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les degrés d’une échelle verticale, la figure étant tournée vers l’échelle et les pieds aussi rapprochés que possible des mains ; — le sujet étant debout, élever les bras verticalement, puis s'incliner eu abaissant les bras étendus, de manière à les rapprocher le plus possible du sol et a y atteindre, les articulations du genou et du cou-de pied restant étendues. On a retiré quelques bons effets de l’électrisation des muscles grand et petit oblique et du muscle grand droit de l’abdomen avec des courants interrompus. Mais c’est surtout aux corsets et aux
Fig. 797. Fig. 798.
Lordose lombaire. Appareil de redressement.
appareils orthopédiques qu’il faut avoir recours. Ceux-ci doivent être construits de manière à repousser en arrière la partie convexe de la colonne vertébrale et à exercer une pression en sens inverse sur les extrémités de l’arc. Dans l’appareil représenté par la figure 798, les deux tuteurs latéraux à béquillons présentent, dans le point correspondant au centre de la courbure, une brisure avec articulation à vis de rappel, mobile dans le sens antéropostérieur. En avant, il donne attache à une large bande de cuir, appliquée en travers de l’abdomen. Le redressement de la colonne vertébrale est effectué par le jeu seul de l’articulation des tuteurs qui a lieu au moyen de vis de rappel placées au niveau de l’articulation de ces derniers.
Dr Paul Labarthe.
LOTIONS. — On donne ce nom à des préparations liquides pour l’usage externe, destinées à être employées pour laver une partie quelconque du corps, dont l’application se fait en imbibant des compresses que l’on promène légèrement sur sa surface. Les lotions les plus employées sont les lotions alcalines, les lotions ammoniacales, sulfureuses, vinaigrés, mercurielles, etc. La dose du principe médicamenteux varie de 1 à plusieurs grammes par litre du véhicule qui est le plus souvent l’eau. Ce peut être aussi le vin, le vinaigre, l’eau-de-vie, l’huile, etc.
En hydrothérapie, les lotions sont un procédé qui consiste à passer sur tout le corps une grosse éponge trempée dans l’eau, ou des serviettes très
mouillées. Les lotions servent à tâter la susceptibilité des malades, et à combattre certains accidents spasmodiques. Elles sont aussi fort utiles pour soigner les enfants scrofuleux et les personnes débiles trop impressionnables au froid. p. l.
LOUCHE. — Qualificatif employé par les oculistes pour désigner un individu atteint de strabisme (V. ce mot). p. l.
LOUCHERIE. — Synonyme de strabisme (V. ce * mot). p. l.
LOUPE. ■ — Les loupes ou kystes sébacés sont des tumeurs des glandes sébacées de forme généralement globuleuse, de consistance ferme ou pâteuse, dont Je volume varie de celui d’un gros pois, d’une noisette, à celui d’un œuf; elles sont mobiles au milieu du tissu cellulaire sous-cutané, mais elles adhèrent à la peau qui est simplement soulevée à leur niveau, dans quelques cas se trouve amincie, et présente parfois un petit orifice par lequel on peut vider la loupe.
Le contenu des loupes est une matière blanchâtre que l’on a comparée soit à du suif, soit à une bouillie, soit enfin à du miel; aussi les noms de stéatome, athêrome, tumeurs mélicériques, sont-ils souvent employés pour désigner les loupes.
Cette matière est formée de cellules épithéliales aplaties, déformées, parfois disposées en couches concentriques . assez régulières, de granulations graisseuses, calcaires, de cholestérine ; souvent inodore, cette matière peut exhaler une odeur infecte de vieux fromage. Lutz, qui en a fait l’analyse chimique, y a trouvé beaucoup d’eau et de matière grasse, de la caséine, de la gélatine, de l’acide butyrique, des sels de soude, etc. Quant à la paroi de la poche, facile à isoler du tissu cellulaire du voisinage, elle est formée par un tissu fibreux qui représente la paroi de la glande très hypertrophiée.
