MIE
MIG
les viandes douteuses et surtout les viandes de porc s'ont soumises à l’examen d’experts micrographes qui sont appelés à décider si ces aliments peuvent être livrés à la consommation publique. Que des larves de trichine soient reconnues dans le porc, et aussitôt on ordonne la confiscation et la destruction de tous les morceaux qui présentent cette altération. Bien des falsifications sont également reconnues par le microscope, celles du lait, du sucre, du café, etc.
L’agriculture elle-même est redevable au microscope de la découverte du phylloxéra, du champignon des pommes de terre, de l’oïdium, du mildiou, etc. Dr A. DE SOYRE.
MICROSPORON. — (V. Microbe .)
MICROZYMA. — (V. Microbe.)
MICTION. — La miction est l’acte physiologique par lequel la vessie se débarrasse de l’urine qu’elle contient et la chasse au dehors par le canal de l’urèthre ^V. Vessie, Urèthre, Urine). p. l.
MIEL. — Le miel est une substance sucrée, molle ou liquide, fournie par l’abeille qui va en chercher les éléments sur certaines fleurs. Le miel n’est pas récolté complet sur les fleurs où l'abeille butine. Cet insecte absorbe les sucs déposés sur ces fleurs, et c’est après leur avoir fait subir une transformation dans son estomac qu’ils constituent le miel que l’abeille déposera ensuite dans les alvéoles du gâteau contenu dans la ruche.
Le miel doit en partie sa couleur et son arôme aux diverses plantes sur lesquelles il a été recueilli. C’est ainsi que le miel de Chamounix doit ses qualités balsamiques aux espèces résineuses environnantes; celui de Narbonne, le plus estimé en France, reçoit son parfum des lavandes et autres labiées qui croissent en abondance autour de cette ville; celui du Câlinais acquiert des qualités spéciales par la présence du safran; le miel de Bretagne, le moins recherché, récolté sur les sarrasins, si nombreux dans celle province subit, par cette provenance, un goût âcre et une couleur foncée; enfin certains miels acquièrent une action délétère quand les abeilles le récoltent sur des plantes vénéneuses comme la colchique ou d’autres plantes de la famille des Apocynées.
Pour récolter le miel, on a soin, après avoir extrait le gâteau delà ruche, d’enlever sur les alvéoles le petit opercule cireux qui les ferme, puis les gâteaux sont placés sur des claies et exposés à une douce chaleur. Le miel qui 's’écoule ainsi spontanément est d’une couleur blonde, transparente, limpide, cl on l’appelle miel vierge ou miel blanc. Après que le miel s’est ainsi écoulé, les gâteaux qui en contiennent encore une certaine quantité sont brisés et la chaleur à laquelle ils sont soumis est augmentée. Le miel qui en sort, d’une couleur jaunâtre, moins estimé que le premier, constitue le miel jaune. Enfin le miel brun est le résultat de la pression mécanique à laquelle on soumet les restes des gâteaux préalablement surchauffés. Ce dernier produit est le miel commun .
Le miel entre pour une certaine proportion dans la masse alimentaire, non seulement étant pris en nature, mais encore incorporé à quelques aliments. Ce produit est considéré comme rafraîchissant aux doses de 50 grammes environ pour les enfants et de 100 à 120 grammes pour l’adulte. C’est à sa présence dans le pain d’épices que cette préparation doit sa réputation laxative.
On se sert fréquemment du miel pour édulcorer les tisanes, principalement dans les maladies fébriles et dans les affections de la gorge. Il entre encore dans la composition de certains collutoires et de quelques gargarismes. En lavement, on le prescrit à la dose de 125 grammes pour 300 gr. d’eau.
Chez quelques peuples du Nord, notamment en Russie, on obtient en délayant le miel dans cinq fois environ son volume d’eau une liqueur fermentée stimulante qu’on appelle hydromel et qui remplace le vin et la bière.
Le miel est fréquemment falsifié, principalement par l’introduction de la glucose et de la fécule de pommes de terre. S’il n’est pas facile de s’apercevoir de la présence du premier de ces produits, on peut facilement reconnaître le mélange du second. En effet, après avoir dissous dans de l’eau le miel qu’on suppose contenir de la fécule, si on laisse tomber dans le vase quelques gouttes de teinture d’iode on voit aussitôt apparaître la coloration bleue caratéristique de la présence d’une substance amylacée. Dr Paul Labarthe.
