‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privéeChapitre 19 sur 238 · AIX · texte numérisé non relu

AIX

Aïs

le creux de l’aisselle est presque nul. 11 en est de même lorsque le bras est fortement relevé ; mais lorsque le bras est dans une adduction moyenne et que les muscles se contractent, le creux de l’aisselle est très accusé et peut atteindre une profondeur de 4 centimètres. ,

La peau de l’aisselle est fine, mince, délicate, brunâtre, couverte de poils à partir de l’âge de puberté, et pourvue d’un nombre considérable de glandes sudoripares qui sécrètent une sueur alcaline particulière, plus ou moins abondante, suivant les individus, odorante et âcre, assez active pour attaquer le

tissu des vêtements et le décolorer. Cette peau est toujours appliquée et retenue contre la face profonde de l’aisselle au moyen d’une espèce de bride particulière qui s’attache à la partie de l’omoplate appelée apophyse coracoïde.

En portant le doigt dans le creux axillaire, on peut sentir à travers la peau, chez les personnes qui ne sont pas trop grasses, les ganglions lymphatiques très nombreux, la tête de l’humérus, les nerfs du plexus brachial et les battements de l’artère axillaire.

Pathologie. — On observe dans l’aisselle des abcès superficiels, profonds ou par congestion, différentes tumeurs, des anévrismes de l’artère axillaire, des varices de la veine axillaire, des adénites. Les glandes sudoripares peuvent se tuméfier. Enfin, la peau de 1 aisselle est souvent le siège d’un eczéma chronique très désagréable. (V. ces mots.)

Bandages de l’aisselle. — On peut appliquer à l’aisselle divers bandages, parmi lesquels nous signalerons le croisé du cou et de Vaisselle et la cravate bi-axillaire.

Le croisé du cou et de Vaisselle est un bandage en 8 de chiffre dont un des anneaux, le plus grand, embrasse l’aisselle et l’autre le cou. 11 nécessite une bande large de 4 à 5 centimètres et longue de 4 mètres environ.

Supposons qu’on veuille l’appliquer sur l’aisselle droite et que l’on roule les circulaires de droite à gauche : on commence par fixer la bande par deux

circulaires autour du cou, puis on dirige les tours de bande d’avant en arrière et obliquement. Lorsqu’on a fait trois ou quatre 8 de chiffres, on termine le bandage par deux tours de bande circulaire sur le haut du bras.

Simple, d’une application facile, très solide, peu gênant pour le malade, ce bandage est très bon pour maintenir des pansements, non seulement dans l’aisselle, mais encore sur le cou et l’épaule.

La cravate bi-axillaire nécessite une cravate de 1 mètre 50 à 2 mètres de longueur. On place le milieu de la cravate dans l’alssclle du côté malade, on entrecroise les deux bouts sur l’épaule, on les porte en avant et en arrière du cou, et on les fait passer sous l’aisselle opposée, au devant de laquelle on les noue. Plus simple que le précédent, ce bandage est moins solide. D"- Paul Labarthe.

AIX (EAUX MINÉRALES D’). — Aix, autrefois capitale de la Provence , aujourd’hui sous-préfecture des Bouches-du-Rhône, possède des eaux minérales, connues dès la plus haute antiquité, mais qui n’étendent pas leur clientèle au delà de la Provence. Elles proviennent de deux sources : la source Sextius, dont la température varie de 34" à 37", et la source Barret, qui n’atteint que la température de 20* à 21". Toutes ces eaux appartiennent à

AJA

ALB

I la classe des eaux bicarbonatées calciques faible-

Iment minéralisées ; la source Sextius contenant environ O^'jlt, et la source Itarret, 0*',24 de bicarbonate de chaux par litre.

D’une limpidité parfaite, sans odeur ni saveur, les eaux d’.Ux sont légèrement stimulantes, et pour

(dire vrai, elles représentent une médication plutôt hygiénique que médicale. D" Paul Labauthe.

