‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privée (volume 2)Chapitre 4 sur 344 · HAÏ · texte numérisé non relu

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forme de bouc. « Que s’il y paraît en homme, c’est un homme gehenné, tourmenté, rouge et flamboyant comme un feu qui sort d’une fournaise; homme effacé, dont la forme ne parait qu’à demi, avec une voix cassée, non articulée, morfondue, mais impérieuse, bruyante et effroyable. » (Lancre, tableau de l'imentvnence des démons et des mauvais anges, 1610). De même, les saints et bienheureux qui ont eu des visions ne sont pas tous des imposteurs. Marie Alacoque voyait très bien le Christ venir lui poser sur la tète sa propre couronne depines; c’est là un genre d’hallucination très commun dans l’histoire des mystiques extatiques.

Avec cette étonnante pénétration qui est le propre du génie, Shakespeare a décrit dans Macbeth, le phénomène de l’hallucination, aussi nettement que pourrait le faire le plus habile aliéniste. Sur le point d’assassiner Duncan, le héros du drame, a la vision très claire d’un poignard, dont le manche est tourné vers lui. Il veut le saisir : « Je ne te tiens pas et pourtant, je te vois encore. N’es-tu donc pas, fatale vision, sensible au toucher comme à la vue, ou n’es-tu qu’un poignard imaginaire (a dagger of the mind ), la fausse création d’un cerveau échauffé ! »

Mais non ! l’hallucination est bien complète et maintenant, sur la lame il distingue des gouttes de sang « qui n’y étaient pas tout d’abord ». Puis vient, avec la scène du meurtre, l'hallucination de l’ouïe; ce n’est pas la voix de la conscience, de l’âme, comme se l’imaginent des critiques superficiels, c’est une voix véritablement entendue qui crie à Macbeth les vers fameux : « Sleep ne more ! Macbeth assassine le sommeil, l’innocent sommeil, etc. ». Et lady Macbeth, une gaillarde, qui n’a pas le cœur blanc, comme son imbécile de mari, le reprend avec violence et lui demande « ce que c’est que cette voix qui criait ainsi ». Puis dans la scène du banquet, le nouveau roi d’Écosse voit se dresser à sa place vide l’image ensanglantée de Banquo qu’il vient de faire assassiner; en vain, sa femme lui dit tout bas que c’est une chimère, une vision pareille à celle de ce poignard qui semblait le guider vers Duncan. Seul, parmi tous les autres, il continue de voir l’image terrible; il s’irrite contre elle, l’apostrophe violemment jusqu’à ce qu’enfin elle disparaisse et lui cède la place.

Ainsi, les malheureux hallucinés ont des visions effroyables qui les glacent d’effroi; dans d'autres cas, au contraire, il s’agit d’apparitions gracieuses et charmantes, comme chez certaines extatiques, Mais les hallucinations les plus communes sont celles de l’ouïe; les malades entendent des voix qui semblent sortir d’une chambre voisine, des rideaux du lit, d’une armoire, etc. Le plus souvent, ces voix sont celles d'ennemis, qui les accablent d'injures, et l’ardeur de la conviction est telle, dit Marcé, que bouleversant ce qui l’entoure, le patient cherche par tous les moyens possibles à mettre la main sur ces personnages cachés qui l’obsèdent. Il y a aussi des hallucinations du toucher, du goût, de l’odorat, de la sensibilité générale.

Quelle est l’explication d’un phénomène aussi étrange? Comment peut-on voir réellement des

objets qui n’existent pas, entendre des bruits en l’absence d’ondes sonores, etc.? On a beaucoup discuté sur ce sujet, les uns attribuant tout à un trouble de l’àme — de l’âme immatérielle des métaphysiciens, — les autres à un désordre de l’organe sensoriel, à l’élément somatique. M. Baillarger, l’éminent aliéniste qui a rendu tant de services à la pathologie mentale, fit faire un grand pas à la question en affirmant que, dans la grande majorité des cas, il y'avait combinaison de l'élément psychique avec l’élément sensoriel.

Aujourd’hui, la connaissance positive des conditions qui président à la formation des idées simplifie beaucoup le problème et permet de le résoudre. Il ne s’agit plus de combinaisons d’ailleurs incompréhensibles, entre un élément soi-disant immatériel, et un élément matériel: tout se passe dans la substance nerveuse et en dernière analyse, dans les cellules cérébrales.

Pour comprendre comment se produit une hallucination, il faut connaître, avant tout, le mécanisme de la perception normale, puisque aussi bien, d’après les faits exposés plus haut, et suivant l’expression de M. le professeur Bail, qui résume la définition d’Esquirol : « L’hallucination est une perception sans objet ».

Prenons, par exemple, le sens de la vue. J’ai une table devant les yeux. Pour que je la voie, en effet, et qu’il se forme dans mon cerveau une image, une idée, une représentation (Vorstellung) de l’objet, il faut un processus qui se complète dans trois stations successives :

lre station : l’expansion périphérique du nerf, ici, la rétine;

2e station : le bout central du nerf, le point du cerveau où il se termine : dans le cas actuel, les couches optiques et les tubercules quadrijumeaux.

D'une façon générale, les auteurs allemands désignent sous le nom de sinnhirn, cerveau des sens, centrum sensationis, l’ensemble des terminaisons centrales des nerfs des sens.

Là, l’excitation physique extérieure, la lumière, qui n’est, après tout, qu’une modalité du mouvement, est transformée en une autre modalité de mouvement : c’est la sensation simple;

3e station : les cellules grises de la couche centrale (celles du lobe occipital dans notre exemple) où la sensation est transformée en image ( centrum idealionis). La représentation, l’idée, l'image de la table est alors dans les cellules grises, dans l’intelligence.

Cela posé, il est clair que la table une fois hors de la vue, nous pouvons toujours en avoir une idée, une image, mais qui, à part le cas d’hallucination, précisément, n’est pas adéquate à la perception elle-même. Beaucoup de personnes ne parviennent même qu’avec une extrême difficulté, comme l’a démontré Galton, à se représenter avec exactitude les objets absents. D’autres, au contraire, possèdent au plus haut degré, ce que Gall et Broussais nommaient le sens des localités et le sens de la configuration. Gall, dit Broussais, avait considéré ce dernier comme la mémoire des physionomies, parce qu’il avait remarqué cette con-

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