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Tabac prisé. — « Le tabac à priser, dit le P* Guider, cause sur la muqueuse nasale une double sensation olfactive et tactile. Celle-ci consiste en un picotement donnant lieu par action réflexe à des éternuements plus ou moins répétés, accompagnés d’une abondante sécrétion de mucus. Le séjour de la poudre de tabac dans les narines a paru produire dans quelques cas des étourdissements, de la somnolence et même des accidents plus graves; mais de tels phénomènes liés à l'absorption des principes actifs du tabac ne sont possibles que lorsque la sécrétion muqueuse fait défaut. Les inconvénients du tabac à priser sont plus manifestes lorsqu’il se répand dans l’arrière-gorge et surtout lorsqu’il est dégluti. Il en résulte nécessairement les effets des petites doses prises directement par la bouche. » Pris en petite quantité, le tabac en poudre excite le cerveau dans une juste mesure, de manière à rendre plus actives et plus fortes les facultés auxquelles cet organe préside. Le tabac, absorbé par le nez, dégage une odeur désagréable — surtout pour les voisins des priseurs, — ces derniers, quand ils ne sont pas propres et soigneux sont aussi insupportables à la vue qu’à l’odorat. On cite, cependant, bon nombre de priseurs fameux : contentons-nous de nommer le grand Frédéric et Napoléon Ier et de supposer qu’ils prisaient proprement.
Tabac fumé. — Le nombre des fumeurs est de beaucoup plus considérable que celui des chiqueurs et des priseurs. On pourrait faire un volume en réunissant d’un côté, les opinions des auauteurs favorables ai^ tabac fumé, d’un autre, celles des auteurs qui en sont les ennemis.
L’usage immodéré du tabac fumé, c’est-à-dire l'a- ( bus, entraîne une intoxication lente, des troubles de la digestion, de la dyspepsie, des vomissements glaireux, puis alimenlaires ; de l’anémie, des battements du cœur plus faibles et plus irréguliers, de l’angine de poitrine, un amoindrissement des facultés cérébrales, la perte de la mémoire, des troubles de la vue, une diminution très sensible de la puissance génésique, etc.; de plus, les fumeurs acharnés ont les dents noires, les gencives irritées, le larynx enflammé et atteint de ce qu’on appelle la laryngite des fumeurs. Enfin on a attribué à l’action de fumer l’origine du cancroïde de la lèvre ou cancer dit des fumeurs. Il est bon toutefois de faire observer, avec le docteur D' l’ietra Santa, que le cancer des lèvres existe chez des femmes et des enfants n’ayant jamais fumé.
S’il est vrai que l’usage immodéré du tabac fumé soit véritablement nuisible à la santé, en revanche nous dirons, avec le professeur Sée, que « la fumée du tabac, à dose modérée, produit l'excitation cérébrale et facilite le travail », et avec le docteur Viry « qu’elle augmente l’activité du cerveau, donne momentanément plus de lucidité à la pensée, calme l’ennui et berce l’imagination. »
« Ainsi le tabac s’élève au rang de modificateur moral, et dès lors il faut l’apprécier, non plus avec les seules données de la chimie, mais au point de vue des réactions morales qui jouent un rôle si considérable dans l’hygiène humaine » (Michel Lévy). Nous conclurons donc, avec le grand hygié-
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niste Bouchardat : « Ne soyons pas un senseur absolu du tabac, car il est des conditions dans lesquelles on ne saurait blâmer son usage modéré. L’ouvrier, après les durs travaux de la journée, éprouve un grand bonheur, eu rentrant dans son domicile, à fumer une ou deux pipes; je n’oserais défendre le tabac au soldat dans le bivouac et au marin qui navigue. L'ennui est un mal qui, chez le soldat, le marin, peut conduire à la nostalgie; le tabac est un remède dont on ne saurait méconnaître la puissance. Le vieillard qui est gagné par l’ennui de vieillir trouve dans le cigare une consolation, une douce habitude dont la privation devient plus dure que celle des aliments; pour plus d'un malade c’est un lien qui le rattache à la vie; dans la convalescence c'est le premier plaisir. »
Ajoutons que si Goethe n’admet pas qu’un homme de génie puisse fumer, en revanche, Bacon, Locke, Kant, Newton, Milton, Addison, Walter Scott, Byron, Jules Favre, Gambetta, Émile Augier, Jules Simon, Caro, Octave Feuillet, Sardou, de Lesseps, Ducamp, Gorot, Garnier, et avec eux nos grands littérateurs, nos grands peintres et nos grands sculpteurs, sans compter presque tous les grands médecins, Robin, Gavarret, Béclard, Vulpian, Charcot, lticord, Sée, Trélat, etc..., ont été et sont des fumeurs.
