‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privéeChapitre 105 sur 238 · CÉS · texte numérisé non relu

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testinale glissée au-devant de l’utérus, la section de la paroi abdominale ne donnera lieu à aucun accident. 11 n’en est pas de même de l’ouverture de la matrice. Bien qu’on prenne soin de n’ouvrir l’utérus que sur le milieu de sa face antérieure afin de s’éloigner le plus possible du réseau vasculaire si abondant, qui recouvre les parties latérales de l’organe, ce dernier, à la fin de la grossesse, est le siège d’une circulation si active que le tissu est en tous ses points gorgé de sang et que l’hémorrhagie est l’accident le plus fréquent à ce moment de la section de la matrice. 11 faut noter aussi que l’on tombe malheureusement souvent sur le lieu d’implantation du placenta, par conséquent sur la partie de l’organe où les sinus utérins ont subi le déve-

plaie utérine, situation d’où sortira toujours un accoucheur intelligent.

Enfin, pour terminer ce que nous avons à dire sur ce sujet, nous ajouterons qu’on devra apporter tous les soins a ce que l’écoulement des lochies | suive la voie ordinaire ; c’est dans ce but qu’on a \ conseillé de ne pratiquer l’opération qu’après le début spontané du travail et l’effacement complet du | col utérin. C’est également pour favoriser cet écoulement que quelques auteurs ont conseillé de prati- ! quer la délivrance par le vagin. ;

Une autre question a été diversement résolue, i Faut-il mettre l’enfant au sein de sa mère? Mon opinion est qu’on fera bien d’éviter, si la chose est ■ possible, cette nouvelle cause de fatigue et d’excita-

Fig. 548. — Opération césarienne. — Extraction de l'enfant.

loppement le plus considérable. Quelquefois en terminant l’opération par l’extraction foetale on voit, par suite de la rétraction utérine, qui suit la sortie du fœtus, l’écoulement sanguin s’arrêter ou diminuer au moins considérablement; mais si l’hémorrhagie persiste, que faire? Je crois qu’il ne faut pas s’arrêter à tous les moyens proposés qui n’ont donné que de mauvais résultats, et que ce serait le cas de s’adresser à la nouvelle méthode mise en honneur par le professeur Porro, de Pavie, et qui consiste à faire la section complète de l’utérus audessus d’une ligature jetée à un ou deux centimètres au-dessus de l’orifice interne (V. Hystérotomie).

Parmi les autres accidents qui peuvent survenir pendant l’opération, je ne parlerai pas de la liernie de l’épiploon ou des intestins, qui se réduii'ont toujours assez facilement (V. Ovariotonie), ni des difficultés d'extraction du fœtus, déterminées par sa présentation ou par la rétraction inopinée de la

tion à la mère qui, à l’époque où l’enfant devrait- . commencer à s’allaiter, le quatrième jour, a encore besoin du plus grand repos et de tous le ménage- ' ments possibles. D' Ant. de Soyre.

CESTOIDES (VERS). — (Voyez Tœnia.) ^

CETINE. — (Voyez Blanc de Baleine.)

CËVADILLE. — On donne le nom de cévadille ou | poudre de capucin, à une plante de la famille des | colchicacées, originaire du Mexique, dont les grai- f nés douées d’une saveur amère, âcre et brûlante, | renferment un principe très vénéneux appelé Véra- | trme (V. ce mot). p. L. f

CHABETOUT (eaux minérales de). — Chabetout est 1 une petite station thermale du département duPuy- ^ de-Dôme, située à 5 kilomètres d’Issoire, dont les |h eaux bicarbonatées sodiques et calciques, gazeuses,

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sont employées en boisson, en bains et en douches dans un petit établissement, contre les dyspepsies acides, les engorgements du foie, la gravelle, etc.

CHAIR. ^ En hygiène alimentaire on désigne sous ce nom toutes les parties molles des animaux et plus particulièrement les parties musculeuses (V. Viande). — En chirurgie on donne le nom de chairs à des excroissances formées par des bourgeons charnus vasculaires qui se forment souvent dans les solutions de continuité et à la surface des plaies en voie de cicatrisation. — Dans le vulgaire, chair de poule, sert à désigner l’aspect particulier, mamelonné et papillaire, que prend la peau sous l’impression du froid ou sous l’influence de la peur. P. L.

CHALAZION. — On donne ce nom à une petite tumeur des paupières, très commune, qui se forme dans l’épaisseur d’un des follicules de meibomius et logée par conséquent dans l’épaisseur du cartilage tarse.

Le chalazion est le plus souvent unique; son volume varie depuis une tête d’épingle jusqu’à une

Fig. -’W.

Chalazion de la paupière supérieure saisi entre les pinees de Desmarres, la paupière étant renversée afin de pouvoir l’opérer par le côté conjonctival.

petite noisette; il est généralement globuleux, parfois étranglé dans un point de son étendue, bien circonscrit, tout à fait immobile, où du moins ne se meut qu’avec le cartilage tarse de la paupière tout entier, dont il fait partie intégrante; tantôt il proémine à peine en avant, du côté de la peau ; tantôt il forme de ce côté un relief plus apparent. Lorsqu’on renverse la paupière, de façon à avoir sous les yeux sa face conjonctivale, on voit le chalazion faire de ce côté une petite saillie. La conjonctive, à l’endroit correspondant, présente généralement une injection prononcée, apparaissant sous la forme d’une petite tache d’un rouge sombre. En saisissant alors la tumeur entre le pouce appliqué sur la face conjonctivale et l'index appliqué sur la portion correspondante, il est facile de reconnaître que la tumeur est résistante, élastique, et parfois fluctuante, qu'elle fait partie intégrante du cartilage tarse. La peau qui la recouvre ne lui est nullement adhérente et ne change pas de couleur, à moins qu’on Dictionnaire popclaire de Médecine usuelle.

ne l’irrite par l’application de certains topiques. Ce n'est que lorsque la tumeur prend un certain accroissement et qu’elle proémine du côté de la conjonctive, qu’elle donne lieu, pendant les mouvements des paupières, à une sensation de gêne. Elle est toujours une difformité.

11 est incontestable que, chez quelques sujets, le chalazion disparaît spontanément; mais, dans la grande majorité des cas, cette tumeur nécessite un traitement chirurgical. L’incision de la tumeur, soit par la face cutanée, soit par la face conjonctivale, suivie de la cautérisation au nitrate d’argent contitue le meilleur mode de traitement et celui auquel je donne la préférence. La paupière étant renversée de bas en haut, si c’est la supérieure [fig. 249); de haut en bas, si c’est l’inférieure; on saisit le chalazion avec la pince de Desmarres, puis après avoir incisé transversalement la paroi conjonctivale de la tumeur, on introduit dans son intérieur une curette pour en évacuer tout le contenu, puis on promène sur toute la surface un crayon de nitrate d’argent taillé en pointe, et on termine l’opération en pratiquant avec une seringue une injection d’eau salée sur la plaie pour prévenir la diflusion du caustique sur la cornée. Le chirurgien retire alors la pince et la paupière reprend sa position normale. Le pansement consécutif consiste simplement à appliquer, pendant les deux premiers jours, une compresse imbibée d’eau froide sur les paupières, et les jours suivants à baigner l’œil dans une solution étendue de sulfate de zinc. D' Fano.

