D’HYGIÈNE PUBLIQUE ET PRIVÉE
HABITATION. — Hygiène privée. — L’habitation a une influence énorme sur la santé du corps et de l'esprit; et cela se conçoit aisément quand on songe à l’influence des milieux sur les hommes, et aux conditions économiques actuelles des sociétés civilisées. Aussi tous les efforts de la science sociale doivent-ils tendre à l’amélioration des logements; c’est une condition sine quâ non de l’amélioration de la race humaine.
Quoique l’art de la construction et les progrès de l’hygiène aient rendu aux habitations des villes d’incontestables services, il s’en faut qu’elles remplissent encore les conditions requises par l’observation et par la science. Pour citer quelqueschiffres officiels, sur 40,000 ménages parisiens de trois personnes en moyenne, 25,000 ménages environ occupent une seule pièce d’habitation. L’hvgiéniste frémit en songeant aux dangers constants que courent ces 25,000 ménages, et à ceux que ce foyer malsain irradie sans cesse autour de lui. On conçoit alors cette assertion d’un membre da Parlement anglais, qui prouvait récemment, pièces en main, que si tous les habitants de Londres étaient logés comme la classe aisée, on pourrait chaque année conserver à la Cité plus de 25,000 individus qui meurent d’anémie et de phthisie pulmonaire, on entretiennent pour ainsi dire la vie des ferments morbides et des fléaux épidémiques.
Il n'est pas douteux, en effet, que la scrofule, les tubercules, le rhumatisme, etc., frappent surtout les habitants des logements insalubres ; que le choléra, la variole, la fièvre typhoïde et les épidémies de tout genre ont une prédilection marquée pour les garnis d’ouvriers, tristes et dangereux anachronismes, dans un siècle de lumière et de progrès !...
Nous n’envisagerons pas les remèdes à apporter à un état de choses aussi terribles; ils relèvent surtout de la diffusion de l’instruction et de la liberté d’association. Notre but sera d’énumérer rapidement les conditions d’hygiène que doit remplir le bon logement.
Et d’abord, il est toujours dangereux d’habiter Dictionnaire populaire de Médecine usuelle.
des maisons nouvellement construites ; les miasmes telluriques et l’humidité de l’air en font de viais nids à rhumatismes et à fièvres intermittentes. C’est pour cela que diverses législations, celles d’Allemagne et d’Autriche, par exemple, assignent aux propriétaires un délai de plusieurs mois après la construction, pendant lequel il leur est défendu de faire essuyer leurs plâ/res par des locataires. L’hygiène porterait ce délai à un an environ : cependant, pour savoir si une maison récemment bâtie est assez sèche pour être habitée sans danger, on peut employer divers procédés.
Le plus simple est le procédé d’Espine: On place dans chaque chambre des bocaux renfermant chacun cinq cents grammes de poudre de chaux, exactement pesée , on ferme les fenêtres, cheminées et portes, et vingt-quatre heures après, on pèse les bocaux, et l’on compare leur augmentation de poids avec celle de bocaux placés dans des chambres habitées depuis assez longtemps pour être jugées salubres.
Quant aux appartements fraîchement peints, on les assainit en y établissant des courants d’air et en plaçant dans une assiette un peu d acide sulfurique.
Quel étage faut-il habiter? Dans les grandes villes, ce sont généralement les étages les plus élevés qui réunissent les meilleures conditions d’hygiène. Les sous-sols et les rez-de-- chaussée sont généralement humides, surtout quand les caves sont insuffisantes, mal construites ou mal entretenues. Cela est dû à la présence d'infiltrations, dérivant généralement des variations, si nuisibles pour la santé publique, du niveau de la nappe d’eau souterraine. On peut aujourd’hui atténuer, il est vrai, ces infiltrations, en remplaçant le calcaire par la meulière dans la construction des maisons, et en enduisant de ciment romain la paroi intérieure, et le sol de la cave d’une couche d'argile.
Nous ne saurions nous arrêter aux détails techniques qui doivent présider à la bonne installation des conduites d’eau, des fosses d’aisances, et à l’entretien des éviers et cours intérieures. Nou> dirons seulement que le système des fosses mobiles doit
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être installé partout; que les souterrains, les cuisines et les cours doivent être blanchis à la chaux fréquemment; que l’on doit soigneusement éloigner des maisons toutes les matières susceptibles de décomposition : os , déchets de légumes, etc. Puis, nous passons rapidement aux chambres d’habitation proprement dites.
Le logement doit être grand, bien aéré, visité par le soleil; cette dernière condition est importante surtout pour la chambre à coucher. Celle-ci doit cuber au moins quinze mètres cubes et posséder une cheminée ou une porte toujours ouverte, sous peine de devenir un tombeau. Les fenêtres doivent occuper le cinquième de l’appartement à éclairer. Les rideaux et les tapis, réceptacles de tous les miasmes, devront être bannis de toute chambre à coucher; les murs seront vernis, susceptibles de lavages, et le plancher ciré pour résister à l’imprégnation miasmatique.
