LS. PERE
Fais mieux ^ épouse plusieurs femmes , aBn qu'elles meurent pour te feire vivre plus long-temps.
Apres cette scène un domestique vientpar- 1er tout seul de l'arrivée d'Hercule. « Cest « un étranger^ dit-il^ qui a ouvert la porte <( lui-même ; s'est d'abord mis à table ; il se « fâche de ce qu'on ne lui sert pas aases vite a à manger } il remplit de vinli to^inoment
« sa coupe-^ boit à longs traits du rqruge et « du paillët'^' et ne cesse de boire e4 <lex c( chanter de mauvaises chansons qui res^ « semblent à des hurlements y sans se mettre u en peine du roi et de sa fen^tne Ijifte nous « pleurons. Cest sans doute qnelijue fripon « adroit^ un vagabonâ/UiI assassin. »
Il ]^ut être asse^ éttaiï]ge qu*on prenne Herciile pour un fripon adroit 5 il ne l'est pas«ioinsqu'fî.ercfule; asnid'Admètc^ soi tinconnu dans la maison. Il l'est encore plus qu'fiercùle ignore Ift mort d^jKcestè^ dans le temps >méme qu'on la porte au tombeau.
; fl neiaut pas disputer des goûts ^ matis il est sûr que de telles scènes ne seraient pas souffertes ch«£ nous à la foire.
' Brumoy, qui nous a donné le Théâtre des <?re«f^'etqQt Ji'a pas traduit Euripide avec une fidélité scrupuleuse , fait ce qu'il peut pour justifier la scène X Admiète et de son père; i3n ne klevitierait pas lertoùr qu'il prend .
11 dit d'abord que « les Grecs n'ont pas «trouvé à redire à des mornes dhoses « qui sont à notre égard des indécences, <t des ' horreurs ; qu'ainsi il faut convenir « qu'^fUes ne. sont pas tout-irfait telles qu« « housèes ima:gin«ns; eQtmtnot^ que les -<(• idées ont changé. »
n6 ÂVCïtSm ET HODSRHES.
On peut répondre gue les idées des nattoa» policées n'ont jamais changé sur. le rospect que les enl^ts doivent k leurs pères.
a Qui peut douter^ ajoute-t-il^ que les idées a n'aient changé en différents siècles sur a des points de morale plus importants ? »
On répond qu'il n'y en a guère de plus importants.
« Un Français^ oontinuet^t-il , est in$iil1é; <( le prétendu bon sens français veut qu'il « coure les risques du duel, et qu'il 'tue ou « meure pour recouvrer son honneur; »
On répond que ce n'est pas le seul prétendu bon s^s français, mais celui de toutes les nations de l'Europe sans exception.
<c On ne sent pas assez combien cette « maxime pttraitra ridicule dans deux mille ft ans, et de quel air on l'aurait sifHée du « temps d'Euripide. »
Cette maxime est cruelle et fatale, Hiais non pas ridicule ^ et on ne l'eût sifflée d'aucun air du temps d'Euripide. Il y avait beaucoup d'exemples de duels chez les Grecs et chez les Asiatiques. On voit, dès le commencement du premier livre de V Iliade, Achille tirant à moitié son épée ^ et il était prêt k se battre contre Agamemnon, si Minerve n'é-
ÀKCIEJVS ET MODËKSflB. 417
tait venue le prendre par le« cheveux^ et hû faire remettre son épée dans le fouiineati.
Plutarque rapporte qu'Ephestion et Cra^^ tère se battirent en duel ^ et qu'Alexandre les sépara. Quinte-Curce raconte ^ que deux autres officiers d'Alexandre se battirent en duel en présence d'Alexandre ; l'un armé de toutes pièces ^ l'autre qui était nn athlèle armé seu** lement d'un bâton y et que celui-ci vainquit son adversaire.
Et puis ^ quel rapport y a-t-il , je vous prie, entre un duel et les reproches que se font A4mète et son père Pherès tour-à-tour d'aimer trop la vie, et d'être des lâches?