CHALEUR. — En physique on donne le nom de chaleur à la sensation particulière que l’on éprouve lorsqu’on approche la main d’un foyer de combustion, qu’on l’expose à l’action des rayons solaires, qu’elle touche deux corps fortement frottés l’un contre l’autre, etc. On a longtemps discuté sur la nature de la chaleur. Aujourd’hui cette question est expérimentalement et définitivement résolue, et on peut dire avec le professeur Gavarret que « la chaleur est le résultat des vibrations des molécules des corps qui, par leur ténuité, échappent à nos sens; c’est la force vive de ces vibrations insensibles des derniers éléments de la matière, la somme des produits de la masse de chaque molécule par le carré de sa vitesse de vibration. » p. L.

CHALEUR ANIMALE. — Les corps inorganiques tendent à se maintenir en équilibre avec le milieu qui les entoure. Si ces corps peqvent momentani'ment être échauffés ou refroidis par des causes artificielles, ils tendent à reprendre cet équilibre dès que ces causes cessent d’agir.

Il n’en est pas de même des animaux. Ceux-ci ont en eux-mêmes une source de chaleur propre, dont nous verrons tout à l’heure le mode de production et dont l’intensité est généralement suffisante pour assurer à ces animaux une température supérieure à celle du milieu ambiant.

C’est à cette chaleur qu’on donne le nom de chaleur animale.

Tous les animaux produisent de la chaleur, mais dans des proportions fort inégales. Les animaux supérieurs, l’homme en particulier, ont une tempéra-

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tiire assez élevée, notablement supérieure en général à celle de l’atmosphère ; la température moyenne des oiseaux oscille entre + 40° et + 44° centigrades, celle des mammifères entre + 36° et 40°, celle de l’homme peut être évaluée à + 37° en moyenne. Mais à mesure que l’on descend dans l’échelle des êtres (reptiles, poissons, invertébrés), la température des animaux s’abaisse, c’est-à-dire qu’elle se rapproche de plus en plus de celle du milieu ambiant. C’est à ce point de vue qu’on a distingué pendant longtemps des animaux à sang chaud et des animaux à sang froid. Ces expressions sont remplacées aujourd’hui par les dénominations beaucoup plus exactes à' animaux à température constante et A' animaux à température variable. Les animaux supérieurs possèdent en effet la propriété de conserver une température toujours constante, malgré des écarts considérables et parfois rapides dans la température extérieure, non seulement quand cette température extérieure est plus basse que la leur, mais alors même qu’elle devient plus élevée. Les animaux infériéurs au contraire, qui produisent moins de chaleur et qui en perdent tout autant, tout en se maintenant en général un peu au-dessus de la température ambiante, sont subordonnés d’une façon incontestable aux variations de cette dernière, et cette circonstance justifie le nom d’animaux à température variable qui leur a été assigné.

Quelles sont les sources de la chaleur animale ? — Le fait de la production d’une certaine quantité de chaleur dans l’économie a été consacré de tout temps. Mais l’interprétation de ce fait a été longtemps obscure. Sans nous attarder à exposer les diverses théories erronées émises tour à tour, nous dirons que nous savons aujourd’hui que la chaleur animale est produite par les combustions qui s’opèrent au niveau des tissus, aux dépens de l’oxygène de l’air et des matériauxcombustibles de l’économie ; matériaux fournis soit par les aliments, soit par nos propres tissus. Les expériences de Spallanzani, d’Edwards et de Magnus, ne laissent aucun doute à ce sujet. 11 n’y a pas dans l’économie un foyer central et unique préposé à la production de la chaleur animale, tous les tissus, à des degrés divers, prennent part à cette fonction. Le rôle du sang consiste à porter, des poumons aux éléments anatomiques, l’agent principal des phénomènes d’oxydation, l’oxygène qu’il a puisé à l’extérieur. Ces phénomènes s’accomplissent donc partout où le sang circule, c’est-à-dire dans les organes qui reçoivent des vaisseaux, et c’est à ce point de vue que le professeur Béclard a pu comparer le système circulatoire « à une sorte de calorifère à eau chaude et à circulation continue. «

La chaleur animale se trouve donc liée par les liens les plus étroits à la nutrition, à la circulation et à la respiration (V. ces mots). D' J. -a. Fort.

CHALLES (eaux minérales de). — Challes est composée simplement d’un vieux château seigneurial et d’un établissement thermal, situés sur le territoire de la commune deïriviers, à une demi-heure de Chambéry, dans la Savoie, dont les eaux minérales sulfurées sodiques contiennent par litre près de 30 centigrammes de sulfure de sodium et sont

administrées en boisson, en inhalations, en bains et en douches dans les affections chroniques de l’appareil respiratoire, et les maladies qu’engendre un lymphatisme exagéré et la scrofule. p. l.

CHAMPIGNON. — On donne le nom de champignon à toute une classe de plantes cryptogames renfermant une multitude de genres et d’espèces très variés d’organisation, de forme et de couleur.

Parmi les champignons, les uns sont comestibles, les autres sont vénéneux. Existe-t-il des moyens certains de distinguer les premiers des seconds? «(La science, répondent Littré et Robin, ne possède aucun caractère certain qui établisse une limite tranchée entre les champignons comestibles et vénéneux. » Aussi est-il prudent de ne manger que les champignons franchement reconnus et proclamés comestibles, ceux dont la vente est seule autorisée sur nos marchés : \ agaric comestible, le mousseron, la mo-

Jeiuies agarics comestibles ou champignons de couche.

rille, la chanterelle, Voronge et le bolet comestible.

L’agaric comestible, appelé encore agaric des prés, agaric champêtre, Praielle, Paturon, champignon de couche, se rencontre à l’état sauvage, surtout en automne, dans les lieux humides et ombragés, le long des haies et dans les prairies et les herbages. On le cultive en grand pour l’approvisionnement de Paris, dans les carrières, les catacombes et les champignonnières des environs de la capitale. C’est un jardinier nommé Chambry qui eut, le premier, en 1810, la pensée de cultiver l’agaric comestible en couche.

Le champignon de couche est très reconnaissable à son chapeau épais, régulier, d’un blanc grisâtre, parfois un peu teinté de roux sur les bords, aux lamelles rosées qui sont au-dessous du chapeau et à son pédicule blanc et charnu pourvu d’un anneau. La peau du chapeau s’enlève très facilement. Lorsque le champignon est vieux, les lamelles perdent leur couleur rosée et prennent une teinte brune qui doit les faire rejeter comme suspects.

L’agaric comestible peut être confondu avec I’a- GARic BULBEUX, appelé encore amanite bulbeux, oronge ciguë, qui est essentiellement vénéneux et par lequel sont occasionnés la plupart des empoisonnements que les médecins observent tous les ans.

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L’agaric bulbeux a des caractères spéciaux qui aident à le distinguer de l’agaric comestible. D’une odeur nauséabonde qui devient cadavéreuse avec l’âge, il a un chapeau de 6 à 8 centimètres de largeur, un peu verrugueux, visqueux, luisant, plus

Fig. 2.‘il.

Agaric comestible développé.

OU moins convexe, non strié sur les bords. Sa peau adhère fortement à la chair qui est peu épaisse, ferme et blanche. Ses lamelles sont blanches ; son pédicule, long de 15 centimètres, est cylindrique.

Fig. 252.