Les loupes s’observent plus fréquemment au cuir chevelu qu’en tout autre lieu; elles sont indolentes et ne gênent l’individu qui en est atteint que par leur siège et surtout par la difformité qu’elles entraînent; elles progressent lentement et, arrivées à un certain volume, elles peuvent se comporter de diverses f.içons :
1° Habituellement, elles persistent indéfiniment dans un état stationnaire;
2° Elles peuvent présenter un petit pertuis à travers lequel le contenu est souvent évacué, grâce aux pressions que le malade exerce sur les parois de la tumeur, qui se remplit de nouveau en un laps de temps variable ;
3° La peau qui les recouvre peut s’ulcérer, et alors de deux choses l’une : ou bien la tumeur se racornit et se dessèche, ou bien il s’établit une fistule à travers laquelle s’écoule un pus d’une odeur nauséabonde ;
La résorption de ces loupes est fort douteuse. On a vu les parois du crâne se déprimer légèrement, sous forme d’une petite fossette dans les points qui leur correspondent.
Le pronostic n’offre rien de sérieux, la loupe ne constitue qu’une difformité peu appréciable.
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Le traitement des loupes peut être palliatif ou curatif :
Le traitement palliatif consiste simplement à vider les loupes avec une épingle, comme le font quelques personnes chaque fois que la tumeur présente un certain volume, mais cette évacuation est toujours suivie de récidive.
Le traitement curatif consiste, soit à extirper la tumeur, soit à la détruire par les caustiques.
L’extirpation peut se faire de deux façons : si la tumeur est un peu volumineuse et très molle, on fait à sa surface une incision rectiligne ou cruciale
Fig. 799. — Extirpation d’une loupe du cuir chevelu.
et on la dissèque; puis on rapproche les lissus et on les maintient avec quelques bandelettes agglutinatives, et l’on exerce sur eux une compression douce. Si la tumeur est plus dure et si elle se laisse aisément écarter des parties profondes, on peut la soulever, l’embrocher vers sa base avec un bistouri à lame longue et étroite, que l’on fait ensuite remonter de la profondeur vers la superficie ; cette incision faite, rien n’est plus facile que d'enlever avec une pince à mors plats les deux segments du kyste.
La cautérisation peut également se pratiquer de plusieurs manières, soit en vidant le kyste et cautérisant toute sa cavité avec du nitrate d’argent, dans ce cas la paroi du kyste se détache au bout de peu de jours; soit en appliquant sur la tumeur delà pâte de Vienne ou de la potasse caustique, qui la transforment en une eschare dont l’élimination s’effectue après un temps variable, quelquefois assez long.
Dr Léon Moynac.
LUBRIFICATION. — Mot employé pour dire qu’un tissu ou un organe est lubrifié, c'est-à-dire maintenu humide par un enduit plus ou moins liquide. Ainsi les larmes servent à la lubrification des paupières, etc. p. l.
LUC-SUR-MER (bains de mer de). — Luc-sur-Mer est une petite station maritime située dans le Calvados, à 15 kilomètres de Caen et à 3 kilomètres de Lion-sur-Mer, qui possède une plage de sable fin
excellente pour les enfants et un petit établissement de bains. p. l.
LUCHON (eaux minérales de). — Bagnères-de-Luchon est une jolie petite ville de la Haute-Garonne, bâtie en pleines Pyrénées, sur les bords de la Pique, à l’angle le plus occidental de la pittoresque vallée qui porte son nom, qui possède des eaux minérales sulfurées sodiques. Ces eaux, qui proviennent de plusieurs sources, alimentent un magnifique établissement où on les administre en boisson, en bains, en douches, en vapeur, en inhalations, etc., contre un grand nombre de maladies se rattachant principalement à l’une des quatre grands diathèses ; herpétique, scrofuleuse, rhumatismale ou syphilitique, et aussi contre les affections catarrhales chroniques de l’appareil respiratoire. p. L.
LUCIDE (folie). — 11 convient d’entendre sous le nom de fous lucides l’ensemble des individus qui se rangent dans les deux catégories suivantes :
1° Ceux qui, sans être affectés de délire, de trouble marqué de l’intelligence présentent des phénomènes de désordre et de perversion plus ou moins caractérisés dans la sphère affective ou du sentiment , et dans celle de la vie active ou de la volonté;
2° Ceux qui, tout en étant sous le coup d’une perturbation notable dans le domaine intellectuel ou psycho sensoriel, ne sont atteints cependantque de délire partiel et raisonnent avec lucidité sur tous les points en dehors de leur délire, — dont ils peuvent avoir ou non conscience.
