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i Est-ce à dire qu'il n’y ait rien à faire pour combattre chez nous les funestes etfets de l’alcoolisme ? Il y a trois moyens, convenant à des hommes libres, et que je regrette d'indiquer d’une façon aussi sommaire ;
1° Il huit punir très sévèrement, non par des francs, mais par des milliers de francs d’amende, non par des jours, mais par des mois et des années de prison, ceux qui frelatent les vins et les eaux-devie : c’est de l’empoisonnement compliqué de vol. 2° 11 faut punir, d’une façon générale, comme s’ils [ étaient commis dans la plénitude de la raison, les I crimes et les délits commis en état d’ivresse. Pit- E tacus, tyran de Mitylène, cité par Aristote et avec |i approbation, avait même établi une loi qui doublait la peine en pareil cas. De cette façon, les ivrognes ( qui ont « le vin mauvais, » y regarderont à deux fois 1 avant de s’enivrer. On tiendra compte évidemment des cas où des individus, les jeunes gens surtout, inexpérimentés, se seront trouvés, exceptionnellement, parfois sans s’en douter, en état d’ivresse ;
3° Il faut enfin, mais c’est là le plus long et le : plus difficile, améliorer la société, contribuer, autant que faire se peut, au progrès des lumières, par une législation appropriée. Nous devons tout attendre de la loi nouvelle qui rend obligatoire l’enseignement la’ique : elle nous fera des hommes et des citoyens, j’entends des hommes intelligents, dans la mesure du possible et des citoyens instruits, la morale viendra comme par surcroît.
Médecine légale : responsabilité des alcooliques. — L'homme est-il responsable des actes qu'il commet sous l’influence de l’alcool? — 11 faut d’abord établir une différence entre l’alcoolisme et l’ivresse. L’ivresse est un fait volontaire et qui, loin d’avoir le privilège de l’excuse légale, constitue plutôt une circonstance aggravante du crime et de la pénalité. L’Assemblée nationale de 1871, justement émue des progrès de l’alcoolisme, a dicté une excellente loi répressive qui ne peut manquer de porter des fruits, car l’état d’ivresse es-t le plus souvent volontaire, et ses conséquences possibles échappent I aux prévisions humaines.
j Quant à l'alcoolisme chronique, d’après les crimi- I nalistes modernes, il doit être considéré comme une i circonstance atténuante. L’homme qui en est atteint 1 est en proie à une folie spéciale appelée Jolie alcoolique, à formes multiples, à du délirium tremens, à des hallucinations, à de l’hébétude : il est donc avec juste raison considéré comme irresponsable.
A, Regnard.
I ALCOOMÈTRE. — On donne ce nom en physique ' i tout instrument qui permet de faire connaître la I proportion exacte d’alcool contenu dans un liquide.
I En France, le seul alcoomètre légal employé pour la ! perception des droits sur les liquides alcooliques est i Yalcoomètre centésimal de Gay-Lussac. Cet alcoo- , mètre présente une échelle divisée en 100 parties inégales-, le zéro correspond à l’eau pure et le nombre 100 à l'alcool absolu ou anhydre. Chaque degré intermédiaire exprime en centièmes la quantité d’alcool absolu renfermée dans la liqueur essayée. L’instrument s’enfonce-t-il, par exemple, dans une liqueur alcoolique jusqu’à 55 degrés, cela indique Dictio.n.naire popl'laire de médecine usuelle.
que ce liquide contient sur 100 parties, 45 parties d’eau et 55 parties d’alcool pur. D' c. Sarrau.
ALCOVE. — Hygiène. — L’alcôve, cette partie de la chambre à coucher, dans laquelle on place le lit, est bien la chose la plus contraire à l’hygiène que je connaisse, et pourtant cette déplorable habitude est tellement enracinée chez nous, que nous ne la verrons pas disparaître de sitôt.
L’alcôve, qu’elle soit fermée par de simples rideaux ou par des portes tapissées, dissimulant le lit et permettant de faire de la chambre à coucher, un salon, a toujours des inconvénients. Elle s’oppose au renouvellement facile de l’air, concentre le produit de la respiration et de l’exhalation de la peau dans un espace confiné et vicie l’air respiré par la personne couchée. Lorsque celle-ci, au lieu d’être bien portante est malade, il est aisé de comprendre que ces inconvénients sont plus graves. Car, ainsi que le dit judicieusement Becquerel, le produit des exhalations pulmonaire et cutanée de ce dernier, concentré dans un air non renouvelé, et absorbé ensuite par les mêmes voies qui l’ont fourni, est capable d’aggraver la maladie de l’individu placé dans le lit et de la compliquer d’une manière beaucoup plus fâcheuse, surtout si cette maladie est une maladie du cœur ou du poumon.
Au nom de l’hygiène, bien portants et malades, ne couchez jamais dans des alcôves !
D'' Paul Labarthe.
ALCYON. — (V. Nids d’hirondelles).
