‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privéeChapitre 20 sur 238 · ALC · texte numérisé non relu

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ALCALI. — On désigne sous le nom d'alcali des corps composés qui ont la propriété de ramener au bleu le tournesol rougi par un acide, de verdir le sirop de violettes et de se combiner avec les acides pour former des sels. Ce nom vient de l’arabe kali, plante marine d'où on retire de la soude.

On peut les diviser en alcalis minéraux et alcalis organiques ou alcaloïdes. (V. ce mot.) Parmi les alcalis minéraux, on distingue les alcalis proprement dits au nombre de trois : ammoniaque, potasse et soude, et les alcalis terreux ou terres alcalines : la chaux, la baryte, la lithine, la magnésie, la strontiane. Tous ces alcalis sont des oxydes métalliques à l’exception de l’ammoniaque, qui est composée d’azote et d'hydrogène. Cependant si l’on admet la théorie de l’ammoniaque, CV. ce mot.) on peut dire aussi que l’ammoniaque est un oxyde.

Les anciens chimistes appelaient alcalis, non seulement les alcalis vrais dont nous venons de parler, mais aussi leurs carbonates, croyant que c’était le même corps sous deux états différents. Ils donnaient aux carbonates le nom d’alcalis doux et aux autres le nom d’alcalis caustiques.

Les alcalis sont fixes, excepté l’ammoniaque, qui est volatile, d’où vient son nom d’alcali volatil.

Au point de vue de la propriété chimique qu’ont les alcalis de se combiner avec les acides pour former des sels, cette appellation pourrait s’étendre à toutes les bases métalliques, qui la possèdent également.

Les alcalis proprement dits sont très solubles et donnent des sulfates et des carbonates très solubles; les alcalis terreux sont très peu solubles, et leurs carbonates et leurs sulfates sont à peu près insolubles.

Les alcalis purs sont caustiques, surtout la potasse, la soude et l’ammoniaque; ils décomposent facilement les matières organiques. Aussi s’en serton en médecine pour produire des escharres ou faire des cautères (potasse), ou exercer sur la peau une action simplement vésicante (ammoniaque).

A l’intérieur les alcalis purs sont très peu employés, mais leurs carbonates le sont beaucoup. Ils possèdent leurs propriétés générales sans avoir leur causticité. Tout le monde connaît le sous-carbonate de soude, qui est la base du bain alcalin, et le bicarbonate de soude, qui est le principe actif des eaux de Vais, de Vichy et de bien d’autres.

Les alcalis sont diurétiques, antiacides, fondants. On les utilise dans un grand nombre de maladies parmi lesquelles on peut citer la goutte, la gravelle urique, les maladies du foie, etc. (V. Alcalins.)

Alfred Chardon, Ph'".

ALCALINS. — En chimie on donne ce nom à toutes les substances qui possèdent à un degré variable.les caractères des alcalis. {\. ce mot.)

En médecine, on désigne sous ce nom les médicaments qui, absorbés pendant un certain temps, amènent un changement dans la réaction des liquides de notre organisme. Les principaux alcalins sont : les bicarbonates de soude, de potasse, de lithine, les savons, les citrates de soude, de potasse, les benzoates de soude, de lithine, etc. (V. ces mots.)

Effets. — Les alcalins portés sur la langue ont un

goût lessiveux, légèrement âcre et amer, qui se dissipe assez vite. Pris à l’intérieur à faibles doses (0,50 centigrammes à i gramme), les alcalins sont entièrement transformés en chlorures dans l’estomac par l’acide chlorhydrique du suc gastrique dont ils augmentent la sécrétion. Ainsi, le bicarbonate de soude se transforme en chlorure de sodium, le bicarbonate de potasse en chlorure de potassium et en acide carbonique qui se dégage.

Pris à doses plus élevées (3 à 6 grammes', une partie seulement subit cette transformation et l’autre pénètre dans la circulation et est éliminée en nature par les urines qui deviennent alcalines.

Les alcalins produisent un ralentissement dans la circulation, rendent le sang plus fluide et aqueux en lui faisant perdre une partie de ses globules rouges et de sa fibrine; ils abaissent la température générale du corps ; diminuent la quantité de bile secrétée par le foie; augmentent la quantité des urines tout en diminuant la proportion de l’urée qu’elles contiennent ; enfin ils augmentent les sécrétions des muqueuses.

En un mot, les alcalins sont antiacides, fluidifiants, antiphlogistiques, diurétiques et antilithiques.

Usages. — Les alcalins rendent de très grands services en médecine et sont employés efficacement dans un grand nombre de maladies générales et locales : dans les maladies de l’estomac (dyspepsies putrides, acides, flatulentes) ; dans les maladies du foie (engorgements, ictère chronique, calculs biliaires) ; dans plusieurs affections des voles urinaires (inflammation des reins, de la vessie et de l’urèthre, etc.)

Les alcalins possèdent aussi une grande réputation contre la diathèse urique et ses diverses manifestations : gravelle urique, coliques néphrétiques, goutte. Leur emploi dans les rhumatismes articulaires aigus a donné des succès éclatants, ainsi que l’ont constaté les professeurs Charcot, Vulpian et Jaccoud, et les médecins anglais Golding-Bird et Garrod. Le professeur Bouchardat, les D" Martin- Damourette et Souligoux recommandent l’usage des alcalins aux diabétiques, mais à faibles doses.

Enfin les alcalins peuvent être utilement employés dans certaines affections inflammatoires de l’appareil génital de la femme qui ont pour effet de rendre acide la réaction du mucus, normalement alcalin, secrété par le vagin ou l’utérus. Certains cas de stérilité chez la femme ne sont dus qu’à cet état acide du mucus utéro-vaginal, fatal aux spermatozoïdes, ainsi que l’a observé le D' Charrier, en 1880. De son côté, Pajot, l’éminent professeur d’accouchements, a écrit : « Chez les femmes blondes ou rousses surtout, plus rarement chez les brunes, l’acidité des sécrétions est quelquefois telle, que malgré les soins de propreté les plus extrêmes, l’odeur acide prend le nez quand on passe ces femmes au spéculum. Nul doute que ce soit là une cause possible de stérilité. » Dans ces cas, Pajot, comme le D" Charrier, prescrit les alcalins à l’intérieur et à l’extérieur en injections vaginales. D' Paul Labarthe.

alcaloïde. — Composé organique, possédant les propriétés des alcalis, et formant comme eux des

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sels en se combinant avec les acides. On peut les diviser en alcaloïdes naturels et alcaloïdes artificiels.