Ces deux catégories comprennent l’ensemble des cas décrits successivement sous les noms de manie sans délire (Pinel), monomanie raisonnante (Esquirol), folie morale (Prichard), pseudo -monomanies (Delasiauve), monomanie, manie raisonnante, délire des actes, etc. Le nom de folie lucide, emprunté à l’éminent aliéniste Trélat, me parait le plus convenable, étant le plus compréhensible. Le sujet, déjà effleuré dans l’article Criminalité (Voy. ce mot), est aussi vaste que complexe ; il intéresse à la fois le philosophe, le moraliste et, partant l’homme politique; mais il appartient au seul biologiste, à celui qui connaît la nature humaine, la nature et la physiologie du cerveau, de l’étudier et de l’éclaircir. Comme la forme analytique est la seule qui convienne à un dictionnaire, je suis obligé de scinder cette étude et d’éliminer d’abord les fous lucides de la deuxième catégorie dont il est parlé aux articles Hallucination et Monomanie.
Cette première élimination faite, nous restons en présence des malades de la deuxième classe, de ceux qui souffrent d’une lésion prédominante des « facultés morales » et de la volonté. Quand on parle ici de facultés morales il doit être bien entendu qu’il ne s’agit pas d’entités, mais bien de fonctions spéciales en rapport avec un organe distinct. « Le cerveau, dit le professeur Charcot,— l’un des hommes de France qui ont fait réaliser à la pathologie du système nerveux les progrès les plus décisifs — 'le cerveau est un ensemble d’organes, et chacun de ces organes, dont la réunion constitue la masse en céphalique, est doué de propriétés spéciales. La lé-
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sion d’une de ces parties entraîne la suppression des fonctions auxquelles elle présidait, et il est possible de déduire de ces troubles fonctionnels la localisation anatomique ». Peu importe que la « lésion d’une partie retentisse souvent sur les parties voisines »; peu importe que, dans l’espèce, il s’agisse surtout de centres du mouvement : le fait n’en demeure pas moins proclamé pour toutes les fonctions cérébrales, et ainsi se trouve ravivée la flamme du flambeau allumé autrefois par Gall, et momentanément étouffée par les efforts de cette secte d’obscurantins qui, sous les espèces de l’éclectisme, a corrompu pendant trois quarts de siècle la philosophie française. C’est cette lueur qui va nous guider aux ténèbres du caractère et de la volonté et nous permettre d’apprécier ces personnalités étranges, circulant au milieu de nous comme des êtres énigmatiques sans cesse suspendus entre la raison, la folie et le crime.
Parmi les rares médecins qui surent, il y a une trentaine d’années, s’affranchir du joug des| niaiseries spiritualistes, il faut citer avant tout le savant Morel. C’est grâce à ses vues plus élevées, à ses conceptions positives et à son étude approfondie de l’œuvre de Gall, toujours méprisée des académiciens, que cet homme éminent put établir sa remarquable théorie des dégénérescences.
Cela ressort, entre autres choses, de l’importante citation suivante, empruntée par Morel au «célèbre physiologiste » pour employer son expression. « 11 y a dans l'homme, dit Gall, une inclination qui va par gradation, depuis le simple plaisir de voir tuer jusqu’au désir le plus impérieux de tuer. On observe que parmi les enfants comme parmi les adultes, parmi les hommes grossiers comme parmi ceux qui ont reçu de l’éducation, les uns sont sensibles et les autres sont indifférents aux souffrances d’autrui Quelques-uns même goûtent du plaisir à voir tourmenter les animaux, à les voir torturer et tuer, sans qu'on puisse accuser l'habitude ou une mauvaise éducation. » (Voy. Morel, Traité des maladies mentales, 1860, p. 390.)
C'était là le pas décisif vers la découverte de la vérité déjà entrevue par Pinel, dans sa classification des maladies mentales, où il forme une classe à part des malades n’offrant aucune lésion de l’entendement, et animés, dit-il, d’une sorte de fureur « comme si les facultés affectives seules avaient été lésées. » ( Traité médico-philosophique sur l' aliénation mentale. An IX, p. 157.)
