HUMAINE
morts
d'hommes
années
D’après ce tableau, on voit que sur un total de 336 personnes mordues, il n’y en a eu que 39 qui sont devenues enragées et qui sont mortes. Nous avions donc raison de dire tout à l’heure que tout individu mordu par un animal enragé ne contracte pas fatalement la rage. Cela peut tenir à deux causes : 1° le virus n’a pas été mis en contact avec la plaie, soit qu’en ce moment la salive de l’animal n’en contenait pas, soit qu’il ait été arrêté par les vêtements; 2° ou bien, chose plus difficile à admettre, la personne atteinte ne présentait pas les conditions de réceptivité organique indispensables au développement de la rage.
La transmission de la rage de l’homme à 1 homme n’est pas prouvée; il est même fort difficile d’inoculer la rage de l’homme à un animal.
Le simple contact de la salive, du sang, etc., sur une peau saine et pourvue de son épiderme ne suffit pas pour développer la rage, pas plus que l’ingestion de la chair d’animaux enragés; l’inoculation est nécessaire.
Le sexe, le tempérament, l’âge ne semblent pas avoir d'influence sur le développement de la maladie, qui est en somme assez rare, puisque en France on n'en observe guère que 20 à 30 cas par année.
La rage n’a pas de caractère anatomique spécial. A l’autopsie, on rencontre des congestions dans les centres nerveux et les organes respiratoires, mais
RAG
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elles se rattachent aux efforts convulsifs au malade et à l’asphyxie qui a mis un Jerme a son existence.
De même que dans la plupart des intoxications aiguës, le cadavre, après avoir présenté une rigidité remarquable, se putréfie très vite; le sang, extrêmement fluide, transsude hors des vaisseaux, imbibe la plupart des organes, et produit des ecchymoses étendues.
Queis sont les symptômes de la rage? — Incubation. — Entre le moment de la morsure et la première manifestation des symptômes, il s’écoule toujours un certain laps de temps; c’est la période d’incubation, dont la durée, fort variable, peut être, en moyenne, évaluée à quarante jours; par exception, on l’a vue se prolonger pendant plusieurs mois, de quatre à six; par contre, on a vu, surtout chez les jeunes enfants, la rage éclater en quelques jours.
Rage confirmée. — La rage présente trois périodes désignées sous le nom de : 1° période de mélancolie; 2° période d’hydrophobie; 3° période de paralysie ou d'asphyxie.
1° Période de mélancolie. — Le changement de caractère est la première manifestation de la rage ; le malade, inquiet sur son sort, en proie à une profonde terreur, cherche vainement à écarter ses sombres pensées; les cauchemars les plus affreux, les angoisses les plus vives ne lui laissent pas un instant de repos, bientôt la respiration devient saccadée, entrecoupée, le malade éprouve un sentiment de tension ou de poids sur la paroi antérieure de la poitrine; c’est là le premier indice de l’excitation anormale de la moelle allongée; elle marque le début de la deuxieme période. La période de mélancolie ne dure que deux ou trois jours.
2° Période d’ hydrophobie. — Dans cette période l’angoisse augmente ; mais le phénomène le plus remarquable, celui qui a valu à la maladie le nom d’hvdrophobie, et qui est vraiment pathognomonique, c’est à la fois l’épouvante et l’horreur qu’inspire au malade la vue des liquides et en même temps sa soif inexprimable; à chaque instant il renouvelle ses tentatives; mais, au moment où il porte le liquide à ses levres, ses traits se contractent, ses membres, ses yeux expriment la terreur la plus profonde: une affreuse constriclion étreint sa gorge, et il ne peut avaler une seule goutte de liquide; il est pris d’un crachotement continuel que l’on a précisément attribué à cette difficulté de la déglutition. Pour quelques physiologistes, celte dysphagie se rattache à un spasme des muscles inspirateurs.
Bientôt surviennent des accès convulsifs comparables à ceux du tétanos ou de l’épilepsie, ces accès se produisent, soit à la vue de l’eau, à la suite d’une tentative de déglutition ou même par le seul souvenir d’une crise passée. D’abord courts et éloignés, au bout de quelques heures les accès se rapprochent et se prolongent; il s’y joint souvent des irritations vénériennes, de la dysurie, de la constipation ; bien que le pouls soit fréquent, il y a rarement de la lievre.
L’état moral des malades est assez variable : les uns sont pris d’une tendresse extrême pour leur
famille; ils lui font des adieux déchirants, et attendent la mort avec la résignation la plus touchante ; d’autres sont furieux; leur face est congestionnée, les yeux brillent; ils veulent quitter leur lit et se précipiter sur les gens qui les entourent; mais c’est là une exception assez rare, bien que le public soit porté à croire qu’il en est toujours ainsi.
La durée de ce stade est de un à deux jours.
3° Période de paralysie. — Épuisé par’les convulsions, le malheureux patient tombe anéanti sur son lit; sa peau est couverte d’une sueur visqueuse, ses yeux sont éteints, une écume blanchâtre s’écoule de ses lèvres, il est pris d’un léger tremblement, et bientôt il succombe dans le coma, ou bien il meurt asphyxié à la suite d’un spasme.
Chez l’homme, la mort arrive constamment dans les quatre jours qui suivent la difficulté de la déglutition.
Comment reconnaît-on qu’une personne est enragée? — La connaissance des antécédents, la succession des trois périodes de mélancolie, d’hydrophobie et de paralysie permettent de distinguer la rage des dysphagies liées à l’hystérie, à l’alcoolisme, à certaines maladies cérébrales, etc.
On a vu des personnes nerveuses qui, par terreur de la rage, éprouvaient des crises de dysphagie, mais le début brusque des accidents, leur durée qui se prolonge au delà de quatre jours, l’absence des convulsions générales feront éviter l’erreur. L’horreur des liquides a été aussi observée chez certains maniaques, mais chez le maniaque il y a perte de la raison, tandis que chez l’individu enragé l’intelligence reste intacte.
Quel est le traitement de la rage? — Lorsque la rage est déclarée, nous sommes impuissants à la guérir; tout doit donc être mis en jeu pour prévenir son développement. Il faut donc :
1° Cautériser la morsure le plus promptement et le plus profondément posnble ;
2° Laisser suppurer la plaie.
La cautérisation doit être faite avec le fer rougi à blanc, le beurre d’antimoine ou la pâte de Vienne. Alors même que la morsure date de plusieurs jours, il faut encore cautériser, car nous avons vu que, par une exception toute spéciale, le virus rabique mettait un temps long et variable avant d’agir: il est donc probable qu’il reste localisé dans la plaie, et qu’il est pendant longtemps susceptible d’être détruit par le feu.
Nous ne parlerons pas des prétendus spécifiques par lesquels on a cru guérir la rage, tels sont :1a rose blanche, le mouron, le plantain, l’ail, l’eupatoir, etc., le remède des matelots qui consistait à plonger dans l’eau l’individu enragé jusqu'à ce qu’on eût lieu de le croire presque asphyxié, etc. Rappelons seulement que la rage est loin de se développer chez toutes les personnes mordues par des animaux enragés; il est fort probable que ces remèdes n’ont guéri que des gens qui ne fussent point devenus malades.
Lorsque la rage est déclarée, on doit calmer la douleur et modérer les spasmes par l’administration du chloral, du bromure de potassium et par les inhalations de chloroforme. L’électricité a été employée par Schivardi, mais il n’a obtenu qu’un seul succès et même est-il douteux.