Les premiers sont aussi appelés alcalis organiques ou végétaux, parce qu’on les trouve dans les végétaux, dont ils constituent le principe actif. Ils s’y trouvent à l’état libre ou à l’état de sels, Ils sont généralement fixes, solides et beaucoup sont cristallisables ; ils sont alors composés d’azote, de carbone, d’hydrogène et d’oxygène. Quelques-uns au contraire sont liquides, colorés et volatils, et leur composition diffère de celle des premiers par l’absence d’oxygène.

Les alcaloïdes sont très peu solubles dans l’eau. L’alcool est le corps qui les dissout le mieux, et plus à chaud qu’à froid. Quelques-uns sont solubles dans l’éther, le chloroforme, la benzine, la glycérine. Tous leurs sels sont solubles dans l’eau. Ils ont tous une saveur très amère et la plupart sont très vénéneux et possèdent, par conséquent, des propriétés thérapeutiques très actives. Ils rendent de grands services à l’art médical ; le médecin en effet peut doser exactement le médicament qu’il administre, ce qu’il ne pouvait faire en se servant des plantes qui les produisent.

Les alcaloïdes connus et usités sont déjà très nombreux; les principaux sont l’aconitine, l’atropine, la digitaline, la morphine, la quinine, etc., principes actifs de l’aconit, de la belladone, de la digitale, de Topium, du quinquina. (V. ces mots.)

Quelques plantes contiennent plusieurs alcalo’ïdes, mais en général un seul caractérise leur action.

Les alcaloïdes artificiels sont des produits de laboratoire; ils ne contiennent pas d’oxygène.

On les appelle aussi ammoniaques composées, parce qu’ils semblent être de l’ammoniaque dans laquelle on aurait remplacé un ou deux ou trois équivalents d'hydrogène par un ou plusieurs radicaux. Alfred Chardon, Ph"”.

ALCARRASAS. — Nom donné par les Espagnols à un vase de terre très poreuse, non vernissé, à col très allongé, destiné à conserver l’eau fraîche pendant l’été. On obtient ce but, en plaçant le vase plein, à l’ombre et dans un courant d’air, pour favoriser l’évaporation de la partie de l’eau qui transude à travers ses pores. Comme cette évaporation a lieu aux dépens du calorique de l’eau contenue dans le vase, celle-ci perd de cette façon plus de chaleur qu’elle n’en reçoit, et se refroidit en très peu de temps d’une manière assez sensible. p. l.

ALCOOL. — Chimie. — On donne ce nom au produit de la fermentation que subissent les matières végétales qui contiennent du sucre : ainsi, on le retire du vin, de la betterave, de la canne à sucre, du bois, des pommes de terre, de la carotte, des fruits sucrés, etc.

L alcool de vin, alcool éthylique ou esprit-de-vin, obtenu par la distillation du vin, est le seul employé en médecine. C est un liquide incolore, limpide, volatil, inflammable, d une odeur vive et aromatique, d une saveur âcre et brûlante qui ne doit pas laisser de résidu par l’évaporation. Il varie, pour la force suivant le temps qu’a duré la distillation et l’activité avec laquelle on l’a poussée. Le plus fort est

celui qui passe le premier. On calcule les degrés de concentration au moyen de Valcoomètre (V. ce mot.) centésimal de Gay-Lussac.

C’est ainsi que :

L’eau-de-vie faible marque k l’alcoomètre centésimal. 37“

— ordinaire — — 50“

— forte — — 59»

L’alcool 3/6 — — 85“

— rectifié — — 95“

— absolu — — 100“

L’alcool ne s’emploie jamais à l’état pur, c’est-àdire d’alcool absolu ; il ne s’utilise que mêlé à une plus ou moins grande quantité d’eau, c’est à-dire à l’état d’alcool rectifié. Celui du commerce ne marque que 85°. 11 porte le nom de trois-six, parce que mêlé à environ son poids d’eau, il constitue l’eau-de-vie commune, dont six parties ne représentent que trois parties de cet alcool. La couleur dorée de l'eau-devie lui vient, ou de l’addition d’un peu de caramel, ou de la matière extractive des tonneaux en chêne dans lesquels on la conserve longtemps.

L’Eau-de-vie, le Cognac et V Armagnac ne sont pas les seules boissons qui renferment beaucoup d’alcool ; nous avons encore le Rhum (54 p. tOO d’alcool), obtenu par la distillation de la mélasse du sirop de la canne à sucre fermenté. Le plus renommé nous vient de la Jamaïque ; il doit sa saveur particulière à une huile volatile. Le Tafia (54 p. 100 d’alcool), obtenu aux Antilles par la distillation du mou de canne fermenté. Le Kirsch, obtenu par la distillation du suc fermenté des cerises noires sur les noyaux. 11 doit son odeur d’amandes amères à l’acide prussique ; on le fabrique en Suisse, en Allemagne, dans les Vosges, la Meurthe, etc. ; le meilleur nous vient de la Forêt-Noire. Le kirsch renferme comme les liqueurs précédentes environ 54 p. 100 d’alcool. Le Marasquin, de Zara, obtenu en Dalmatie, de la fermentation des prunes ou des pêches, n’en est qu’une variété. Le Gin, le Genièvre, le Wisky, sortes d’eaude-vie de grains, sont retirées en Angleterre, en Hollande, en Belgique, des liqueurs fermentées de la drèche et des autres céréales avec ou sans baies de genièvre (52 p. 100 d’alcool). L’Arack ou eau-devie de riz est retirée aux Indes-Orientales du riz fermenté.

Quoi qu’il en soit, l’alcool est soluble dans l’eau en toutes proportions, et peut dissoudre en outre une foule de substances insolubles dans ce dernier liquide, telles que les huiles, les résines, le camphre, les alcalis végétaux, l’iode, le brome, les acides organiques, la potasse, la soude, l’ammoniaque, la plupart des alcaloïdes, les chlorures de fer, de mercure, d’or, les sulfures alcalins, le nitrate d’argent, l’acétate de plomb et tous les sels à bases d’origine organique ; mais il ne dissout ni la gomme, ni l’amidon, ni l’albumine, ni la gélatine, c’est pourquoi il durcit les tissus qui les renferment. Cette propriété fait que l'alcool s’oppose à la putréfaction que le pathologiste combat par ce moyen en maintes circonstances.