C’est qu’en effet, le sentiment, l’intelligence et le mouvement — , ou sous un autre aspect, les émotions, la raison et la volonté — étant centralisés dans des organes évidemment distincts, quoique non encore déterminés d’une façon précise, on comprend que ces organes puissent être lésés séparément, d’où les troubles isolés aussi des fonctions qui en dépendent. Lorsque l’altération porte essentiellement sur l’organe de la volonté, sur les centres psycho-moteurs, il s’agit de ces sortes d’aberrations ou de folies que l’on a désignées sous le nom d’instinctives ou impulsives ; comme souvent, l’impulsion est spécialisée, qu’il y a tendance très nette et d’une façon distincte, quoi qu’on ait pu dire, soit au meurtre, soit au vol, etc., ces cas
seront décrits plus convenablement à l’article monomanie.
D’autres fois, — et nous coudoyons par centaines dans la vie ordinaire, les malheureux dont il va être question ici — la lésion porte sur l’ensemble des organes qui président à la vie affective, ou sur quelqu’un d’entre eux séparément; la volonté se trouve affectée, mais d’une façon consécutive et non spéciale, comme dans les cas précédents. C’est surtout de ces individus, de cette variété — de beaucoup la plus nombreuse — de fous lucides, qu’il va être question ici.
Briand a rapporté dans les Archives de Neurologie (1883, p. 109, sq.) le fait d’un petit enfant de cinq ans, dont l’aventure fit quelque bruit dans la presse. Antécédents mal connus; le père passait pour « un original » ; élevé chez sa nourrice jusqu’à l’âge de quatre ans et demi, cet enfant était sournois et méchant, et dès trois ans et demi fort adonné à l’onanisme ; fièvre typhoïde à quatre ans, avec complications du côté des méninges. D’une attitude habituellement triste et hébétée, il ne déployait quelque intelligence que pour faire des méchancetés; il brisait les jouets de son petit frère, de deux ou trois ans plus jeune que lui, et pour « faire enrager sa maman » jetait toutes les clefs dans les latrines, barbouillait de matières fécales le tapis du salon, etc., etc. Comme il avait vu un jour, avec un grand plaisir, son petit frère saigner du nez, il le hissa une autre fois sur une grande chaise et le flanqua violemment par terre. L’effet voulu étant produit, ce jeune sujet s’amusa beaucoup à se tremper les mains dans le sang qui coulait avec abondance du nez de son frère à moitié assommé. Il parait qu’il répétait sans cesse : « Je veux tuer le petit. » Comme on lui demandait s’il aimait sa mère : — « Non ! comment l’aimeraisje? je n’aime personne, je veux la tuer pour avoir ses sous; si je ne peux pas maintenant, j’attendrai d’être plus grand. »
11 y a dans le livre si remarquable et beaucoup trop oublié de Marc, un fait de tous points semblable, emprunté à Parent-Duchâtelet. Il s’agit d’une petite fille de sept ans, enragée du désir de faire mourir sa mère « pour avoir ses hardes. » Voici un échantillon, fort instructif, de la conversation de cette aimable enfant. « Pourquoi désirestu donc tant ma mort. Je ne m’étonne pas si tu faisais autant de bruit quand j’étais malade. Ma petite me répondit : — Oui, maman, je le faisais exprès pour vous faire mourir; quand j’ai vu que je ne réussissais pas, j’ai dit que je le ferais moimême... — Tu ne sais pas ce que c’est que la mort ; je mourrais ce soir et je reviendrais demain ; Notre-Seigneur est mort et il est ressuscité. — Maman, je sais bien que quand on est mort, c’est pour toujours. Notre-Seigneur est ressuscité parce que c’était le bon Dieu ; mais vous ne reviendrez pas, ma petite sœur n’est pas revenue. Si vous aviez pu faire revenir mon petit frère que vous aimiez tant, vous l’auriez bien fait. — Mais comment ferais-tu pour me faire mourir? — Si c’était dans un bois, je me cacherais dans un trou sous des feuilles, et, quand vous passeriez, je vous ferais tomber par votre robe et je vous enfoncerais un
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poignard dans le cœur. » ( De la folie dans ses rapports avec les questions médico-judiciaires, t. I, p. 100, sq.)
