‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 109 sur 344 · CRÈME DE MENTHE · texte numérisé non relu

CRÈME DE MENTHE

Sucre blanc 250 grammes,

faire dissoudre sur le feu dans

Eau 1 litre 3/4,

ajouter

Alcool 2 litres,

Essence de menthe 1 gramme,

agiter et fdtrerau papier au bout de quelques jours.

Dr Paul Labarthe.

MENTHOL. — (V. Menthe.)

MENTON. — Nom donné par les anatomistes à la région inférieure et médiane de la face, correspondante à la partie médiane du maxillaire inférieur. Cette région comprend différentes parties qui sont de dedans en dehors: 1° l'os maxillaire inférieur; 2° des muscles, qui sont le muscle carré et la houppe du menton ; 3° des artères, qui viennent des artères labiales, dentaire inférieure et sous-mentale ; 4° des nerfs, fournis par le nerf maxillaire inférieur et par la portion dure du nerf facial; 5° le tissu cellulaire assez dense et assez serré, qui admet peu de graisse; 6° la peau, plus épaisse que celle du reste delà face, recouverte, chez l’homme, de poils assez nombreux qui constituent la barbe. Un enfoncement assez étendu sépare le menton de la lèvre inférieure. Sa forme est très variable suivant les races et les individus; elle affecte la forme carrée, ronde ou plus ou moins allongée. Chez les individus doués d’un gros embonpoint, la graisse s’accumule sous le menton en si grande quantité, qu’ils ont l’air d’avoir plusieurs mentons, ce qui a fait dire à Boileau dans son Lutrin :

« Son menton sur son sein descend a double étage, »

en parlant d’un prélat dont le menton présentait cette conformation. nr Paul Labarthe.

MENTON (station hivernale de). — Menton est une petite ville de G, 000 habitants, située dans le département des Alpes-Maritimes, bâtie en amphithéâtre au bord de la mer, sur une baie de '6 kilomètres, limitée à l’ouest par la colline allongée du cap Martin et à l’est par les falaises du cap dcMur-

tola. Son climat très doux, puisque la moyenne de température annuelle y est de 16°, 1, celle de l’hiver de 9°, 4, celle du printemps de 14°, celle de l’été de 23° et celle de l’automne de 16°, 9, et qu’il y a en moyenne 268 jours de soleil radieux par an, son climat très doux, dis-je, en fait une station hivernale légèrement supérieure â Nice et même à Cannes, pour les phthisiques, les scrofuleux et les rhumatisants. p. l.

MENTONNIÈRE. — Nom donné par les chirurgiens à un bandage composé le plus souvent d’un mouchoir ou d’un foulard plié en long que l’on passe sous le menton et que l’on noue sur la tête, lorsqu’on veut maintenir des cataplasmes ou autres topiques sous le menton, sur les joues et sur les oreilles. p. l.

MÉNIANTHE. — Le ménianthe, appelé aussi tr'ejle d'eau , est une plante de la famille des Gentianacées, très commun dans les prairies humides et dans les endroits marécageux de l’Europe et del’Asie centrale, et qu’on trouve aussi dans les environs de Paris , dont les feuilles douées d’une saveur amère non astringente et d’une odeur désagréable, jouissent de propriétés toniques, stomachiques et fébrifuges. Ces feuilles servent à préparer des infusions, une teinture et un extrait alcoolique, qu’on administre contre la scrofule, le rachitisme, le scorbut et un certain nombre de maladies de peau, et qu'on a aussi employé pour combattre les fièvres intermittentes légères. Le ménianthe entre dans la composition du sirop antiscorbutique. p. l.

MÉPHITISME. — On donne ce nom à la viciation de l’air par la présence de gaz impropres à la respiration , soit à cause de leur action délétère, soit à cause de leur odeur insupportable, quelle que soit d’ailleurs leur composition. Le méphitisme peut être produit par un grand nombre de causes : fosses d’aisances, égouts, marais, matières animales ou végétales en putréfaction, encombrement des casernes, des hôpitaux, vapeurs mercurielles, nitreuses, etc., qui se dégagent dans certaines industries, etc. p. l.