AIX-LES-BAINS (eadx minérales d'J. — Aix est une ( jolie petite ville de la Savoie, à trois lieues de Cham-

Ibéry, dont les eaux sont carbonatées, calcaires et sulfureuses. Elles forment deux sources distinctes, fournissant ensemble plus de 7 millions de litres I en vingt-quatre heures, ce qui permet de donner par : jour 1,200 bains, 2,000 douches et plus de 200 inha- I lations. La première, dite source de soufre, a une I température de 45“ ; la seconde, dite source d'alun, ( atteint 46“.

. Les eaux des deux sources sont limpides et inco- L lores, elles dégagent une odeur d’œufs pourris, ont 1 une odeur douçàtre, légèrement nauséabonde, et t provoquent des renvois nidoreux.

Elles sont employées en boisson, en inhalation,

Ien bains ordinaires et en bains de vapeur, en dou- I ches et en massage. Leurs effets physiologiques sont variés. Elles sont toniques et reconstituantes, exci- ' tent le système nerveux et agissent d’une façon très I marquée sur la peau et sur les muqueuses de l’ap- I pareil digestif et des voies urinaires.

Les maladies contre lesquelles les eaux d’Aix ont une efficacité réelle sont nombreuses. En première [ ligne, nous devons placer les rhumatismes, et suri: tout les rhumatismes articulaires, musculaires et [i viscéraux chroniques qui cèdent souvent aux bains,

1 aux douches en arrosoir et au massage combinés ensemble. Puis, viennent les maladies de peau, telles que les dartres, couperose, eczéma, psoriasis, etc. ; les affections scrofuleuses, les hydarthroses, les tumeurs blanches, les ulcères chroniques, les trajets fistuleux, les fausses ankylosés et autres maladies chroniques des os, etc. Le docteur Vidal vante aussi l’efficacité des eaux d’Aix contre les syphilides et surtout contre celles qui revêtent les formes squammeuse et tuberculeuse. Parmi les maladies de femmes, il faut citer la chlorose, l’hypertrophie du col de l’utérus, les déviations et les érosions, granulations et ulcères de cet organe. Le docteur Berthier dit avoir guéri à Aix des sciatiques très rebelles. Le docteur Despine conseille les eaux d’Aix aux personnes atteintes de certaines paralysies consécutives, aux rhumatismes ou à la fièvre typhoïde, et de catarrhes bronchiques. D' Paul Labarthe.

AJACCIO (STATION HIVERNALE D’). — Clicf-lieu du département de la Corse, est située par 41“ 55' 1" de latitude nord et 6“ 23' 49" de longitude est, sur une pointe qui s’avance dans la mer, au fond d’un magnifique golfe. Un amphithéâtre circulaire de montagnes granitiques et élevées, aux lignes sévères, borne son horizon ; on y arrive par une succession de collines gracieusement étagées, de la plage sablonneuse que le flot nivelle aux sommets abrupts qui gardent dans leurs ravins des neiges éternelles. Cette position topographique de la ville d’Ajaccio

nous la montre, d’abord abritée des vents du nord, jouissant des bénéfices des brises de mer et de terre qui s’établissent successivement, de son sol échauffé par les rayons du soleil à la surface des flots moutonnant sous les zéphyrs.

Les avantages climatologiques d’.âjaccio comme station d’hiver n’ont été mis en évidence que depuis une vingtaine d’années.

Voici ses principaux éléments météorologiques ; 1“ grande pureté de l’atmosphère ; 2“ vicissitudes atmosphériques peu marquées ; 3“ variations saisonnières graduées; 4“ moyenne annuelle de température très satisfaisante (t7“,55) ; 5“ moyenne de la saison d’hiver, 14°, 34; 6“ oscillations limitées de la colonne barométrique dans ses mouvements diurnes et mensuels.

Le climat tempéré d’Ajaccio, intermédiaire entre ceux de la Provence et celui d’Alger, rentre naturellement dans la catégorie des climats marins, jouissant comme eux de la plus grande uniformité et de la plus grande égalité de température. La ville offre aux valétudinaires la zone maritime, où l’air est sec, tonique, stimulant.

Dans ces conditions, il exerce une influence salutaire sur les lésions des organes de la respiration, alors que prédomine la forme torpide et lymphatique. Cette influence est surtout appréciable quand il s’agit de conjurer les prédispositions de la phtisie et de combattre les symptômes qui en constituent le premier degré. D' Prosper de Pietra Santa,

Rédacteur en chef du Journal d'hygiène.