Jesse Pomerov, le jeune « tortionnaire et meurtrier de Massachussets », s’amusait à lacérer à coups de couteaux le corps de malheureux enfants préalablement liés, à les rouer de coups jusqu’à leur briser les dents et les os, à leur enfoncer des épingles dans la chair et à verser de l’eau salée sur les piqûres, etc. Enfermé dans une maison de correction, et rendu — bien à tort — à sa mère sur les instances réitérées de celle-ci, il assassinait deux mois après (le 22 avril 1874), un petit garçon dont on retrouvait le corps horriblement mutilé. (Hammond, Treaty on Insanity ; New-York 1883, p. 37b.)
Quand on laisse grandir en liberté ces gaillardslà, voilà ce qu’ils deviennent. Dumollard, le fameux tueur de servantes, appartient à cette catégorie, et M. Hammond a parfaitement raison de citer son observation à côté de celle du jeune Pomeroy. Seulement, puisqu'il admet une monomanie affective (emolional monomania), il a tort de ranger ces deux cas sous l’étiquette « monomanie raisonnante ». Nous entendons bien que ni Dumollard, ni les jeunes sujets cités plus haut ne peuvent être donnés comme des types intellectuels remarquables; cependant, ce qui est lésé surtout chez eux, c’est l’organe émotif; comme, il le dit lui-même, ils sont étrangers à ce qu’on appelle le sens moral, ce sont des sauvages purs et simples.
Souvent, les faits pour être moins graves n’en sont pas moins déplorables, en ce sens surtout que leur caractère moins terrible ne permet pas toujours de prendre les mesures nécessaires et de porter remède au mal. « Pendant la belle saison, raconte Trélat dans son livre intéressant de la Folie lucide (p. 9), quelques amis étaient allés dîner à la campagne chez les époux X... Après le repas, on était assis sur la terrasse... Tout à coup, le mari dont les accès n’avaient éclaté jusque-là que dans la vie murée, est ému par un mot et entre en fureur. 11 arrache le peigne de sa femme, défait sa chevelure, la roule autour de son bras et traîne sa victime sur le sable de la terrasse. On frissonne, on l’entoure, on cherche à le calmer : c’est elle qui le calme! « Vous ignoriez tout cela, mes amis, s’é- « crie-t-elle, quoiqu’il y ait déjà des années que cela « dure. Vous me plaignez et vous avez raison ; mais « plaignez-moi du présent bien plutôt que du passé, « car mon plus grand malheur est celui qui m’ar- « rive aujourd’hui : c’est que vous connaissiez ce « que j’étais si heureuse de vous cacher. Ce que « vous venez de voir, je le subis régulièrement deux « ou trois fois par semaine ».
Toutes les passions peuvent devenir l’élément principal, le substratum de désordres analogues. Mais en première ligne et comme la plus funeste de toutes, il faut citer la jalousie, perversion de l'amour des autres combinée surtout avec l’amour désordonné de soi-même, avec cette susceptibilité excessive provenant de la vanité, c’est-à-dire d’un orgueil ridicule parce qu’il n'est pas justifié. « Ceux que torture la monomanie jalouse, dit Trélat, ne goûtent et ne laissent goûter aucune tranquillité, interprètent tout en mal, dénaturent le faits, accu-
sent les intentions, compromettent les absents et, quelles que soient la patience et la douceur qu’ils aient rencontrées d’abord, finissent, à force de nuire, par devenir odieux». Les plus monstrueuses aberrations, les plus grands crimes même peuvent en résulter.
L’auteur que nous venons de citer rapporte le fait d'une femme qui, après avoir torturé son mari par toute sorte de persécutions, en vint, — quand son retour d’àge et la disparition des dernières traces de la jeunesse eurent accru l’aigreur de son caractère, — à se sentir jalouse de sa fille. Profiter de l’exiguité de l’appartement, se coucher la dernière, mettre une partie des vêtements de la jeune fille à côté de ceux de son père : faire plus, aller surprendre cet enfant dans son sommeil, soulever ses couvertures, promener sa main sur son corps jusqu’à ce qu’elle s’éveille et crie, se sauver alors dans l’obscurité; lui demander le lendemain pourquoi elle a crié et lui dire ensuite que c’est son père qui a été la trouver la nuit : telles sont les manœuvres auxquelles eut recours cet esprit malade (Trélat, loc. cit., p. 150). On frémit en songeant aux conséquences, et du reste le même auteur rapporte le fait d’un père accusé d’attentat à la pudeur sur sa fille et poursuivi sur la dénonciation d’une mère jalouse : l’instruction fit éclater la parfaite innocence de ce malheureux.
