‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 112 sur 344 · EAU PUISÉE A UN KILOMÈTRE DE LA CÔTE DE CETTE · texte numérisé non relu

EAU PUISÉE A UN KILOMÈTRE DE LA CÔTE DE CETTE

Gram.

Chlorure de sodium 30,182

— de potassium 0,518

— de magnésium 3,302

Bromure de sodium 0,570

Carbonate de chaux 0,118

Sulfate de magnésie. . 2,541

— de chaux 1,392

Oxyde de fer 0,003

(Usiglio.) 38,626

Il résulte des analyses précédentes que, de tous les sels contenus dans l’eau de mer, le chlorure de sodium est celui dont les proportions subissent le moins de variations. Les proportions des sulfates au contraire présentent des différences très sensibles. D’après Forchhammer, lorsque le fond de la mer est de nature argileuse, l’eau devient plus riche en chaux et plus pauvre en magnésie. C’est qu’alors, dit ce savant, une partie du carbonate de chaux est remplacée par de la magnésie provenant du sulfate magnésique dissous, et il se forme un silicate double de magnésie et d’alumine insoluble. Si le fond delà mer est formé de coquillages, de craie, ou de sable quartzeux, la proportion de manganèse ne chan e pas. Cette circon-

stance contribue à restituer à l’eau de mer le carbonate de chaux que lui enlèvent les coquillages et que l’eau ne peut retrouver qu’ après la destruction de ces derniers, lorsque leur poussière a été mélangée avec de l’argile.

Si, grâce aux analyses chimiques, nous avons des données positives sur la composition de l’eau de mer, nous n’avons que des hypothèses vagues sur l’origine et sur la cause première de sa salure. Les uns admettent l'existence de plusieurs mines de sel gemme dans son bassin; d’autres ont pensé que les matières salines se forment successivement par la combinaison des matériaux nécessaires à leur production, et qui se trouvent dans les eaux de la mer. Ceux-ci attribuent cette salure aux fleuves et aux rivières qui se jettent dans la mer et y entraînent, depuis le commencement du monde, les sels que leurs eaux ont dissous, à la surface de toutes les terres du continent et des îles.

Modes d’administration de l’eau de mer. — L’eau de la mer s’administre en boisson, en bains et en lames froides, en bains et en douches chaudes.

1° Eau de mer en boisson. — Nous avons vu plus haut que l’usage de l’eau de mer à l’intérieur remontait aux temps les plus reculés. Ainsi nous avons vu dans Pline que les médecins de son temps les ordonnaient en boisson; mais ils avaient soin de l’adoucir et d’en mitiger l’action en la mêlant avec du miel ou des raisins écrasés. Ainsi coupée, cette eau constituait, paraît-il, une boisson très agréable. De nos jours, les Anglais en font un grand usage, les Français, au contraire, se décident difficilement à la boire, et c’est suivant nous bien à tort.

La dose de l’eau de mer prise à l’intérieur n’a rien de fixe. Elle varie depuis un quart de verre jusqu'à un litre par jour, suivant l’effet que l’on veut obtenir. Nous reviendrons du reste sur ce sujet à propos de Faction physiologique de l’eau de mer prise en boisson.

2“ Eau de mep. en bains froids. — L’eau de mer prise en bain, à la mer, constitue l’élément principal du traitement marin. Aussi croyons-nous utile de rappeler ici les principales règles du bain de mer, car la règle pour le bain de mer, c’est la formule pour le médicament, comme l’a dit fort judicieusement Dutroulau; et s’en affranchir, c’est nier l’utilité des poids et mesures et du mode d'administration en matière médicale.

Règles des bains de mer. — En arrivant aux bains de mer, la première chose à faire, c’est de se promener au bord de la mer afin de s’accoutumer à son atmosphère, et de parcourir la plage, à la marée basse, afin de bien la connaître et de ne pas avoir peur de l’eau quand on s’y plongera. Après quelques jours, on pourra commencer à prendre des bains.

Quel costume adopter? le plus simple sera le meilleur. Celui de notre premier père, avant qu’il eût partagé la pomme avec Eve, serait notre idéal. Malheureusement, il est impossible de s’en contenter dans une société comme la nôtre. Le simple et vulgaire caleçon de bain, tel est le meilleur costume pour les hommes lorsqu’ils se baigneront dans un endroit où les deux sexes sont séparés. Lorsque les bains se prendront en commun, hommes et femmes

MER

MER

adopteront on même costume, assez ample pour ne pas gêner les mouvements et, une fois mouillé, se coller sur le corps, assez long pour ne pas offusquer la pudeur, quelquefois par trop tartufe, de certaines personnes. Il sera, de plus, d’un tissu souple et léger pour que l’eau le traverse entièrement et sc mette en contact constant avec la peau. Pour la tète, les hommes aux cheveux longs et les femmes adoptent généralement un bonnet de percale fermant à pattes sur les oreilles et fixé sous le menton, ou encore une calotte en taffetas gommé. Nous préférons de beaucoup un simple filet à larges mailles. Pour les pieds, rien si la plage est sablonneuse; des chaussons de lisière munis d’une forte semelle de cuir, si la plage est à fond de galets.

Il faut être à jeun pour prendre son bain, si on le prend dans l’après-midi. Cette règle, qu’il semble inutile de rappeler, est souvent violée, et tous les ans un certain nombre de baigneurs périssent par suite de sa violation.