Coupe d’un agaric comestible.

toujours renflé à la base, avec un anneau blanc ou jaune, large, à bords entiers et réguliers.

Le MOL’SSERO.x, appelé aussi agaric arhelle, est un champignon très parfumé qui pousse au printemps dans les friches. 11 est caractérisé par un chapeau ferme, d’un blanc mat, à forme sphérique d’abord, puis convexe aux bords repliés; par des feuillets blancs et par un pédicule également blanc, charnu, court et renflé. Le mousseron se mange rarement seul; il sert surtout à relever les sauces, auxquelles il communique son parfum et sa saveur très agréable.

La Monii.i.E, qui pousse au printemps, est facile-

ment reconnaissable à son chapeau, ordinairement ovale, d’une couleur plus ou moins brunâtre et cendrée, percé d'alvéoles qui le font ressembler à un gâteau de miel ; à l’absence de lamelles et à son pédicule uni, épais, blanchâtre, adhérant au chapeau et haut de 5 à 6 centimètres.

La morille, qu’on ne peut confondre avec aucune espèce vénéneuse, est agréable au goût et se digère facilement.

La CHANTEP.ELLE, appelée aussi girolle , chevrette , jaimet ou jaunelet , est un champignon (lu’on rencontre l'été dans les endroits frais peu ombragés, et qui, comme la morille, ne ressemble à aucune espèce vénéneuse. Elle est très facile à reconnaître à son chapeau charnu, d’un beau jaune doré, qui a la forme d’un entonnoir, et dont la face inférieure, devenue exter- Fig. 253. — Morille, ne, présente au lieu de lamelles, nervures plusieurs fois bifurquées. Sa chair blanche, cassante, dont l’odeur rappelle celle de la violette, est assez agréable à manger.

L’oronge, qui est aussi connue sous les noms de amanite aurantiaca, Joser and, jaune d’œuf, cadran, rare dans les environs de Paris, mais assez commune en Gascogne et dans le Limousin, pousse vers la fin de l’été. Son chapeau, remarquable y)ar sa belle

Fig. 2.5-i.

Chanterelle ou Girolle.

couleur jaune orange, est orbiculaire et uni ; ses feuillets larges et couleur d’or ou de soufre; son pédicule, également jaune d’or, long de 4 ou 5 pouces est plein, bulbeux, entouré d’un large anneau rabattu.

I.’oronge a un parfum.très fin ef très délicat. Elle est d’autant plus appréciée des gourmets qu’on ne peut s’en procurer que pendant un mois à peine. C’est de tous les champignons le moins indigeste. 11 se mange seul sauté au beurre, ou mieux à 1 huile, qui développe encore son parfum, ou dans des omelettes que beaucoup de personnes prisent à l’égal des omelettes aux truffes.

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I/oronge vraie peut être confondue avec la fausse ORONGE, qui est très vénéneuse et occasionne annuellement presque autant d’empoisonnements que l’agaric bulbeux. C’est même à ces deux champignons que seraient dus les cinq sixièmes des empoisonnements.

La fausse oronge se distingue par son odeur désagréable et sa saveur salée, un chapeau visqueux, moucheté de petites peaux blanches, écailleuses, des lamelles et un pédicule blanc, un peu bulbeux et

Fig. 25i).

Oronge vraie.

écailleux à sa hase. Sa chair est blanche et ne change pas de couleur à l’air quand on la coupe.

Le BiÿLET COMESTIBLE, plus connu sous le nom de cèpe ou de potiron, est très commun en France, surtout dans le Centre et le Sud-ouest, où on le trouve en août, septembre et octobre, dans les bois de chêne et de châtaigniers.

On mange deux variétés de cèpes : le cèpe ordinaire et le cèpe bronzé.

Le bolet ou cèpe ordinaire est caractérisé par un chapeau épais, plus ou moins large, à surface convexe, lisse, un peu ondulée sur les bords, de couleur fauve et à peau adhérente. A la face inférieure du chapeau, les lamelles sont remplacées par ce qu’on appelle \efoin, formé par des tubes cylindriques sporulifères, jaunes, très abondants, qui adhèrent entre eux et à la face inférieure du chapeau, mais peuvent s’en détacher facilement ainsi que se séparer les uns des autres. Le pédicule, d’une couleur plus claire que le chapeau, est épais, court, et plus ou moins renflé à la base. La chair est ferme et très parfumée.

Le bolet ou cèpe bronzé, a un chapeau plus foncé, qui présente un aspect velouté, le foin blanc et le pédicule cylindrique. Sa chair est plus ferme que celle du précédent, blanche et un peu vineuse sur les bords. Cette v'ariété est un peu moins commune que 1 autre; elle est plus fine, se conserve plus longtemps et, pour ces deux motifs, beaucoup plus recherchée des gourmets. La chair des deux variétés

ne change pas de couleur à l’air quand on les coupe.

Les cèpes se mangent sautés à l’huile ou cuits ^ sur le gril. Quoique très agréables au goût, ils sont d'une digestion difficile et ne conviennent guère aux estomacs délicats ou paresseux.

On peut les conserver en les faisant sécher à l’omhre dans un endroit aéré, ou dans un four chauffé modérément. On peut encore les conserver entiers, soit dans l’huile, soit dans du sel, mais il vaut toujours mieux les manger frais qu’en conserves. '

Le bolet comestible peut être confondu avec des espèces vénéneuses, qui sont d’après le professeur Moquin-Taudon :

Fig, 230.

Bolet ou cèpe comestible.

Le BOLET PERNICIEUX dont le foin est rouge, et dont la chair molle et jaunâtre devient bleue, verte, puis vert noirâtre rapidement, en répandant une odeur nauséabonde lorsqu’on le coupe;

2“ Le BOLET CUIVRÉ dont le foin est jaune;

3» Le BOLET CHICOTIN, dont le foin est blanc et dont la chair devient rose à la cassure;

4» Le BOLET INDIGOTIER, dont le foin est blanc et' dont la chair devient bleue à la cassure.

Voilà les seuls champignons que nous conseillons à nos lecteurs de manger, s’ils veulent être sûrs d’éviter tout accident d’empoisonnement. Ce sont du reste les seuls admis sur les marchés de la ville de Paris pour la consommation, et chaque jour les arrivages sont examinés attentivement et rigoureusement vérifiés par des inspecteurs spéciaux.

Je sais bien que beaucoup de personnes, parm^ lesquelles on compte même des naturalistes et des médecins, ont proposé divers moyens pour reconnaître parmi les innombrables espèces de champignons, quels sont ceux qui sont vénéneux et ceux qu’on peut manger impunément. On a dit que les * champignons qui poussent dans les lieux couverts,^ humides, obscurs, sur les corps en décomposition,"^ sur les fumiers, sur les bois morts, sont vénéneux : ce qui est faux. On a dit que les champignons à couleurs éclatantes, à saveur âcre, poivrée, amère ou acide, sont vénéneux : autre erreur. On a écrit que les insectes et les limaces qui mangent des

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champignons n’attaquent jamais les champignons vénéneux : autre erreur, caries limaces ne mangent jamais la chanterelle qui est comestible, et s’attaquent surtout à la fausse oronge si vénéneuse pour [j nous, sans en être nullement incommodées. — Qui || de vous n’a entendu répéter vingt fois que les cham- |; pignons vénéneux font cailler le lait, font brunir 1 les oignons et noircissent l’étain, l’argenterie et les I pièces de monnaie d’argent? autant d’absurdités et |t de faussetés, car ce sont précisément les plus vénéjj neux qui sont sans action sur ce légume ou sur ces I métaux. — On a dit que la cuisson dans de l’eau salée, ou que la macération pendant une heure dans de l’eau fortement additionnée de vinaigre ou de jus de citron, enlevait aux champignons vénéneux leur propriété toxique. Ne vous y fiez pas, car ces moyens sont absolument inconstants et sans aucun effet dans la plupart des cas. En somme, nous en sommes encore réduits aujourd’hui à déclarer avec l.ittré et Robin que « la science ne possède aucun

CARACTÈRE CERTAIN QUI ÉTABLISSE UNE LIMITE TRAN- CHÉE ENTRE LES CHAMPIGNONS COMESTIBLES ET VÉNÉ- NEUX.