Terminons par quelques conseils aux fumeurs de cigare, de cigarette et de pipe. Lorsqu'on fume un cigare ou une cigarette, il est bon de se servir d’un porte-cigare ou d’uu porte-cigarette de façon à empêcher le contact direct de la muqueuse avec le tabac, ce qui diminue considérablement les inconvénients de celui-ci. Lorsqu’on fume la pipe, il faut la choisir à tuyau long, en terre poreuse ou en écume, parce qu’elles absorbent bien la nicotine. La pipe à réservoir d’eau est de beaucoup la meilleure, car le tabac y brûle lentement et sa fumée traversant le liquide y laisse une certaine quantité de ses principes toxiques. Dans tous les cas, il ne faut jamais fumer dans une pipe trop culotte, encore moins dans un « brûle-gueule ».
Sous quelle forme que l’on fume, il faut toujours fumer du tabac de bonne qualité et bien sec, fumer lentement, ne pas avaler la fumée, cracher assez souvent, enfin ne jamais fumer, autant que possible, qu’en plein air ou dans de vastes pièces, largement aérées.
Falsifications du tabac. — En France, le tabac étant le monopole de l’État, on peut affirmer que le tabac de la régie n’est jamais falsifié. 11 n’en est pas de même des tabacs provenant des pays étrangers. Ils sont l’objet de très nombreuses sophistications, c'est ainsi qu’on y a trouvé mélangés des feuilles de rhubarbe, de chicorée et de chou, du varech, de la mousse, des racines de chicorée.du foin, etc. On a trouvé, en outre, dans les tabacs à priser du sel, de la silice pulvérisée, de l’ocre, du minium, du chromate de plomb, du marc de café, delà poudre de mottes à brûler, etc.
Les cigares que l'on vend très chers, les fameux Havanes, sont aussi très souvent falsifiés. C'est ainsi qu’en France et en Angleterre on a imaginé d’acheter des cigares à très bas prix à Hambourg, à Anvers, et de les envoyer à la Havane, où on les
met dans des caisses étiquetées pour les renvoyer en Europe, où on les vend fort chers, sous le nom de véritables Havanes. D'après Cardon, bon nombre de fraudeurs ne feraient même pas subir à leur marchandise un aussi long voyage. « 11 se fait, ditil, en Belgique, à Hambourg et à Francfort un très fructueux commerce de cigares feuilles de choux , vendus comme purs Havanes, sous le cachet de la régie, qu’ils ont acquis le droit de porter, en payant les droits comme s’ils étaient de provenance directe. Le procédé est bien simple : aussitôt qu’un \ aisseau est signalé à l'entrée de la Baltique ou dans la Manche, comme venant de Cuba, on expédie à sa rencontre des barques chargées de caisses de cigares, exactement de même forme que ceux de la Havane; le bois des caisses est exotique, les bandes portent le nom de manufactures créoles, mais le tabac est hollandais ou allemand ; qu’importe, le cachet de la douane change sa nationalité, et le baptisant Havane, décuple sa valeur. Le tour est joué. » Avis aux fumeurs de cigares étrangers!
Usage médical du tabac. — Le tabac, qu’on appelait, dans le principe, herbe à tous les maux, et dont on avait singulièrement exagéré les vertus médicamenteuses, est aujourd’hui rarement employé, à cause de ses propriétés irritantes et toxiques, dues à la nicotine. On ne l’utilise guère qu’en poudre incorporée à l’axonge pour détruire les poux de la tète et du pubis.
Empoisonnement par le tabac. — (V. Nicotine .)
TABES DORSALIS. — Nom donné à une affection caractérisée par la sclérose des cordons postérieurs de la moelle. Le tabes dorsalis n’est autre chose que l 'ataxie locomotrice (V. ce mot), p. l.
TACHE. — On désigne sous le nom de tache tout changement de coloration de la peau, sans élevure ni dépression sensibles. La couleur et la dimension des taches sont très variables; on en compte un grand nombre d’espèces, parmi lesquelles nous signalerons les taches de rousseur (V. Ephtlidé), les taches sanguines, vineuses (V. Nœvus), etc. p. l.
TACT. — Synonyme de toucher (V. Toucher).
TÆNIA. — 1 .es tamias sont des vers aplatis, rubanés, formés d’un grand nombre d’anneaux se détachant lorsqu’ils sont parvenus à développement complet. Les espèces que l’on rencontre le plus fréquemment dans l’intestin de l'homme sont: le lænia solium, le lænia mediocanellala et, beaucoup plus rarement, le botriocéphale.
Le tænia solium ou ver solitaire, (parce qu’on n’en rencontre généralement qu'un seul à la fois chez le même individu), présente un corps en forme de ruban, remarquable par sa longueur qui dépasse parfois huit mètres. Sa tète, supportée par un cou étroit et flexible, du volume d'une tête d’épingle, présente quatre ventouses par lesquelles le tænia adhère à l’intestin et se termine par un renflement ( rostre ) muni d’une double couronne de crochets. Son corps, blanchâtre, est formé d’une
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