ALET (EADX MINÉRALES D’). — Alet est une petite ville de l’Aude, dont les eaux sont, les unes alcalines et bicarbonatées calciques, les autres ferrugineuses; mais toutes très faiblement minéralisées. Elles sont administrées en boisson, en bains et en douches dans un établissement récemment agrandi et amélioré. On les conseille surtout en boissons dans les convalescences des fièvres graves, et principalement de la fièvre typho'i’de, et des fièvres exenthématiques, des inflammations, des dyspepsies, de toutes les maladies en un mot où l’on a besoin de réparer promptement l’organisme, tout en ménageant la susceptibilité des organes de la digestion qui, par leur inaction prolongée ou par leurs nombreuses sympathies, participent toujours à la souffrance des autres organes. Les eaux d’Alet sont aussi employés contre la migraine, la chlorose, l’anémie et ce qu’on est convenu d’appeler Yétat nerveux. Elles se boivent très bien transportées.
D"- Paul Labarthe.
ALËZE. — Nom donné à un drap plié en deux ou en quatre, que l’on place sous les malades couchés, pour les préserver, eux et leur lit, du sang, des urines, du pus, en un mot de tous les liquides normaux ou pathologiques qui pourraient les souiller. Les vieux draps font de meilleures alèzes que les neufs, parce qu’ils sont plus doux et plus souples. Dans certains cas on remplace l’alèze par de la toile cirée, du taffetas gommé ou tout autre tissu imperméable. Le plus souvent on place ces tissus entre l’alèze et le drap de lit. p. L.
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ALG
ALGALIE. — Nom donné aux cathéters et aux sondes. (V. ces mots).
ALGER (STATION HYVERNALE D’). — La ville dAlger est située à 36°47'20" latitude nord, et à 0‘'44'10" longitude ouest du méridien de Paris. Bâtie en amphithéâtre sur le versant nord de l'une des dernières ramifications du Sahel, elle peut être représentée par un triangle dont le sommet, la forteresse de la Casbah, s’élève à 140 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, et dont la base est baignée parles eaux du port sur un parcours de 1,600 mètres.
L’échancrure circulaire qui constitue la baie se termine à gauche à la pointe Pescate, à droite au cap Matifou.
A une certaine distance, les deux mille maisons qui composent la ville, forment une masse blanchâtre confuse, compacte sans jour et sans issues; ce n’est que peu à peu que l’on distingue les artères principales de la circulation dans ce dédale de passages et de bazars, de casernes et de mosquées.
La position topographique d'Alger, abritée des vents du sud, est encore améliorée par la brise de terre, qui, échauffée par le sol, tempère la fraîcheur des nuits et concourt, avec les brises de la mer, à entretenir une température plus sensiblement uniforme.
Rien de plus agréable, de plus pittoresque, de plus salutaire que les environs d’Alger : aussi des milliers de villas se sont élevées, comme par enchantement, au milieu de bouquets d’oliviers, de jujubiers et d'orangers.
C'est à nos médecins militaires, et plus spécialement à MM. Costallat, Boudin, Antonini, Maillot, Bonnafont, Émile Bertherand, que reviennent l'honneur et le mérite d'avoir signalé, les premiers, l'heureuse influence du climat algérien sur les affections chroniques de la poitrine.
Les quartiers les plus recherchés pour le séjour des valétudinaires sont ceux de Saint-Eugène, de Mustapha inférieur et de Mustapha supérieur.
Le charmant village de Saint-Eugène, battu par les flots bleus de la Méditerranée, est situé à 3 kilomètres au nord de la ville, au pied de la montagne la Bouzéreah.
Mustapha inférieur, à 2 kilomètres entre la montagne et la mer sur la route de Constantine, est merveilleusement abrité contre tous les vents, sauf les vents d'est et de sud-est qui sont rares et plutôt agréables que nuisibles.
Mustapha supérieur est un site enchanteur offrant aux regards un tableau merveilleux.
Couchés sur le flanc des collines, cachés dans les ravins qui descendent de la montagne, au milieu d un printemps éternel, des châteaux, des villas, des maisons mauresques s’étagent de Mustapha inférieur au sommet de Sahel.
Le vent, la poussière, le froid, ne peuvent pénétrer dans ces réduits qu’échauffe et vivifie le soleil, que tapissent au mois de janvier les roses, les cobea, les bougainvilliers en fleurs.
Les données météorologiques , recueillies sur le climat d’Alger pendant une première période de 22 ans (1830 a 1839), et celles plus récentes enregistrées de 1860 à ce jour, conduisent à admettre que ce climat tient un j uste milieu entre le climat tem-
péré du midi de la France et le climat des tropiques.
Cette proposition trouve sa démonstration dans les faits suivants, qui constituent les caractéristiques climatologiques, ou mieux climatiques, de la station hivernale :
r Pureté très grande de l’atmosphère, ciel bleu et sans nuages ;
2" Brièveté du crépuscule ;
3° Grandes vicissitudes de températures, bien que les variations saisonnières soient peu marquées, et que la moyenne annuelle de température s’élève à 19”17 ;
4° État hygrométrique modéré de l'air ambiant;
5“ Oscillaticgis limitées du baromètre dans ses mouvements diurnes et annuels (moyenne annuelle = 762““‘32) ;
6° Certaine périodicité des vents et de la pluie, vents et pluie qui se produisent dans des conditions bien déterminées de régularité et d'intensité.