& Quelle est la valeur alimentaire des champignons? — Les champignons ne sont pas seulement un mets recherché à cause de leur goCit fin et délicat, ils constituent encore un puissant moyen d’alimentation, car ils renferment, quelle que soit la variété, les trois ordres de matériaux qui constituent l’aliment complet, avec une prédominance de principes azotés qui les mettent sur le même rang que les substances animales. De là les noms pittoresques de « viande végétale » et de « gibier sans patte » que leur a donné Bertillon. Seulement, nous devons rappeler que les champignons sont indi-

i gestes, qu’il faut les manger très frais, bien cuits et en petite quantité. C’est assez dire qu’ils ne conviennent ni aux convalescents, ni aux personnes r affligées d’un estomac délabré ou paresseux.

Empoisonnement par les champignons. — Nous I avons dit plus haut que les cinq sixièmes des em- I poisonnements par les champignons étaient pro- I duits par la fausse oronge et l’agaric bulbeux. Les I effets varient un peu suivant l’espèce qui les a fait I naître. Mais, d’une manière générale, ils peuvent I être réduits aux suivants, dont nous empruntons la ' description à l’instruction rédigée par le Conseil ' d’Hygiène de salubrité de la Seine :

« Les personnes qui ont mangé des champignons malfaisants éprouvent plus ou moins promptement les accidents qui caractérisent un poison âcre, stupéfiant; savoir : des nausées, des envies de vomir, tldes efforts sans vomissements avec défaillance, anxiété, sentiment de suffocation, d’oppression; souvent ardente soif, constriction à la gorge, douleur constante à la région de l'estomac; quelquefois des vomissements fréquents et violents, des selles abondantes, noirâtres, sanguinolentes, accompa- ^ gnées de coliques, de ténesme, de gonflement et de ! tension douloureuse du ventre. D’autres fois, au contraire, il y a constipation, rétraction et enfoncement de l’ombilie, rétention d’urine.

« A ces premiers symptômes se joignent bientôt des vertiges, la pesanteur de la tête, la stupeur, le délire, l’assoupissement, la léthargie, des crampes

douloureuses, des convulsions, le froid des extrémités et la faiblesse du pouls. La mort vient ordinairement terminer cette scène en deux ou trois jours. La marche, le développement des accidents présentent quelques différences suivant la nature des champignons, la quantité qu’on en a mangé, et la constitution de l’individu; quelquefois les accidents se déclarent peu de temps après le repas ; le plus souvent ils ne surviennent qu’après dix ou douze heures. »

La première chose à faire dans un empoisonnement par les champignons, c’est de débarrasser les voies digestives du poison. Pour cela, on administre un éméto- cathartique, d’après la formule' suivante ;

Émétique 0,10 centigr.

Sulfate de soude 15 grammes.

Eau chaude 230 —

qu’on donne en trois doses à un quart d’heure de distance, jusqu’à ce que le malade ait des évacuations. Si l’on est loin d’un pharmacien, on cherche à faire vomir le malade en lui mettant le doigt dans le fond de la gorge ou en lui titillant le gosier avec les barbes d’une plume. Dans les premiers instants de l’empoisonnement, les vomissements suffisent quelquefois pour entraîner tous les champignons et faire cesser les accidents ; mais si les accidents ne se sont montrés que plusieurs heures après le repas, on doit présumer qu’une partie des champignons a passé dans l’intestin, on administrera alors après l’éméto-cathartique, l’huile de ricin à la dose de 40 à 60 grammes pour chasser tout ce qui reste de poison. Contre l’irritation et les douleurs gastrointestinales, on appliquera des cataplasmes Hamilton sur le ventre, on fera boire de la tisane gommeuse, faite avec 30 grammes de gomme dans un litre d’eau bouillante, et on administrera un lavement préparé avec 100 grammes de guimauve dans un litre d’eau bouillante additionnée de quelques gouttes de laudanum.

S’il y a de la stupeur, on fera boire une potion cordiale faite avec ;

Eau de tilleul 100 grammes.

Sirop diacode 30 —

Eau de vie de cognac 40 —

ou bien avec :

Eau de tilleul 100 grammes,

Sirop de capillaire 30 —

Teinture de cannelle 10 —

en en faisant prendre une cuillerée à soupe tous les quarts d’heure. On pourra également lui faire boire du café ou quelques gouttes d’éther dans un peu d’eau.

Quant à l’antidote chimique on ne l’a pas encore trouvé, ignorant que l’on est jusqu’à présent du véritable principe toxique des champignons vénéneux. Toutefois on a conseillé la solution de tannin, l’iodure de potassium ioduré, mais, disons-le, avec une efficacité contestable. D' a.-l. Labarthe, père.

CHANCRE. — On donnait autrefois le nom de chancre à tout ulcère ayant une tendance à envahir

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et à ronger les parties environnantes, et plus spécialement les ulcérations de la langue ou des fosses nasales.

Dans le langage médical actuel, on désigne seulement sous le nom de chancre une ulcération vénérienne essentiellement contagieuse et s’accompagnant souvent de complications diverses plus ou moins sérieuses. On reconnaît aujourd'hui deux espèces de chancres : 1“ le chancre simj)le ; 2° le chancre infectant. Nous ne nous occuperons ici que du chancre simple, renvoyant pour l'étude du chancre infectant au mot syphilis.

Chancre simple. — l.e chancre simple — ulcère contagieux, ulcère vénérien, chancre non infectant, chancre non induré, chancre mou, chanerdide, chancrelle — est une lésion siégeant le plus ordinairement sur les organes génitaux, essentiellement locale, et jamais suivie d'accidents constitutionnels ; contagieuse au plus haut degré, caractérisée par une ulcération à base molle, à bords taillés à pic, très souvent accompagnée d’un bubon suppuré sympathique ou spécifique, et dont la sécrétion qui peut s’inoculer à l’infini sur le sujet lui-même ou sur un autre, reproduit toujours une ulcération semblable.

l.e chancre simple, qui était connu dès la plus haute antiquité ainsi que nous en avons la preuve dans plusieurs passages des œuvres d’Hippocrate, est une maladie vénérienne très commune. Tout le monde est d’accord sur ce point. Le chancre simple est cependant moins fréquent que la blennorrhagie. Tout le monde est encore d’accord sur ce point, établi du reste par les statistiques. Est-il plus fréquent que le chancre infectant ou moins fréquent? Ici les avis sont partagés, les uns disent oui, les autres non, et tous sont arrivés à ces deux conclusions opposées par les statistiques. Cela tient à ce que les statistiques des uns portent sur les malades d'hôpital et celles des autres sur la clientèle de ville. Mais, de toutes ces diverses statistiques il ressort d'une manière évidente qu’à l’hôpital on rencontre plus de chancres simples que de chancres infectants, tandis que les chancres infectants sont plus fréquents chez les malades des consultations particulières que les chancres simples.