Effets. — Ingéré dans l’estomac, l’alcool est absorbé avec une grande rapidité, il passe très vite dans le sang et arrive au poumon qui est son principal organe d’élimination. La transpiration cutanée

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j' et la sécrétion urinaire sont encore deux autres voies ' d'élimination, plus tardives, il est vrai, que les pouj nions, mais dont la réalité a été démontrée expéri-

ii mentalement : ce qui le prouve, c’est qu’on en

trouve des traces dans l’air expiré, la sueur et les I urines. D’après cette théorie, à laquelle se rattachent les noms de Lallemand, Perrin et Duroy, l’alcool s’éliminerait en nature, sans subir aucune oxydation dans la circulation sanguine. Telle ne serait pas l'opinion du professeur Bouchardat et de Sandras qui ont admis la théorie ancienne ou théorie de Liébig. D’après eux, en effet, l'alcool serait un aliment respiratoire qui serait brûlé dans l’économie et transformé finalement en eau et en acide carbonique. Ce serait, par conséquent, un aliment ana- I logue aux matières amylacées ou sucrées, un aliment thermogène. La science n’a pas encore dit son dernier mot sur cette question importante, seulement il paraîtrait probable qu’une faible partie de 1 l’alcool absorbé est éliminé en nature par les sécrétions et les excrétions, tandis que la combustion respiratoire en détruirait une portion beaucoup plus considérable.

L’alcool ordinaire, déposé pur sur la peau, pro- 1 duit une sensation de chaleur assez vive, due à son

i évaporation et suivie bientôt d’une réaction modérée, caractérisée par la chaleur des tissus; sur la

I peau dénudée, il détermine d’abord de la pâleur,

I puis une chaleur cuisante pouvant aller jusqu’au gonflenrent et à la gangrène. Injecté directement I dans les veines, il cause la mort par coagulation du i sang avec formation à'embolies qui sont transpor-

I tées au loin par les troncs veineux et s’arrêtent

enfin dans l’artère pulmonaire.

L’eau-de-vie, le rhum, le cognac, donnés à l’intérieur, produisent les mêmes effets sur les muqueuses avec lesquelles ils sont mis en contact. Au moment de la déglutition, on éprouve à l’isthme du gosier et 1 au pharynx une chaleur vive, et quand ces liquides

I sont arrivés dans l’estomac, ils y déterminent une

sensation de chaleur qui dans certains cas, d’après le D' Constantin Paul, peut aller jusqu’à la brûlure. .Mais il n’en est jamais ainsi quand on emploie l’alcool dilué dans une grande quantité d’eau : alors, s’il est employé en pansements ou en frictions, il stimule les tissus sans les irriter; s’il est absorbé par la bouche, il produit différents phénomènes que nous allons faire connaître.

Pris à des doses modérées, l’alcool stimule légèrement la muqueuse de l’estomac, augmente la sécrétion du suc gastrique et facilite la digestion. Sous son influence l'appétit renaît, le pouls se relève, la chaleur périphérique s’accroît, la circulation est activée, le système nerveux reprend une nouvelle vigueur, tout l’organisme, • en un mot, acquiert un certain degré d’énergie vitale qu’il n’avait pas auparavant. Mais si l’on double la dose l’excitation est portée plus loin : le travail de la digestion est entravé, la muqueuse stomacale est irritée, le suc gastrique coagulé, la pepsine détruite ; au sentiment de bien-être s’ajoute une gaieté loquace et expansive, des mouvements désordonnés, des propos bizarres. Le buveur emporté par la fumée des liqueurs alcooliques ne SC possède plus lui-même, il dévoile les secrets les plus cachés, débite les choses les plus in-

concevables, justifiant l’adage : in vino veritas. Tel devient idiot et stupide, tel autre querelleur et dangereux ; chacun met à nu le fond de son caractère et montre à la société ses instincts plus ou moins pervers. Par bonheur, la force musculaire manque, la station debout est mal assurée, la marche chancelante, les mains maladroites, ce qui permet de se rendre maître le plus souvent du buveur et de l’arrêter dans l’accomplissement de ses desseins coupables. Le paroxysme se termine par des vomissements, suivis d’un besoin irrésistible de sommeil. Le réveil s’effectue au bout de quelques heures avec mal de tête, langue sale, bouche pâteuse, soif ardente, courbature générale, inaptitude au travail manuel et intellectuel. Puis, l’organisme reprend le dessus et les choses rentrent dans leur état normal. CV. Alcoolisme.)

Usages. — Les usages thérapeutiques de l’alcool sont assez variés. On s’en est servi de tout temps pour le pansement des plaies récentes ou anciennes. Les professeurs Nélaton, Maisonneuve, Richet, adop tant les idées du D'' Batailhé, en ont vulgarisé l’emploi à tel point qu’il n’existe guère de plaie maintenant qu’on ne traite par les pansements alcooliques. Cette méthode a l’avantage d’arrêter l'hémorragie des petits vaisseaux en coagulant l’albumine du sang, de diminuer la suppuration, d’activer la formation des bourgeons charnus en donnant à la plaie un aspect frais et rosé, de prévenir la putridité et de garantir contre l'infection purulente. Ces pansements se font en versant quelques gouttes d’alcool, d’eau-de-vie simple ou d’eau-de-vie camphrée dans un peu d’eau de rivière ; on y trempe un gâteau de charpie et on l’applique sur la solution de continuité, puis on recouvre de quelques compresses et d’une bande et on laisse le tout de douze à vingt-quatre heures, c’està-dire jusqu’au moment où l’on doit changer le pansement et le refaire de la même manière. On obtient de la sorte une guérison très prompte, beaucoup plus rapide qu’avec le cérat qui a l'inconvénient de salir les plaies et de retarder, parfois même d’empêcher la formation des bourgeons charnus de bonne nature.

Employé plus ou moins dilué, l’alcool sert encore en injections pour la cure radicale de l'hydrocèle. Mais comme il agit moins bien que l’iode, comme il peut déterminer des complications sérieuses, on lui préfère aujourd’hui les injections à la teinture d’iode qui ne présentent pas cet inconvénient. On a aussi injecté quelquefois de l’eau alcoolisée dans le péritoine, la plèvre, dans divers trajets fistuleux et souvent avec succès. Les frictions, lotions et fomentations avec l’alcool camphré ou l’eau-de-vie camphrée sont d’un usage vulgaire contre les entorses, les douleurs rhumatismales ou névralgiques et contre les engorgements chroniques les plus variés. On prépare également avec l’eau alcoolisée un collutoire contre les stomatites ulcéro-membraneuses, mercurielles, scorbutiques et un gargarisme contre les angines accompagnées de gangrène. On a retiré quelquefois de bons effets des fumigations alcooliques se dégageant par la chaleur d’une masse d’alcool en ébullition et dont on conduit la vapeur à l’aide d’un tube sous les couvertures du lit où repose le malade qu’on veut faire suer.