La lésion des organes cérébraux de la vie affective se rattache souvent aux grandes névroses. Krafft-Ebing décrit sous le nom de « folie raisonnante mélancolique » l’état de certaines hystériques toujours plongées dans la tristesse et dans l’abattement. Molles et languissantes, sans volonté, sans désirs, incapables de travail durable et d’occupation intellectuelle, elles ne voient que les côtés sombres d’une vie qui les désespère. Le tableau est très exact ; mais je ferai ici la même remarque que pour les manies raisonnantes de Hammond ; c'est la sphère des sentiments, de la vie affective qui est ici troublée, et puisque M. Krafft-Ebing décrit une folie morale, c’est dans ce cadre qu’il aurait dû placer sa soi-disant folie raisonnante mélancolique ( Lelirbuch der Psychiatrie, t. H, 1883).
Dans d’autres cas, au contraire, l’impressionnabilité, chez les hystériques est portée à un haut degré et toutes les passions peuvent être surexcitées. L’amour lient ici, et naturellement, chez les jeunes filles, la première place et à ce titre je ne comprends pas la séparation absolue que certains auteurs ont voulu établir entre la nymphomanie et l’érotomanie d’une part, et l’hystérie de l’autre. Sans doute la nymphomanie et l’érotomanie ne sont pas toujours le fait de cette dernière névrose; mais elles s’y relient très souvent. « Les jeunes filles même les plus réservées, dit Marcé, à propos des hystériques, se prennent de passion pour leur médecin, pour le premier individu qu’elles aperçoivent; le son delà voix, le bruit des pas d'un homme, les jettent dans une excitation inexprimable; leurs préoccupations délirantes roulent sur des idées de mariage; elles ont l’œil humide et noyé, les allures provocantes, » etc. (Marcé, Maladies mentales, p. 565). Combien ne voit-on pas de familles désolées par la présence à leur foyer de malheureuses
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filles hystériques, bouleversant tout autour d’elles, se faisant un jeu de la douleur et du tourment de leurs proches, compromises souvent par des hommes grossiers, ou par des imbéciles qu’elles séduisent, dans toute la force du terme, — vérilables folles lucides, que l'absence d’un délire véritable fait trop souvent méconnaître par le médecin aussi bien que par les intéressés !
De plus, qu’elle se lie ou non à l’hystérie, l’exaltation morbide du sens génésique peut exercer sur certains individus dont l’organe cérébral correspondant est mal conformé, une influence irrésistible; tel est le cas d’un grand nombre de prostituées. Moreau (de Tours) le fait remarquer avec pleine raison: « La prostitution suppose un emportement dans les passions, une audace dans le vice, ou bien une défaillance du sens moral, un hébétement de l’intelligence qui ne sauraient guère se rencontrer dans des organisations régulières , et dont il est impossible de voir la source ailleurs que dans les prédispositions morbides héréditaires ou constitutionnelles dont l’influence nous est désormais bien connue.» [La Psychologie morbide, p. 381.) Oui, la plupart de ces malheureuses sont des dégénérées, des atypiques auxquelles très réellement la grâce fait défaut; par quoi il faut entendre en effet, avec saint Paul et saint Augustin, un don purement gratuit, mais un don naturel aussi et non arbitraire, résultant de l’équilibre parfait des organes, dans la série des ascendants. Et c’est pourquoi toutes ces « Magdeleines » — suivant l’expression consacrée — qu’on enferme toutes vivantes au tombeau des « Bon Pasteur, » « Dames Saint-Michel » et autres « Filles repenties, » en sortent à peu près telles qu’elles y étaient entrées, un peu plus hébétées cependant en raison des pratiques auxquelles on les assujettit dans ces établissements d’un autre âge, qui sont un scandale dans le nôtre. Un grand nombre d’entre elles, il est juste de le dire, finissent comme leur patronne, par la folie complète.