MER. — La mer est un immense amas d’eau salée qui couvre la plus grande partie du globe. La superficie totale du globe est évaluée à 5 100,000 myriamètres carrés ; celle des mers et des lacs à

3.700.000 myriamètres carrés, et celle des terres et des îles à 1,400,000 myriamètres carrés. D’après ces calculs, on voit que la mer forme à peu près les trois quarts de notre planète. Quant à sa profondeur elle est très variable. On donne en général à l’Océan Atlantique une profondeur moyenne de

1.000 mètres, et à l’Océan Pacifique de 4,000 métrés. Ces mesures, on le conçoit, ne sont qu’approximatives, carie fond de la mer présente autant d’inégalités que la surface de la terre. « Si on veut, dit Buffon dans sa Théorie de la Terre, avoir une idée de la quantité énorme d’eau que contiennent les mers, on peut supposer une profondeur commune et générale de l’Océan, et en ne la faisant que de 200 toises, ou de la dixième partie d’une

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lieue, on verra qu'il y a assez d’eau pour couvrir le globe entier d’une hauteur de 600 pieds. » On peut affirmer, sans crainte de se tromper, que le grand naturaliste était bien au-dessous de la vérité, et ce n’est pas trop s’avancer que d'affirmer que la masse totale des eaux de la mer égale en moyenne une couche liquide qui aurait, 1,000 mètres d 'épaisseur et qui couvrirait tout le globe.

Chacun veut voir la mer, « ce pays des grands enchantements, » comme a dit Buffon. Quel spectacle plus imposant et plus grandiose en effet ! Avant d’y arriver, le voyageur la devine déjà! Mais, pourquoi essayer une description ? J’aime mieux céder la plume au grand philosophe et au grand poète Michelet.

« L’introduction naturelle, le vestibule de l’Océan, qui prépare à le bien sentir, écrit-il dans son admirable livre « La Mer, » c’est le cours mélancolique des fleuves du Nord-Ouest, les vastes sables du Midi, ou les landes de Bretagne. Toute personne qui va à la mer par ces voies est très frappée de la région intermédiaire qui l’annonce. Le long de ces fleuves, c’est un vague infini de joncs, d’oserais, de plantes diverses, qui, par les degrés des eaux mêlées et peu à peu saumâtres, deviennent enfin marines. Dans les Landes, c’est, avant la mer, une mer préalable d’herbes rudes et basses, fougères et bruyères. Etant encore à une lieue, deux lieues, vous remarquez les arbres chétifs , souffreteux, rechignés, qui annoncent à leur manière par des attitudes, j’allais dire par des gestes étranges, la proximité du grand tyran, et l’oppression de son souffle. S’ils n’étaient pris par les racines, ils fuiraient visiblement; ils regardent vers la terre, tournent le dos à l’ennemi, semblent tout près de partir, en déroute, échevelés. Us ploient, se courbent jusqu’au sol, et ne pouvant mieux, fixés là, se tordent au vent des tempêtes. Ailleurs encore, le tronc se fait petit et étend ses branches indéfiniment dans le sens horizontal. Sur les plages où les coquilles, dissoutes, élèvent une fine poussière, l’arbre est envahi, englouti. Ses pores se fermant, l’air lui manque ; il est étouffé, mais conserve sa forme et reste là arbre de pierre, spectre d’arbre, ombre lugubre qui ne peut disparaître, captive dans la mort même !

« Bien avant de voir la mer, on entend et on de vine la redoutable personne. D’abord, c’est un bruit lointain, sourd et uniforme. Et peu à peu tous les bruits lui cèdent et en sont couverts. On en remarque bientôt la solennelle alternative, le retour invariable de la même note, forte et basse, qui de plus en plus roule, gronde. Moins régulière l’oscillation d’une pendule qui nous mesure l’heure. Mais ici, le balancier n’a pas la monotonie des choses mécaniques. On y sent, on y croit sentir la vibrante intonation delà vie. En effet, au moment du flux, quand la vague monte sur la vague, immense, électrique, il se mêle au roulement orageux des eaux, le bruit des coquilles et de mille êtres divers qu’elle porte avec elle. Le reflux vient-il, un bruissement fait comprendre qu’avec les sables elle emporte ce monde de tribus fidèles, et le recueille en son sein.