Je ne donnerai que cet exemple de l'aveuglement des traducteurs et des commentateurs î puisque Brumoy, le plus impanial de tous, s'est égaré à ce point, que ne doit-on pas attendre des autres ! Mais si les Bnimoy et les Dacier étaient là , je leur demanderais volontiers s'ils trouvent beaucoup de sel dans le discours que Polyphëme tient dans Euripide : « Je ne crains point le foudre de « Jupiter. Je ne sais si ce Jupiter est un « dieu plus fier et plus fort que moi« Je me « soucié très peu de lui. S'il fait tomber de « la pluie , je me renftàrme dans ma ca-
'. QurnU-Curce , liv.tX.VoLT.
418 AMCIES& ET MODERNES.
a ;f erne.j j'y nkange un veau rôti , ou quelque « béte.Kluva^C; après quoi je m'étende tout « de mon. long|, j'avale ua.girand pot de lait^ a i^ défaid mO» ^ypQ.^.et je fais ent^ndr^ jK un certain bruit qui vaut bien celui du a tonn^re. » .
Il faut que lies scoliastes n'aient pa& le nez bien fin^ s'ils ne sont,pas dégoûtés de ce bruit que fl^it Polyphème quand il a bien mangé.
Us diai^nt. que le parterre d'AtbènejB riait* de cetie plaisanterie^ et que a jamais les tt Athiéniens n'ont ri d'une sottise* » QMii.! toute la populace d' Athènes avait plus.d'es-r prit que la cour de Loius XIV ? Et la popu^ ^
lace n'est pas la même partout? |
Ce n'est pas qu'Euripide n'ait deis beautéa^ et Sophocle c^ucore davantage; mais ils ont de bien .plus |;raAds défauts. On ose dire que les belles scèœs.de Corneille et les touqban^ tes tragédies de Racine l'empcirtent autant sur les tragédies de Sopkocle et d'Euripide que oes.deux Grecs l'emportent sur The^iis* '
Racine santait.bien son extrême sufàériorité sur Euripide^ mais, il louait, ce .poète grec i
pour humilier: Perrault. i
Molière^ dans ses bonnes pièces , estaussi i
supérieur au pur mais froid Térenca, et ?u
ANClBiiS ET MODEIINES. 11(|
farceur Axistopbane^ qu'au bala4in d'AncourU
Jl j a donc dés genres dans lesquels les moderjies sont de beaucpiip supérieur aux. ancieqiS^ et d-autres en très petit nombre dans lesquels nous leur sommes inférieurs. C'est à quoi se réduit toute la. dispute.
DE QUELQUES COMPARAISOlfS ENTRE DBS OUVRAGES
ciLÈBRES.
La ];^ison et le goût veulent.^ ce me semble^ qu'on distingue dans,un ancien^ comme dans un moderne y le bon et le mauvais,^ qui sont très souvent à côté l'un de l'autire.
On doit sentir avec transport ce vers de Corneille, ce vers tel qu'on n'en trouve pas un seul ni dans Homère,, ni dans So-* pbode , ni dans Euripide , qui en approche :
Que voulieï-voiis qu'il fît coQlre trois? — Qu'il mourût.
et l'on doit avec la même sagacité eX la même; justicejéprouver les vers suivant^.
En, admirant le sublime, tableau de la dcav uièire scène de Rodogune , les contrastes, frappants, des. personnages et la force du coloris, l'homme dé goût verra »par combien de fautes cette situation terrible est amenée.
CSO ANCIENS ET MOMmNïS«
quelles invraisemblances Tont préparée, à quel point il a fallu que Kodo^une ait démenti son caractère^ et par quels chemicis raboteux il a 4allu passer pour arriver à cette grande et tragique catastrophe. ,
Ca même ji3^ équitable ne se lassera point de rendre justice à l'artificieuse et fine con* texture des tragédies de Racine^ les seules peut-être qui aient été bien ourdies d'un bout à l'autre depuis Eschyle jusqu^au grand siècle de Louis XIY. Il sera touché d^ cette tiégance continue ^ de cette pureté de langage, de cette vérité dans les caractères qui ne se trouve que chez lui^ de cette grandeur sans enflure qui seule est grandeur ^ de ce naturel qui ne s'égare jamais dans dp vaines déclamations^ dans des disputes de sophiste^ dans des pensées aussi fausses que rec^er^ chées^ «ouvent exprimées en solécismes^ dana .4es plaidoyers de rhétorique plus faits pour les école» de province que pour la tragédie.