Quoi qu’il en soit de la doctrine de la grâce, c’est une consolation de savoir que plusieurs des monstres qui rendraient l’histoire immorale si la vérité pouvait jamais l’être, n’étaient que des misérables mal doués, mal conformés au point de vue des organes de la vie affective. « Eactenus quasi de principe, reliqua ut de monstro narranda sunt », s’écrie Suétone arrivé au chapitre XXII de son histoire de Caligula. Comment comprendre, en effet, en lui supposant une tête saine, et en dépit des entraînements du pouvoir absolu, les actes de ce forcené? Un jour, pour engraisser les bêtes féroces destinées à un spectacle, les bestiaux coûtant trop cher, il leur fit donner cent criminels à déchirer. 11 condamna aux mines ou aux bêtes une foule de citoyens distingués; il obligeait les pères à assister au supplice de leurs enfants; il fit battre avec des chaînes en sa présence, pendant plusieurs jours de suite, l’intendant des jeux et des chasses, et ne le tua que lorsqu’il se sentit incommodé par l’odeur de sa cervelle tombée en putréfaction; il fit tuer un sénateur etNne se montra satisfait que lorsqu’il eut vu les membres et les entrailles de ce malheureux entassés à ses pieds. On connaît sa fameuse apostrophe à propos de la foule, dont les applaudisse-
ments contrariaient ses sympathies : Utinam populus Romanus unarn cervicem haberet ! De temps en temps il souhaitait le massacre des légions, la famine, la peste, l’incendie et les tremblements de terre. Une autre fois, — et ici le plaisant se mêle au sévère, — comme on avait amené la victime à l’autel, il se retroussa à la manière des victimaires, et levant bien haut son maillet, il assomma le sacrificateur ! Tous ces actes, et bien d’autres qu'il serait trop long d’énumérer, sont d’un fou lucide, et Suétone caractérise parfaitement la situation physique et mentale de ce triste César : « Valetudo ei neque corporis neque animi constitit. Puer comiliali morbo vexatus... Mentis valetudinem et ipse senserat, ac subinde de secessu deque pur q an do cerebro cogitavit (Suetone, in Caligula, 50). 11 était épileptique et avait, jusqu’à un certain point, conscience du trouble de sa raison; mais quoiqu’il y songeât, il n’y avait pas de séjour à Anticyre, pas d’ellébore capable de « déterger » son cerveau mal conformé.
Il est impossible de donner ici un exemple de tous les cas si divers de folie lucide et d’autre part, une description générale eut été de tous points, insuffisante. A vrai dire la base d’une étude complète sur la matière serait une connaissance approfondie de la science du caractère, que les travaux des Cabanis, des Morel, des Biichner, des Ferrier permettraient déjà de construire, au moins dans scs grandes lignes. Il est bien vrai de dire avec M. Th. Ribot, que la volonté est « un accident heureux » ( Les maladies de la volonté , p. 84) ; mais un accident déterminé par des circonstances fatales et antécédentes, par l’hérédité, le milieu, l’éducation, l’exemple. Il y a d’abord le caractère de la race — le Mongol n’est pas semblable à l’Aryen ; il y a le caractère de la nationalité — l’Allemand n’est pas semblable au Français, ni llrlandais à l’Anglais; enfin il y a le caractère de l’individu, tel qu’il résulte surtout de la succession des ancêtres spéciaux. Chez les descendants des êtres mal doués, des individus à tempérament nerveux exagéré, des alcooliques, des aliénés proprement dits, il se produit une véritable dégénérescence, une déviation du type normal, et il semble, comme on l’a dit, qu’on voie reparaître par les effets d’un atavisme étonnant, les types ignobles et brutaux de nos prédécesseurs de l’âge de pierre.
Le caractère de la race, celui de la nationalité ont disparu, en tant qu'il s’agit de race et de nationalité civilisées ; ce qui demeure, dans les cas graves, c’est l’être sauvage et barbare des temps préhistoriques. Un Dumollard forme sous ce rapport la transition parfaite entre les fous lucides et les criminels héréditaires.
Je ne mets pas en doute que l’étude approfondie, du cerveau des premiers ne révélât des lésions analogues à celles qu’on a rencontrées chez les criminels et c’est pourquoi, empruntant le mot de Benedikt,je range les uns et les autres dans la classe des alypies — expression qui me semble plus compréhensible que celle de « dégénérés.» Bien que les autopsies et les observations caractéristiques soient très rares, les cas de lésions des circonvulations frontales, ayant amené une dispa-
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