A1I90UR DE DI£U
A pour moi, dit ce Dieu, Famour que je demande.
Ép. XXI.
S'il faut passer des épines de la théologie à celles de la philosophie^ qui sont moins longues et moins piquantes y il parait clair qu'on peut aimer un ohjet sans aucun retour sur soi-même j sans aucun mélange d'amourpropre intéressé. Nous ne pouvons comparer les choses divines aux terrestres j l'amour de Dieu à un autre amour. Il manque précisément un infini d'échelons pour nous élever de nos inclinations humaines à cet amour sublime. Cependant^puisqu'il n'y a pour nous d'autre point d'appui que la terre ^ tirons nos comparaisons de la terre. Nous voyons un chef-d'œuvre de l'art en peinture^ en sculpture^ en architecture^ en poésie^ en éloquence; nous entendons une musique qui enchante nos oreilles et notre ame : nous l'admirons^ nous l'aimons sans qu'il nous en revienne le plus léger avantage^ c'est un sentiment pur; nous allons même jv&squ'à sentir quelquefois de la vénération; de l'amitié pour l'auteur; et s'il était là nous l'embrasserions.
C'est à peu près la seule manière ,dont nous puissions expliquer notre profonde admiration et les élans de notre cœur envers
iO AMOTJR DE Dieu.
réternçl architecte du monde. Nous voyons l'ouvrage avec un étonnement mêlé de respect et d'anéantissement y et notre cœur s'élève autant qu'il le peut vers l'ouvrier.
Mais quel est ce sentiment? je ne sais quoi de vague et d'indéterminé^ un saisissement qui ne tient rien de nos afFections ordinaires ^ une ame plus sensible qu'une autre ^ plus désoccupéO; peut^tre si touchée du spectacle de la nature qu'elle voudrait s'élancer jusqu'au maître éternel qui Ta formée. Une telle affection de l'esprit^ un si puissant attrait peut - il encourir la censure ? A-t-on pu condamner le tendre archevêque de Cambrai? Malgré les expressions de saint François de Sales ^ que nous avons rapportées^ il s'en tenait à cette assertion y qu'on peut aimer Fauteur uniquement pour la beauté de ses ouvrages. Quelle hérésie avait-on à lui reprocher? Les extravagances du style d'une dame de Montargis^ et quelques expressions peu mesurées de sa part lui nuisirent*
.Où était le mal? on n'en sait plus rien aujourd'hui. Cette querelle est anéantie comme tant d'autres. Si chaque ergoteur voulait bien se dire à soi-même : Dans quelques années personne ne se souciera de mes ergotismes; on ergoterait beaucoup moins. Ah!
AMOUR DE DIEU. Il
Louis XIV ! Louis XIV ! il fallait laisser deux hommes de génie sortir delà sphère de leurs talents^ au point d'écrire ce qu'on a jamais écrit de plus ohscur et de plus ennuyeux dans votre royaume.
Pour finir tods ces débats-ii , Tu n'avais qu'à les laisser faire.
Remarquons à tous les articles de morale et d'histoire, par quelle chaîne invisible, par quels ressorts inconnus, toutes les idées qui troublent nos tètes, et tous les événements qui empoisonnent nos jours, sont liés ensemble, se heurtent, et forment nos destinées. Fénelon meurt dans l'exil pour avoir eu deux ou trois conversations mystiques avec une femme un peu exti^avagante. Le cardinal de Bouillon , le neveu du grand Turenne, est persécuté pour n'avoir pas luimême persécuté à Rome l'archevêque de Cambrai son ami : il est contraint de sortir de France, et il perd toute sa fortune.
C'est par ce même enchaînement que Iq
fils d'un procm^eur de Vire * trouve, dans
une douzaine de phrases obscures d'un livre
imprimé dans Amsterdam ' , de quoi remplir
' Le P. Le TelUer, jésuite. P.
' C'est à Louvain que VAupisùnus de Jansénius fut imprimé en 1640. P.