Secrétaire général de la Société française d'hygiène.

ALBESPEYRES (vésicatoire et papier épispastiqde d’). — Le vésicatoire d'Albespeyres est un sparadrap de toile vésicante, constitué par une toile cirée très souple, recouverte sur un côté à l’aide de procédés mécaniques, d’une couche de masse emplastique dans laquelle sont incorporées les cantharides en poudre, titrées d’après un procédé spécial à l’auteur. Sur le côté vert de la toile sont des divisions en carrés de 5 centimètres de côté, dans chacun desquels est imprimée la signature Albespeyres.

La supériorité incontestable de ce vésicatoire sur les autres sparadraps vésicants ne dépend pas seulement des soins particuliers apportés à sa préparation, des procédés mécaniques à l’aide desquels la masse emplastique est étendue sur la toile et du titrage exact des cantharides employées. Tout cela assure, il est vrai, au vésicatoire d'Albespeyres une action régulière et toujours identique, en raison de la quantité constante de cantharidine contenue dans la pâte cantharidienne, de l’homogénéité de celle-ci et de son épaisseur égale sur toute la surface de la toile. Mais ce qui distingue par dessus tout, le vésicatoire d’Albespeyres de ces vésicatoii'es sans nom qu’on rencontre aujourd’hui en si grande quantité dans le commerce, c’est qu'il preiid toujours.

Le vésicatoire d’Albespeyres se conserve fort longtemps sans rien perdre de son énergie. 11 adhère facilement à la peau (en hiver, si l’adhérence était moindre, il suffirait de présenter l’emplâtre au feu pendant quelques secondes) ; il se détache de même très facilement et permet de ménager l'épiderme. La vésication se produit régulièrement dans l’espace de

ALB

ALB

six à douze heures ; dans riiumense majorité des cas, six à huit heures suffisent chez les adultes, et quatre à six chez les enfants.

Quant au papier épispastique d’Albespeyres, c’est un papier sur lequel il eut l’idée d’étendre la pommade à cantharide fréquemment employée pour entretenir les vésicatoires permanents, et qu'il proposa de substituer, ainsi préparé, à la pommade qui présentait de nombreux inconvénients pour la régularité des pansements et pour l’entretien des vésicatoires dans un état de propreté.

Ces deux produits ont acquis une réputation universelle, confirmée par les célébrités médicales de tous les pays, et sont adoptés depuis longtemps dans un grand nombre d’hôpitaux civils et dans tous les hôpitaux et ambulances militaires. (V. Cantharide, Yésicatoire.) D" P. L. Tarride.

ALBINOS. — On appelle ainsi les individus qui présentent une décoloration de la peau, des cheveux, de l’iris, etc. Cette décoloration est due à l’absence ou à la diminution des granulations pigmentaires, qui, parfois, font complètement défaut, ou manquent en certaines parties du corps du sujet, ou bien sont en moins grande quantité dans toutes les parties. L’on a cru longtemps que l’albinisme était congénital , c’est-à-dire observé dès la naissance ; mais la science moderne a recueilli des faits assez nombreux qui démontrent qu’il est souvent accidentel et apparaît dans l’àge adulte, soit lentement, soit d’une façon soudaine.

Les albinos sont très aisément reconnaissables à la couleur de leurs cheveux, de leurs cils, de leurs sourcils, de leur barbe, dont la blancheur tirant parfois sur le jaune n’est pas en rapport avec l’àge du sujet. Cheveux et poils sont fins et soyeux dans les races blanches ; ils restent crépus dans les races noires, où leur coloration est plus foncée ; ils sont blond de lin, ou de couleur jaune plus ou moins foncée.