« Que d’autres voix elle a encore ! Pour peu qu’elle

soit émue, ses plaintes et ses profonds soupirs contrastent avec le silence du morne rivage. Il semble se recueillir pour écouter la menace de celle qui le flattait hier d’un flot caressant. Que va-t-elle bientôt lui dire? Je ne veux pas le prévoir. Je ne veux point parler ici des épouvantables concerts qu’elle va donner peut-être, de ces duos avec les rocs, des basses et des tonnerres sourds qu’elle fait au fond des cavernes, ni de ces cris surprenants où l’on croit entendre: au secours !...

« Aux premières visites qu’on fait à la plage, l’impression est peu favorable. C’est monotone et c’est sauvage, aride. La grandeur inusitée du spectacle fait, par contraste, sentir qu’on est faible et petit; le cœur est un peu serré. La délicate poitrine qui respirait dans une chambre, et qui tout à coup se trouve en cette chambre de l’univers, au soleil et au grand vent, éprouve de l’opression... Tout cela changera. Affermissez-vous. L’impression sera tout autre, lorsque, connaissant mieux la mer, vous la sentirez si peuplée. La contriction pénible que vous sentez à la poitrine disparaîtra par l’habitude. Il faut se faire à cet air frais, mais salé et âpre, qui ne rafraîchit nullement. Il faut s’y faire lentement, ne pas vouloir expressément l’aspirer. Peu à peu, n’y songeant plus, dans les recoins abrités, en jouant avec votre enfant, vous respirerez librement et vous vous dilaterez...

« Pour entrer en relation sincère avec la mer, les grandes plages sablonneuses sont bien les plus commodes. Elles permettent des promenades infinies. Elles laissent rêver. Elles souffrent entre l’homme et la mer, des épanchements mystérieux. Jamais je ne me suis plaint de ces vastes et libres arènes où d’autres trouvent un grand ennui. Je ne m’y trouve pas seul. Je vais, je viens, je le sens. 11 est là le grand compagnon. Pour peu qu’il ne soit pas trop ému, de mauvaise humeur, je me hasarde à lui parler, et il ne dédaigne pas de répondre. Que de choses nous nous sommes dites aux paisibles mois où la foule est absente sur les plages illimitées... C’est là qu’en un long tète-à-tête, quelque intimité s’établit. On y prend comme un sens nouveau pour comprendre la grande langue !.. .»

Mais j’arrête ici mes citations. 11 faudrait le transcrire en entier ce livre admirable de l’illustre écrivain dont le beau talent a jeté tant d’éclat tour à tour sur la poésie, la philosophie et l’histoire! Je ne puis que vous conseiller de le lire et de le relire. Quand vous aurez lu La Mer, lisez : Les Travailleurs de la Mer de notre immortel poète national, Victor llugo, vous y trouverez des descriptions magistrales de la mer calme et de la mer gonflée par la tempête, dignes de son génie: Les Derniers Brelons, de Souvestre, le Pasteur du Désert, de Pelletan T Histoire de Rose Duchemin par elle-même, de Alphonse Karr, la Normandie inconnue, de François- Victor Hugo; ces livres vous initieront aux mœurs et aux habitudes des pécheurs, des marins et des habitants des côtes. Lisez-les surtout lorsque vous serez au bord du rivage, assis à l’ombre d’un rocher, sur le sable, avec la mer devant vous, car alors l’impression du milieu viendra s’ajouter à celle du livre, et votre jouissance sera doublée.

Des bains de mer en général. — Sans chercher à

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faire l’historique des bains de mer, nous pouvons dire cependanl que leur usage remonte aux temps les plus reculés. On sait que les romains opulents poussaient le luxe jusqu'à faire venir, — pensez à quels frais ! — les eaux de la mer Morte à Rome, comme étant les plus riches en principes salins. Le passage suivant, emprunté à Pline, le naturaliste, prouvent que les médecins ordonnaient les eaux de la mer à l’intérieur :« Aquam maris efficaciorem disculiendis tumoribus putant medici quidam, et quartanis dedere eam bibendam iu tenesmis. » Enfin, on peut lire dans Sénèque le passage dans lequel, parlant de son arrivée aux bains de mer d'Ostie, il s’écrie qu’il devient, « haud aliter quam mures qui ferrum edunt », comme les rats qui mangent le fer lui-même ! Façon pittoresque d’exprimer à quel point l’air et les eaux de la mer lui ont ouvert l’appétit.