Le même homme verra dans Racine de 1^ faiblesse 'Ct de T uniformité dans quelques caractères; de la galanterie, et quelquefois de la coquetterie même; des^déelarstions d'amour qui tiennent de l'idylle et de l'élégie plutôt que d'une grande passion thé4»
traie. Il se plaindra de ne trouver^ dans plus d'un morceau très bien écrit, qu'une élégance qui lui plaît, et non pas un torrent d'éloquence qui l'entraîne; il sera fâché de n*éproiiv«r qu'une faible émotion , et de se contenter d'approuver quand il voudrait que son esprit fût étonné et son cœur déchiré.
C'est ainsi qu'il jugera les anciens , non pas sur leurs noms^ non pas sur le temps ou ils vivaient, mais sur leurs ouvrages mêmes ; ce n'est pas trois mille ans qui doivent plaire, c'est la chose même. Si une dariqu« a été mal frappée, que m'importe qu'elle représente le fils d'Hystaspe ? La monnaie de Varin est plus récente, mais elle est infiniment plus belle.
Si le peintre Timante venait aujourd'hui présenter à côté des tableaux du Palais- Royal son tableau du sacrifice d'Iphigénie , peint de quatre couleurs; s'il nous disait : Des gens d'esprit m'ont assuré en Grèce que c'est un artifice admirable d'avoir voilé le visage d'Agamemnon, dans la crainte que sa douleur n'égalât pas celle de Clytemnestre, et que les larmes du père ne déshonorassent la majesté du monarque ; il se trouverait des connaisseurs qui lui répondraient: C'est un trait d'esprit, et non pas un trait de
TOLTAIRB. Dict. philos. T. II. ^ 6
4S3 ANCIENS ET MODERliES.
peintre^ un voile sur la tète cle votre principal personnage fait un effet affreux dans un tableau ; vous, avez manqué votre art. Voyez le chef-d'œuvre de Rubens , qui a su exprimer sur le visage de Marie de Médicis la douleur de l'enfantement^ Fabattement^ la joie ^ le sourire y et la tendresse^ non avec quatre couleurs y mais avec toutes les teintes de la nature. Si vous vouliez qu'Agamemnon cachât un peu son visage^ il fallait qu'il en cachât une partie avec ses mains posées sur son front et sur ses yeux^ et non pas avec un voile que les hommes n'ont jamais porté ^ et qui est aussi désagréable à la vue^ aussi peu pittoresque^ qu'il est opposé au costume: vous deviez alors laisser voir des pleurs qui coulent^ et que le héros veut cacher^ vous deviez exprimer dans ses muscles les convulsions d'une douleur qu'il veut surmonter; vous deviez peindre dans cette attitude la majesté et le désespoir. Vous êtes Grec^ et Rubens est Belge ; mais le Belge l'emporte.
d'uk passaok d'homerb.
Un Florentin^ homme de lettres^ d'un esprit juste et d'un goût cultivé^ se trouva un jour dans la bibliothèque de milord Chesterfield avec un professeur d'Oxford et un Écos-
ANCIEHS ET MODERNES. 125
sais qui vantait le poèm« de Fingal^ composé^ disait-il^ dans la langue du pays de Gstlles y laquelle est encore en partie celle des Bas-^Bretons. Que l'antiquité est belle I s'écriait-il ; le poème de Fingal a passé de bouche en bouche jusqu'à nous depuis près de deux mille ans^ sans avoir été jamais altéré; tant les beautés véritables ont de force sur l'esprit des hommes ! Alors il lut à l'assemblée ce commencement de Fingàl :
a Cuchulin était assis près de la muraille a de Tura^ aous Tarbre de la feuille agitée ; a sa pique reposait contre un rocher couvert « de mousse^ son bouclier était à ses pieds « aur l'herbe. Il occupait sa mémoire du sou- (c venir du grand Garbar^ héros tué par lui à « la guerre. Moran, né de Fitilh^ Moran, a sentincdle de l'Océan^ se présenta devant ce lui.