MIGRAINE. — On donne le nom de migraine ou hémicranie, à des accès de douleurs limitées à la moitié du crâne, s’accompagnant de divers troubles fonctionnels , surtout de vomissements , et qui, étrangers à toute lésion organique, semblent dépendre d’un état constitutionnel.
Qu’est-ce que la migraine? — Plusieurs opinions sont en présence.
D’après Romberg, ce serait un e névralgie du cerveau ; celte opinion s’appuie sur le siège de la douleur et sur les troubles fonctionnels qui l’accompagnent.
Selon liasse, ce serait au contraire une névralgie du nerf trijumeau, et cette névralgie suffirait pour expliquer tous les symptômes de la migraine.
Enfin, pour Dubois-Reymond, Jaccoud , et bon nombre de médecins, la migraine serait une névralgie de la portion cervicale du grand sympathique. Cette dernière opinion est la plus probable, elle explique parfaitement les troubles de la sensibilité, de la calorification et des sécrétions que nous allons décrire.
De quoi dépend la migraine? — La migraine dépend souvent d’un état général. Ainsi elle est fréquente dans la dyspepsie, la goutte, la chlorose, l’hystérie, ï’hypochondrie, chez les hémorroïdaires.
Les g»‘ns d’un tempérament nerveux et irritable, les femmes y sont plus particulièrement exposés. L’accès survient sous des influences très variables, telles que fatigues intellectuelles, veilles prolongées, troubles de la digestion, abus du tabac et des boissons alcooliques, le bruit, la lumière trop vive, certaines odeurs, des troubles de la menstruation, etc.
MIG
MIL
Ces diverses causes peuvent faire éclater un accès de migraine chez des personnes qui n’y sont pas sujettes et ne sont atteintes d aucune des diathèses qui engendrent habituellement cette maladie : c’est là une migraine accidentelle.
Quels sont les symptômes de la migraine ? — La migraine se présente sous la forme d’accès dont le retour, quelquefois périodique, est d’ordinaire variable et dont la durée, habituellement de quelques heures, peut, par exception, se prolonger deux ou trois jours.
Début. — Voici sa forme la plus commune: la nuit a été calme, le sommeil convenable, cependant à son réveil l'individu éprouve un certain malaise et quelques frissons, il manque d'appétit et d’entrain, il est lourd, engourdi ; tout ceci lui présage un accès qui, d’ordinaire, ne se fait pas attendre ; cependant il se peut que la journée se passe dans cet état et que l’attaque n’ait lieu que le lendemain. — Dans d’autres cas, au contraire, mais rarement, la douleur de la tête éclate tout à coup, vers le milieu du jour, sans aucun symptôme précurseur.
Accès. — La douleur en est le symptôme capital, elle occupe la moitié du crâne (hémicrânie), surtout le front et la tempe, elle siège plus souvent à gauche qu’à droite, il est fort rare qu’elle se généralise à toyte la tête. Cette douleur devient rapidement très vive : ce sont tantôt des élancements, tantôt une constriction affreuse, souvent la sensation d’une lame brûlante, de coup de marteau, etc... Tout l’irrite et l’exaspère, le battement des artères, le moindre bruit, le plus léger contact sur le cuir chevelu et le front ; le repos absolu et l’isolement peuvent seuls calmer ces souffrances. Le pouls et la température restent à l’état normal.
Après quelques heures de souffrance et parfois dès le début, le malade est pris de nausées et de vomissements, composés d’abord de matières alimentaires, puis de substances filantes, visqueuses et jaunâtres.
En même temps l’œil du côté malade est injecté, larmoyant, la pupille dilatée, les paupières sont gonflées, le visage pâle; la tête se recouvre d’une sueur plus ou moins abondante. (Le vomissement, le larmoiement, la sueur sont des troubles de sécrétion très explicables par la névralgie du grand sympathique.) «’
Après huit à dix heures de cette vive souffrance, la douleur s’apaise et le malade éprouve une lassitude extrême, une fatigue générale, il s’endort et généralement à son réveil tout est terminé.