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Dans ces dernières années, le professeur Dolbeau a établi par de nombreuses expériences que le traitement de la vaginite soit aiguë, soit chronique, était de moins longue durée par l’alcool que par les autres moyens. Sa manière de procéder consiste à tremper dans l’eau-de-vie camphrée pure un tampon de charpie ayant une longueur égale à la profondeur du vagin et muni d’une ficelle qui permet à la femme de le retirer au bout de vingt-quatre heures. Deux ou trois jours plus tard, il recommence la même opération et ainsi de suite jusqu’à ce que la guérison complète soit obtenue ; il recommande en même temps à la femme de se donner, dans l'intervalle, des injections avec une décoction de feuilles de noyer. La guérison a quelquefois lieu après deux ou trois séances, le plus souvent il en faut cinq ou six, les cas rebelles en exigent de quinze à vingt.

A l’intérieur, on ne donne jamais l’alcool pur, on le remplace toujours par un peu d’eau-de-vie pure lorsqu’on veut dissiper une syncope ou relever un état général grave. Le plus souvent on administre l’eau-de-vie en potion mêlée à une plus ou moins grande quantité d’eau, édulcorée avec du sirop de fleurs d’oranger ou du sirop d'écorces d’orange amère et prise par doses fractionnées suivant les méthodes de Tood et du professeur Béhier.

Quelques médecins emploient l’alcool dans toutes les inflammations et les fièvres sans aucune distinction. C’est un tort ; car si l’alcool est utile dans les états d’atonie, de langueur et d’épuisement, il est nuisible dans les phlegmasies aiguës et les fièvres inflammatoires franches caractérisées par l’accélération du pouls et l’exaltation de la température. Il est donc important de préciser ses indications, du reste très variables. Ainsi, l’alcool se recommande dans les dyspepsies, les vomissements incoercibles de la grossesse ; il agit pourtant moins bien que le vin de champagne dans cette dernière affection, par la raison que celui-ci contient de l’acide carbonique, qui, dans ce cas, devient un agent anesthésique précieux. L’alcool est encore utile contre les fièvres intermittentes ainsi que l’ont établi les docteurs Guyot et Burdel (de Vierzon), et quelquefois il a suffi d’un verre de rhum, aidé d’un bon régime, pour faire disparaître de légers accès fébriles. On l’a conseillé aU'Si, non sans quelques avantages, contre la péri tonite puerpérale et la dyssenterie grave. Le docteur Jules Guyot a préconisé l’alcool à haute dose dans la période algide du choléra, et les succès obtenus ont fait à cette méthode de nombreux partisans. Le professeur Parrot conseille aussi l’alcool dans le choléra infantile. 11 fait prendre aux enfants la potion suivante :

Cognac 10 grammes.

Eau 200 —

à la dose d’une cuillerée à café toutes les heures. Campbell, les professeurs Béhier, Pajot et bon nombre d’accoucheurs ordonnent l’alcool aux femmes atteintes d’hémorragies utérines suite de couches. Dans la fièvre typhoïde adynamique et surtout dans la pneumonie des buveurs et le délire nerveux des fièvres graves ainsi que celui qui succède aux grandes opérations, l’emploi de l’alcool en nature donne

des résultats remarquables. Dans ces cas-là, la potion alcoolique donnée par cuillerées d’heure en heure est la préparation usitée de préférence.

J’ajouterai, en terminant, que les boissons spiritueuses sont éminemment utiles au début des maladies à frigore, avec courbature, malaise, frissons. Un breuvage chaud alcoolisé dissipe le froid, amène la chaleur et provoque une transpiration salutaire, qui suffit quelquefois pour arrêter le commencement d'une maladie grave ; en tous cas, ce moyen populaire est toujours avantageux en ce qu’il favorise l’évolution de la maladie et abrège la durée du traitement.

On prescrit, à cet effet, le punch des malades, le grog à l’eau-de-vie ou la limonade alcoolique. Le punch des malades se prépare avec :

Infusion de thé ... . 250 grammes.

Alcool 50 —

Sirop de sucre .... 150 —

Suc de citron n” 1

on mêle le tout et on le fait prendre chaud, par petites tasses, le soir en se couchant. Le grog à l’eau-de-vie se prépare à son tour avec eauchaude un verre, eau-de-vie Q. 'V., sucre Q. S., citron privé d’écorce une tranche ; on met deux ou trois morceaux de sucre dans l’eau chaude , on verse goutte à goutte l’eau-de-vie sur la tranche de citron qui nage à la surface et on fait brûler jusqu’à extinction ; on fait prendre cette boisson bien chaude en une ou deux fois dans les refroidissements et les collapsus extrêmes qui précèdent ou accompagnent un grand nombre d’affections morbides.

Hygiène alimentaire. — Mais la thérapeutique n’est pas la seule partie de la médecine qui retire de grands avantages de l’alcool, l’hygiène en fait aussi son profit dans toutes les circonstances de la vie. Les boissons alcooliques excitent l’appétit, stimulent le système nerveux, raniment l’énergie des fonctions vitales et sont utiles à toutes les classes de la société, autant à l’ouvrier qui fatigue, qu’au convalescent qui se rétablit, autant à l’enfant qui se développe qu’au vieillard qui tombe dans la décrépitude. Ce qu’il faut éviter, ce sont les excès qui sont toujours préjudiciables.

D'- Marc. Camboülives,

Auteur d’un Manuel pratique de Thérapeutique et de matière médicale.

ALCOOL. — Falsifications ; moyens de les reconnaître. — L’alcool, alcool éthylique ou esprit-de-vin, peut être, et n’est malheureusement que trop souvent falsifié de différentes façons.

Et d’abord, il peut être additionné d’une plus ou moins grande quantité d’eau, ce qui constitue la plus bénigne des falsifications au point de vue de la santé publique, h' alcoomètre (V. ce mot.) permet à l’acheteur de vérifier facilement si l’alcool a bien le degré de concentration annoncé par le vendeur. En dehors de l’alcoomètre, il existe un autre moyen approximatif de reconnaître le degré de concentration de l’alcool, dû au professeur Borfort. Ce chimiste trempe dans le liquide à vérifier une bande de papier à filtrer, puis il l’enflamme. Si, après la combustion de l’alcool qui imbibe ce papier, celui-

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ci prend feu facilement, le degré de concentration, dit l’inventeur, est supérieur à 80; si, au contraire, le papier s’enflamme difficilement, l’alcool n’atteint que 75 à 80 degrés; si enfin le papier ne s’enflamme pas, on peut affirmer que l’alcool a moins de 75 degrés.