I/expIication de ce fait qui semble au premier abord très difficile à trouver, n’est cependant pas impossible, et, avec Fournier, nous croyons qu’on peut en rendre compte par deux raisons :

t“ Les ouvriers, les soldats, et en général tous les gens du peuple, ceux qui vont aux consultations gratuites des hôpitaux et des dispensaires, fréquentent surtout les maisons de tolérance de barrière, les maisons de filles des boulevards extérieurs, qui sont le plus souvent peuplées de vieilles prostituées depuis longtemps vérolées, n'ayant que des accidents tertiaires non contagieux, et plutôt affectées de chancres simjdes ou de vaginites, pour lesquelles il n'y a ni prescription, ni immunité. I.es hommes des classes élevées, favorisés de la fortune, qui vont consulter le médecin dans son cabinet, fréquentent au contraire les filles qui se livrent à la jirostitulion clandestine. Ces femmes, demoiselles de magasin, danseuses, actrices, cocottes, qui ne sont pas sous le contrôle de la police, et qui sont jeunes pour la

plupart, sont fréquemment atteintes de chancres infectants ou d’accidents secondaires, dont la contagiosité n’est plus un doute pour personne.

2“ Lorsque les prostituées des basses classes sont atteintes de chancres simples, elles ne se traitent guère et n’interrompent pas leur triste métier, car il faut avant tout qu’elles vivent, et elles vivent au jour le jour, sans avoir la moindre économie di' côté. Les prostituées clandestines des boulevards et des quartiers riches, au contraire, possèdent en général des ressources suffisantes pour pouvoir cesser leur métier pendant quelque temps et suivre un traitement convenable sitôt qu’elles se sentent malades. Ajoutez que, d'ailleurs, elles sentent bien mieux, comme le fait judicieusement remarquer Fournier, la nécessité de se traiter pour un chancre simple, maladie douloureuse, aiguë, inquiétante et non susceptible de passer inaperçue, que pour un chancre infectant, peu douloureux, ne donnant lieu qu’à une réaction locale insignifiante, et des accidents éloignés d'une maladie qu’elles croient toujours éteinte, accidents souvent légers, indolents, n’éveillant que peu ou pas l’attention, et pouvant même être ignorés de bonne foi. Cette classe de prostituées est donc plus dangereuse que la première en ce qu’elle donne plus souvent la vérole.

Le chancre simple est-il solitaire ou multiple?

— Le chancre simple peut-être solitaire ou multiple. Toutefois, le chancre simple solitaire est exceptionnel; le plus souvent il est multiple.

Les chancres peuvent être solitaires ou multiples d’emblée, c’est-à-dire que le malade peut en voir apparaître plusieurs en même temps ; leur multiplicité dans ces cas est expliquée par l’état de l’organe sur lequel ils se développent, et qui est toujours le siège d'érosions ou d’excoriations multiples au moment de la contagion. Alors chaque solution de continuité est inocculée et fournit un chanere.

Les chancres peuvent aussi devenir multiples jziccessivement, c’est-à-dire que le malade, après un certain temps de durée de l’ulcération première, voit apparaître de nouveaux chancres développés au voisinage des premiers, ou sur une autre partie du corps, par suite du transport, par un moyen quelconque, du pus chancreux sur ces régions. Dans ce cas, les chancres multiples sont dits chancres éCinoculation de voisinage ou d'auto-inoculation. Ils se produisent toutes les fois que le pus chancreux est mis en contact avec un point quelconque de la peau ou de la membrane muqueuse dénudée de son épiderme.

D’après ce que nous venons de dire, il est facile de concevoir qu’on doit rencontrer les chancres 4 multiples d’inoculation de voisinage, de préférence dans certaines parties du corps qui sont, chez l'homme, la région glando-préputiale, surtout dans les cas de phimosis et chez la femme, la région de l’anus principalement.

Il est à remarquer, et cette remarque est le résultat de nombreuses observations personnelles, •' que les chancres simples développés par inocculation de voisinage diffèrent de ceux d’où ils dérivent.

Us prennent généralement une moins grande extension, ulcèrent peu les tissus sur lesquels ils siègent, ; ont une durée plus courte et guérissent plus vite |

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que les chancres de première formation, souvent même avant eux, quoique leur étant postérieurs.

Le médecin peut facilement reconnaître par la simple observation, si les chancres se sont développés successivement. D'ailleurs, le plus souvent, le malade lui-méme, par ses explications, éclaire précieu.sernent le médecin en lui disant : « Pendant plusieurs jours, je n'ai eu que deux chancres ; puis, au bout d’un certain temps, j'en ai vu de nouveaux se former autour des premiers. » Ce qui est facile à vérifier, le caractères variant avec l’âge des chancres, et leur période de début, de progrès, d’état ou de réparation.

Voici, au sujet du nombre des chancres simples, les résultats très significatifs de plusieurs statistiques dressées par Ricord, Debauge et Fournier, et portant ensemble sur un total de 568 individus affectés de chancre simples multiples. Ces 568 malades sont répartis de la manière suivante :

Malades preseutant ii chancres simples 104

— — 4 k 6 chancres simples. . ^298

— 6 à 10 — — . . las

Total 568

d’où il résulte que, le plus souvent, le nombre des chancres simples varie entre 1 et 24, et que, dans la très grande majorité des cas, on observe chez les malades de 3 à 6 chancres environ. Toutefois, il peut arriver qu’un malade présente un nombre de chancres bien plus considérable que ceux que nous venons de citer. C’est ainsi qu’en 1868 nous avons vu dans le service de Fournier, à Lourcine, une femme qui en présentait le nombre prodigieux de 75! (L’observation est consignée dans notre livre : Le chancre simple chez Vhomme et chez la femme, in-8. Paris, 1872).

Où siège le chancre simple? — On peut rencontrer des chancres simples sur toutes les parties du corps, envisagés au point de vue de leur siège, on les a di\isés en génitaux et extra-génitaux.

Chancres géni taux chez l’homme. — Chez l’homme, le chancre simple génital a presque toujours son siège sur le gland et le prépuce. On le rencontre très souvent dant le sillon balano-préputial, c’est-àdire derrière le gland, dans le voisinage du frein, et sur le frein lui-même. 11 est moins fréquent sur la /ace interne du prépuce, sur le limbe, et surtout sur le gland, principalement sur les sujets circoncis; enfin, il est très rare sur la surface interne ou cutanée du prépuce.

Les chancres simples du méat urinaire ne sont pas très fréquents; ils peuvent siéger sur les deux lèvres de l'orifice uréthral, ou seulement sur une. On les rencontre de préférence chez les individus dont le prépuce est très long, et surtout chez ceux qui ont déjà d'autres chancres siégeant sur le sillon.

4 l.es chancres du méat peuvent pénétrer plus ou moins avant dans le canal et donner alors naissance à des chancres appelés intra-urélhraux, qui siègent d’ordinaire dans la fosse naviculaire. Toutefois, nous devons dire que ces chancres sont très rares, et plusieurs spécialistes distingués n’en ont

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jamais rencontre dans leur pratique et ont nié leur existence.