Le retour des accès est extrêmement variable : si la migraine est accidentelle tout peut se borner à quelques attaques éloignées ; si elle se relie à un état constitutionnel, elle est sujette à revenir souvent, parfois d’une façon périodique, jusqu’à l’amélioration de l’état qui la produit. Les attaques .sont d’ailleurs plus ou moins fréquentes : il se produit chez certaines personnes deux ou trois accès par mois, ils impriment alors un certain cachet, soit à la physionomie (contraction habituelle des muscles de la moitié du visage, demi-occlusion des paupières), soit à l’intelligence (affaiblissement de la mémoire), soit au caractère qui devient très
excitable. Mais jamais la migraine n’a entraîné la mort.
Comment distingue-t-on la migraine ? — La migraine a une physionomie assez accentuée pour qu’il soit facile de la distinguer de toutes les autres céphalalgies. Si, dans quelques cas, par la nature et par le siège des douleurs elle se rapproche de la névralgie trifaciale, elle s’en distingue cependant par l’absence des points douloureux spéciaux à cette névralgie et de plus par les vomissements que l’on n’observe que dans la migraine.
La migraine reconnue, il est indispensable de remonter à sa cause. Si la migraine est accidentelle, le malade sait parfaitement qu’elle a été occasionnée par un écart de régime, par un excès de travail intellectuel, par des veilles, par l’odeur des fleurs, etc. Si la migraine est habituelle, il faut en rechercher la source, soit dans un état dyspeptique (on sait combien les troubles de l’estomac retentissent sur le cerveau), soit dans un état goutteux, hémorrhoïdaire , hystérique , herpétique, anémique, etc.
L’examen général du malade mettra aisément sur la voie de ce diagnostic étiologique indispensable à l'institution du traitement.
Quel est le traitement de la migraine ? — Deux cas peuvent se présenter: 1° la migraine est accidentelle ; 2° la migraine est constitutionnelle.
1° Migraine accidentelle. — Voici un malade qui, à la suite d’un écart de régime ou d’un excès de travail, est pris d’un accès de migraine : prescrivez-lui le repos loin du bruit et de la lumière, peut-être si le malaise commence depuis peu de temps pourriez-vous faire avorter l’accès par un bain de pied très chaud, par l'administration de café, de thé, de vin, d’alcool, de poudre de paullinia à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme, par des frictions faites sur les paupières avec une solution d’extrait de belladone.
2° Migraine constitutionnelle. — Voici un second malade sujet à des migraines qui surviennent sans cause appréciable : recherchez-en la source dans l’état général. Est-il anémique, prescrivez le traitement de l’anémie; est-il goutteux, hémorrhoï- ■daire, employez les eaux alcalines, rappelez le flux hémorrhoïdal, en un mot, instituez le traitement de la goutte et des hémorrhoïdes. La migraine se rattache-t-elle à un état herpétique, songez aux préparations arsenicales ; est-elle périodique, le sulfate de quinine pourra vous être fort utile, etc. Enfin, en tout état de cause, que votre malade ait une vie sobre et régulière.
Mais si l’accès est déclaré, il est indispensable que le malade garde un repos absolu dans un lieu frais, obscur et silencieux ; vous pouvez calmer la douleur, soit par un peu d’opium (2 à 5 centigrammes), soit par les pilules de Moussette à l’aconitine, soit plutôt par l’application sur la tête décompresses imbibées d’eau froide ou d'une solution de cyanure de potassium, soit par l'évaporation de quelques gouttes d’éther versées sur le front.
Dr Léon Moynac.
MILIAIRE. — On donne ce nom à une éruption cutanée de, petites vésicules, excessivement nom-
MIL
MIL
breuses, qui s’observe dans des maladies très diverses, principalement dans la suette (V. ce mot).
MILITAIRE. — Hygiène professionnelle. — L’armée constitue, au sein de la nation, un groupe parfaitement spécialisé et défini, qui compte, aujourd’hui, à peu près constamment un demi-million d’hommes en service actif.