Certains industriels poussent le cynisme jusqu’à tromper l’alcoomètre lui-même. A cet effet, ils ajoutent à l’alcool une certaine quantité de chlorure de calcium qui augmente sa densité et fausse les indications fournies par l’alcoomètre. Si on soupçonne cette fraude, il faut : 1° évaporer l’alcool qui laissera un résidu plus ou moins abondant (on sait que l’alcool de vin ne doit pas laisser de résidu par l’évaporation); 2° dissoudre ce résidu dans l’eau et verser sur cette solution du nitrate d’argent qui la précipitera en blanc.

Le professeur Chevallier a maintes fois constaté que pour augmenter la force de l’alcool, on y ajoute certaines substances âcres, telles que poivre, gingembe, pyrèthre, stramoine, ivraie. On reconnaîtra ces fraudes par l’évaporation ou par l’addition d’un volume égal d’acide sulfurique qui colore l’alcool en brun plus ou moins foncé, suivant la proportion plus ou moins grande des matières étrangères. D’après cet éminent chimiste, cette teinte brune est déjà très foncée lorsque l’alcool renferme seulement un six centième d’extrait.

On peut trouver dans l’alcool des sels de plomb, de cuivre ou de zinc. Ceux-ci peuvent provenir des appareils distillatoires défectueux et munis de serpentins fabriqués avec un alliage d’étain et de plomb ; ou encore de ce que l’esprit-de-vin a été conservé dans des vases de zinc ou dans du cuivre mal étamé.

Pour reconnaître la présence des sels de plomb, on évapore l'alcool et on verse une goutte d’une solution d’iodure de potassium sur le résidu qui jaunit s’il existe des sels de plomb. Pour trouver le cuivre, on évapore aussi l’alcool au bain-marie et on verse une goutte d’ammoniaque sur le résidu qui bleuit s’il y a du cuivre.

' Une des plus vastes et des plus nuisibles falsifications de l’alcool de vin, c'est celle qui consiste à lui substituer en tout ou en partie des alcools de betterave (alcool propyliqué), de pomme de terre {alcool aynylique ou huile de pomme de terre), de bois (alcool méthy tique ou esprit de bois), etc.

Si, selon une pratique courante à Bercy, on verse quelques gouttes d’alcool dans le creux d’une main et qu’on le frotte avec l’autre, dès que l’alcool est évaporé, on constate une odeur alcoolique et particulière pour chaque alcool : franchement vineuse, si c’est de l’alcool de vin, cette odeur est empyreumateuse et désagréable si c’est de l’alcool de bois, de betterave ou de pomme de terre.

De même si on trempe un morceau de papier dans de l’esprit de vin et qu’on le laisse évaporer presque entièrement, on perçoit une odeur alcoolique et vineuse ; cette odeur devient désagréable si le papier est trempé dans de l’alcool de betterave, de pomme de terre, etc.

Dans certains cas, il suffit simplement d’ajouter de l’eau à l’alcool qui n’est pas de vin, pour mettre en évidence l’odeur et surtout la saveur spéciales que leur donnent les huiles essentielles qu’il renferme.

On reconnaît l’esprit de vin falsifié avec de l’alcool de betterave, si, en versant un peu de ce liquide sur des fragments de chlorure de calcium, il se dégage au bout de quelques heures une odeur marquée de betterave. Un autre moyen dù à M. Gabasse, consiste à verser une partie d’acide sulfurique sur trois parties de l’alcool à analyser. S’il y a de l’alcool de betterave, le liquide prend une coloration rosée persistante, tandis que si c’est de l’alcool de vin mélangé, il prend peu à peu une couleur ambrée.

Enfin, un moyen facile pour déceler la présence de l’huile de pommes de terre dans l’alcool, consiste à ajouter simplement à celui-ci une petite quantité d’eau tiède qui développe aussitôt l’odeur repoussante de cette huile essentielle.

Tels sont quelques-uns des moyens les plus simples et les plus à la portée de tous, pour reconnaître les principales falsifications de l’alcool.

D' Paul Labarthe.

ALCOOLAT. — On appelle ainsi de l’alcool chargé par distillation des principes volatils d’une ou de plusieurs plantes médicamenteuses ou aromatiques, végétales ou animales.

On les nommait autrefois esprits, baumes, eaux, alcools; aujourd’hui on désigne toutes ces préparations sous le seul nom d’alcoolats.

Les alcoolats sont simples ou composés, selon que l’alcool a été distillé sur une ou plusieurs substances.

Toutes les matières contenant des principes volatils peuvent servir à leur préparation. Dans les plantes aromatiques, ce sont les huiles essentielles qui passent à la distillation avec l’alcool et qui y restent en dissolution. Les plantes s’emploient tantôt fraîches tantôt sèches. On les divise et on les laisse macérer plus ou moins longtemps dans l’alcool, ce qui facilite la distillation. Celle-ci doit se faire au bain-marie; on épuise mieux ainsi les matières sur lesquelles on opère et le produit prend moins l’odeur empyreumatique.

Le degré de l’alcool n’est pas le même pour toutes ces préparations, mais on doit toujours l’employer pur et de bon goût.

Un alcoolat récent n’a pas toute la suavité des principes aromatiques qu’il contient; il s’améliore à la longue, à mesure que l’union de l’alcool et des principes volatils devient plus intime.

On peut obtenir des alcoolats par simple solution d’essences dans l’alcool, mais le produit n’est pas comparable au produit distillé. L’eau de Cologne se prépare souvent ainsi, mais elle est bien inférieure à celle qui a été distillée.

Les alcoolats sont en général des médicaments excitants. Quelques-uns s’emploient à l’intérieur :

Y alcoolat de ryiélisse ; d’autres à l’extérieur en frictions stimulantes : le baume de Fioraventi, etc. (V. ces mots.) Alfred Chardon Ph"*.

ALCOOLISME. — On désigne sous ce nom l’en- semble des désordres produits dans l’organisme par ; l’abus des boissons alcooliques.

