‹ Dictionnaire philosophiqueChapitre 69 sur 84 · ANTI-LUCRÈCE · texte numérisé non relu

ANTI-LUCRÈCE

vendait & prix d'argent la rémission des plus horribles forfaits. D'un côté, je voyais partout des hommes insensés, souillés de vices, qui cherchaient à se rendre purs devant des dieux impurs, et de l'autre, des fourbes qui se vantaient de justifier les plus pervers , soit en les initiant à des mystères, soit en fesant couler sur eux goûte à goutte le sang des taureaux, soit en les plongeant dans les eaux du Gange^ je voyais les guerres les plus injus'tes entreprises saintement, dès qu'on avait trouvé sans tache le foie d'un bélier, ou qu'une femme, les cheveux épars, et l'œil troublé, avait prononcé des paroles dont ni elle ni personne ne comprenaient le sens. Enfin je voyais toutes les contrées de la terre souillées du sang des victimes humaines que des pontifes barbares sacrifiaient à des dieux barbares. Je me sais bon gré d'avoir détesté de telles religions. La mienne est la vertu. J'ai invité mes disciples à ne se point mêler des affaires de ce monde, parcequ'elles étaient horriblement gouvernées. Un véritable épicurien était un homme doux, modéré, juste, aimable, duquel aucune société n'avait à se plaindre, et qui- ne payait pas des bourreaux pour assassiner en public ceux qui ne pensaient pas conmie lui. De ce

1^ AKTI-LUCRÈCE.

terme à celui delà religion sainte qui vous, a nourri, il n'y a qu'un pas à faire. J'ai dé-' truit les faux dieux 5 et, si j'avais vécu avec vous , j'aurais connu le véritable.

C'est ainsi qu'Épicure pourrait se justifier sur soji erreur ^ il pourrait même mériter sa g^race sur le dogme de l'immortalité de Tame, en disant : Plaignez-mw d'avoir combattu une vérité que Dieu a révélée cinq cents ans après ma naissance. J'ai pensé comme tous les premiers législateurs païens du monde, qui tous ignoraient cette vérité.

J'aurais donc voulu que le cardinal de Polignac eût plaint Ëpicure en le condaminant; et ce tour n'en eût pas été moins favx)mble à la belle poésie.

A l'égard de la physique, il me parait que l'auteur a perdu beaucoup de-temps et beaucoup de vers à réfuter la déclinaison des atomes, et les autres absurdités dont lepoème de Lucrèce fourmille. C'est employer de l'artillerie pour détruire une chaumière. Pourquoi encore vouloir mettre à la place des rêveries de Lucrèce les rêveries de Descartes ?

Le cardinal de Polignac a inséré dans soa poème de très beaux vers sur les découverte» de Newton ^ mais il y combat^ malheureu-

XlXTfqVlTÈ. i^

sèment pour kii^ de» vérités démontrées. La philosophie de Newton ne socrfïre guère qu'on la discute en vers^ à peine peut-on la traiteir en prose ^ elle est toute fondée sur la géométrie* Le génie poétique, ne trouve point là de prise. On peut orner de heanx vers l'écorce de ces vérités; mais pour les a|^roR»idir il faut du calcul^ et point de vers.

SSGTIOir PREMlilaE.

Avez-vous quelquefois vu dans uu village Pierre Aoudri , et sa femme Péronelle , vouloir précéder leurs voisins à la procession ? a Nos grands-pères, disent-ils, sonnaient ^ <L les cloches avant que ceux qui nous cou- « doient aujourd'hui fussent seulement pro- « priétaires d'une étahle. »

La vanité de Pierre Aoudri, de sa femme , et» de ses voisins, n'en sait pas davantage. Les esprits s'échauffent. La querelle est importante; il s'agit de l'honneur. Il faut des preuves. Un savant qui chante au lutiin découvre un vieux pot de fer rouillé, marqué d'un A, première lettre du nom du chaudronnier qui fit ce pot. Pierre Aoudri se persuade que c'était un casque de ses an-

198 Avanqumi^.

cétres. Ainsi César deacQnxteit df^in héros • et de la déesse Yiénus. Telle est l'histoire des nations ; telle est^ à peu de chose près, la connaissaDce de la pren;iière' antiquité.

Les savants d'Arménie démontrent que le paradis terrestre était chez eux. De profonds Suédois démontrent qu!i\ était vers le lac Yener qui en est visiblement un reafe* Des Espagnols démontrent aussi qu'il était eâ Gastille; tandis que les Japonais , les Chinois ^ les Tartares ^ les Indiens , les Afri* cains , les Américains ^ sont assez malheureux pour ne savoir pas seulement qu'il y eut jadis un paradis terrestre à la source du Phisen, du Gehon, du Tigre, et'âe FEuphrate , ou bien à la source du Guadalquivir^ de la Guadiana, du Duero , et de FEbre; car de Phison on fait aisément Phsstis ; et de Phœtis on fait le Baetis qui est le Guadaiquivir. Le Gehon est visiblement la Guadiana, qui commence par un G. L'Èbre, qui est en Catalogne, est incenteçtablement FEuphrate, dont un E est la lettre initiale.