En France, les bains de mer n’ont commencé à être employés, comme méthode de thérapeutique réglée, que dans les premières années de ce siècle. Vers 1812, en effet, parut la traduction de l’ouvrage anglais de Buchan : Observations pratiques sur les bains d'eau de mer. Depuis cette époque, Gaudet, Lecœur, Viel, Pouget, Auber, Quissac, Roccas, Claparède, Rochard, .Carrière, Fonssagrives, Brochard, Bertillon, Dutroulau, etc., ont publié leurs recherches et leurs travaux sur ce sujet, et ont ainsi éclairé cette importante question, et la vogue des bains de mer a toujours été croissant, tant et si bien, qu’aujourd’hui les personnes bien portantes s’y rendent au moins en aussi grand nombre que les malades !

Pour bien comprendre l’action des bains de mer, il faut connaître l’eau de mer, ses caractères, sa composition, son action physiologique et thérapeutique. Nous allons donc les étudier successive -

ment.

Caractères de l’eau de mer. — Les caractères que présente l’eau de mer peuvent être divisés en deux grandes classes : 1° les caractères physiques ; 2° les caractères chimiques.

1° Cakactèp.es physiques. — Parmi les principaux caractères physiques de l’eau de mer qui frappent nos sens, et que nous allons passer en revue, nous signalerons sa couleur, son odeur, sa saveur, sa densité, sa température, sa phosphorescence et son flux et reflux qui constitue la marée.

Couleur. — Transparente et incolore lorsqu’on l’observe en petite quantité, dans un creux de rocher ou dans un verre, l’eau de la mer présente une beUe couleur verte dans les vagues et paraît bleue ou noirâtre au large. Ces variations tiennent bien moins à la mer elle-même qu'à certaines circonstances particulières à son bassin ou à l’atmosphère. Ainsi la couleur bleue qu’elle présente au large, dans des endroits profonds et par un ciel serein, s’éclaircit à mesure qu’on la regarde plus près du rivage et dans des endroits peu profonds, et devient bleue noirâtre en pleine mer par les temps agités. Cette coloration, qui, hàtons-nous de le dire, n’est qu’apparente, tient comme celle de l’atmosphère à ce que les rayons violet, indigo et bleu étant très rélrangibles et facilement absorbés par l’eau, sont renvoyés en plus grande quantité par ce liquide.

Odeur. — L’odeur de la mer est une odeur sui generis qui paraît due principalement à la présence des matières organiques, animales ou végétales, qu’elle tient en décomposition. Cette odeur n’a pas toujours la même intensité, et l’observateur attentif remarquera facilement que celle-ci varie suivant l’heure du jour, l’état de l’atmosphère et la nature de la plage. C’est ainsi qu’il la trouvera plus grande le matin que pendant le reste de la journée, par un temps agité que par un temps calme, sur une plage à galets recouverts de varechs que sur une plage sablonneuse.

Saveur. — L’eau de mer, bue à flot sur le rivage, a une saveur salée, amère et nauséabonde due à la présence de sels de soude et de magnésie qu’elle tient en dissolution en quantités notables, et à l'accumulation des matières animales et végétales de nature diverse qu’elle renferme dans un état plus ou moins complet de putréfaction. S’il faut en croire Sperman, cette saveur diminue d’intensité à mesure qu’on puise l’eau plus profondément, et à une profondeur de 60 à 70 toises, celle-ci est à peu près insipide.

Densité. — Toujours supérieure à celle de l’eau ordinaire, la densité de l’eau de mer varie suivant sa richesse de minéralisation, les lieux et la profondeur d’où on la tire. D’après Marsigli elle serait un peu moindre et atteindrait , toujours en moyenne, 1,0272.

Température. — La température de l’eau de mer est beaucoup moins variable que celle des lacs, des fleuves et des rivières. On attribue ce phénomène à la densité de l’eau d’une part, et d’autre part à sa surface plane, à ses ondulations et aux phénomènes constants du flux et du reflux. Elle est cependant loin d’être toujours semblable et varie suivant les saisons, les heures, les localités, les vents, la profondeur, etc.

