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« Nam facit ipsa suis interdum fœmina factis , « M origerisque modis, et mundo corpore culta, » Ut facile insuescat secum vir degere vitam. »
Luc»., IV. 12^3.
On peut, sans être belle , être long-temps aimable. L'attention , Te goût, les soins , la propreté, 'Un esprit naturel, un air toujours affable, Donnent à la laideur les traits de la beauté.
L'amour-propre surtout resserre tous, ces liens. On s'applaudit de son choix ^ et les illusions en foule sont les ornements de cet ouvrage dont la nature a posé les fondements.
Voilà ce que tu as au-dessus des animaux; mais si tu goûtes tant de plaisirs qu'ils ignorent^ que de chagrins aussi dont les hétes n'ont point d'idée ! Ce qu'il y a d'affi*eux pour toi c'est que la nature a empoisonné dans les trois quarts de la terre les plaisirs de l'amour et les sources de la vie ^ par une maladie épouvan{ahle à laquelle l'homme seul est sujet ^ et qui n'infecte que chez lui les organes de la génération.
Il n'en est point de cette peste comme de tant d'autres maladies qui sont la suite de nos excès. Ce n'est point la débauche qui l'a introduite dans le monde. Les Phryné^ les Laïs ^ les Flora y les Messaline ^ n'en furent
point attaquées ^ elle est née dans des îles où les hommes vivaient dans Timiocence, et de 12t elle s'est répandue dans l'ancien monde.
Si jamais on a pu accuser la nature de mépriser son ouvrage, de contredire son plan, d'agir contre ses vnes, c'est dans ce fléau détestable qui a souillé la terre d'horreur et de turpitude. Est-ce là le meilleur des mondes possibles ? Eh quoi ! si César, Àtttoine, Octave, n'ont point eu cette maladie, n'était- il pas possible qu'elle ne fît point mourir François P' ? Non , dit-on , les chosesétaient ainsi ordonnées pour le mieux: je veux le croire ; mais cela est triste pour ceux à qui Rabelais a dédié son livre.
Les philosophes erotiques ont souvent agité la question si Héloïse put encore aimer véritablement Abélard quand il fut moine et châtré. L'une de ces qualités fesait très grand tort à l'autre.
Mais consolez-vous, Abélard, vous fûtes aimé ^ la racine de l'arbre coupé conserve encore un reste de sève ; l'imagination aide le cœur. On se plaît encore à table quoiqu'on n'y mange plus* Est-ce de Tamour ? est-ce un simple souvenir ? est-ce de l'amitié ? C'est un je ne sais quoi composé de tout cela. C'est
un sentiment confus qui ressemble aux passions fantastiques que les morts conservaient dans les champs-élysées. Les héros qui pendant leur vie avaient brillé dans la course des chars conduisaient après leur mort des chars imaginaires. Orphée croyait chanter encore ' . Héloïse vivait avec vous d'illusions et de suppléments. Elle vous caressait quelquefois y et avec d'autant plus de plaisir qu'ayant fait vœu au Paraclet de ne vous plus aimer ^ ses caresses en devenaient pljis précieuses comme plus coupables. Une femme ne peut guère se prendre de passion pour un eunuque \ mais elle peut conserver sa passion pour son amant devenu eunuque ; pourvu qu'il soit encore aimable. Il n'en est pas de même , mesdames^ pour un amant qui a vieilli dans le service; l'extérieur ne subsiste plus; les rides effraient; les soiu:cils blanchis rebutent; les dents perdues dégoûtent; les infirmités éloignent : tout ce qu'on peut faire c'est d'avoir la vertu d'être garde-malade^ et de supporter ce qu'on a aimé. C'est ensevelir un mort.
* Cette phrase est omise dans l'édition de Kehl et dans toutes celles qui ont été faites depuis. L.