« Lève-toi, lui dit-il^ lève-toi, Cuchulin; a je vois les vaisseaux de Suaran, les ennea mis sont nombreux, plus d'un héros s'a- « vance sur les vagues noires do la mer.
« Cuchulin , aux yeux bleus, lui répliqua : « Moran, fils de Fitilh, tu trembles toujours; a tes craintes multiplient le nombre des en- « nemis. Peut-être est-ce le roi des monta- <c gnes désertes qui vient à mon secours dans
« les plaines d'UUin. Non , dit Moran , c'est « Suaran lui-même ; il est aussi haut qu'un <( rocher de g^lace : j'ai vu sa lance ^ elle est « comme un haut sapin ébranché par les a vents } son bouclier est comme la lune qui « se lève ^ il était assis au rivage sur un rott cher^ il ressemblait à un nuage qui couvre « une montagne^ etc. »
Ah ! voilà le véritable style d'Homère, dit alors le professeur d'Oxford } mais ce qui m'en plaît davantage c'est que j'y vois la sublime éloquence hébraïque. Je crois lire les passages de ces beaux cantiques :
« ' Tu gouverneras toutes les nations que a tu nous soumettras, avec une verge de fer; « tu les briseras comme le potier fait un « vase,
« ' Tu briseras les dents des pécheurs.
« ' La terre a tremblé, les fondements des' « montagnes se sont ébranlés, parceque le « Seigneur s'est fâché contre les montagnes, « et il a lancé la grêle et des charbons.
a ' U a logé dans le soleil, et il en est sorti « comme un mari sort de sou lit.
* Psaume ii. Volt.
■ Psaume m. Volt.
* Psaume xvii. Volt.
* Psaume xix. Volt.
ANCIENS ET MetiERNES. 05
' (c^ Dieu brisera leurs dents dans leur bouc( che y il mettra en poudre leurs dents mâ- « chelières ; ils deviendront à rien comme « de Feau^ car il a tendu son arc pour les a abattre ^ ils seront engloutis tout vivants (E dans sa colère y avant d'attendre que les a épines soient aussi hautes qu'un prunier.
«.* Les nations viendront vers le soir, af- « famées comme des chiens ; et toi , Sei- « gneur, tu te moqueras d'elles , et tu les ré- « duiras à rien.
« ' La montagne du Seigneur est une mon- « tagne coagulée^ pourquoi regardez-vous a les monts coagulés ? Le Seigneur a dit : « Je jetterai Basan , je le jetterai dans la a mer, afin que ton pied soit teint de sang, « et que la langue de tes chiens lèche leur « sang.
' « ' Ouvre la bouche bien grande ^ et Je la « remplirai.
« * Rends les nations comme une roue qui a tourne toujours, comme la paille devant « la face du vent, comme un feu qui brûle
' Psaume lyii. Volt. ^
* Psaume lyiii. Volt.
* Psaume xxvir. Volt.
* Psaume lxxx. Volt.
* Psaume lxxxii. Volt.
426 XWCIESA ET MODËftlIES.
« une ferét^ comme une flamme qui brûle «des montagnes ; ta les poursuis dans ta « tempête^ et ta colère les troublera.
a^ Il jugera dans les nations^ il les rem« « plira de ruines } il cassera les têtes dans la « terre de plusieurs.
« * Bienbeureus: celui qui prendra tes pe- <( tits en&nts^ et qui les écrasera contre la a pierre! etc.^etc.^ etc. »
Le Florentin^ ayant écouté avec une grande attention les versets des cantiques récités par le docteur^ et les premiers vers de Fingal beuglés par l'Ecossais ^ avoua qu'il n'était pas fort touché de toutes ces figures asiatiques y et qu'il aimait beaucoup mieux le style simple et noble de Virgile.
L'Ecossais pâlit de colère à ce discours^ le docteur d'Oxford leva les épaules de pitié } mais milord Chesterfield encouragea le Florentin par un sourire d'approbation.