D’après Gaudet, qui a étudié ses variations pendant dix années consécutives, aux mois de juillet, août et septembre, elle s’élèverait progressivement de trois ou quatre degrés pendant le mois dejuillet, resterait stationnaire pendant le mois d’août (presque indépendante des variations thermométriques de l’atmosphère qui peuvent être de 7° et plus dans la même journée), et diminuerait pendant le mois de septembre, graduellement, comme elle avait augmenté en juillet. D’après Auber, elle s’élève progressivement de 4° à 5° à dater du 15 juin jusqu’à la fin de septembre. Elle est environ de 18° centigrades au mois de juin, et il n’est pas rare qu’elle s’élève à 20° et même à 25° durant les mois dejuillet et de septembre.

La température de la mer, avons-nous dit, varie aussi suivant les heures du jour. Ce fait est facile à constater, et le baigneur attentif, qui passe une saison au bord de la mer, sait bien que l’eau est plus froide le matin que le soir. A partir de midi, sa température s'élève sensiblement, surtout lorsque la mer monte à ce moment-là et qu’elle vient s’étendre sur une plage sablonneuse réchauffée par les rayons d’un soleil ardent.

Quant aux localités, on conçoit combien doit être manifeste leur influence sur la température, et tout le monde sait que celle-ci diminue de l’équateur au

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pôle, et s’élève plus vite sur le littoral qu’en pleine mer. Ainsi, pour ne parler que des mers qui baignent nos côtes, sur la côte de la Manche, à Dieppe, la température moyenne de la mer, pendant les trois mois d'été, est de 18° centigrades; ses extrêmes de 15° en juillet et de 20" en août, chiffres ronds, ainsi que l'a constaté le docteur Dutrouleau. Dans la Méditerranée, à Cette, sa moyenne est de 22°; elle ne descend pas au-dessous de 18° et monte fréquemment au-dessus de 28°, à la marée montante, quand le sable s’est échauffé. Dans le bassin d’Arcachon, sa moyenne est de 20°, 7, son minimum de 18°, son maximum de 25°; le sable échauffé par le soleil la fait aussi monter de 3° à 5° au moment du flot.

Au nord comme au sud, les vents font varier sensiblement les chiffres que nous venons de donner. Ainsi, Dutroulau a observé que, par les vents pluvieux du nord-ouest et du sud-ouest, la mer baisse de 2°, 5 en une nuit; par les vents de l’est au sud, elle s’échauffe et peut monter d’un degré d’un jour à l’autre. A Celle, par la violence des vents du nord, M. Vieil a vu la température de la mer baisser de 6, 8 et 10 degrés, tandis qu’elle s’élève proportionnellement par les vents du sud.

La température de la mer est aussi plus élevée à la surface de la mer qu’à une certaine profondeur. Ainsi, d’après le capitaine Sabine, l’eau de l’Océan marquait 28° centigrades à la surface et seulement 7°, 5 à 1833 mètres de profondeur. Celte observation confirmée par Aimé, de Ilumboldt, William, etc., permet de supposer que les abîmes les plus profonds des mers, de même que les sommets des plus hautes montagnes, sont éternellement glacés.

Phosphorescence. — Tous les navigateurs ont observé maintes fois ce phénomène si remarquable et si somptueux delà phosphorescence de la mer. La nuit, autour des navires, et particulièrement à la poupe, dont la marche occasionne des bouillonnements, des remous et des tourbillons, on voit se produire au sommet des vagues de nombreuses étincelles lumineuses qui augmentent d’intensité au moment où les vagues supérieures retombent en s’ouvrant ou en glissant sur les vagues inférieures. Le sillage que laisse après lui le navire se dessine longtemps sous la forme d’une espèce d’écume nacrée, qui lui donne de loin l’aspect d’une brillante étoffe d’argent. Mais il n’est pas besoin de faire de longs voyages en mer pour observer la phosphorescence, on peut aussi la constater sur la côte. En effet, chaque nuit dans nos parages, surtout quand le vent du nord souffle, la mer est frappée de petites lueurs verdâtres et opalines, qui forment en se confondant comme des traînées de punch ardent. Toutefois, il n’y a guère que les parties agitées, telles que le sommet des vagues et les flancs de l’eau frappée soit par le choc des rochers ou des rames, qui présentent ce phénomène à un degré très marqué.

