KER
impose pour un ulcère et qui n’est pas un ulcère. Les prétendus ulcères en facettes ne sont autres que des ulcères guéris ; ce qui le prouve, c est. qu en les examinant de profil, on en reconnaît la surface brillante; l’épithélium s'est reproduit à leur niveau.
La photophobie et le larmoiement sont surtout fréquents dans les ulcérations de la cornée qui ont passé à l'état chronique et se sont vascularisés.
b° Variété. Kératite purulente. — C’est une forme très rare; elle est caractérisée par une coloration jaunâtre plus ou moins étendue de la cornée, ce qui la distingue de la kératite plastique, dans laquelle la coloration est grise blanchâtre.
On a confondu le plus souvent avec la kératite purulente, des hypopyons (V. ce mot) accolés à la face postérieure de la cornée. Pareille réflexion s’applique aux prétendus abcès de la cornée. Cette membrane, en raison de sa structure, se prête à des infiltrations, mais non a des collections de pus.
6° Variété. Kératite chronique. — 11 existe une injection de la conjonctive, de forme et d'intensité \ariables. La cornée est parcourue en tous sens, ou dans certaines portions, par des vaisseaux d’une ténuité excessive, s’anastomosant entre eux, et faisant suite au plan vasculaire artériel de la conjonctive. Elle présente une suffusion plastique ténue, ce qui lui donne une teinte opaline, laiteuse, ou d'un vert sale, rappelant la coloration de la pierre à fusil. Parfois elle est rugueuse à la surface; dans d’autres cas, elle présente des ulcérations profondes ou superficielles alimentées par des vaisseaux. En général, il existe une photophobie très prononcée, forçant le malade à tenir closes les paupières. Celles-ci, lorsqu’on les écarte, laissent échapper un flot de larmes.
On observe souvent, dans le cours des diverses variétés de kératite, des névralgies sur le trajet des branches de la 5' paire.
La kératite se termine par la guérison, par la perforation du miroir de l’œil, ce qui donne lieu à une hernie de l'iris, ou bien par une destruction plus étendue du miroir oculaire, ce qui produit un staphylôme cornéo-iridien. Dans d’autres cas, l’affection passe a l'état chronique, dure des mois et quelquefois des années, laissant à sa suite des opacités plus ou moins étendues, plus ou moins épaisses de la cornée, connues sous le nom générique de taches, taies, albuyo.
La gangrène de la cornée est rare à la suite de la kératite. Elle s’observe, sous forme de mortification moléculaire, à la suite de certaines conjonctivites accompagnées d’un chémosis dur, notamment dans l’ophthalmie blennorrhagique. Le ramollissement de la cornée est aussi rare à la suite de la kératite.
Le diagnostic de la kératite est facile; dans certains cas, il est rendu plus facile par l’examen de l'œil à l’eclairage latéral par une bonne lampe.
Le traitement comporte rarement l’emploi des antiphlogistiques. Parfois, alors que la conjonctive est en même temps très injectée, il est utile d’appliquer, entre l'oreille et l'angle des paupières, des sangsues qu’on laisse couler deux à trois heures, ou une ventouse scarifiée. Les onctions hydrargyriques
Dictionnaire populaire de Uédecine usuelle.
belladonées sur l’orbite ne sont indiquées que dans la période aiguë. Les mercuriaux administrés à l’intérieur, le tartre stibié pris à dose rasorienne, le nitrate de potasse à haute dose, la teinture de semences de colchique, conviennent plutôt dans les cas où la kératite se complique de phlegmasies profondes de l’œil, notamment d’iritis.
Le collyre au nitrate d’argent, à la dose de 20 centigrammes pour 30 grammes d’eau distillée, réussit dans les kératites au début, à la condition que les instillations soient faites méthodiquement, de trois en trois heures et confiées à une main exercée. C’est une médication substitutive, et si elle est mal exécutée, l’affection s’aggrave. L’instillation du collyre étant douloureuse les premières fois, beaucoup de malades renoncent à s’y soumettre. Une remarque importante, c’est que l’instillation est infiniment moins pénible lorsqu’elle est faite en une seule fois, que lorsqu’on projette le liquide goutte par goutte derrière les paupières. C’est au médecin à apprendre à l’entourage du malade à bien faire ces instillations.
Lorsque malgré les précautions précédentes, le collyre au nitrate d’argent échoue, il convient de le remplacer par un collyre à l’atropine, à la dose de 5 centigrammes pour 30 grammes d’eau distillée.
Chez les enfants atteints de kératite phycténulaire, on réussit souvent avec un collyre laudanisé, à la dose de 2 grammes de laudanum pour 30 grammes d’eau distillée, ou avec un collyre au borax à la dose de 25 centigrammes de borax pour 30 grammes d’eau distillée. 11 faut bien se garder d’exécuter aucune manœuvre sur les phyctènes de la cornée qui se résorbent sous l’influence de la médication locale. Il ne faut pas non plus ponctionner la cornée, en cas d’infiltration plastique ou purulente de cette membrane.
Dans les kératites chroniques, on soumet le malade à une médication générale en rapport avec la diathèse. Qu’on se garde bien de faire séjourner ces sujets dans une chambre obscure. Il faut se contenter de les soustraire à une lumière trop vive, en leur faisant porter des lunettes à verres fumés, forme coquille, ce qui leur permet de sortir dans la journée. Si on les soustrait complètement à l’action de la lumière, non seulement la santé générale en souffre, mais la photophobie devient excessive dès qu’on les fait passer dans un lieu éclairé.
La kératite chronique comporte l’emploi du collyre à l’atropine, à la dose indiquée. Les instillations sont faites quatre fois par jour. Les irrigations de la cornée avec une solution d’acide borique au centième donnent de bons résultats. Les révulsifs de toutes sortes, purgatifs, vésicatoire à demeure à la nuque, pommade stibiée additionnée d’huile de croton derrière les oreilles, sont souvent indiqués.
Pour combattre la photophobie, on administre à l’intérieur le sulfate de quinine associé à la poudre de belladone ; l’extrait de ciguë ; on prescrit les onctions sur les paupières avec une pommade de précipité blanc et d’opium, ou avec une solution de codéine dans de l'eau additionnée d’alcool; le badigeonnage des paupières avec la teinture d’iode.^..