L’œil est caractéristique , il paraît rouge , d’où l’expression populaire , l'œil d’albmos. Ce phénomène tient aux causes suivantes : l’absence de pigment à l'intérieur de l’organe a supprimé la chambre noire, et les rayons lumineux qui viennent éclairer le fond de l’œil se colorent en rouge en traversant le réseau sanguin. Cette absence de chambre noire ne produit pas seulement un effet de coloration, elle explique pourquoi les albinos fuient la grande lumière, ce qui a fait dire qu’ils voient clair la nuit, d’où l’expression de yeux de lune employée en Amérique. En effet, avec un iris transparent, le rétrécissement de la pupille n’a pas lieu, les rayons lumineux étant réfléchis au lieu d’être absorbés en grande partie par le pigment choro'îdien. L’albinos est souvent myope, mais cette myopie est loin d’être véritable, et la courte portée de sa vue disparaît chez le même sujet suivant la manière dont il regarde les objets. Enfin, l’oscillation du globe oculaire ou nystaguius (V. ce mot.) se remarque fréquemment chez les albinos, ce qui contribue encore à les caractériser; mais cette oscillation n’est pas continuelle chez tous et se produit presque toujours sous l’influence momentanée d’une lumière trop intense.

La peau du corps présente, soit généralement, soit à l’état partiel, un défaut de coloration, d’où des taches d’un blanc mat. Dans le dernier cas, quand il n’existe que des taches disséminées çà et là sur la surface du corps, les poils qui se trouvent sur ces taches sont blancs ; partout ailleurs, ils conservent leur couleur ordinaire. L’on appelle ces sujets, assez improprement d’ailleurs, homme pie, enfant pie, de même que l’on dit cheval pie.

D’autres anomalies accompagnent l’albinisme ; ainsi : des pieds plats, des oreilles irrégulières, un défaut d’harmonie dans les proportions du corps, une constitution débile, d’autres infirmités encore, le tout aisément explicable, puisque la science est d’accord aujourd’hui sur la cause de l’albinisme, dû à un arrêt ou à une insuffisance de développement.

Son traitement a longtemps préoccupé les médecins, et il faut bien reconnaître que les essais tentés jusqu'alors ont été infructueux. Il résulterait d'un très petit nombre de faits que la vie au grand air, une alimentation reconstituante, le bien-être physique et moral, ont été suivis d’une amélioration sensible; en revanche, contre l’albinisme accidentel, aucun des moyens médicamenteux n’a donné de résultat.

D'' A. Bureau.

Membre et Archiviste de la Société d’anthropologie, Bibliothécaire adjoint de l’Académie de médecine.

ALBÜGO. — Nom donné par les oculistes à une tache blanche de la cornée ou à une cicatrice de cette membrane, succédant à une kératite. (V. ces mots.)

ALBUMINE. — Chimie. ^ — On donne ce nom à diverses substances organiques végétales ou animales, ayant des propriétés physiques et chimiques fort analogues.

L’albumine animale, la seule dont nous nous occupons, se présente sous deux formes : l'albumine qui se trouve dans presque tous les liquides animaux, principalement dans le sang, la lymphe, le chyle, etc. ; celle qui forme la plus grande partie du blanc d'œuf et qui est le produit de la sécrétion des glandes de l’oviducte des oiseaux.

Cette dernière peut être considérée et étudiée comiye type. C’est un liquide visqueu-x, filant, susceptible de mousser par l'agitation, inodore, presque insipide, Iranslucide, ayant une légère teinte ambrée ; d’une réaction alcaline. Examiné au microscope, dit le professeur Koussin, l’albumine ou blanc d’œuflaisse voir des groupes d'aiguilles très déliées qui ne sont autre chose que de la margarine.

Cette albumine a pour densité 1,20. Soumise à la chaleur, elle se coagule vers 70“ centigrades, et se prend en masses blanchâtres sans que sa composi-j, tion chimique soit modifiée : elle est alors insoluble dans l’eau. Capotasse ou la soude ajoutée et. en petite quantité à l’albumine étendue d’eau, empêche la chaleur de la coaguler, tandis que ces alcalins, lorsqu’ils sont en excès, les coagulent eux-mèmes directement. Chauffée dans un tube fermé à 150”, l’albumine préalablement coagulée se redissout entièrement.

L’albumine jouit d’une propriété chimique qui la rend très précieuse en médecine. Elle forme avec

ALB

ALB

les sels métcilliqiics do mercure, de cuivre et de plomb, tels que le bichlorure de mercure ou corrosif, io sulfate de cuivre ou vitriol bleu, le sousacétate de cuivre ou vert-de-gris, le sous-acétate de plomb ou extrait de satume, des précipités insolubles qui sont presque sans action sur les muqueuses de l'estomac. Aussi constitue-t-elle uu contrepoison précieux d(î ces différents sels.