La littérature médicale et hygiénique de la station hivernale d'Alger est déjà très riche, grâce aux mémoires des médecins de l’armée d’Afrique, et aux monographies de climatologistes compétents. Nous nous bornerons à rappeler les noms de leurs auteurs, MM. les docteurs Costallat, Bonnafont, .\rnaud', Michell, Martin, Foley, Feuillet, Landowski.
Les conclusions qui découlent, d’une manière évidente, de l’ensemble de ces travaux peuvent être ainsi résumées :
1“ La ville d’Alger et sa banlieue possèdent un climat favorable à la guérison des affections chroniques de la poitrine;
2” Les conditions les plus favorables pour les valétudinaires sont : les prédispositions de la maladie, les symptômes qui constituent ce qu’on est convenu d'appeler le premier degré de la phtisie pulmonaire, et le commencement du deuxième degré, alors que la lésion locale est très limitée, et que les phénomènes généraux de ramollissement et de désorganisation ne se sont pas encore manifestés;
3° Selon que la forme prédominante de la maladie pulmonaire sera la forme torpide, Xaîorme éréthique, ou une modification des deux autres , en tenant compte des topographies locales, il faudra donner la préférence : au séjour de Saint-Eugène et de Mustapha inférieur (zones maritimes), pour les formes torpides (scrofuleuses et lymphatiques).
A celui de Mustapha supérieur (zone des collines), pour la forme éréthique (avec fièvre et prédominance de l’éréthisme nerveux).
A celui de l’intérieur de la ville, de la porte Babel-Oued à la porte Bab-Azoun (zone intermédiaire), pour les cas ou l’affection pulmonaire à marche lente ne présentera pas de caractères bien accentués de torpeur organique ou d’éréthisme nerveux.
En résumé, le choix judicieux du quartier qui doit servir de séjour au valétudinaire arrivant à Alger, doit être la résultante ou la coordination de ces deux éléments : état pathologique des organes lésés; conditions stimulantes ou sédatives de la zone climatique appropriée à la diverse nature de lésion.
D'' P. de PiETRA Santa.
ALGIDITÉ. — Nom donné à un état de refroidissement très prononcé du corps qui a sa cause dans
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un état morbide interne. L’algidité est un symptôme que l'on rencontre dans certaines tièvres d’accès, dans l'asphyxie prolongée, dans le choléra, etc.
Dans l’algidité, la peau conserve sa couleur normale on devient d’un blanc mat. Chez les agonisants, elle se couvre en outre d’une sueur visqueuse. Dans la dernière période de l’asphyxie et du choléra, la peau perd sa couleur normale et devient violette ou noirâtre.
On donne le nom ^algidiié progressive du nouveau-né à cet état dans lequel languissent, en se refroidissant de plus en plus, les enfants nés avant terme ou venus au monde avec une atteinte trop profonde aux organes essentiels de la vie. Cette période dure de quelques heures à quelques jours, et se termine par la mort. D' Paul Labarthe.
ÂLGUE. — Plante cryptogame du groupe des amphigènes ou cellulaires, vivant au fond ou à la surface des eaux douces ou salées.
Ces végétaux sont placés au dernier rang de l’échelle botanique, et beaucoup d’entre eux sont microscopiques. En général ils se composent de frondes formées de cellules ou de tubes, vivant dans l’air très humide, mais le plus souvent dans l’eau, tantôt libres, tantôt fixées par des radicelles. On nomme spores les corps qui servent aies reproduire.
Les algues sont très nombreuses, et on en rencontre dans toutes les eaux douces ou salées. Les algues marines contiennent en outre de la matière mucilagiueuse, que l'on trouve à peu près dans toutes, de la soude et de l’iode, que l’industrie en retire et des substances azotées qui en font un excellent engrais.
Les algues se divisent en trois familles : les Ulva- CÉES, les FLouiuÉes et les Fücacées.
1° Les Ulvacées sont le plus souvent vertes, quelquefois rouges. Elles croissent dans les lieux humides, dans l’eau douce, quelques-unes dans l’eau salée.
2’ Les Floridées n’habitent que la mer. Elles sont formées de frondes planes ou cylindriques avec ou sans articulations. Leurs couleurs très variées, vont du rose tendre au brun foncé. Parmi les Floridées, une seule est employée en médecine, c’est la mousse de Corse. (V. ce mot.)
3” Les Fücacées sont des algues coriaces, membraneuses ou filamenteuses, ordinairement vertes ou brunes. Quelques-unes ont des tiges et des feuilles pétiolées. Les principales variétés famille employées en médecine et en chirurgie sont : le fucus vésiculeux et la Laminaire (V. ces mots).
Alfred Chardon, Ph''°.
ALICANTE. — Nom donné à un vin cuit et sucré récolté en Espagne, très agréable à boire au dessert. Les convalescents le trouvent souvent un peu lourd, comme d’ailleurs les autres vins cuits, et sont obligés, pour le tolérer, de le couper avec un peu d’eau. Comme tous les autres vins, l’alicante est contrefait et falsifié. On peut faire du vin d’Alicante factice en prenant :
Vin de Bagnols vieux. . .
Sirop de raisins à 33° . .
Infusion d’iris de Florence Infusion de brou de noix.
Alcool a 85°
45 litres.
2,30 centilitres.