Le Florentin écbaufïe^ et se sentant appuyé, leur dit : Messieurs, rien n'est plus aisé que d'outrer la nature , rien n'est plus difficile que de l'imiter. Je suis un peu de ceux qu'on appelle en Italie Improvisatori , et je vous parlerais huit jours de suite en
* Psaume cxi..Volt.
* Psaume cxxxyi. Yotz.
AUGIBNS ET MODE&lfBS. 127
vers dans ce style oriental ^ sans me donner la moindre peine y parcequ'il n'en faut aucune pour être ampoulé en vers nég;ligés , chargés d'épithëtes^ qui sont presque toujours les mêmes ^ pour entasser combats sur combats^ et pour peindre des chimàres.
Qui ? vous ! lui dit le professeur , vous feriez un poème épique sur-le-champ ? Non pas un poème épique raisonnable et en vers corrects comme Virgile ^ répliqua l'Italien; mais un poème dans lequel je m'abandonnerais à toutes mes idées ^ sans me piquer d'y mettre de la régularité.
Je vous en défie y dirent l'Écossais et l'Oxferdien. £h bien ! donnez-moi un sujet ^ répliqua le Florentin. Milord Chesterfteld lui donna le sujet du Prince noir, vainqueur à la journée de Poitiers^ et donnant la paix après la victoire.
L'improvisateur se recueillit^ et commença ainsi :
a Muse d'Albion^ Génie qui présidez aux « héros, chantez avec moi, noivls^ colère oi- « sive d'un homme implacable envers ses « amis et ses ennemis, non des héros que les « dieux favorisent tour-à-tour sans avoir au- « cune raison de les fevoriser; non le siège « d'une ville qui n'est point prise; non les
« exploits extravagants du fabuleux Fingal j a mais- les victoires véritables d*un héros « aussi modeste que brave ^ qui mit décrois <( dans ses fers , et qui respecta ses ennemis « vaincus.
a Déjà George ; le Mars de l'Angleterre, « était descendu du haut de Tempyrée , a monté sur le coursier immortel devant « qui les plus fiers chevaux du Limousin «. fuient comme les brebis bêlantes et les « tendres agneaux se précipitent en foule les « uns sur les autres pour se cacher dans la « bergerie à la vue d'un loup terrible , qui a sort du fond des forets, les yeux étincea lants , le poil hérissé, la gueule écumante, « menaçant les troupeaux et le berger de la « fureur de ses dents avides de carnage.
« Martin^ le célèbre protecteur des habia tants de la fertile Touraine; Geneviève, a douce divinité des peuples qui boivent les « eaux de la Seine et de la Marne; Denis (( qui porta sa tête entre ses bras à Taspect a des hommes et des immortels , tremblaient « en voyant le superbe George traverser le « vaste sein des airs. Sa tète est couverte a d'un casque d'or orné des diamants qui <( pavaient autrefois les places publiques « de la Jérusalem céleste, quand elle apparut
AJerCIfiKS ET MODERNES. 429
« aux mortels pendant quarante révohitians a journalières de Tastre de la lumière^ et de <( sa sœur inconstante qui prête une douce a clarté aux sombres nuits.
' a Sa main porte la lance épouvantable et a sacrée dont le demi^ieu Michael^ exécu- (c teur des vengeances du Très-haut^ terrassa u dans les pi*emiers> jours du monde Téter- « nel ennemi du monde et du Créateur, Les <c plus belles plumes des anges qui assistent « autour du trône y détachées de leurs dos a immortels^ flottaient sur son casque^ au- « tour duquel volent la terrem*, la guerre n homicide^ la vengeance impitoyable et la <i mort qui termine toutes les calamités des tt malheureux mortels. Il ressemblait à une a comète qui dans sa course rapide franchit a les orbites des astres étonnés^ laissant loin « derrière elle les traits d'une lumière pâle <i et terrible, qui annoncent aux faibles hu- « mains la chute des rois et des nations.