Desséchée par la chaleur au-dessous de 35", ou a l’aide d’un courant d'air sec et réduite en poudre, elle forme une masse jaunâtre quand il s'agit de l'albumine de poule ; plus blanche quand on a choisi celle d’oie ou de canard, mais, dans tous les cas, brillante, transparente et complètement soluble dans l’eau.

Usages. — L’albumine est utilisée par l’industrie dans le vernissage des tableaux, la reliure des livres, la fabrication des toiles peintes, etc. Délayée avec de la chaux, elle sert à faire un mastic qui durcit rapidement. C’est avec l’albumine qu’on colle les vins et que les pliarmaciens clarifient différents liquides dans leurs laboratoires.

La médecine utilise l'albumine sous différentes ' formes contre un certain nombre de maladies. La ‘ préparation d'albumine la plus usitée eau albumineuse, préparée en délayant quatre blancs d’œufs I dans un litre d’eau. Cette eau est lénitive, adoucis- 1 saute et employée dans les affections inflammatoires des voies digestives, telles que la dyssenterie, la diarrhée, etc., etc.

Mélangée à l’eau sucrée et à la fleur d'oranger, l'albumine est employée en gargarismes dans les cas de salivation mercurielle; mélangée à l’huile d’olive, elle constitue un liniment très utile contre les brûlures et les gerçures du sein ou des mains.

Enfin, nous avons signalé les précieux effets de I l'albumine contre certains empoisonnements. Pour administrer l'albumine comme contrepoison, il faut étendre le blanc de plusieurs œufs de deux fois leur poids d'eau : cette proportion est importante à garder, car il ne faut pas perdre de vue qu’un excès , d'albumine peut redissoudre le précipité métallique.

I On administre cette solution, par petites portions, 1 sans se préoccuper des vomissements qui peuvent survenir. Disons en terminant que ce contrepoison . est d’autant plus efficace que l’empoisonnement est I plus récent. D’’ Paul Labakthe.

ALBUMINURIE — A l’état normal, les urines ne ' contiennent pas d’albumine; toutes les fois qu’elles ' en renferment, on dit qu’il y a albuminurie. La j proportion d'albumine contenue dans le sang, c’està-dire dans le sérum et dans les globules, est de 70 p. 1,000: dans l’albuminurie, on peut dire que la ! filtration de l’albumine du sang n’est pas seule en I cause, mais que la maladie est aussi le résultat d’une déviation profonde du mouvement nutritif, qu’il existe un trouble notable dans l’absorption,

I l’assimilation et la désassimilation des matières . albuminoïdes.

L’albuminurie peut, dans beaucoup de maladies, n’ètre considérée que comme un phénomène conco I mitant, une conséquence découlant de perturbations ' multiples de l’organisme; elle peut, au contraire, i Constituer une maladie particulière, et peut se mon*

trer sous la forme aiguë ou chronique, la première précédent quelquefois la seconde dans l’évolution morbide; c’est à un auteur anglais, Bright, qu’on est redevable des premières notions sur cette maladie, surtout dans sa forme chronique ; aussi désigne-t-on fréquemment cette maladie sous le nom de 7nal de Bright.

Les conditions qui engendrent l’albuminurie sont extrêmement nombreuses :

r Elle peut être la conséquence d’une mpdification apportée dans le mécanisme de la circulation du rein ; le plus habituellement, par exemple, il s’agit d’une augmentation de la tension dans les veines rénales, c’est ainsi qu’on peut s’expliquer la fréquence de l’albuminurie, dans certaines affections du cœur, et en particulier dans les lésions gauches du cœur, et dans les insuffisances de la valvule tricuspidienne ; toute asysiolie cardiaque s’accompagne d’albuminurie, dans la bronchite chronique, {'emphysème, les pneumonies étendues, les mêmes conditions pathogéniques se rencontrent. L’albuminurie à frigore que fou observe si fréquemment, et qui constitue l’albuminurie aiguë, reconnaît la même cause; le corps refroidit rapidement ; il en résulte une augmentation notable delà tension vasculaire, et par suite une excrétion albumineuse, provenant en même temps d’une congestion intense -rlu rein ;