On mélange le tout, on laisse reposer pendant un mois, oh colle et on soutire huit jours après, ou mieux, on filtre et on met en bouteilles. D' Paul Labarthe.
ALIÉNATION MENTALE. — (V. Folie).
ALIÉNÉS (LÉGISLATION DES). — De tout temps, chez les peuples arrivés à un certain degré de civilisation, les aliénés ont été nécessairement l’objet de mesures spéciales de la part des pouvoirs publics. Si nous n’avons pas de renseignements précis sur la façon dont les choses se passaient en Grèce, la jurisprudence des Douze Tables, empruntée à ce pays, ne permet guère de douter que la législation des premiers temps de Rome, relativement aux aliénés, n’ait eu son équivalent dans la patrie de Solon. Chez les Romains, les furiosi d’abord, puis, plus tard les mente capti, les fatui, c’est-à-dire les fous en général, furent compris au nombre des individus en faveur desquels on organisait une curatelle légitime. De plus, on les enfermait dans des lieux publics de détention et on rendait les gardiens responsables, non seulement des accidents que ces malheureux causeraient, mais encore de ceux dont ils pourraient être victimes par suite d’un défaut de surveillance. La législation romaine s’occupait même des muets, des sourds, des malades incurables et des faibles d’esprit, en général, pour protéger leurs biens.
Voilà où en étaient les choses lorsque l’invasion du christianisme vint tout remettre en question. On a voulu protester contre cette vérité : on a cité des passages et des commentaires empruntés à des auteurs qui ne font d’ailleurs que reproduire, en les gâtant, les formules de la législation romaine relatives aux aliénés. Seulement l’influence de la religion l’emporta sur les suggestions du sens commun, et à mesure que disparaissaient les derniers souvenirs de cette civilisation romaine auxquels les premiers siècles du moyen âge durent encore un reste de grandeur, les procès de sorcellerie et de possession démoniaque remplacèrent de plus en plus complètement les enquêtes relatives à la folie. On nous dit que les médecins étaient appelés : oui, mais surtout pour découvrir, pour constater sur les misérables les marques du diable « siigmata diaboli » qui se trouvaient parfois étrangement cachées dans les parties les plus secrètes du corps. Et non seulement on s’occupa beaucoup plus de brûler des sorciers et des possédés que de guérir des fous, mais encore, commelefont très justement remarquer les inspecteurs généraux dans leur rapport sur le service des aliénés (1874): « Les erreurs et les inutiles cruautés des longs siècles qui s’écoulèrent sous l’empire des idées que nous venons d’indiquer contribuèrent puissamment à propager certaines formes de l’aliénation qui, de tous côtés, devinrent de véritables épidémies » (p. 10). 11 est vrai que la cure était radicale ! Dans l’électorat de Trêves, Sprenger fit périr, en deux ou trois ans, plus de six mille sorcières ou possédées ; à Genève, on en brûla cinq cents en trois mois. L’histoire doit une mention au médecin Jean Wyer (né à Grave, dans le Brabant hollandais, en 1513), qui, le premier, protesta au nom de la science contre ces abo-
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minatioiis, déclara que ces malheureuses étaient folles et osa traiter leurs juges de bouchers et de bourreaux. Ce à quoi le jurisconsulte Bodin riposta en le qualifiant d’a</tm<e et de matérialiste. C’est ici le début de la querelle entre les médecins et les magistrats à propos de la folie, querelle qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours. (Voy. A. Regnard, Essais d'histoire et de critique scientifiques, p. 161.)
Sur ce point comme sur tant d’autres, la Révolution fit rentrer l’humanité dans la voie normale : la législation sur les aliénés reprit son cours, au point où elle en était restée au temps de la civilisation romaine. C’est une nouvelle preuve d’une vérité que pour ma part j’ai proclamée dans toutes les occasions, et que d’excellents esprits persistent à méconnaître, égarés qu’ils sont par la fausse théorie du progrès continu. Dans le cas qui nous occupe, c’est un fait certain, reconnu par tous, que la législation moderne des aliénés ne date, dans toute l’Europe, que de la Révolution.
11 peut y avoir une législation à ce sujet en dehors d’une loi spéciale. C’est ainsi qu’en Allemagne, contrairement à une affirmation erronnée, partout reproduite, il n’y a pas de loi sur les aliénés. Seulement, l’administration d’une part, la famille de l’autre, ont le droit de réclamer l’interdiction d’un individu en proie à la folie, devenu irresponsable de ses actes ou incapable de gérer ses biens. En Autriche [Œsterreich. Allgembürgert. Gesetzbuch, § 269, 173), comme en Prusse [Deutsche civil processordnung, du 30 janvier 1876, § 593-620, etpreussische Yormundschaftordnung, du 5 juillet 1875, § 83), on s’adresse à une commission composée de magistrats, assistés de deux médecins qualifiés. Naturellement c'est la commission qui décide, mais uniquement sur l'avis des deux médecins, sommés de répondre avant tout à cette question : l’individu est-il fou et y a-t-il nécessité de l’enfermer dans un asile? Le nouveau projet de loi, actuellement à l’étude chez nous, et qui exige le rapport de deux médecins, se rapproche donc, à cet égard, du système allemand.
