‹ Dictionnaire philosophiqueChapitre 48 sur 84 · AMOUR DE DIEU · texte numérisé non relu

AMOUR DE DIEU

Les disputes sur l'amour de Dieu ont allumé autant de haines qu'aucune querelle théologique. Les jésuites et les jansénistes se sont battus pendant cent ans à qui aimerait Dieu d'une façon plus convenable, et à qui désolerait plus son prochain.

Dès que l'auteur du Télémaque, 'qui commençait à jouir d'un grand crédit à la cour de Louis XIV, voulut qu'on aimât Dieu d'une manière qui n'était pas celle de l'auteur des Oraisons funèbres , celui-ci, qui était un grand ferrailleur, lui déclara la guerre, et le fit condamner dans l'ancienne ville de Romulus. Ou Dieu était ce qu'on aimait le mieux après la domination, les richesses, l'oisiveté, le plaisir , et l'argent.

Si madame Guvon avait su le conte de la bonne vieille qui apportait un réchaud pour brûler le paradis , et une cruche d'eau pour éteindre l'enfer, afin qu'on n'aimât Dieu que pour lui-même , elle n'aurait peut-être pas • .tant écrit. Elle eût dû sentir qu'elle ne pouvait rien dire de mieux. Mais elle aimait Dieu et le galimatias si cordialement, qu'elle fut quatre fois en prison pour sa tendresse : traitement rigoureux et injuste. Pourquoi

8 ASrOUR DE PIEU.'

puatr comipe une crimiiïelle une femme qui n'avait d'autre carime que celui de faire des vexsdans le s|.yle de l'abbé Cotin, et de la prose dans le goût de Polichinelle? Il est étrange' que l'auteur du Télëmaque et des froides amours d'Eucharits ait dit dans ses Muximes des saints^ d'après le bienheureux François de Sales : « Je n'ai presque point « de désirs^ mais si j'étais à renaître je n'en a aurais point du tout. Si Dieu venait à moi , <c j'irais aussi à lui; s'il ne voulait pas venir. <( àmoi^ je me tiendrais là, et n'irais pas à « lui \ »

C'est sur cette proposition que roule tout son livre | on ne condamna point saint François de Sales; mais on condamna Fénelon. Pourquoi? c'est que François de Sales n'avait point un violent ennemi à la cour de Turin y et que Fénelon en avait un à Versailles.

Ce qu'on a écrit de plus sensé sur cette controverse mystique se trouve peut-être dans la satire de Boileau sur l'amour de Dieu ^ quoique ce ne soit pas assurément son meilleur ouvrage.

Qui fiait exactement ce que ma loi commande

* Explication des Maximes des saints sur la vie inté" Heure, par Fénelon, 1697» in«za, page 57, article y. P.

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