Le nombre des jeunes soldats appelés à l’activité en 1883, sans les engagés volontaires et les conditionnels, est fixé à 134,298, ainsi répartis :
!94, 422, tre portion du contingent.
13,434, Ajournés de contingents ant.
Pour l’armée de mer : 7,300, sauf déduction des engagegements volontaires.
Ces chiffres subissent, dans le fait, une diminution d’environ 10,000 non-valeurs.
A de certaines époques, on voit l’armée s’accroître temporairement de quelques cent mille autres individus (appel des réservistes), pour s’élever, au moment prévu d'une mobilisation générale, bien au delà d’un million.
L’âge et l’état physique, la sélection de toutes les individualités qui composent l’armée font de celle-ci un capital humain d’une évaluation énorme, en tant que force et rendement possibles, et cette situation explique toutes les études spéciales dont le groupe militaire a été l’objet, dans le but de préciser les règles suivant lesquelles il se doit mouvoir, pour son plus grand bien et son avantage le plus certain, dans les conditions communes de l’hygiène générale.
Les hygiénistes modernes, J. Arnould, L. Colin, Morache, Vallin et autres médecins militaires n’ont pas de mal à démontrer que les notions pratiques de l’hygiène professionnelle ont leur place marquée dans l’instruction du soldat, auquel elles peuvent, en différentes circonstances, signaler et amoindrir les inconvénients de la vie militaire. C’est un avantage qui ncchappe à personne... il vaut mieux prévoir que réparer, dirons-nous avec eux.
La spécialisation de l'hygiène militaire est tout entière résumée dans le tableau suivant :
1° Conditions propres aux soldats.
■2° Réglementation militaire.
3° Morbidité et mortalité spéciales.
(Jeunesse des soldats (actuellement).
Dépaysement, nostalgie.
Vie en commun.
Nouveaux -venus dans des milieux nouveaux (acclimatement).
(Des abris (casernes, campements, bivouacs).
Du vêtcment(équipement, uniform e, <. chaussure).
I De l’alimentation, f Du travail (exercices, instruction \ militaire).
[ En paix (en garnison, en manœuvres).
( En guerre.
1° Conditions propres aux soldats. — Jeunesse des soldats. — Les soldats sont tous jeunes, avec l'organisation actuelle, qui prend tous les hommes de 21 à 25 ans ; l’adjonction partielle et temporaire des réservistes ne modifie pas bien sensible-
ment l’état sanitaire de l’armée. Or, la jeunesse, sans avoir encore la plus grande force de résistance, possède incontestablement la plus grande puissance d’absorption des principes morbides. Comme autrefois, les soldats sont malheureux et sont surtout frappés dans leur première et même dans leur deuxième année de service, malgré l’amélioration réelle des conditions matérielles de logement et d’entretien. Tout le monde convient que si les conditionnels étaient deux années durant liés au service, certains d’entr’eux resteraient définitivement sous les drapeaux, tandis qu’après un an, ils ont de sérieuses raisons de ne voir que les labeurs et les amertumes de la période d’entraînement qu’ils ont forcément subie. La raison en est facile à saisir : l’incorporation apporte un trouble complet à l’éducation première, aussi bien qu’aux habitudes de la vie antérieure, qu’il s’agisse de citadins ou qu’il s’agisse d’habitants des campagnes. En second lieu, la jeunesse imprévoyante se laisse facilement entraîner à des dépenses inutiles de force, qui la livrent plus ou moins désarmée aux influences débilitantes, d’où procèdent les maladies.
Les recrues devront donc éviter soigneusement toutes les fatigues non obligatoires et ce, dès le premier jour de leur arrivée au régiment; elles se garderont des sorties intempestives, y compris les permissions, et s’appliqueront de toute leur vigueur à apprendre leurs premiers exercices. Dans leurs conditions d’arrivée, par la saison froide, avec un défaut absolu d’accoutumance des choses de la vie militaire, c’est le meilleur et peutêtre l’unique moyen pour elles de traverser bravement la période critique, où tout contribue à les disposer à un véritable surmenage.