L’humidité, si nuisible aux fonctions de la peau, sera chassée de tout logement digne de ce nom, à l’aide de grands feux de cheminées, qui sont en même temps un puissant moyen de ventilation. D’autre part, le corps humain a besoin de vapeur d’eau, et on peut, s’il en est besoin , en introduire dans l’air des appartements, soit en plaçant aux fenêtres des plantes grimpantes ou des linges imbibés d’eau, ou bien (si c’est en hiver) en faisant évaporer l’eau dans un vase.
On ne doit pas avoir de poêles en fonte dans les chambres à coucher, d’où toutes les combustions, qui produisent de l’acide carbonique et vicient l’air, doivent être proscrites; c’est pour cela qu’il faut éloigner les animaux qui absorbent l’air des chambres, et y émettent des émanations nuisibles. C’est pour cela aussi qu’on doit chasser pendant la nuit les plantes des appartements ; tous les jours la négligence de ce précepte entraîne les plus tristes accidents.
Enfin, dans les appartements pourvus de gaz d’éclairage, on veillera soigneusement à ce qu’il ne se produise pas d’infiltrations. Si l’on songe, en effet, que c’est à ces infiltrations surtout qu’est dû le dépérissement des arbres de nos boulevards, on imagine facilement leur action délétère sur l’organisme humain. Dr E. Monin.
HACHISCH. — (V. Chanvre indien.)
HALEINE. — L’haleine est un mélange gazeux qui sort des poumons pendant le mouvement qu’on est convenu d’appeler aspiration. L’organe sécréteur est le poumon.
L’haleine ne contient pas seulement le produit de la sécrétion du poumon ; ce produit se mélange à la portion d’air restée dans le poumon et n'ayant pas été absorbée.
La température de l’haleine est en rapport avec la durée du séjour de l’air dans le poumon. Lorsque les mouvements de l’absorption et de la sécrétion pulmonaire se succèdent rapidement, l’haleine est moins chaude ; si, au contraire, ils s’effectuent très lentement, l’haleine s’échauffe au point d’atteindre presque la température du corps, 36 à 37°.
M. Gréhaut a prouvé que, par une température extérieure de + 22°, à 17 mouvements thoraciques par minute, la température de l’haleine est de 35° 3. A ce degré, les produits gazeux du poumon sont saturés d’eau. A — 6°, la température de l’haleine n’est plus que de 29° 8 (Valentin).
L’haleine pure n’a pas d’odeur, comme on peut s’en assurer sur l’enfant et sur quelques personnes. Mais chez l’adulte et surtout chez le vieillard, il est exceptionnel de ne point constater l’odeur fade, ou fétide, de l’haleine. Cette odeur tient à des causes diverses, et celle-ci peuvent prendre leur source dans le sang le poumon, ou dans les conduits excréteurs de la sécrétion pulmonaire.
Les causes ayant leur source dans le sang sont assez nombreuses. Le poumon ayant pour fonction d’extraire du sang tous les principes volatils, on comprend que l’haleine aura une odeur toutes les fois qu’on introduira dans le sang, par l’absorption intestinale ou autrement, une substance volatilisable. Généralement, cette odeur est passagère et fort variable. Tout le monde connaît l’haleine vineuse des ivrognes, 1 haleine fétide des personnes qui ont mangé de l’ail ou de l’oignon. Une perle d’éther, un peu de chloroforme absorbé par l’inhalation communique à l’haleine une odeur spéciale, et toujours cette odeur est due à un corps qui s’évapore à la surface sécrétante du poumon. Autant de variétés de substances odorantes et volatiles introduites dans le sang, autant de variétés d’odeur et d’haleine.
L’haleine prend souvent une mauvaise odeur par suite de la résorption intérieure de matières organiques produites par les maladies, les lésions organiques, et principalement celles de l’intestin, le diabète, la fièvre typhoïde, les fièvres éruptives. Toutes les fois que des plaies, des ulcères sont recouverts de pus ou de sanie purulente, il se fait une absorption à la surface de la plaie, et l’haleine acquiert de l’odeur.
L’haleine prend une odeur ammoniacale dans les maladies des voies urinaires qui s’accompagnent d’une altération de l’urine. Elle prend une odeur de matière fécale dans certains cas d’obstruction intestinale, etc., etc.
Les causes ayant leur source dans le poumon sont moins nombreuses, mais elles persistent pendant longtemps et rendent fort pénible la cohabitation avec certaines personnes. Dans ces cas, l’odeur de l’haleine est due au mélange de gaz fétides avec les produits de la sécrétion pulmonaire. C’est ce que l’on observe chez les malades atteints de phthisie pulmonaire avec cavernes et de grangrène pulmonaire. Dans la gangrène, une portion du poumon est en décomposition, en putrilage, les gaz fétides passent par les petites bronches qui communiquent avec le foyer gangréneux. Dans les cavernes, il y a presque toujours quelques points de la paroi en gangrène ou une putréfaction des liquides qui y sont contenus.
Parmi les causes qui prennent leur source dans les voies aériennes, je citerai les inflammations chroniques de la muqueuse des bronches, de la trachée, du larynx et des fosses nasales, la dilatation des bronches, qui s’accompagne de bronchite
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