La chose est aussi vieille que le monde — que la vigne, veux-je dire; — le mot n’est entré dans la langue que depuis 1852 environ, après que Magnus

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Hus, médecin suédois, eut réuni dans un même cadre tous les troubles déterminés par l’usage immodéré des spiritueux. Il a été de mode aussi, depuis cette époque, de décrire sous le nom d’aZcoolisme aigu, les phénomènes de Vivresse', mais quelle différence profonde entre ce trouble fugitif et les phénomènes si complexes, si graves de l’alcoolisme chronique! Les anciens, auxquels rien n'a échappé, établissaient admirablement la distinction. Il y a un abîme, écrit Sénèque, entre un homme ivre et un ivrogne. « Potest el qui eb7ius est nunc primum esse, nec habere hoc vitium : et qui eb^-iosus est sœpe extra ebrietatem esse. « On ne peut pas mieux dire : l'homme ivre se trouve souvent dans cet état d'une façon accidentelle et sans que ce soit un vice chez lui : l’ivrogne, très souvent, n’est pas ivre.

De l’alcoolisme aigu. — L’alcoolisme aigu ou ivresse survient à la suite de l'ingestion de doses très variables d’alcool, suivant le tempérament des individus, et surtout, suivant la qualité plus ou moins bonne des boissons. 11 y a d’abord une excitation générale : l’intelligence devient plus lucide, les idées sont plus abondantes, les soucis disparaissent pour faire place à une situation de bien-être et de soulagement, la confiance renaît et le courage s'exalte.

Par malheur, si la dose convenable est dépassée, la scène change. L'alcool produit d'abord une excitation de la circulation cérébrale, correspondant aux phénomènes d’exubérance intellectuelle ci-dessus décrits, puis bientôt une véritable congestion ; et toutes les fois qu'il y a congestion cérébrale, il faut s'attendre à voir éclater le délire. En même temps que la peau devient plus chaude, que le visage rougit, que la respiration s’accélère, les idées deviennent peu à peu incohérentes : l'individu, complètement « saoûl » cette fois, disserte et gesticule sans fin, rabâchant la même chose avec une persistance déplorable. Souvent, il devient querelleur, violent, lâchant à la faCe de ses compagnons des injures grossières, souvent des vérités, vi vino veritas: c’est alors que Clitus tient à Alexandre des propos hors de saison et que celui-ci non moins ivre, saisit un javelot et le lui passe au travers du corps. Ce n’est pas toujours le caractère de l’individu qui se montre mieux à nu dans ces circonstances; cette aventure fameuse en fournit la preuve, car le conquérant de l’Asie, après tout, n’était pas cruel.

Enfin, survient une troisième période dans laquelle la parole, devenue pâteuse, s’embarrasse de plus en plus ; la température s’abaisse notablement, la sensibilité s’émousse et disparaît, et bîentôt l’homme, pris de vertiges et de nausées, chancelle, titube et finit par s’abattre, littéralement ivre-mort, au milieu de ses vomissements. Dans certains cas, c’est une véritable mort apparente, à la suite de laquelle on a même vu survenir la mort réelle. Cela se constate surtout chez les ivrognes avérés, et le plus souvent sous l'influence du froid extérieur, qui rend toute réaction impossible. Aristote di-ait déjà que la chaleur naturelle est éteinte par celle du vin. Or, on a vu la température du corps descendre au chifl’re effrayant de 24" ! (Prof. Binz, in Real- Encyclo}>aedie d'Euleubourg, Vienne, 1880). Sous l'influence de l'alcool à haute dose,' la circulation

et les phénomènes de combustion se ralentissent de plus en plus , et il est facile de comprendre comment un individu, dans de pareilles conditions, exposé en outre à un froid intense, est voué à une mort à peu près certaine. Chez les individus qui succombent ainsi, on trouve des congestions généralisées, souvent une hémorragie pulmonaire, et plus souvent encore une hémorragie méningée. Avec son exagération habituelle, M. Tar- I dieu avait même voulu faire de cette lésion, le signe presque caractéristique de la mort par l'ivresse.

De l’alcoolisme chronique. — L'ivresse, après tout, n'est qu’un accident, n’ayant que très rarement ce dénouement terrible. L’alcoolisme chronique, au contraire, entretient dans l’économie un état morbide continu et toujours dangereux. C’est de cette forme qu'il faut surtout nous occuper ; c’est elle seule qu’on devrait avoir en vue — eu égard à la nature si différente des phénomènes — quand on parle d’alcoolisme.

L’alcool pris d’une façon continue et immodérée, excite la circulation et produit une irritation des organes qui se traduit par des états inflammatoires de divers ordres, pouvant aller jusqu’à la sclérose (V. ce mot.) Que si cette action vient à se prolonger, d’autre part, en raison d’une disposition particulière mal connue, on voit survenir la dégénérescence graisseuse, la stéatose des organes. Cette action s’exerce principalement sur les organes digestifs, — sur l’estomac, d’une façon directe — et sur le système nerveux central.

Troubles digestifs. — Ils sont de beaucoup les plus fréquents : c’est par eux qu'il convient de commencer la description, comme aussi ce sont eux qui presque toujours ouvrent la marche. L’importance accordée aux troubles cérébraux s’explique en raison de leur gravité ; mais, en somme, les cas de folie alcoolique sont en nombre infinitésimal comparativement aux inflammations alcooliques du tube digestif. Chez les buveurs, même chez ceux qui n’absorbent que du vin, mais en trop grande quantité (trois, quatre bouteilles par jour, quelquefois suffisent), il se développe plus ou moins rapidement une inflammation de l'estomac, une gastrite chronique (V. ce mot.) avec ses phénomènes ordinaires, perte de l’appétit, douleurs, renvois, etc. Le signe spécial est ici la pituite, vomissement quotidien et matinal d’une matière glaireuse, quelquefois par simple régurgitation, d’autres fois avec des efforts plus ou moins violents. C’est le résultat de l’hypersécrétion de la muqueuse enflammée. Dans certains cas, heureusement rares, on voit se développer une gastrite ulcéreuse, avec vomissements sanglants.

Le foie est presque aussi souvent atteint que l’estomac. Chez les individus en même temps gros mangeurs et casaniers, ne faisant pas d’exercice, on voit survenir — à peu près comme chez les oies qu’on gave dans l’obscurité, — la dégénérescence graisseuse. Mais, le plus souvent, il se développe une hépatite interstitielle, une eurhose (V. ce mot.), maladie désignée par les auteurs anglais sous le nom caractéristique de gin drinkers hver (foie des buveurs de gin). 11 est assez remarquable qu’en Angleterre, toutes les fois qu’il survient quelque trou-

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ble, autre qu'une affection lûen caractérisée, pour le public comme pour les médecins, c’est toujours « le foie » qui est malade. 11 y a là une exagération évidente, mais tenant à des* faits réels qu’on appréciera plus loin. Quoiqu'il en soit, les signes de l’affection du foie, cirrhose ou dégénérescence graisseuse, sont toujours très obscurs au début. On devra les soupçonner chez les buveurs présentant des symptômes d'hyperémie de l'organe, augmentation de volume, doiileur sourde dans la région, etc. On devra surtout, même dans les cas douteux, faire toucher du doigt au patient les suites probables de son intempérance. L'hépatite parenchymateuse diffuse, avec ou sans suppuration, rare dans nos climats, s'ob-

i serve surtout dans les pays chauds. L'ictère se voit aussi chez les alcooliques, mais lié le plus souvent au catarrhe de l'estomac propagé aux voies biliaires. CV. ces mots.)