Les chancres du scrotum sont, de tous les chancres génitaux, ceux qu’on rencontre le plus rarement; ils sont presque toujours consécutifs et dus à des auto-inoculations de voisinage.

Chancres génitaux chez la eemme. — Chez la femme, le siège de prédilection du chancre simple est la muqueuse vulvaire. Parmi les chancres de la vulve, ceux qu’on observe le plus souvent dans la pratique, sont les chancres de la fourchette et ceux de la fosse naviculaire. D’après nous, les raisons de cette fréquence se trouvent : 1« dans la fréquence même chez l’homme du chancre du frein, qui, dans le co'it normal, se trouve naturellement en contact avec ces deux organes; 2® dans la facilité avec laquelle les érosions et les écorchures peuvent se produire pendant le co'it; 3® enfin, dans la facilité qu’a le virus de se déposer dans les replis de la muqueuse et d’y séjourner pendant un temps assez long.

Après les chancres de la fourchette et de la fosse naviculaire viennent, par ordre de fréquence, les chancres du méat urinaire, qui, d’après les observations du docteur Debauge, pénètrent assez souvent à une certaine profondeur dans le canal de Turèthre; les chancres des grandes et des petites lèvres, ceux de Ventrée du vagin, du vestibule, des caroncules, du clitoris, etc.

Les chancres du vagin sont très rares. Debauge n’en cite que 7 cas et, pendant son long séjour à Saint-Lazare, Clerc n’en a rencontré que 8 ou 10, qui étaient situés à l’extrémité supérieure du vagin, dans le voisinage du col, et co’incidaient, pour la plupart, avec un chancre du col de l'utérus.

A propos de ces derniers, les avis sont partagés. Les uns prétendent qu’ils sont assez communs; les autres, parmi lesquels Debauge, qui n’en cite qu’un cas, et Fournier, disent qu’ils sont très rares. Pour ma part, je me range de l’avis de ces derniers, car je n'en ai encore observé aucun, pas plus à Lourcine qu’au Dispensaire de salubrité et que dans ma clientèle.

Enfin le chancre simple peut quelquefois siéger jusque dans la cavité meme de l’utérus. On ne connaît qu’un seul cas de chancre simple occupant le corps de l'utérus seul; il a été observé par M. Coinbal, à Montpellier.

Chancres extra-génitaux. — Nous les étudierons en même temps chez l’homme et chez la femme. Et d’abord, constatons d’une manière générale qu’ils sont bien plus fréquents chez la femme que chez l’homme. En nous appuyant sur diverses statistiques, nous voyons que sur 3,193 chancres simples observés chez l’homme, 59 seulement étaient extragénitaux, tandis que sur 206 chancres observés chez la femme, on en comptait 40 extra-génitaux !

Après les organes génitaux, c’est sur la région anale qu’a été constaté le plus grand nombre de chancres simples. Les traités spéciaux et les recueils périodiques en renferment une cinquantaine d’observations.

I.es chancres de Vanus s’observent bien plus souvent chez la temme que chez l’homme, puisque, sur les 28 chancres observés dans cette région, 25 l'ont

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été chez des femmes, et 3 seulement chez l’homme.

Cette fréquence tient à plusieurs raisons : d’abord à la structure anatomique de la femme. Chez elle, en effet, les organes génitaux sont très voisins de la région anale, et le pus des chancres vulvaires et vaginaux peut ainsi se répandre très facilement sur le périnée et les environs de l’anus. De plus, surtout chez les femmes grasses, l’anus est souvent le siège d’érosions, que le pus des chancres génitaux, lorsqu’il s’y dépose, transforme en chancres consécutifs, produits par auto-inoculation. Enfin, il faut bien avoir le courage de l’avouer, la principale cause de la fréquence du chancre simple de l’anus, chez la femme, c’est le peu de moralité qui règne souvent dans les rapports sexuels, et le développement assezgrand des rapports a venere præpostera, chez les filles publiques.

Cette dernière raison ne peut être invoquée pour l’homme, car c’est par exception qu’il se soumet au rôle passif dans ces actes d’odieux libertinage; généralement il joue un rôle actif qui exclut chez lui les chances d’infection anale.

A propos du chancre de l’anus, le professeur Tardieu, a noté une particularité importante au point dejvue médico-légal. « Ces ulcérations étant presque toujours la conséquence des rapports contre nature, dit l’éminent médecin-légiste, il n’est pas rare de les voir siéger du même côté sur l’organe passif et sur l’organe actif; ce qui est le contraire de ce que l’on observe dans les cas de rapprochements naturels entre les deux sexes, et ce qu’explique suffisamment la différence de position. J’ai noté plus d’un exemple de ce genre, dans lequel la vérité jaillissait, pour ainsi dire, de la simple comparaison des deux individus soumis à l’examen. »

Les chancres simples de la région anale occupent soit la marge de l'anus, soit Xorifice anal, et plus particulièrement la ligne médiane, en avant et en arrière. Rarement on les voit siéger au-dessus du sphincter. Ils passent inaperçus lorsqu’ils sont petits, cachés qu’ils sont par les replis de la membrane muqueuse ; mais, dans le plus grand nombre des cas, ils s’étendent jusque sur la paroi qui entoure l’anus.

Les chancres simples peuvent encore se développer sur les différentes parties des membres et du tronc. C’est ainsi qu’on en a observé à la partie interne des cuisses, à la face antérieure de la jambe, ainsi que nous en rapportons un exemple personnel au chapitre consacré à l’étiologie; à la face dorsale du pied, aux orteils, aux mains et aux doigts. Clerc en a observé un entre les seins, chez une femme galante, dont les réponses embarrassées à ses questions, sur son mode de formation, lui firent assez comprendre qu’elle ne l’avait pas contracté en se grattant. On en a rencontré encore au thorax, à l'abdomen, sur le nombril, et enfin dans la région inguinale. Presque toujours les chancres qui siègent sur les diverses parties que nous venons d’énumérer sont des chancres consécutifs produits par des inoculations de voisinage, ou par des auto-inoculations.

Chancre céphai-iqce. — Jusqu’à présent nous n’avons pas parlé du chancre de la tête. Jusqu’à ces dernières années, la presque unanimité des syphili-

graphes a cru que la tête était à l’abri de la contagion du chancre simple. Aujourd’hui cette opinion n’est plus soutenable, car l’expérimentation et un certain nombre d’observations cliniques rigoureusement relevées ont démontré d’une manière irréfutable que la tête n’est nullement à l’abri de la contagion du chancre simple. Ainsi Clerc, Puche et Millet ont rencontré chacun un chancre simple de la lèvre inférieure situé sur la ligne médiane ; Bois de Loury et Costilhes ont vu un chancre simple de l'angle interne de l’œil droit. Enfin moi-même, pendant le siège, j’ai eu l’heureuse bonne fortune d’observer un chancre simple de la région céphalique siégeant sur la lèvre inférieure au milieu de la partie située entre la ligne médiane et la commissuregauche, et qui est rapportée dans mon livre {Le chancre simple chez l'homme et chez la femme, in- 8®, 1872. Paris), où j’ai traité à fond la question du chancre céphalique.