2® L’albuminurie peut être la conséquence d’une fièvre éruptive qui amène une perturbation notable dans la fonction dévolue à la peau, comme moyen puissant d’élimination ; on sait qu’on peut rendre facilement albuminuriques certaines espèces animales en couvrant leur surface extérieure d’un vernis imperméable. La scarlatine est sui\ie fréquemment d’albuminurie; celle-ci peut ne se montrer que quarante Jours après le début de l’éruption. Dans les varioles confluentes et cohérentes, dans certains cas de rougeole, dans les érysipèles étendus, dans les cas de vastes brûlures, on peut également observer l’albuminurie pour les mêmes motifs;

3" Dans les maladies qui s’accompagnent d’une altération du sang, l’albuminurie est presque la règle; on l’observe dans la diphtérie infectieuse, le typhus la fièvre typhoïde, le choléra, la fièvre jaune, dans les cas de fièvre paludéenne invétérée, dans l’empoisonnement par le phosphore, etc. ;

4“ Enfin, certaines maladies chroniques, certaines intoxications s’accompagnent de lésions du rein qui fatalement se traduisent par l’albuminurie. Je citerai surtout, dans cette classe, la scro/ulose, la tuberculose, la goutte, la syphilis, Yalcoolisme chronique ; dans ces diathèses, dans ces maladies générales, les reins présentent des altérations variées, qui ont reçu le nom de néphrites. (V. ce mot.)

Les symptômes de l’albuminurie varient beaucoup selon qu’on observe la forme aiguë ou la forme chronique. Dans la première, le début jieut être brusque, précédé d’un frisson intense, d’une douleur très violente à la région lombaire. Vingtquatre heures après, on peut observer des modifications dans l’aspect des urines; elles sont moins abondantes, quelquefois sanguinolentes ou ayant une coloration très foncée. Bientôt apparaît l’œdème de la face, qui commence habituellement par les

ALB

ALB

paupières, puis Tœdème se généralise, et la maladie va suivre son évolution. Dans la forme chronique, le mode de début est beaucoup plus obscur, tantôt les phénomènes ont une certaine ressemblance avec ceux de l’anémie, il y a quelques troubles digestifs, tels que, anorexie, nausées, ou bien, ce qu’on observe assez fréquemment, le malade éprouve tout d’abord des troubles visuels, de Y amblyopie ou des troubles auditifs, avant qu’on ait pu supposer une altération des reins. Dans quelques cas, le malade est pris brusquement d’un œdème de la glotte ou d’une bronchite de forme congestive; dans ces cas, l’examen des urines révélera la nature de la maladie.

Le plus ordinairement, les malades accusent une céphalalgie intense, des étourdissements; rarement dans la forme chronique les malades se plaignent des douleurs à la région lombaire ; les paupières sont bouffies, l’œdème occupe, le soir, les malléoles, puis, au bout d’un certain temps, envahit progressivement les jambes, les cuisses, les bourses; les membres inférieurs deviennent énormes, le malade ne peut plus rester étendu, passe ses nuits sur un fauteuil; de temps à autre surviennent sur la peau des Jambes des poussées A' érythème, et il n’est pas rare d'observer des érosions de la peau, qui deviennent le siège d’un suintement abondant, lequel vient momentanément apporter un notable soulagement au pauvre patient.

L’œdème envahit les cavités séreuses; la cavité péritonéale, les plèvres, le péricarde se remplissent d’une sérosité plus ou moins abondante. La nutrition ne se faisant plus, les forces s’affaiblissent de jour en jour, les poumons s’infiltrent, l’œdème pulmonaire apparaît, et conjointement surviennent des troubles du côté du cœur. Des hémorrhagies abondantes peuvent survenir, par suite des altérations du sang; surtout par suite de la diminution notable des globules et de la fibrine. On peut observer des rémissions d’assez longue durée, dans la forme chronique de l’albuminurie, mais tôt ou tard apparaissent les signes révélateurs d’une intoxication générale. (Voir Urémie).