En Angleterre, où toute législation est extrêmement compliquée, celle qui concerne les aliénés ne fait pas exception à la règle. Cependant, la dernière loi (Lunacy Régulation Act, 1862, 25 et 26, Victoria, c. lit), a précisé un peu plus les choses. D’abord, celui-là seulement est considéré comme aliéné proprement dit (Lunatic), qui a été reconnu comme tel par un jury, après enquête, formalités qui accompagnent les demandes d’interdiction. Mais tout individu ayant perdu la raison [insane] peut être privé de sa liberté et placé « under personal restreint. » Il faut pour cela un « ordre » d'une personne s’intéressant à l’aliéné et qui devient en même temps responsable de la détention de l’individu qu’elle a fait enfermer; cet ordre doit être accompagné du certificat de deux médecins qualifiés. Tous les cas doivent être d’ailleurs soumis au corps des « commissioners of Lunacy, » sorte de conseil supérieur chargé de la surveillance et de la direction de tout ce qui concerne l’aliénation mentale et dont les pouvoirs sont infiniment plus étendus que ne l’ont jamais été ceux des inspecteurs généraux en France.
En somme, la France, la Belgique, la Hollande,
la Suède et la Norwège sont les seuls pays possédant, non pas des règlements ou des recueils de dispositions plus ou moins complets, mais une loi spéciale et s’appliquant, dans la mesure du possible, à tous les cas.
La loi française du 30 juin 1838 est célèbre dans toute l’Europe et a été reproduite en partie dans la législation des pays qu’on vient de citer. Voici quelles sont ses principales dispositions, celles au moins qui intéressent le public en général.
Lorsqu’une personne perd la raison, le placement dans un asile ou dans une maison de santé peut être effectué par un parent ou un ami aux conditions suivantes :
Section première. — des placements volontaires.
Art. 8. — Les chefs ou préposés l'esponsables des établissements publics et les directeurs des établissements privés et consacrés aux aliénés, ne pourront recevoir une personne atteinte d’aliénation mentale, s’il ne leur est remis :
1° Une demande d’admission contenant les noms, profession, âge et domicile, tant de la personne qui la formera que de celle dont le placement sera réclamé, et l’indication du degré de parenté, ou à défaut, de la nature des relations qui existent entre elles.
La demande sera écrite et signée par celui qui la formera, et s’il ne sait pas écrire, elle sera reçue par le maire ou le commissaire de police, qui en donnera acte.
Les chefs, préposés ou directeurs, devront s’assurer, sous leur responsabilité, de l’individualité de la personne qui en aura formulé la demande, lorsque cette demande n’aura pas été reçue par le maire ou par le commissaire de police.
Si la demande d’admission est formée par le tuteur d’un interdit, il devra fournir, k l’appui, un extrait du jugement d’interdiction.
2° Un certificat de médecin constatant l’état mental de la personne à placer, et indiquant les particularités de sa maladie et la nécessité de faire traiter la personne dans un établissement d’aliénés et de l’y tenir renfermée.
Ce certificat ne pourra être admis, s’il a été délivré plus de quinze jours avant sa remise au chef ou directeur; s’il est signé d’un médecin attaché a l’établissement, ou si le médecin signataire est parent ou allié, au second degré inclusivement, des chefs ou propriétaires de l’établissement ou de la personne qui fera effectuer le placement.
En cas d’urgence, les chefs des établissements publics pourront se dispenser d’exiger le certificat du médecin.
3“ Le passeport ou toute autre pièce propre k constater l’individualité de la personne k placer.
D’autre part, l’administration peut ordonner, d’office, la séquestration des aliénés, considérés comme dangereux :
Section //. — des placements ordonnés par l’autorité
Art 18. — A Paris, le préfet de police, et dans les départements, les préfets ordonneront d’office le placement, dans un établissement d’aliénés, de toute personne interdite, ou non interdite, dont l’état d’aliénation compromettrait l’ordre public ou la sûreté des personnes.
Les ordres des préfets seront motivés et devront énoncer les circonstances qui les auront rendus nécessaires. Ces ordres, ainsi que ceux qui seront donnés conformément aux articles 19, 20, 21 et 23, seront inscrits sur un registre semblable k celui qui est prescrit par l’article 12 ci-dessus, dont toutes les dispositions seront applicables aux individus placés d’office.
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Art. 19, — En cas de danger imminent, attesté par le certificat d’un médecin ou par la notoriété publique, les commissaires depolice, il Paris, etlcs maires dansles autres communes, ordonneront, à l’égard des personnes atteintes d’aliénation mentale, toutes les mesures provisoires nécessaires, à la charge d’en référer dans les vingt-quatre heures au préfet, qui statuera sans délai.
Ajoutons que quinze jours après le placement volontaire d’un aliéné, le médecin de l’établissement doit adresser au préfet un nouveau certificat confirmant ou rectifiant les observations contenues dans le premier certificat (.Art. 11). S’il s’agit d’un établissement privé, le préfet prévenu immédiatement, charge, dansles trois jours, un ou plusieurs hommes de l’art de visiter la personne qui lui a été désignée. Pour les aliénés placés d’office, ils sont maintenus dans l’asile ou mis en liberté par le préfet, d’après le rapport que le médecin est tenu de rédiger et qui est transmis à l’administration dans le premier mois de chaque semestre. Enfin, dans le cas de placement volontaire la sortie du malade, même en l’absence d’un certificat de guérison, peut toujours être exigée par l’époux ou l’épouse, le curateur, par un proche parent (ascendant ou descendant), par la personne ayant signé la demande d’admission : à moins qu’un parent n’ait déclaré s’opposer à ce qu’elle use de cette faculté sans l’assentiment du conseil de famille.