Dépaysement. — La loi qui institue le recrutement sur toute l’étendue du territoire pour l’armée active, en France, entraîne le dépaysement, d’où une certaine surprise morale, une cause dépressive plus ou moins voisine de la nostalgie chez quelques-uns, du moins pour un temps. Sans tenir compte de la part d’influence qui en résulte à ce point de vue, il est au moins réel que la transplantation n’est pas exempte, dès l’abord, de certains périls, que les jeunes soldats, toutefois, encourront d’autant moins, qu’ils observeront mieux les préceptes retracés ci-dessus. Cependant, il est tout indiqué de distraire le jeune soldat ; il faut le convier aux promenades individuelles, l’empêcher de s’absorber et de vivre sur lui-même.
Vie en commun. — La condition spéciale aux soldats la plus frappante et celle qui influe le plus incontestablement sur le genre et la fréquence de leurs maladies, c’est la vie en commun. L'identité des individus agglomérés, plus encore quel e chiffre élevé des agglomérations (que l’on peut toujours restreindre dans une certaine mesure), imprime aux conséquences de leur vie spéciale un caractère obligé, qui donne à presque toutes les maladies du soldat, le caractère épidémique. Par le fait de l’uniformité dans la constitution physique, l’âge, le régime, les exercices, les allures de toute sorte, on voit communément un grand nombre de soldats impressionnés à la fois et delà même manière parles
MIL
MIL
agents météoriques ou les principes spécifiques de maladie. Il n’y a rien de semblable dans les familles, les prisons, les ateliers, quelque développée qu’y soit la vie en commun.
Voici le mécanisme de cette cause essentielle dans la pathogénie militaire :
L’homme respire: la fonction de respiration, exécutée par les poumons, à l’aide de l’appareil musculaire thoracique, a pour but de mettre incessamment de~"i’air normal en rapport avec une vaste surface d’absorption. Un phénomène exo-endosmotiqueseproduit.au moyen duquel le poumon relient l’oxygène de l’air en échange d’une pareille quantité d'acide carbonique, dont il se débarrasse. L’air expiré est donc vicié, car, de plus, il contient des particules organiques qui sont entraînées par la vapeur d’eau de l’exhalation pulmonaire. Si nous ajoutons l’action permanente des émanations cutanées, la présence continuelle dans les chambrées des effets et chaussures des hommes, et, pour la cavalerie , le voisinage des chevaux et le harnachement, nous aurons cité toutes les causes qui augmentent le méphitisme de la vie en commun.
La propreté minutieuse est, pour le jeune soldat, le seul moyen dé corriger ces influences, il faut en être bien persuadé. Il évitera de se cantonner dans sa chambrée, dont les fenêtres seront ouvertes le plus que possible; il se promènera, travaillera et Vivra au grand air au moins 12 à 15 heures par jour, et surtout il procédera aussi souvent que possible à une toilette complète, au moyen des lavabos à eau courante dont sont pourvus tous les quartiers.
De ce côté, l’administration a réglementé toutes les mesures hygiéniques indiquées et possibles, parmi lesquelles nous signalons le bain général par aspersion d’eau chaude, procédé commode et économique qui a été établi, depuis l’année 1879, dans toutes les garnisons. A leur arrivée, les jeunes soldats sont soumis à un nettoyage complet; ils s’enduisent de savon et se frictionnent des pieds à la tête pendant quelques minutes, au bout desquelles on les couvre dune pluie d eau chaude, parle moyen d’une douche, qui les asperge entièrement. Comme, d’autre part, ils se trouvent être debouts au milieu d’un bassin plat, réceptacle de l’eau de lavage, ils leur reste à terminer l’opération par une facile toilette des membres inférieurs et des pieds. On fait en sorte de les soumettre à cette balnéation au moins deux fois par mois, jusqu’à l’époque des bains de mer ou de rivière.
