avait souvent rien à faire avec le jeu de nos organes^ ils ont adntis pour ces organes une ame animale^ et pour les pensées une ame plus fine y plus subtile^ un vovv.

Mais voilà cette ame de la pensée^ qui y en mille occasions y a l'intendance surl'ame animale. L' ame pensante commande à ses mains de prendre^ et elles prennent. Elle ne dit point à son cœur de battre ^ à son sang de couler, à son chyle de se former ; tout cela se fait sans elle : voilà deux âmes bien embarrassées et bien peu maîtresses à la maison.

Or^ cette première ame animale n'existe certainement point ^ elle n'est autre chose que le mouvement de vos organes. Prends garde ; 6 homme! que tu n'as pas plus de preuve par ta faible raison que l'autre aiide existe. Tu ne peux le savoir quQ par la foi. Tu es né^ tu vis^ tu agis, tu penses^ tu veilles , tu dors ^ sans savoir comment. Dieu t'a donné Ik faculté de penser , comme il t'a donné tout le reste; et s'il n'était pas 'venu t'apprendre dans les temps marqués pai* sa providence que tu as une ame immatérielle et immortelle, tu n'en aurais aucune preuve.

Voyons le« beaux systèmes que ta philosophie a fabriqués sur ces âmes.

L'un dit que l'ame de Fhomme est partie de la substance de Dieu même; Tautre, qu'elle est partie du grand tout; un troisième^ qu'elle est créée de toute éternité; un quatrième 7 qu'elle est faite et non créée; d'autres assurent que Dieu les forme à mesure qu'on en a besoin, et qu'elles arrivent à l'instant de la copulation ; elles se logent dans les animalcules séminaux, prie celui-ci; non, dit celui-là, elles vont habiter dans les trompes de Fallope. Vous avez tous tort, dit un survenant; l'ame attend six semaines que le fœtus soit formé, et alors elle prend possession de la glande pinéale : mais si elle trouve un faux germe, elle s'en retourne,' en attendant une meilleure occasion. La dernière opinion est que sa demem^e est dans le corps calleux, c'est le poste que lui assigne LaPeyronnie ; il fallait être premier chirurgien du roi de France pour disposer ainsi du logement de l'ame. Cependant son corps calleux n'a pas fait la mémeT fortune que te chirurgien avait faite.

Saint Thomas, dans sa question 'j5^ et suivantes , dit que l'ame est une forme subshtante , per se , qu'elle est toute en tout.

que son essence diffère de sa puissance^ qu'il y a trois âmes végétatives; savoir^ la nutritive , V nugmentative , la générative; que la mémoire des choses spirituelles est spirituelle ,. et la mémoire des corporelles est corporelle; que l'ame raisonnable est une forme « imma- ' « térielle quant aux opérations^ et matérielle . « quant à Fétre. » Saint Thomas a écrit deux mille pag;es de cette force et de cette clarté ; aussi est-il Fançe de l'école.

* On n'a pas fait moins de systèmes sur la manière dont cette ame sentira quand elle aura quitté son corps avec lequel elle sentait; comment elle entendra sans oreilles ^ flairera sans nez^ et touchera sans mains : quel corps .ensuite elle reprendra^ si c'est celui qu'elle avait à deux ans ou à quatreTvin£;ts ; comment le moi, l'identité. de la même personne subsistera ; comment l'ame d'un homm,e devenu imbécile à l'âge de quinze ans ^ et mort imbécile à l'âge de soixante et dix^ reprendra le fil des idées qu'elle avait dans son âge de puberté; par quel tour d'adresse une ame^ dont la jambe aura été coupée en Europe^ et qui aura perdu un bras en Amérique, retrouvei'a cette jambe et ce bras, lesquels, ayant été transformés en légumes, auront passé dans le sang de quelque autre animal. On ne

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