Telle est cette loi, contre laquelle on a tant portesté, bien à tort, car tout en étant susceptible de perfectionnement, comme toute chose humaine, elle consacre le principe essentiel et qui doit toujours servir de base à une pareille législation, en attribuant le rôle principal au médecin. C’est là une vérité qui semble n’avoir besoin que d’être proclamée. Car enfin, nous vivons dans un siècle ennemi de la superstition et de la fantaisie, dans lequel les hommes de progrès, y compris les plus excentriques d’entre eux, ont tous inscrit sur leur drapeau ; la science pour base.
Malheureusement, ce mot d’ordre imposé par les penseurs, il y a une vingtaine d’années, est devenu, pour le plus grand nombre, complètement inintelligible. La médecine et la politique sont des sciences qui jouissent sous ce rapport d’un triste privilège. On n’a jamais vu un individu absolument étranger aux mathématiques ou à la chimie, tenter de résoudre une équation ou d’analyser une substance complexe: mais, qu’il s’agisse de discerner les symptômes d’une maladie ou de gouverner un État, et il n’y a pas de bon bourgeois qui ne s’en juge immédiatement capable. C’est ainsi qu’à propos d’une séquestration soi-disant imméritée, on a vu tout un chacun s’ériger en arbitre, et traiter les médecins avec autant de sans façon que s’il se fut agi de simples magistrats impériaux.
Où veut-on en venir cependant? Sans doute, aux beaux jours où les jurisconsultes s'arrogeaient le droit déjuger des désordres de l’intelligence. C’est là une solution proposée par M. Élias Régnault, il y a bien longtemps, dans son livre sur « L’incompétence des médecins en matière d'aliénation mentate. » 11 y eut un temps, comme on l’a dit plus haut, où les juges brûlaient les sorcières, et j’ai mentionné les déclamations furibondes de Bodin contre le premier
médecin qui osa prendre en main la défense de ces malheureuses. Les magistrats prétendaient qu’elles ne déraisonnaient point. C’est encore aujourd’liui l’objection élevée par les gens du monde dans les affaires d’aliénation mentale. Je sais bien qu’on ne brille plus les sorcières ; on se contente de guillotiner de temps en temps des aliénés. D’autre part, ceuxci qu’on tend déplus en plus à laisser libres de leurs actions, profitent de la latitude qu’on leur laisse pour-égorger à leur aise leurs proches ou des étrangers.
La liberté individuelle ne peut être mise au-dessus de la sécurité publique, l’intérêt particulier audessus de l’intérêt général. Dans tous les cas, la folie étant une maladie, les médecins sont seuls compétents pour la discerner. Il se peut qu’on ait vu des misérables parmi eux; on les compte, dans tous les cas. Mais combien de scélérats l’histoire n’a-t-elle pas stigmatisés sous la robe du juge, depuis les Laubardemont et les Jeffrey, jusqu’à ces magistrats des régimes antérieurs, qui auraient déshonoré la justice si la justice pouvait être déslionorée? Que l’on prenne toutes les précautions pour éviter les erreurs; que l’on exige le rapport de deux médecins au lieu du certificat d’un seul, comme cela est indiqué dans un projet à l’étude, — rien de mieux. Mais il serait vraiment étrange que dans le moment même où en Angleterre, comme en Allemagne, on se félicite de la part de plus en plus grande attribuée aux hommes de science dans ces questions, on en revint chez nous au système des experts amateurs. Espérons d’autre part, qu’on cessera de se coiffer du bonnet de la liberté pour préconiser un régime de « laissez-faire » n’ayant rien de commun avec ce symbole glorieux; d’un régime dont le moindre inconvénient serait de nous ramener aux temps primitifs de la lutte pour l’existence et de nous contraindre à marcher toujours armés, prêts à casser la tête aux libérés de Charenton ou de Sainte- Anne, quand nous aurions la bonne fortune de pouvoir prendre les devants.
(Voyez pour les questions relatives à la responsabilité, aux aliénés dits criminels, etc., le mot Folie. V. aussi Assistance publique. Hospices).
A. Regnard.
ALIMENTATION. — (Voyez Alimeiits, Diète, Diététique, Gavage, Inanition, Régime.)
ALIMENTS. — On appelle ainsi les substances susceptibles de réparer les pertes de l’organisme et de contribuer à son développement en entretenant le jeu normal des fonctions.
L’aliment, c’est donc tout ce qui nourrit, tout ce qui entretient la vie, et ainsi la définition précédente est conforme à la réalité des faits aussi bien qu’à l’étymologie. Peu importe la voie par laquelle la substance s’introduit : si l’on fait intervenir ici, comme certains auteurs, l’appareil digestif, il en résulte qu’il n’y a pas d’aliments pour les êtres inférieurs dépourvus de cet appareil, ce qui est absurde. D’autres n’accordent même le titre d’aliment qu’aux substances qui sont modifiées par la digestion, — simple vue de l’esprit qui ne supporte pas l’examen.