A quoi tient cette grande rareté des chancres céphaliques? A ce que, à moins d’accidents, ils ne peuvent guère se communiquer que par le coït buccal. Or il est aisé de comprendre que tout individu qui aura sur la verge un ou plusieurs chancres simples ne sera guère tenté de se livrer à ce rapprochement anormal. D’un autre côté, il est peu probable que la femme, après examen préalable des parties, consente à se prêter à cet exercice pornographique.

Quelle est la cause du chancre simple? — Pendant longtemps on a cru que le chancre simple reconnaissait la même cause que le chancre infectant; le virus syphilitique, dont l’action se généralise ou se localise, suivant que certaines conditions physiologiques ou pathologiques se produisent ou non. Nicolas Massa, Thierry de Héry, Fallope, Nicolas de Blégny, Astruc, Fabre, limiter parmi les syphiligraphes des quatre derniers siècles ; Lagneau, Cazenave, Gibert, Vidal de Cassis, Cullerier, Bavasse, Melchior Robert, Langlebcrt, parmi les contemporains, ont aussi attribué le chancre simple à la même cause que le chancre infectant, c’est-àdire au virus syphilitique. Nous ne sauriens partager cette opinion, que nous rangeons au nombre des vieux errements des temps passés. La science moderne, exclusivement fondée sur l’observation et l’expérimentation, a reconnu dans le chancre simple une maladie spécifique dont le développement est dû à l’action exclusive d’une cause spécifique. Bassereau, dès 1852, puis Clerc, Dron, Diday, Rollet, Fournier, ont démontré d’une façon irréfutable que le chancre simple est toujours occasionné par un chancre simple, et le chancre infectant par un chancre infectant ; qu’il y a donc deux sortes de chancre qui constituent deux maladies distinctes. Ils ont établi, en un mot, le dualisme chancreux admis aujourd’hui par la presque universalité des syphiligraphes, Ricord en tête.

Le chancre simple n’est donc jamais le résultat d’un travail morbide spontané. Il ne constitue pas une manifestation héréditaire, comme certains accidents syphilitiques, ce qui se conçoit très bien, puisque étant une maladie locale, il ne crée pas une diathèse, un état constitutionnel qui puisse se transmettre par l’hérédité. Il dérive toujours d’une cause extérieure accidentelle, d’un contact, d’une

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contagion. C'est exclusivement par la contagion et par V inoculation, qui est une contagion artificielle, que le chancre simple se transmet et se propage.

Comment se produit cette contagion? Dans la presque totalité des cas — 99 lois sur 100, — la contagion du chancre simple est déterminée par un commerce vénérien. Toutefois l’origine du chancre simple n'est pas toujours et fatalement vénérienne, et celui-ci peut se développer indépendamment de toute condition inhérente au co'it. Pour le (diancre simple, comme pour le chancre syphilitique, il suffit de l’application du pus virulent sur les tissus, de ((uelque façon qu’elle se produise d’ailleurs, pourvu toutefois que ces tissus se trouvent dans des conditions de réceptivité qui les rendent propres à subir l'influence du pus contagieux.

La contagion peut se produire de par tous les contacts possibles et imaginables. Ainsi un malade aft'ecté de chancres simples à la verge peut s’inoculer, en se pansant, un chancre à la main et principalement au doigt. 11 suffit pour cela que celui-ci soit le siège au niveau de l’ongle d’une ewm’e, et que le pus la touche. On a observé des malades qui, en se grattant le dos, la poitrine, la figure, les pieds, etc., avec leurs doigts souillés de pus, ont déterminé des chancres sur ces diverses régions. L'est ainsi que M. Desprez nous a dit avoir vu à l.ourcine une femme atteinte de chancres simples à la joue, déterminés par les égratignures d’une autre femme du service qui avait volontairement imprégné ses doigts de pus.

Parfois des individus sains peuvent attraper des chancres par contagion médiate. Ainsi, pendant le siège de Paris, nous avons donné nos soins à un jeune mobile de l’Hérault, atteint d’un chancre simple à la face antérieure de la jambe droite, oi’i il avait une écorchure résultant d’une chute, et qu’il prétendait avoir attrapé avec son camarade de lit. Ce dernier, qu'il me conduisit et que j’examinai, présentait en effet trois superbes chancres du prépuce suppurant très abondamment. Dans ce cas, la jambe du premier malade avait évidemment touché pendant le sommeil ou les parties génitales du second, ou un endroit de sa chemise, ou les draps souillés du pus de ses chancres.

Tout le monde sait que Uicord et Puche ont gagné un chancre phagédénique du pouce et de Tin- I dex, en explorant les parties génitales des femmes ! malades de leurs services. On se rappelle aussi ces I deux internes de l’Antiquaille, de Lyon, qui contractèrent des chancres simples des doigts par contagion médiate en accouchant des femmes du ser- ^ice, et dont l'un fut suivi d’un bubon de l’aisselle qui suppura et fut ouvert.

Mien plus, il n’est pas même besoin d’un substratum vivant pour que la contagion puisse s’exercer. Lelle-ci peut se faire par l’intermédiaire d’un corps inanimé (luelconque, imprégné du pus chancreux, ^linge, charpie, instruments de chirurgie, etc... Les exemples de ce mode de contagion que possède la • science ne sont pas très rares... Vinsi, nous trouxons dans Fabrice de llildim l’histoire d'une noble I demoiselle (|ui, âgée de la ans, et fai.sant le carna- I \ al avec des seigneurs, changea d’habits avec un ) jeune homme et eut des ulcères chancreux aux par-

1 niC.TIONNAIIlR POPll.AIRK IIR XlénCCrtE VSCEU.TÎ.

lies génitales, par le seul attouchement des culottes. Fournier a eu un client, sur la véracité duquel il fait absolument foi, qui contracta un chancre en se lavant dans la même eau où un de ses amis, affecté de chancres, s’était lavé quelques instants auparavant. Ce fait s’explique très bien, car ce n’est pas dans la quantité, mais dans la qualité du pus virulent, que réside la propriété contagieuse, ainsi que l’a démontré Puche, en produisant des chancres avec une goutte de pus mélangé à un demi-verre d’eau.

Les annales ds l’hôpital du Midi renferment plusieurs observations de plaies simples résultant de circoncisions qui se sont inoculées et transformées en ulcères chancreux, soit parce que l’on s’était servi, comme je l’ai vu en 1868 dans le service de Simone!, de ciseaux ayant servi à débrider un phimosis et mal essuyés par l’infirmier; soit parce que les serres-fines employées pour réunir la plaie avaient déjà servi quelque temps auparavant, ainsi que cela est arrivé à 'Vidal de Cassis et n’avaient pas été nettoyées, soit enfin parce que le malade ou l’infirmier avaient employé, par mégarde, pour panser la plaie, de la charpie souillée du pus d’ulcères chancreux.

Enfin, il est un mode, e.xtrêmement curieux, mais fort rare, de contagion médiate : c’est celui dans lequel un Individu sain semble recevoir un chancre d’un autre individu sain lui-même! Ainsi il peut arriver qu’un individu contracte des cliancres simples avec une femme .saine, mais qui, peu d’instants avant, aura eu des rapports avec un individu affecté de chancres simples. Dans ce cas, le vagin sert de réceptacle au virus, et la femme, d(!meurant indemne, ne fait, comme l’a dit Culhnâer, que servir de, véhicule au virus et favorise à .son insu une contagion médiate.

