‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privéeChapitre 166 sur 238 · DOG · texte numérisé non relu

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l.a méthode de Daniel repose sur un principe invariable de physique, mais les variations individuelles du poids et du volume du poumon et les soins minutieux qu’exige son application ont empêché son emploi en médecine légale.

C. Docimasie hydrostatique par la méthode ordinaire ou de Galien. — Le procédé des anciens est le plus simple et le plus sûr de tous ceux employés pour constater que les poumons ont été dilatés par l’air et le seul qui mérite véritablement le nom de docimasie pulmonaire. Quoique ayant été indiqué par Galien dans son livre De usu 'parlium, il ne fut introduit dans la médecine légale qu’en 1663 par Itartholin et en 1682 par Schreger. 11 repose sur ce principe que, chez l’enfant qui n’a pas respiré, le poumon est plus dense que l’eau et ne doit pas surnager, tandis que, lorsque le poumon de l’enfant a été pénétré par l'air, il est moins dense que l’eau et doit par conséquent surnager.

Cette opération est extrêmement simple, mais il importe néanmoins qu'elle soit pratiquée avec le plus grand soin et que les résultats soient à l’abri de toute chance d’erreur. Voici du reste les recommandations fort simples qui nous sont fournies par Tardieu pour la pratique de la docimasie hydrostatique.

« L’expert doit se procurer un vase plein d’eau assez large et assez profond pour que les organes que l’on doit y plonger puissent s’y mouvoir librement sans en toucher les parois et sans être attirés par elles. Un seau ordinaire est parfaitement approprié à l’expérience. Le vase sera rempli d’eau à la température ordinaire. La poitrine étant ouverte, il faut saisir avec les pinces l’extrémité supérieure du larynx et de l’œsophage, les trancher d’un seul coup, et pendant que la main qui tient la pince soulève et tire en avant, raser la colonne vertébrale avec le scalpel en détruisant toutes les attaches jusqu’à ce qu’arrivé au diaphragme, on ramène l’insstrument horizontalement d’arrière en avant et l’on détache ainsi d’un seul coup la masse des viscères contenus dans la cavité thoracique. Sans lâcher la pince qui les tient on les porte immédiatement et tous ensemble dans le vase plein d’eau et on les y abandonne à eux-mêmes. »

Contrairement à plusieurs auteurs, Tardieu pense qu’il n’est pas nécessaire de pratiquer la ligature préalable de la trachée et des vaisseaux. Cette opération ne peut qu’augmenter sans utilité la longueur et les difficultés de l’expérience ; la quantité de sang qui s’écoule est trop peu considérable pour faire varier notablement le rapport du poids au volume du poumon.

Lorsque les organes thoraciques sont ainsi plongés tons ensemble dans l’eau , on constate s’ils surnagent ou s’ils tombent au fond. On prend à cet égard des notes exactes, en signalant le plus ou moins de rapidité avec laquelle ils tombent, s’ils descendent jusqu’au fond ou s’ils restent suspendus à une certaine hauteur dans le liquide.

On répétera ensuite l’expérience en séparant les poumons des autres organes. On pratique la docimasie sur les poumons séparés du thymus et du cœur, sur chaque poumon, sur chaque lobe et même sur des fragments de la grosseur d’une amande, en

ayant soin de signaler les résultats obtenus pour chaque fraction de tissu.

Les résultats immédiats de la docimasie peuvent se ramener à deux cas : ou la masse surnage ou elle gagne le fond du récipient. Nous allons successivement passer en revue les particularités les plus importantes qui se rattachent à chaque cas.

a. Le poumon surnage. — Tardieu fait justement remarquer que le médecin légiste qui conclurait d’emblée que la masse surnage parce que les poumons ont respiré s’exposerait quelquefois à une grossière erreur. Trois circonstances peuvent, en effet, produire la pénétration des gaz dans le poumon et, par suite, la surnatation, ce sont ; la respiration naturelle, la putréfaction, qui donne lieu au développement de gaz putrides et l’insufflation, procédé souvent employé au moment de la naissance pour rappeler l’enfant à la vie.

11 est en effet incontestable que la putréfaction peut faire surnager les poumons, mais il faut dire que, surtout chez le nouveau-né, elle ne gagne que très tardivement les poumons. On a vu des cadavres d’enfants restés dans l’eau pendant des mois, sur lesquels les résultats de l’épreuve docimasique n’étaient nullement altérés par la présence des gaz putrides ; mais il est à remarquer que , aussitôt retiré de l’eau, le cadavre entre dans une décomposition rapide et, comme il s’écoule souvent plusieurs jours avant que l’autopsie soit possible, l’expert trouvera souvent de l’emphysème putride chez les nouveaux-nés qui auront longtemps séjourné dans l’eau. Le poumon qui a subi un commencement de putréfaction se reconnaît à la présence de bulles nombreuses groupées à la surface du poumon et particulièrement vers la base. 11 faut alors percer chacune de ces bulles et donner issue au gaz en exerçant sous l’eau une légère pression. La docimasie sera ensuite pratiquée d’après les indications que nous avons données plus haut.

On ne connaît pas encore de cas où l’insufflation ait été une cause d’erreur dans la pratique médicolégale, mais comme il est nécessaire que l’expert soit à même de reconnaître les poumons insufflés, nous allons en retracer les principaux caractères. L’insufflation peut, en effet, produire la surnatation, mais le poumon insufflé se distinguera par sa couleur rosée uniforme et par la petite quantité de sang contenue dans le parenchyme pulmonaire. Ce dernier caractère est important car l’introduction artificielle de l’air ne produit pas, comme dans la respiration naturelle, l’afflux du sang et si l’on exprime un petit fragment de poumon sous l’eau, on ne fait sortir que de l’air, mais pas de sang.

Dans un castrés intéressant observé par M. Herbet, d’Amiens, un poumon fœtal qui avait subi la congélation a surnagé pendant quelques instants et n’a. gagné le fond du vase qu’après avoir séjourné dans de l’eau chaude. Il suffit d’être prévenu de ce fait pour éviter cette cause d’erreur.

Le séjour dans l’alcool peut également donner au poumon fœtal une plus grande légèreté spécifique et le faire surnager pendant quelques instants. Dans un cas rapporté par Tardieu, le premier expert avait conclu que la respiration n’avait pas eu lieu, tandis que cinq jours plus tard, alors que les pou-

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