Dans le début de la forme chronique, on observe que les urines sont assez abondantes ; elles sont claires, transparentes, moussent facilement, conservent des bulles pendant assez longtemps. Les urines chauffées, se coagulent rapidement, l’acide nitrique y détermine également un précipité plus ou moins abondant. 11 est de la plus grande importance de noter chaque jour, la quantité d’urine rendue, car si elle reste normale ou à peu près, on n’a pas à redouter d’accidents graves ; si, au contraire, elle diminue sensiblement, s’abaisse par exemple à 200 ou 300 grammes, on ne tardera pas à voir surgir les redoutables phénomènes de Yurémie. (V. ce mot.)

Le pronostic de l’albuminurie est extrêmement variable; celle qu’on observe à la suite des maladies aiguës peut disparaître avec la cessation des phénomènes ïéhYWc?, {typhoïde, érysipèle, etc.). L’albuminurie à frigore pouvant être combattue efficacement par nos moyens thérapeutiques, sera bien moins redoutable ([ne celle qui est la conséquence d’une néphrite interstitielle, qui ne peut guérir et compromet fatalement fexistence. La nature de la maladie et le pronostic peuvent même être éclairés par

l’examen microscopique des urines fait par le médecin.

Le traitement de l’albuminurie doit varier suivant la cause. S’agit-il de la forme aiguë, la méthode révulsive est tout d’abord indiquée : il faudra prescrire l’application réitérée de ventouses scarifiées à la région lombaire. Puis il sera nécessaire d’établir une dérivation répétée sur l’intestin au moyen de purgatifs répétés. Avec notre regretté maître le professeur Gubler, nous donnons la préférence aux purgatifs salins comme étant ceux qui donnent manifestement les meilleurs résultats.

L’albuminurie observée assez fréquemment pendant la grossesse, nécessitera des soins spéciaux; s’il survient des phénomènes convulsifs, que l’on désigne plus spécialement sous le nom A'éclampsie puerpérale, il ne faut pas hésiter à pratiquer une saignée abondante, à administrer des lavements de chloral selon la formule suivante :

Chloral hydraté. ... 2 à 5 grammes.

^au 200 grammes.

Enfin on devra hâter l’accouchement, soit en pratiquant la version, (V. ce mot.) si la dilatation du col est complète, soit en dilatant le col pour délivrer l’utérus du produit de la conception.

Dans les formes chroniques, ôn pourra conseiller les bains de vapeur sèche, le massage. A l’intérieur, on donnera les astringents, tels que l’acide gallique, 1 à 2 grammes par jour, le perchlorure de fer. Les diurétiques ne seront donnés, que si la diminution de burine excrétée est notable; le nitrate de potasse, la digitale, seront prescrits avec prudence, pour ne pas augmenter le travail de l’organe malade. Le nitrate de potasse se donnera par exemple de la façon suivante :

Nitrate de potasse. ... 2 ào grammes.

Tisane de chiendient . . 1 litre

par petites tasses dans la journée.

Forget remplaçait cette formule par la suivante :

Acétate de potasse. . . 5 à 20 grammes.

Tisane de chiendent . . 2 litres.

Quant à la digitale, nous renvoyons à ce mot pour voir les différentes formes sous lesquelles on peut l’administrer. Les fonctions de l’estomac, du foie, devront être surveillés, de manière à entretenir le plus longtemps possible l’intégrité de ces organes ; on devra soumettre le malade au régime lacté, moyen diurétique d’une grande puissance, qui facilite, en outre, pendant son administration, la nutrition ; par contre, il faudra proscrire du régime les œufs et tous les mets qui en renferment : crèmes, brioches, échaudés, biscuits et toutes sortes de pâtisseries. Le séjour à la campagne, les exercices musculaires, seront conseillés, afin d’accroître l’hématose. Certaines eaux minérales peuvent être recommandées, surtout les eaux alcalines, arsénicales et ferrugineuses. ("Vichy, Fougues, Chatclguyon, Royat, Orezza, Renlaigue, la Bourboule, etc.) Les diverses complications, anasarque, bronchites, vomissements, nécessiteront une intervention thérapeutique sur laquelle je ne crois pas nécessaire d’insister actuellement.

Df E. Landrieux.

Page 1