Quelle est la cause de cette phosphorescence? Rien n’est aussi difficile à déterminer. Chacun a donné la sienne. Les uns ont dit: La phosphorescence est seulement le résultat de phénomènes électro-magnétiques qui se produisent à la surface de l’eau, et qui sont eux-mêmes lts résultats des

frottements qui s’exécutent dans l’eau par la rencontre des courants et par la pression directe et sans cesse accidentée de l’atmosphère. Les autres l’ont attribuée à une sorte de combustion chimique particulière aux matières organiques végétales et animales en décomposition et semblable à celle qui s’opère sur le bois mort et sur le poisson pourri. Quatrefages, Littré et Robin attribuent la phosphorescence des eaux de la mer à la lumière phosphorescente que dégagent des myriades de noclilocula miliaris, à chaque contraction volontaire ou déterminée par une irritation quelconque.

Flux et rejlux. — Marée. — Le grand phénomène des oscillations, c’est-à-dire du flux et du reflux, qui a lieu d’après des lois invariables, n’est pas moins intéressant à étudier que celui de la phosphorescence. 11 est de plus, au moins aussi imposant, et pour notre part, nous devons à la vérité d’avouer que la première fois que nous l’avons observé à Granville, ce n’a pas été sans ressentir une sorte de frayeur, à laquelle assurément aucun homme ne peut se soustraire. Nous trouvons dans Quinte-Curce une description de l’effroi qu’éprouvèrent les soldats d’Alexandre lorsqu’ils furent témoins pour la première fois, à l’embouchure de l’Indus, du phénomène du flux et du reflux, si peu sensible dans les mers de la Grèce. Il termine sa narration par cette phrase qui dépeint parfaitement le phénomène de la marée et l’étonnement qu’il occasionna dans l’armée du grand général : « Unde lantum redissel subito mare ? quo pridie refugisset ? quænam esset ejusdem elementi natura, modo discors, modo imperio temporum obnoxia mirabundi requirebant. »

La mer dans son mouvement d’oscillation perpétuelle, s’élève et s’abaisse alternativement deux fois en vingt-quatre heures, envahissant et délaissant tour à tour la plage. C’est ce grand phénomène vital qu’on nomme marée. Voici comment il s’accomplit. La mer monte graduellement pendant six heures; elle reste à peu près un quart d’heure stationnaire, puis elle redescend pendant six heures pour recommencer le môme mouvement après un quart d’heure de repos, et ainsi de suite. La mer montante constitue le flux et la mer descendante le reflux. La mer est pleine ou haute lorsqu’elle est arrivée à son plus haut degré d’élévation ; elle est basse lorsqu’au contraire elle esparvenue à son niveau le plus bas. La mer sur certaines plages se relire très loin ou découvre beaui coup, comme disent les marins; sur d’autres plages, elle ne s’éloigne qu’à une faible distance ou découvre peu. Dans quelques localités, le flux avance et se retire lentement ; dans d’autres localités, au contraire, il avance et se relire avec une très grande rapidité. Ainsi dans la baie de Cancale, par exemple, il s'opère deux fois en vingt-quatre heures, une différence de six mètres de hauteur dans le niveau de la mer; dans les grandes marées de Saint-Màlo et de Granville, la différence est de 12 mètres, et au Mont-Saint-Michel, la différence est de 15 mètres, et un cheval au galop peut à peine lutter de vitesse avec le flot quand la mer monte. Dans la Méditerranée, au contraire, la marée est à peine sensible.

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Sous quelle influence se produisent les marées? Une foule d'hypothèses ont été émises pour expliquer ce flux et ce reflux quotidien de la mer. Les anciens soupçonnèrent l’existence de la lune, car ils avaient remarqué la concordance des fluctuations de la mer avec les mouvements de cet astre. Pline, le naturaliste, soupçonna l’influence simultanée du soleil et de la lune puisqu'il écrivit: œstus maris causam habent in luna... » et ailleurs : aavidiun sidus secum trahit luiustus maria. » Mais ses explications sont vagues et très incomplètes. C’est à Kepler que revient le mérite d’avoir reconnu le premier que la principale cause des fluctuations de la mer était l’attraction exercée par la lune sur les eaux, et au génie de Newton d’avoir prouvé l'harmonie parfaite de cette théorie avec les lois générales de la gravitation universelle. En effet, en déduisant les conséquences du principe posé par Kepler, l’illustre savant anglais démontra que le phénomène de la marée était dû à l’attraction exercée par les corps célestes, laquelle agit toujours en raison directe des masses et en raison inverse des distances, et il expliqua ainsi pourquoi les marées se forment à la fois sur les deux côtés de la terre qui se trouvent diamétralement opposés à la lune.