Ce genre de contagion avait été signalé par Nicolas de Blégny, qui écrivait, dès 1674, les lignes suivantes : « Quelques femmes qui ont esté trouvées saines n’ont pas laissé de gaster les liommes qui ont eu leur compagnie... Une femme peut recevoir la semence d’un homme impur et se joindre peu après à un autre, sur la verge duquel cette matière' corrompue pourra s’attacher et y faire une impression pernicieuse, quoique ensuite de cela, cette mesme femme puisse rejeter tout ce qu’elle aura reçu de l’un et de l’autre sans estre endommagée. »

Àstruc, Cullerier, Ricord, Puche, ont corroboré par des expériences et des observations cliniques l’opinion de Nicolas de Blégny. Il est donc parfait('ment évident que la contagion médiat(' par l’intermédiaire d’un individu, homme ou femme, resté sain, existe. Toutefois, je dois dire qu’on la ri'iicontre fort exceptionnellement, et les médecins devront se tenir en garde contre les individus qui exploitent cette variété pour dissimuler la source véritable de leurs chancres.

Nous avons \u que le chancre se produit toujours par contagion, c’est-à-dire par h; contact du pus chancreux sur un point quelconque de la surface cutanée ou muqueuse du corps humain. Il nous reste à savoir maintenant si cette contagion du pus chancreux donnera toujours lieu à la production d’un chancre. Autrement dit, quelles sont

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les conditions que réclame la contagion pour s'exercer? Ces conditions peuvent être classées en deux grandes catégories : celles qui tiennent aux tissus sur lesquels le pus est déposé, et celles qui tiennent à la matière virulente elle-même. Nous les examinerons successivement.

Et d'abord les conditions qui tiennent aux tissus sur lesquels le pus est déposé. 11 faut, avons-nous dit plus haut, pour que le chancre se produise, que les tissus sur lesquels est déposé le pus chancreux présentent des conditions de réceptivité, qui les rendent propres h subir son influence. « Or, dit avec raison Ricord, la condition la plus favorable à la contagion est une solution de continuité, une éraillure, une plaie d'origine quelconque, surtout récente, siégeant sur les organes qui se trouvent exposés. C'est, en effet, sur les parties les plus susceptibles de se laisser déchirer, en raison soit de la (inesse des tissus, soit de dispositions anatomiques spéciales, que nous voyons le chancre se développer le plus souvent. Cela explique, par exemple, sa prédilection pour la commissure inférieure de la vulve, pour le frein, pour la muqueuse préputiale, etc... Supposez, au contraire, qu’une partie des téguments, bien intact(îet recouverte d’un bon épiderme, soit exposée, durant un temps plus ou moins long, au contact du pus virulent ; ce contact sera presque à coup sûr sans résultat, et la contagion ne se produira pas. C’est grâce à l’immunité des surfaces exemptes de toute érosion et pourvues d’une doublure épidermique résistante, qu’il nous est permis de toucher et de manier chaque jour un grand nombre de chancres sans subir nous-mêmes la contagion. La même raison nous explique encore comment l’on peut échapper à la contagion dans un rapport avec une femme affectée de chancres. Cette immunité s’étend même aux muqueuses que recouvre seulement un épithélium beaucoup moins épais et plus facilement vulnérable. » Nous avons hâte d’ajouter, après cette citation d'un grand maître, qu’il ne faudrait pas se figurer que la jiénétration du pus tirulent ne peut se faire que par des solutions de continuité, on tomberait dans une grave erreur. Le pus chancreux peut lui -même ouvrir la brèche nécessaire à son action spécitique. Il suffit pour cela qu’il reste un certain temps en contact avec la muqueuse, surtout si elle est délicate et fine. Le virus, très âcre, très irritant, détermine une excitation analogue à celle que produisent toutes les substances irritantes que l'on applique sur les tissus. Son premier effet est une irritation simple, puis survient un érythème, puis une érosion, puis enfin l’ulcération caractéristique. 11 est aisé de comprendre que les chancres développés par ce dernier genre de contagion sont plus longs à paraître que ceux qui naissent sur une surface cutanée ou muqueuse dénudée, et que leur apparition est subordonnée au plus ou moins de finesse des tissus sur lesquels le pus a été déposé.

Il nous reste, pour terminer cette question de la contagion, à dire quelques mots des conditions (jui tiennent à la matière virulente elle-même.

Tout pus provenant d’un chancre simple est-il contagieux? Oui, à condition (pfil n’ait pas subi d’altération. La quantité du pus est indifférente,

puisque nous avons vu M. Puche produire du chancre avec une goutte de pus mélangé à un demiverre d’eau. L’âge du pus est aussi indifférent, puisque Ricord a pu conserver le pus virulent, dans des tubes très bien fermés, pendant dix, quinze et même dix-sept jours, sans lui rien enlever de ses propriétés virulentes. Nous lisons même dans un ouvrage de Sperino un fait qui prouve que le pus de chancre peut conserver pendant très longtemps ses propriétés contagieuses, alors même qu’il est desséché. « Une lancette, — dit l’éminent syphiligraphe italien, — dont je m’étais servi pour une inoculation, n’avait pas été essuyée, fît se trouvait encore couverte vers la pointe d’une couche légère de pus concret ; sept mois après, je l’humectai avec de l’eau, et je fis trois piqûres qui ont donné lieu à trois chancres dont on reconnut la virulence. »

Plusieurs expérimentateurs ont cherché si les liquides pathologiques sécrétés par l’individu malade peuvent modifier le pus chancreux, l’altérer et lui enlever ses propriétés virulentes et contagieuses. Us (îiit pratiqué des inoculations avec le pus mélangé au muco-pus de l’uréthrite, de la vaginite, de la balanite, et jamais le pus chancnuix n'a été altéré dans sa composition, jamais il n’a perdu sa^iru- Icnce, puisque toutes les inoculations ont été positives.

On a aussi voulu voir si les liquides normaux .sécrétés par l'économie ne modifieraient pas la composition et les propriétés du pus chancreux. Pour cela, on l’a mélangé tour à tour à l’iirine, au mucus vaginal, à la salive, à la sueur, au sperme, et les inoculations faites avec ces divers mélanges ont toujours donné des résultats positifs. Donc, pas plus que les liquides pathologiques, les liquides normaux de l’économie n'altèrent le pus virulent dans sa composition ni dans ses propriétés.

.lusqu'ici la sécrétion purulente du chancre simple n'a été modifiée que : 1" par un altérant organique, la gangrène, qui détruit la propriété contagieuse du pus ainsi que l'ont démontré plusieurs inoculations pratiquées avec le pus de chancn* gangréneux, qui routes sont restées négatives ; 2" par les réactifs chimiques, tels que les acides acétique, nitrique, sulfurique, chlorhydrique, l'ammoniaque, la potasse, le vin, l’alcool, les chlorures, etc. Lors- ([u’ils sont mélangés au pus virulent, ces divers corps lui enlèvent sa propriété contagieuse, ainsi que l’ont démontré les inoculations avec le pus traité par ces liquides, qui ont toutes été iiégative.s.

Quelle est la marche ou l'évolution du chancre simple? — Nous considérerons dans l’évolution du chancre simple quatre périodes parfaitement distinctes : 1" la PÉRIODE DE DÉBUT ; — 2” la PÉRIODE DE progrès; — 3" la période d’état; — 4" la période

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