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Les êtres vivants sont constitués, en dernière analyse, par des corps simples de nature minérale. L’homme, comme l’animal le plus rudimentaire, est surtout un composé d’oxygène, d’azote, de carbone et d’hydrogène. On verra à l’article Nutrition comment les animaux s’assimilent ces matières minérales par l’intermédiaire des végétaux qui les ont engagées dans des combinaisons variables, comment ils restituent ensuite au monde extérieur ces mêmes matières minérales dégagées par leur propre désintégration, pour être reprises encore par les végétaux : l’ensemble de ces phénomènes constituant cette admirable circulation de la vie, qui durera aussi longtemps que le végétal pourra tirer du soleil la chaleur, — c’est-à-dire la force, — nécessaire pour l'accomplissement de ces transformations. Nous n’avons à nous occuper ici que des aliments considérés en eux-mêmes, de la forme sous laquelle, l’homme surtout, s’assimile les substances constitutives de son organisme.
Principaux éléments entrant dans la composition des aliments. — 11 est indispensable avant de parler des aliments de nature animale et végétale qui entrent dans la nourriture de riiomme, d’indiquer d’abord les principaux éléments ou matériaux alimentaires qui entrent dans leur composition.
Ces matériaux alimentaires peuvent être rangés sous quatre chefs :
1° L’eau et les substances inorganiques qui font partie intégrante de nos tissus. Car d’abord, il faut bien entendre qu’au vrai point de vue, les boissons ne sont que des aliments liquides. Et quelle preuve éclatante de cette vérité nous est fournie par l’eau, la « boisson » par excellence, qui, combinée aux divers tissus, constitue plus de la moitié du poids du corps, sans compter les 2,700 grammes que nous en excrétons tous les jours et qui doivent être remplacés ! Le savant professeur Houchardat est d’accord avec la saine physiologie quand il met l’eau au premier rang des aliments et de ceux qu’il importe le plus de surveiller, quant à la pureté, au point de vue de la santé publique. De même le sel marin {chlorure desodiujn) est un aliment : les cendres du sang en contiennent de 50 à 60 p. tOO. Sans doute le sel est aussi un condiment : on en consomme dix fois plus qu’il n’en faut pour réparer les pertes, et cela sert à activer les phénomènes de la nutrition. D’ailleurs, il s’en rencontre des quantités notables et parfois suffisantes dans divers aliments complexes. Ainsi les herbivores le trouvent dans les feuilles des plantes, les carnivores dans le sang des animaux. Le/er, élément si important dans le sang, le soufre, le phosphore, le potassium, le calcium, le magnésium, se trouvent encore, à l’état normal, dans l’économie, et sont par conséquent des matériaux alimentaires que nous introduisons avec les substances complexes, graines, tiges des ' végétaux, viande, etc., qui les contiennent. Ces minéraux subissent diverses combinaisons sous l’influence des matériaux qu ils rencontrent dans l’économie : c’est ainsi que le chlorure de sodium donne des carbonates de soude et l’acide chlorhydrique du suc gastrique. Le phosphate de chaux, qui existe surtout dans les os, est un aliment d’une extrême importance, qu’on prend surtout dans le pain et dans l’eau.
2“ Les Matières albuminoïdes, dites substances quaternaires, parce qu’elles renferment les quatre éléments qui se retrouvent en masse dans la composition de nos tissus : carbone, oxygène, hydrogène et azote. 11 y en a trois principales : Yalbumine, qui constitue le blanc d’œuf et une partie des tissus animaux ; la fibrine, qu’on trouve dans la chair et dans le sang; la caséine, matière albumino’ide du lait. A quoi il faut joindre les matières albumino’ides d’origine végétale : Yalbumine végétale existant dans un grand nombre de graines ; la caséine végétale {légumine) des haricots, fèves, etc. ; les matières albumino’ides du gluten. « On donne le nom d'aliments plastiques à l’albumine, à la fibrine, à la caséine animales et végétales, dit Liebig, parce que ces substances sont les seules qui puissent produire dans la nutrition les parties essentielles du sang et des organes des animaux. >> [Nouvelles Lettres sur la chimie, p. 116). D’après le chimiste de Giessen, ces substances, une fois introduites dans la digestion, constitueraient de toutes pièces les éléments et les tissus, à peu près comme l’argile constitue le vase ou la statue.
Mais les choses ne se passent pas d’une façon aussi simple : Moleschott, le grand physiologiste et l’un des fondateurs du matérialisme scientifique contemporain, a démontré l’inanité de l’antagonisme absolu que Liebig a voulu établir entre les aliments plastiques et les substances ternaires dont nous allons parler tout à l'heure {Circulation de la vie, 9' lettre). « Les principes albumineux, dit excellemment le professeur Gavarret, sont plus spécialement destinés à la rénovation des tissus et fournissent ainsi les principes azotés caractéristiques des sécrétions récrémentitielles. — Les albuminoïdes peuvent être brûlés directement dans les capillaires généraux. Une combustion complète les ramène à l’état d’eau, d’acide carbonique et d’azote. Plus généralement, ils n’éprouvent qu’une combustion incomplète et sont transformés en urée, acide urique, hippurique, etc., tous produits azotés éliminés presque en totalité par les reins et en très faible proportion par la peau. » {Phénomènes physiques de la vie, p. 20.)