A quelle heure faut-il prendre son bain? Il est impossible de répondre à cette question d’une manière précise, attendu que le temps, la marée, les habitudes et la susceptrbité de l’individu sont autant de causes qui peuvent le faire varier. Dutroulau considère que le moment le plus propice pour prendre son bain est le matin, avant la grande chaleur solaire, c’est-à-dire entre neuf et onze heures. La plupart des médecins préfèrent les faire prendre dans l’après-midi, entre trois et cinq heures; l'eau, à ces heures, étant plus chaude que le matin.

L'heure fixée pour le bain, il faut s’y préparer. Cette préparation consiste dans un exercice modéré destiné à donner à la peau une température faiblement élevée, tout en évitant cependant de déterminer la transpiration. Puis on s’habille dans sa cabine, on fait un petit tour sur la plage et on prend son bain.

Mais comment entrer dans la mer ? Les uns s’assoient sur la plage et y attendent le flot; les autres s’avancent un peu dans l’eau et exécutent des mouvements alternatifs de flexion et de redressement; ceux-ci se font porter dans la mer par les guides baigneurs, le corps immobile et faisant la planche; ceux-là se plongent rapidement entre deux lames, la tète la première, et cela huit ou dix fois en quelques minutes. Toutes ces manières d’entrer dans l'eau sont plus ou moins mauvaises. La meilleure consiste à entrer franchement dans l’eau jusqu’au cou et d’emblée. Nous disons ceci pour ceux qui ne savent pas nager: car les nageurs, eux, prennent la mer d’assaut, piquent une tète, disparaissent momentanément entre deux eaux et reparaissent un peu plus loin en nageant chacun à sa manière.

Une fois dans l’eau, il est très important de ne pas y rester immobile; il faut marcher, sauter, se faire recouvrir souvent par la lame qu’on reçoit tantôt sur le dos, tantôt sur le côté, en un mot remuer pendant toute la durée du bain et se tenir toujours dans l’eau.

Quelle doit être la durée du bain? Encore une question à laquelle on ne peut répondre d’une manière précise, l’impression produite par l’eau variant suivant les individus. On peut cependant dire Dictionnaire populaire de Médecine usuelle.

d’une manière générale : aussitôt que l’on sent le corps se refroidir, et sans attendre qu’on ait eu des frissons, il faut quitter l’eau. La première sensation de froid se produit chez les uns au bout de cinq minutes, chez d’autres au bout de vingt minutes et quelquefois au bout d’un temps encore plus long.

En sortant du bain, quelques baigneurs, quittent leur costume, se revêtent d’un peignoir et se promènent quelques instants sur la plage, pour donner à l’air et au soleil le temps de les sécher. Le plus grand nombre court à sa cabine, s’essuie à la hâte et s’habille le plus promptement possible, en ayant soin de prendre, suivant les plages, un bain de pieds destiné surtout à les débarrasser du sable de la grève. Une fois habillé, il est important, pour favoriser la réaction, de marcher et de se promener. Les individus faibles chez lesquels celle-ci tarderait à se manifester, pourront l’aider en buvant un verre de vin généreux sucré, froid ou chaud. Les hommes aiment mieux un verre de madère ou de vermouth.

Pour en finir avec les préceptes relatifs aux bains de mer, disons un mot qui concerne plus spécialement les dames. Il est urgent pour elles de faire sécher leurs cheveux en sortant du bain. Dans ce but elles les feront essuyer avec un linge très sec et non chauffé, ou mieux avec un morceau de flanelle. Puis, elles les laisseront pendant quelque temps épars sur les épaules, exposés au grand air. De temps en temps, deux fois par semaine par exemple, elles pourront les laver avec de l’eau de son, chauffée et additionnée de cinq ou six cuillerées d’eau de Cologne. Le docteur Marie de Saint- Ursain, à qui nous sommes redevables de ce moyen, déclare que toutes les dames qui l’ont employé s’en sont fort bien trouvées.

Bains de mer chauds. — On prépare dans foutes les villes de la côte fréquentées par les baigneurs des bains à l’eau de mer. Ces bains se prennent à une température qui varie de 22° à 3o° centigrades, suivant les tempéraments et le genre d’affection des malades. Ces sortes de bains dont l’usage se répand de plus en plus, peuvent se prendre à l’eau de mer pure ou coupée avec de l’eau ordinaire. Ils sont très utiles et produisent de bons effets dans certaines affections déterminées. Ces résultats n’ont rien qui doive surprendre lorsqu’on voit ceux que produisent les bains chauds que l’on prend avec les eaux chlorurées sodiques de Salins, de Salies de Béarn et de Niederbroon.

Douches a l’eau de mer. — L'hydrothérapie à l’eau de mer tend tous les jours à prendre plus de faveur. « Employée par les mêmes procédés que l’eau douce, dit avec raison Dutroulau, l’eau de la mer a de plus que celle-ci, les propriétés que lui communique sa constitution médicale. Des établissements spéciaux, munis de tous les appareils usités dans ce genre de traitement, existent aujourd’hui auprès de plusieurs stations de bains de mer. Au point de vue du traitement marin, les procédés hydrothérapiques sont des auxiliaires du bain à lame, dont nous vérifions tous les jours l’utilité et l’efficacité; la piscine à douche de lame sert à prendre le bain quand le temps le rend impraticable à la mer, et la douche révulsive et rc-

Page 1