I Troubles nerveux. — 11 ne s'agit pas, dans un ar-

I ticle d’une étendue forcément limitée comme celui-ci, de décrire dans tous leurs détails, les lésions et les symptômes de l'alcoolisme : j’ai seulement à indiquer à grands traits leur marche et leur développement. Chez un très grand nombre d'alcooliques, même invétérés, tout se borne aux troubles gastriques ; cela s’observe surtout chez ceux qui ont la chance de ne boire que de bon vin et se trouvent, d'ailleurs, dans d'excellentes conditions hygiéniques.

Chez d'autres, on constate, en outre, des troubles de la motilité, du tremblement. Vous voyez parfois de ces braves buveurs, truculents et bien portants du reste, verser d'une main mal assurée, la liqueur qui leur est chère : leur main tremble, quoi qu'ils fassent, et le goulot de la bouteille choque le verre convulsivement. Plus tard, Yintelligence est atteinte : il y a diminution générale, affaiblissement de la mémoire ; en même temps, les facultés morales s'émoussent et la sensibilité vraie fait place à la sensiblerie, à la pleurnicherie. Le plus souvent, tout se borne là : l'hygiène, un bon régime, un peu d'eau de Vichy, suspendent ou amendent les accidents, et le vieux buveur arrive au terme de sa carrière d'une façon à peu près normale, avec son nez « qui trognonne », et la satisfaction d'avoir établi la réalité de sa maxime favorite, à savoir : que le bon vin ne fait jamais de mal. En quoi il se trompe, puisqu'aussi bien, les meilleures choses prises en excès sont toujours nuisibles ; dans tous les cas, il a échappé aux accidents terribles qu’il me reste à décrire ou à indiquer et qui sont : le delirium tremens, la mélancolie alcoolique, la paralysie générale et la démence.

Le delirium tremens est caractérisé, comme son nom l'indique, par le délire et le tremblement. Ce n'est plus une simple trémulation, comme celle qu'on a indiquée plus haut : c'est le plus souvent une véritable agitation convulsive, choré'i’que dans toute la force du terme ; le malade va et vient, se trémousse bêtement, tandis que les muscles de la face et des lèvres sont agités de mouvements involontaires, d'où l'aspect idiot de ces individus. Mais ils ne sont pas moins misérables que repoussants, en raison du caractère de leur délire. Sans doute, les conceptions délirantes peuvent être d’une nature

agréable : mais c’est là un cas tout à fait cxceplionnel, et un littérateur bien connu qui prétend écrire en physiologiste, a eu tort de prêter à son ivrogne des hallucinations de nature gaie.

L’alcoolique délirant est presque toujours en proie à des hallucinations effrayantes ou tout au moins désagréables. Le cas le plus favorable est celui où il croit apercevoir des animaux, des chiens, des chats, des rats surtout, aussitôt disparus. Souvent, ce sont des cercueils, des fantômes, des convois funèbres et autres objets aussi réjouissants. Une laveuse voyait un torrent prêt à l’engloutir, — un forgeron, du feu à l’angle de son lit. Un malade, observé par le D" Magnan, semblait devoir échapper à cette règle. 11 entendait un bruit de cascades, voyait des chalets illuminés, remplis de groupes joyeux, chantant et dansant. « Eh! bien, même avec ces images riantes, écrit le savant aliéniste, il avait su se créer le plus triste délire. Les cascades le poussaient à se noyer ; le chalet avec ses hôtes joyeux, c’était un tas de gens qui se moquaient de lui et voulaient l’assassiner. » {Recherches sur les centres nerveux, p. 121). Hanté par de pareilles idées, le malheureux alcoolique est souvent poussé au suicide, à l’homicide; on le voit courir, s’élancer, furieux, sur ses ennemis imaginaires. Dans certains cas, le delirium tremens s’accompagne d’une fièvre intense qui vient compliquer les phénomènes. Cette forme, dit M. Magnan, survient surtout à la suite d’excès répétés et Récents. Ajoutons qu’en dépit de ces caractères effrayants, le delirium tremens se termine souvent par la guérison.

Dans la lypémanie ou mélancolie alcoolique, on observe le même genre de délire et aussi le tremblement. Mais les malades sont plus calmes, abrutis et présentent, à peu de chose près, les phénomènes de la mélancolie ordinaire. (V. ce mot.) On note, chez eux, et de même dans le delirium tremens, des troubles de la sensibilité consistant surtout dans l’anesthésie qui peut se généraliser ; d’autres fois, plus rarement, il y a de l’hyperesthésie. La céphalalgie est fréquente : avec cela, des fourmillements, des tremblements dans les membres; le malade sent une (c sale » bête qui lui monte aux jambes, etc. Chez tous, on peut observer des attaques épileptiformes.

Terminaisons de l’alcoolisme. — Dans un grand nombre de cas, la guérison survient. Si le malade est solidement constitué, surtout si la volonté n’est pas irrémédiablement atteinte et qu’on puisse lui persuader de suspendre les excès, tout s’améliore promptement; car, dans ces cas-là, les lésions se bornent à des congestions, à des inflammations superficielles et curables. Cela s’observe encore dans le delirium tremens et la mélancolie ; les fous alcooliques fournissent aux médecins aliénistes leurs plus beaux succès et sortent très souvent des asiles, — souvent aussi pour y rentrer. — Cela peut se compliquer alors de dipsomanie; (V. ce mot.) l’ingestion de l’alcool devenant alors absolument fatale.

Mais, à la longue, les altérations cérébrales se prononcent : l’alcoolique, avec sou cerveau enflammé, en proie tantôt à la sclérose interstitielle, tantôt à la dégénérescence graisseuse, devient incurable et succombe eu présentant les signes de la paralysie générale ou de la démence. Il peut mourir

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aussi, dans un accès aigu de delirium iremens.