Mais, nous n’avons pas à faire ici un traité de météorologie. Aussi serons-nous sobres de détails, renvoyant le lecteur aux ouvrages spéciaux. Pour nous, médecins, il nous suffit de savoir que lorsque la lune est pleine, le soleil et la lune se trouvant dans le même méridien, les forces attractives de ces deux astres agissent dans le même sens, et les marées sont plus fortes ; lorsque, au contraire, la lune est dans son dernier quartier, le soleil et la lune n’étant plus dans le même méridien, leurs forces attractives agissent en sens inverse et les marées sont alors plus faibles. Autrement dit: les marées les plus hautes ont lieu à la pleine lune et les plus basses aux nouvelles lunes. Mais comme d'un autre côté les forces attractives du soleil et de la lune, qui agissent tantôt dans le même sens et tantôt en sens contraires, varient suivant que ces deux astres sont plus ou moins rapprochés de la terre, il en résulte encore que les plus grandes marées ont lieu aux pleines lunes des équinoxes, aux mois de mars et de septembre.

Enfin, notons en terminant deux points intéressants : les marées ne se produisent pas sur nos côtes au moment même où le soleil et la lune exercent leur action sur les eaux de la mer; elles suivent en général de 36 heures le moment réel des phases astronomiques. Le retard qu’éprouve chaque jour la marée est dû à la différence qui existe entre le jour solaire et le jour lunaire. Le premier est de 24 heures et le second de 22 heures 50 minutes environ. La marée retardera donc chaque jour de 50 minutes.

Inutile d’ajouter que les vents, les courants, la nature et la disposition des plages, des falaises, des détroits, et une foule d'autres actions locales exercent sur les marées, aux environs des côtes, une influence modificatrice.

2° Caractères chimiques. — L’eau de mer est une eau essentiellement minérale, dont les principes minéralisateurs atteignent des proportions très

fortes. Elle appartient par sa composition chimique à la classe des eaux chlorurées sodiques fortes. Cette composition chimique a été l’objet des recherches d’un grand nombre de chimistes habiles, et cependant on peut dire qu’elle n’est pas exactement et complètement connue. M. Forchhammer a signalé dans l’eau de mer la présence de trente et un éléments, en y comprenant les gaz qu’elle tient en dissolution. Parmi ces corps, un certains nombre de métaux, tels que l’argent, le cuivre, le plomb, le zinc, le cobalt, le nickel, n’ont été rencontrés que dans les cendres des plantes fucoïdes qui, végétant au sein de la mer, les avaient évidemment empruntées à l’eau. On a signalé aussi dans l’eau de mer la présence du lithium, du cæsium et du rubidium. Les substances dominantes sont les chlorures de sodium, de potassium et de magnésium, les sulfates de magnésie et de chaux, les carbonates de magnésie, de chaux et de potasse, les bromures et les iodures.

Indépendamment des substances que nous venons d’énumérer, l’eau de mer renferme encore une autre substance signalée par Bory de Saint- Vincent sous le nom de mucosité de la mer. « Cette substance organique des eaux de mer, disent Littré et Robin, est analogue à certaines substances coagulables des êtres vivants, mais on ne sait encore si elle est azotée ou analogue aux mucilages. » Elle concourt à donner à la peau une onctuosité légère qu'elle offre tant qu’elle est mouillée, effet que ne produisent ni les eaux de rivière, ni les eaux potables. Cette substance est-elle une exudation des algues, vient-elle des animaux ou des végétaux morts, devenus liquides et solubles par la putréfaction? C’est ce qu’on ne sait pas. Quoi qu’il en soit, elle se putréfie très rapidement et devient cause de l’odeur félide que répand l’eau de mer lorsqu’elle a séjourné quelques jours dans un vase, abandonnée à elle-même.

La composition chimique de l’eau de mer présente des variations qui trouvent leur raison d’être dans le climat, la latitude, le voisinage des côtes, les cours d’eau, etc., et dans bien d’autres causes encore dont on ne détermine pas bien la nature. Toutefois sur nos côtes, la proportion de ses principes ne diffère pas au point de constituer un changement notable dans son action minérale.

Le tableau suivant nous donne les résultats obtenus par Schweitzer et Laurens, dans leurs analyses des eaux de la Manche et de la Méditerranée.

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