Mais un Ecossais survient qui démontrai a. son tour que le jardin d'Eden était à Ediinbourg, qui en a retenu le nom ; et il est à croire que dans quelques siècles cette opinion fera fortune.

AIÎTIQTJITÉ. .^99

Toul le globe a été brûlé autrefois^, dit un homme versé dans rhàstoire ancienne et moderne^ car j'ai lu dans un journal qu'on a trouvé en Allemagne des charbons tout noirs à cent pieds de profondeur^ entie des montagnes couvertes de bois ; et oo soupçonne même qu'il y avait des charbonniers en cet endroit.

L'aventure de Phaéton fait assez voir que tout a bouilli jusqu'au fond de la mer. Le soufre du mont Vésuve prouve invinciblement que les bords du Rhin^ du Danube ^ du Gange ^ du Nil , et du grand fleuve Jaune^ ne sont que du soufre, du nitre, et de l'^iuile de gaïac, qui n'attendent que le moment de l'explosion pour ixîduire la terre en cendres, comme elle l'a déjà été. Le sable sur lequel uouamarchoitô est une preuve évidente que l'univers a été vitrifié, et que notre globe n'est réellement qu'une boule de verre , ainsi que nos idées.

Mais si le feu a changé notre globe , l'eau a produit de plus belles révolutions. Car vpus voyez bien que la mer , dont les marées montent jusqu'à huit pieds dans nos climats \ a produit les montagnes qui ont

* Voyex Its articles mbr et MOirTAGirs '. Volt.

* C.9 renvoi est de Voltaire lui-ni£me. Cependant rarticle vo!(t&6!Ik

»eize à. dix-sept mille pieds de hauteur. Gela est si vmi que àes savants qui n^ont jamais été eu Suisse y ont trouvé un gros vaisseau avec tous ses agrès y pétrifié sur le mont Sai»t-G<kbard ^ , ou au fond d'un précqfiice-, on ne sait pas bien ou ; maisr il est certaiu qu'il était là. Donc originairement les hommes étaient poissons^ quod erat demonstrandum.

Pour descendre à une antiquité moil|s antique, parlons des temps où la plupart des nations- barbares quittèrent leur pays-, pour en aller chercher d' autres qui ne valaient guère mieux. Il est vrai, s*il est quelque chose de vrai dans l'histoire ancienne, qu'il y eut des brigands gaulx>id qui allèrent piller Rome -du temps de Camille. D'autres brigands des Gaules avaient pa^sé , dit-on , par riUyrie, pour aller louer leui*s services d« meurtriers à d'autres meurtriers , vers la Thrace; ils échangèrent leur sang contre du pain , et s'établirent ensuite en Galatie. Mais quels étaient ces Gaulois? étaient-ce des Bérichons et des Angevins? Ce furent

11'* aucun rapport avec ce doût il s'agit ici. Quant i l'artîck ma , i) n*a )Bmais existé. P.

^ Voyez Telliaraed et tous les systèmes fmigés sur. cette belle découverte. Voi,t.

sans doute des Gaulois que les Romains ap^ pelaient Cisalpins^ et que nous nommons Transalpins j des montag;nards ai&més y voisins des Alpes et de l'Apennin. Les Gaulois de la Seine et de la Marne ne savaient pas alors si Rome existait^ et ne pouvaient s'aviser de passer le mont Genis j comme fit depuis Annibal^ pour aller voler les garderobes des sénateurs romains^ qui avaient alors pour tous meubles une robe d'un mauvais drap gris^ ornée d'une bande couleur de sang de bœuf; deux petits pommeaux d'ivoire, ou plut6t d'os de chien , aux bras d'une chaise de bois^ et dans leurs cuisines un morceau de lard rance.

Les Gaulois, qui mouraient de faim, ne trouvant pas de quoi manger à Rome , s'en allèrent donc chercher fortune plus loin, ainsi que les Romains en usèrent depuis, quand ils ravagèrent tant de pays l'un après l'autre; ainsi que firent ensuite les peuples du Nord, quand ils détruisirent l!empire romain.

Et par qui encore est-on très faiblement instruit de ces émigrations ? C'est par quelques lignes que les Romains ont écrites au hasard ; car pour les Celtes , Welches , ou Gaulois, ces hommes qu'on veut faire pas-

2(fâ ANTIQUITÉ.

8er pour éloquents ne savaient alors ^ leux et leurs bardes ^ y ni lire ni écrire.

Mais inférer de li que les Gaulois ou Celtes conquis depuis par quelques légions de César, et ensuite par une horde de Goths, et puis par une horde de Bourguignons, et enfin par une horde de Sicambves, sims un Clodivic , avaient auparavant subjugué la teiTe entière, et donné leurs noms et leurs lois à l'Asie, cela me paraît bien fort : la chose n'est pas mathématiquement impossible 5 et, si elle est démontrée y je me rends; il serait fort incivil de refuser aux Welches ce qu'on accorde aux Tartares.

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