« Il s'arrête sur les rives de la Charente, « et le bruit de ses armes immortelles retena tit jusqu'à la sphère de Jupiter et de Sâ- « turne. Il fit deux pas, et il arriva jusqu'aux a lieux où le . fils du magnanime Edouard <( attendait le fils de l'intrépide Philippe de a Yalois. »
'ISO AlfCIENS ET MODERNES.
Le Florentin continua sur ce ton-pendant plus ' d'un quart d'heure. Les paroles sortaient de sa bouche^ comme dit Homère^ plus serrées et plus abondantes que les neiges qui tombent pendant l'hiver ^ cependant ées paroles n'étaientpas froides ^ elles ressemblaient plutôt auii rapides étincelles qui s'échappent d'une forge «ntiammée y quand les cyclopes frappent les foudres de Jupiter sur l'enclume retentissante.
Ses deux antagonistes furent enfin obligés de lé faire taire ^ en lui avouant qu'il était plus aisé qu'ils ne l'avaient cru de prodiguer les images gigantesques , et d'appeler le ciel, la terre et les enfers, à son secours; mais ils soutinrent que c'était le comble de l'art, de mêler le tendre et le touchant au sublime.
Y a-t-il rien, par exemple, dit l'Oxfordien , de plus moral , et en même temps de plus voluptueux , que de voir Jupiter qui touche avec sa femme sur le mont Ida ?
Milord Chesterfield prit alors la parole : Messieurs, dit-il, je vous demande pardon de me mêler de la querelle; peut-être chez les Grecs c'était une chose très intéressante qu'un dieu qui couche avec son épouse sur -une montagne; mais je ne vois pas ce qu'on
ÀirCIEHS ET MODERNES r 451
peut trouver là de bien fin et de bien attachant. Je conviendrai avec vous que le fit:hu qu'il a plu aux commentateurs et aux imitateurs d'appeler la ceinture de Vénus est une image charmante^ mais je n'ai jamais compris que ce fiit un soporatif ^ ni comment Junon imaginait de recevoir les caresses du maître des dieux pour le faire dormir. Yoilà un plaisant dieu de s'endormir pour si peu de chose ! je vous jure que quand j'étais jeune ^ je ne m'assoupissais pas si aisément. J'ignore s'il est noble^ agréable^ intéressant; spirituel et décent^ de faire dire par Junon à Jupiter : « Si vous voulez abfc solument me caresser^ allons-nous-en au a ciel dans votre appartement qui est l'ouït vrage de Vulcain, et dont la porte ferme si a bien qu'aucun des dieux n'y peut entrer. » Je n'entends pas non plus comment le So9imeil , que Junon prie d'endormir Jupiter > peut être un dieu si éveillé. Il arrive en un moment des îles de Lenmos et d'Imbrosau mont Ida^ il est beau de partir de deux îles à-la-fois : de là il monte sur un sapin, il court aussitôt aux vaisseaux des Grecs; il cherche Neptune; il le trouve, il le conjure de donner la victoire ce jour-là à l'armée des Grecs , et il retourne à Lemnos
d'un vol rapide. Je n'ai rien vu de si frétillant que ce Sommeil.
Enfin y s'il faut absolument coucher avec quelqu'un dans un poème épique^ j'avoue que j'aime cent fois mieux les rendez^vous d'Alcine avec Roger , et d'Armide avec Renaud.
Venez , mon cher Florentin , me lire ces deux chants admirables de l'Arioste et du Tasse.
Le Florentin ne se fit pas prier. Milord Cheslerfield fut enchanté. L'Ecossais pendant ce temps-là relisait Fingal ; le professeur d'Oxford relisait Homère^ et tout le monde était content.
Qn conclut enfin qu'heureux est celui qui, dégagé de tous les préjugés, est sensible au mérite des anciens et des modernes , apprécie leurs beautés, connaît leurs fautes, et les pardonne.
Ajoutons quelque chose à l'article Ane de V Encyclopédie^ concernant l'âne de Lucien, qui devint d'or entre les mains d* Apulée. Le plus plaisant-de Taventure est pourtant dans Lucien ; et ce plaisant est qu'une dame devint amoureuse de ce monsieur lorsqu'il était 4ne, et n'en voulut plus lorsqu'il ne fut