Un bon nombre d’alcooliques sont emportés par la cirrhose du foie.

D’autres peuvent mourir par le poumon. L’alcool porte aussi son action irritante sur la muqueuse pulmonaire : et tout le monde connaît cette voix de rogomme, a crapulà, propre aux ivrognes et aux filles de mœurs faciles, presque toujours adonnées à la boisson. 11 s’agit d’une laryngite chronique, qui d’ailleurs est également susceptible de guérison. Mais il n’est pas douteux que l’usage immodéré de l’alcool ne détermine parfois une phtisie pulmonaire qui finit la scène. J’en ai vu un cas bien net chez une dame jeune encore, appartenant à ce qu’on appelle la « bonne société », sans antécédents au point de vue des maladies de poitrine, et qui mourut phtisique, à la suite de l’abus énorme et prolongé des spiritueux. A part l’action irritante, il faut tenir compte surtout de la déchéance organique qui frappe ces malheureux devenus dyspeptiques, sans appétit, éprouvant même une véritable horreur pour les aliments et prolongeant leurs tristes jours uniquement à l’aide de la liqueur chérie : véritable poison des Borgia, qui frappe d’une mort irrémédiable les tissus qu’il conserve momentanément.

Ajoutons qu’on trouve à l’autopsie des alcooliques, outre les lésions précédemment indiquées, des dégénérescences graisseuses du cœur, des muscles, des vaisseaux, des dépôts adipeux dans les os, et en somme, un état graisseux, misérable de l’organisme entier, qui a permis d’assimiler l’alcoolique invétéré à un vieillard, à un homme qui succombe par épuisement, par usure des tissus.

Mais tout n’est pas fini, et le plus triste, c’est que l’alcoolique peut laisser à ses enfants le plus déplorable héritage, h'alcoolisme héréditaire semble établi sur des faits certains. Les enfants des ivrognes sont sujets aux convulsions, à l’hystérie, à l’épilepsie ; ils meurent souvent en bas âge. Marcé cite le fait d’un alcoolique qui s’était marié deux fois : avec sa première femme, il eut seize enfants, dont quinze moururent avant un an, le survivant étant épileptique; avec sa seconde femme, huit enfants, dont sept succombèrent à des convulsions. Ceux qui ne meurent pas, souvent très intelligents dans leur enfance, finissent par avorter, par faire des hommes incomplets, intelligents encore, mais légers, distraits et incapables d’arriver à rien de sérieux. De plus, les enfants des alcooliques héritent souvent, et en dehors de toute imitation, du besoin impérieux de boire, ce qui les conduit souvent, victimes d’une impitoyable tatalité, à mourir comme leur père, à Sainte-.\nne ou à Charenton.

Hygiène et Prophylaxie. — Des effets aussi désastreux ont conduit certains philanthropes à considérer 1 alcool comme une abomination, comme un poison, dont il fallait proscrire absolument l’usage. Des médecins, qu’on avait le droit de croire éclairés, non contents de s’associera ces déclamations, ont été jusqu’à nier les faits incontestables, relatifs, à l’action physiologique et parfois salutaire de l’alcool, dit le professeur G. Sée.

Mais l’action très réelle et bienfaisante de l’alcool est surabondamment démontrée par l’usage nécessaire qu’on en fait dans les pays froids. Les

Napolitains, qui se contentent de macaroni, ne sont pas plus vertueux que les Suédois ou les Anglais, auxquels il faut du whisky. Nous autres des pays tempérés et méridionaux, nous avons cette fortune de pouvoir apprécier le charme du bon vin et d'être moins exposés, en raison du climat, à nous laisser entraîner aux excès. Aussi est-ce parmi nous. Latins et Gallo-Romains, qu’on a su le mieux célébrer la vigne, depuis Horace qui adorait le « Falerne, » jusqu’à Rabelais, « cher aux buveurs très illustres, » et il y a longtemps que le philosophe de Tibur l’a rappelé : en fait de littérature et de poésie, il n’y a rien de bon à attendre des buveurs d’eau.

Nulla placere diu nec vivere carmina possunt

Quœ scribuntur aquœ potoribus...

(Épist , I, 19.)

D’autre part, il n’y a pas à se faire illusion sur les dangers de l’alcool pris en excès : la description tracée plus haut est assez caractéristique. Chez nous, sur cent cas de folie, dix-huit environ sont dus à l’ivrognerie. Il y a donc là un fait qui doit attirer l’attention de l’hygiéniste et du législateur. Mais, je tiens à le déclarer tout d’abord : quand on veut établir, même un semblant de comparaison, entre ce qui se passe ici et ce qui a lieu en Angleterre, par exemple, on parle de ce qu’on ignore. Rien d’abject, rien d’épouvantable, comme l’alcoolisme dont on peut constater les effets à Londres, dans les publichouses des Seven Dials, ou de White-Chapel, par exemple. Il faut voir les sales haillons, les faces blêmes et cadavériques, les gififles et les coups de poing s’abattant sur les visages flasques, sur les seins pendants des femmes débraillées, sans chemise sous leur robe, il faut voir cela et le reste et se dire que jamais rien de pareil ne s’est vu ni ne se verra dans la belle France, fair France, comme disent les Anglais, et ils ont raison. Cela ne les empêche pas d’être un grand peuple, et cela ne doit pas, d’autre part, nous rendre plus fiers : simple effet de climat et de brouillard.

On conçoit le développement de l’autre côté de la Manche, de ces sociétés de tempérance, auxquelles des hommes bien intentionnés et des clergymen ont donné tous leurs soins. Mais j’ai le regret de dire que ces sociétés n’ont produits que les plus pitoyables résultats : je renvoie le lecteur à la désopilante description d’un Tea-meeting dans Pickwick. En nous présentant cette collection de pauvres d’esprit, entremêlés de quelques hypocrites, Dickens n’a rien exagéré ; on en restera convaincu, quand on saura que les organisateurs de ces sociétés sont en même temps les adversaires fanatiques de la science, les promoteurs de la campagne contre la vivisection.

Je ne vois nulle nécessité d’établir chez nous des sociétés pareilles, et je déplorerais le jour où l’on pourrait constater le succès en France de feuilles idiotes analogues à celles que publient en Angleterre les Tempérance Union et autres « alliances » de même farine. « Mahomet seul, réformateur social et religieux, dit le docteur Semerie, a pu faire reculer devant lui l’immonde fléau. Mais il agissait sur des populations méridionales, naturellement plus sobres, et il parlait au nom de Dieu à des gens qui y croyaient. »

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