Nouveaux-venus dans des milieux nouveaux. — La qualité de nouveaux-venus résume tous les aspects de la non- assuétude que nous venons d’énumérer chez les soldats et son rôle absolument certain est des plus remarquables. 11 semble que les germes des maladies se revivifient au contact de ceux qui n’ont pas le bénéfice de l’accoutumance. On voit, par exemple, certaines villes imprégnées de miasmes typhoïdiques, où la maladie paraît sommeiller ; mais, dès l’arrivée des conscrits, absolument vierges d’imprégnation et conséquemmentréceptil’s au premier chef, la fièvre typhoïde éclate soudainement dans la caserne, fait quelques victimes et retourne à la population civile, laquelle se
figure devoir aux troupes le fléau réveillé quand il s’est tout simplement renouvelé dans un terrain neuf et propice. Lejeune soldat est devenu en quelque sorte le réactif de la salubrité inhérente aux localités qu’il habite, et cette qualité il ne peut guère la perdre du jour au lendemain.
Toutes ces considérations nous permettent de bien faire comprendre en peu de mots les préceptes qui en découlent : les jeunes soldats doivent être très soigneux de leur propreté corporelle et vestimentaire; ilsdevrontse laverau moins une fois par jour, changer souvent de linge et recourir au grand bain le plus que possible.
Chaque jour, au lever, les hommes doivent se nettoyer la tête, se rincer la bouche et se laver avec soin la figure et les mains; la serviette employée doit être propre; il est interdit de se servir des serviettes d’un camarade.
Le linge de corps est changé au moins une fois par semaine; quand le linge n’est pas immédiatement envoyé au blanchissage, il est séché, plié et placé dans la poche du liavresac destinée à cet usage.
Une fois par semaine, les soins de propreté sont complétés par le lavage des pieds et des jambes, surtout s’il n’est pas fait usage de bains chauds ou froids. » (Règlement... Hygiène des hommes... Soins de propreté personnelle.)
Us resteront dans leurs chambrées aux heures des repas seulement et pendant la nuit; en dehors des heures de travail et d’exercices, ils feront bien de se distraire sagement et de quitter la caserne, non point pour s’enfermer dans un estaminet, mais pour se livrer à quelque promenade au grand air; ils se priveront de sortir de nuit, les permissions étant des heures prises sur le sommeil et des causes de fatigue sérieuse pour le lendemain; ils emploieront utilement leur argent de poche à se procurer maints accessoires du vêtement (gilets de laine avec manches, chausselles, etc.) que le budget ne leur peut allouer. 11 faut qu’ils se gardent religieusement des dépenses futiles ou nuisibles; l’intempérance est un crime pour le jeune soldat, qui a tant d’avantages à choisir le meilleur moyen de manger son argent, mais non pas de le boire.
2° Réglementation militaire de l’hygiène. — Des abris, casernes, campements, bivouacs. — Quoique l’on fasse, les soldats sont forcément et constamment reunis en groupes, qui se répètent indéfiniment pour constituer la grande collectivité régimentaire.
Dans les casernes, on peut ne mettre que 25, 20 hommes ou même moins, dans une chambre ; mais il faut bien que tout autour de cette chambre il y en ait de pareilles autant qu’il est nécessaire pour abriter 2,000 hommes. Tout ici semble prévu, réglementé. Entravé par ces règlements même, si difficiles à changer ou seulement à modifier, nous devons nous contenter d’en apprécier la teneur, en établissant quelques comparaisons, d’où viendront de certains conseils modérés, et dans la forme et dans le fonds.
Le meilleur type de quartier (et encore, il ne constitue qu’une atténuation), c’est le casernement à pavillons sans étage, séparés, établis sur une hauteur dominant toutes les constructions voisines, ou bien au voisinage d'un cours d’eau, qui, d’autre part, ne puisse jamais l’envahir en aucune façon,
MIL
MIL
même dans les plus fortes crues. Les casernes à grande superficie sont les meilleures, puisqu’elles sont d'autant plus salubres quelles contiennent moins de soldats, mais la question de surface reste au second plan et cède le pas à celle du cube d’air dévolu à chaque habitant. Avec 3m,75 carrés par fantassin et 4 mètres carrés par cavalier, correspondant au moins à 12 et 1 4 mètres cubes, on doit se tenir pour satisfait, pourvu que les cours soient largement établies et facilement saisies par la ventilation extérieure. En fait, la caserne Napoléon, à Paris, donne à chaque homme 3m70 de terrain bâti et non bâti; la caserne Saint-Charles, de Marseille, donne 9m43; la caserne d’Aumale Algérie), donne 9m44; la caserne B, à Lons-le-Saulnier, 1 4”92. La construction du bâtiment peut être, d’ailleurs, un puissant correctif au defaut de surface, de même que des bâtiments mal aménagés sont susceptibles d'annihiler tous les avantages à espérer d’un espace même considérable.
L’air des chambres doit être constamment renouvelé, le jour, au moyen des fenêtres, la nuit, au moyen des appareils de ventilation, car les fenêtres sont alors toujours closes (même l’été, où l’on veille à ce que les portes restent ouvertes). Après le lever, et lorsque les hommes sont habillés, toutes les fenêtres d’un même côté sont ouvertes; les chambres, une fois les hommes sortis, sont aérées le plus possible. Les fenêtres sont fermées un instant, quand les hommes rentrent ayant chaud.
L’hygiène du logement se résume en trois mots: nettoyer, aérer, désinfecter.
Au réveil, les lils restent découverts une heure durant; les chambres sont arrosées ensuite et balayées; les planches à pain, à bagages, les râteliers d’armes, les tables, bancs, poêles, sont essuyés, les ordures descendues et déposées au lieu désigné dans le quartier.
Il est défendu de battre ou nettoyer, à moins d’urgence, les effets dans les chambres, de placer du linge entre la paillasse et le matelas, de manger sur les lits, d’y déposer des aliments, de fumer dans les chambres pendant la nuit, d'y cracher et vider les pipes ailleurs que dans les crachoirs, ou d'v pénétrer sans avoir décrotté ses chaussures.
Une fois par semaine, les planchers sont lavés et frottés avec dy sable humide additionné d’une petite quantité de potasse, de soude ou d’acide phénique; les vitres sont nettoyées, les couvertures et les matelas battus au grand air.
Deux fois par an ou plus, s’il est nécessaire, les murailles intérieures sont blanchies à l’eau de chaux ; le mobilier des chambres est lavé à l’huile de pétrole étendue de 9 fois son poids d’eau, ou bien insufflé de poudre de pyrèthre pour détruire les insectes; les locaux infestés sont soumis à des fumigations de gaz sulfureux.
Les chambres, paliers, corridors et autres parties du casernement des hommes sont tenus de la même manière. L’entretien du sol des cours est continuellement assuré ; les cuisines, les ustensiles, tables, sol, le magasin aux vivres, sont dans un état de propreté rigoureuse; le corps de garde largement aéré, est muni d’un poêle surmonté d’une bassine pleine d:eau; les salles de discipline et leur
baquet, les lieux d’aisances spécialement surveillés, sont convenablement désinfectés parle moyen de l’huile lourde de houille, la solution de sulfate de fer ou l’eau phéniquée.
Chez les troupes campées ou bivouaquées, l’établissement des tentes est l’objet de prescriptions spéciales : propreté absolue à l’intérieur, sol simplement décapé et non creusé, rigole établie avec rebord, etc. Les hommes doivent se coucher sur de la paille sèche, de l’herbe, de la mousse, du foin ou des feuilles sèches, à l’exclusion de toutes plantes odorantes ou vertes, surtout venant d’endroits marécageux.
Il faut ouvrir et relever les tentes du côté du soleil pendant le jour, exposer et remuer la paille au grand air, sortir, battre, étendre les effets et les couvertures, nettoyer avec soin les abords des tentes, puis porter au loin, brûler ou enterrer les ordures; la feuillée, qui reçoit exclusivement toutes les déjections humaines, doit être à distance convenable de la ligne des tentes. Celles-ci seront hermétiquement closes pour la nuit et l’on n’en sortira pas sans être entièrement vêtu et chaussé.
La vie au bivouac exige des précautions encore plus grandes; il faut se garantir le mieux possible du froid et de l’humidité (ceintures de flanelle, chemises de laine), se couvrir la tête de son manteau, pour la nuit, et se tenir les pieds près du feu.
Des VÊTEMENTS, ÉQUIPEMENT, UNIFORME, CHAUSSURE. — L’habillement du soldat ne paraît pas encore arrivé au point où le voudrait l’esprit de critique et d’innovation qui fait le fonds de notre époque, puisque l’on cherche toujours à établir un uniforme de véritable protection contre la chaleur, le froid et la pluie, tout en restant aussi peu encombrant que possible et peu visible au loin, ce qui veut dire modeste dans sa couleur et ses ornements. Le règlement toutefois a compris que les vêtements ajustés ont fait leur temps; les effets d’habillement sont assez larges pour ne pas gêner ou comprimer le corps dans ses diverses parties, surtout aux entournures; la coiffure et la cravate ne doivent déterminer aucune constriction d'aucune sorte.
Les soldats sont pourvus de deux coiffures : le képi et le shako ou le casque, et tous ont la cravatte bleue à deux tours, sauf les cuirassiers, auxquels paraît encore nécessaire l'ancien col rigide. La tunique de l’infanterie, la tunique de la grosse cavalerie, le dolman de la cavalerie légère ou de l’artillerie, ont leurs qualités et leurs défauts, dont se préoccupe toujours la commission de l'habillement; un nouveau manteau plus ample et d’une couleur plus appropriée aux circonstances de la guerre vient d’être ordonnancé.
11 est bon que le vêtement permette l’interposition d’un supplément pour la saison froide, bien qu’en général les hommes aient une forte tendance à se trop couvrir, mais que de pleurésies et de rhumatismes sont évités par l’emploi d’une simple chemise de flanelle !
Le port des bretelles est indispensable, pour permettre à l’homme de relâcher complètement la ceinture du pantalon, qu’elles soutiennent en lui épargnant toute espèce de constriction.
MIL
MIL
Les chaussures doivent être adaptées à la conformation du pied; elles ne doivent présenter à l’intérieur ni aspérités, ni saillies, ni coutures mal effacées, ni vis métalliques, ni chevilles en bois mal rasées. Elles doivent avoir un centimètre de longueur de plus que le pied lui-mème, avec une largeur suffisante à la partie antérieure, pour que les doigts ne chevauchent pas l’un sur l’autre ; l’empeigne doit avoir assez d’ampleur pour permettre au pied de s’étendre en se posant à terre et de se cambrer en se relevant. Le modèle actuellement adopté est le soulier napolitain.
Les réservistes, qui se présentent munis de chaussures en bon état pour leur période d’exercices, ont droit à une indemnité représentative; mais il est assez rare de rencontrer, même chez eux, une paire de brodequins irréprochables. Aussi ne saurait-on assez répéter les recommandations spéciales poulies marches et les manœuvres.
Les pieds doivent être l’objet de soins constants, graissés aux endroits délicats avec du suif la veille de chaque marche, chaussés de souliers brisés et assouplis et munis de chaussettes bien tendues et sans aucun pli. Dès qu’il y a écorchure, il faut entourer la plaie avec une bande imbibée d’eau blanche et graissée extérieurement, de manière à adoucir le frottement. S'il survient des ampoules (et les plus douloureuses siègent à la racine du gros orteil), les hommes les traversent, au moyen d’une aiguille, d’un fil graissé, abandonné sur place et graissent ensuite avec du suif.
Chaque soldat est toujours pourvu de deux paires de chaussures, et, les alternant d’un jour à l’autre, il aura plus de chances d’éviter toute excoriation.
A l’arrivée au gîte, les soldats avisés, loin de se laver les pieds à grande eau, se les nettoient simplement avec un linge légèrement humide, puis les essuient doucement avant de procéder à un nouveau graissage, s’il est nécessaire. Nous avons vu autrefois les troupiers finis user d’un moyen particulier : ils cassaient un œuf dans leurs chaussures et y enfilaient le pied muni d’une chaussette suiffée. Certains restaient ainsi quatre jours sans ôter leurs souliers et affirmaient s’y très bien trouver.
La sueur des pieds est un inconvénient de premier ordre; on y remédie avec des bains fréquents de décoction de feuilles de noyer, ou bien d’une solution de tannin et d’aloès.
La charge du soldat d’infanterie, en manœuvre et en campagne, est énorme :
A. Effets que l’homme porte sur lui ... . 5k,580 \
B. Équipement et armement 6k,908 > 32k,918