3“ Les matières grasses, substances ternaires, non azotées, composées de carbone, d'hydrogène et d’oxygène. Comme elles contribuent pour une grande part à la production de la chaleur animale, Liebig, s’égarant sur la voie ouverte par Lavoisier, leur donna, ainsi qu’aux matières féculentes, le nom d’aliments respiratoires. Il vaudrait mieux dire, avec M. Bouchardat : aliments de calorification. Mais ces dénominations, beaucoup trop exclusives, ne peuvent plus être employées dans un sens vraiment scientifique, surfout depuis que la grande découverte du phénomène de la transformation des forces a permis de comprendre la théorie de la chaleur. Les principales matières grasses sont : la graisse des animaux, le heurre, les huiles fixes des végétaux, l’huile de foie de poisson. Très riches en carbone et en hydrogène, les corps gras sont brûlés dans le torrent circulatoire et ramenés à l’état d’acide carbonique et d’eau. Mais ils peuvent aussi éprouver une combustion incomplète et fournir des produits intermédiaires : acides acétique, butyrique.
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formique, etc. Comme les albuminoïdes, ils sont aussi plastiques : retenus en partie dans l’économie, ils entrent dans la composition de certains tis- I sus, du tissu nerveux, entre autres, dont les fonctions sont si importantes. Enfin, ils se déposent dans , le tissu connectif pour former le tissu grais- I seux, véritable magasin de combustibles dans l’organisme.
I 4" Les matières féculextes et sucrées (hydrates I de carbone), substances ternaires aussi et jouissant de propriétés analogues aux précédentes, mais avec un pouvoir calorifique moindre. L’amidon, ou fécule, se trouve dans les grains des céréales, dans les légumineuses, dans les pommes de terre, etc. Les sucres sont fournis par les plantes, par le lait, le miel, par certains fruits. D'ailleurs, les féculents sont tous transformés en sucre dans l'économie, où la combustion complète les convertit en acide carbonique et en eau. Les sucres fournissent aussi des produits dérivés. Vinosité qu’on trouve dans les muscles, l'acide lactique, etc. Transformé en matière gly- 1 cogcne, le sucre prend part à la constitution de certains tissus animaux. D'après les derniers travaux, il ne peuvent décidément pas se transformer j en matière grasse et s’assimiler comme telle.
! l.’engraissement aurait lieu par dédoublement des matières albuminoi'des sous l’influence de l’excitaj tion produite par l’ingestion et le passage d’un excès j de féculents.
Rôle et nature des divers aliments. — Avant : d’entrer dans les détails touchant le rôle et la nature I des divers aliments, il est nécessaire, sans empiéter i sur l’article Régime, d’indiquer les quantités indispensables pour la ration moyenne.
D'après les recherches les plus récentes de Lanj dois, un homme adulte, soumis à un travail mo- I déré, consomme par vingt-quatre heures :
120 grammes de matières albumino'ides ren-
Carbone
Hydrog.
Azote
Oxyg.
fermant
60 grammes de matières
grasses
350 grammes de matières
amylacées ou sucrées.
11 faudrait ajouter, pour être complet, 2,700 gram- ^ mes d’eau environ, 32 grammes de sels et 740 grammes d'oxygène introduits par la respiration. Mais ce , qu’il faut retenir du tableau précédent, c’est qu’il 1 est nécessaire d’introduire dans l’économie, chaque ; jour, au moins 280 grammes de carbone et environ i 40 grammes d’azote. On peut maintenant aborder l’élude des aliments complexes, c’est-à-dire des subj stances naturelles renfermant presque toujours à la I fois des matières albumino'i'des, des hydrates de car-
I bonc et des éléments minéraux.
Substances animales. — Au point de vue alimenj taire, il faut distinguer le lait, les œufs et la viande. i| Je laisse de côté le lait CV. ce mot et aussi Allaite- ' ment.)
L'œuf de poule, comme le lait dont il tient la
II place, est un aliment complet, renfermant en abon- » dance des matières albumino'ides (environ 12 p. 100),
des matières grasses (dans le jaune surtout), une matière sucrée, du soufre, du phosphore, etc. Peu cuit, il se digère aussi vite que le lait, ne demandant qu’une heure et demie environ pour sa chymification. L’œuf dur exige deux fois plus de temps; c’est pour cela aussi qu’il vous « soutient » plus longtemps, éloigne davantage la sensation de la faim, le pouvoir nutritif restant le même, bien entendu. C’est donc un excellent aliment, et le plus propre à remplacer la viande, au moins d’une façon momentanée.
La viande, cependant, ne se remplace jamais bien. C'est l’aliment azoté par excellence, dont il ne faut certes pas abuser, mais dont il faudrait n’être jamais privé — quoi qu’en puissent dire Pythagore, les végétariens, et les membres affolés et logiques de la Société protectrice des animaux. Sans doute, on peut trouver dans le pain, dans les légumes farineux des matériaux azotés en quantité suffisante pour réparer les pertes ; mais il faut en ingérer des masses considérables, au grand détriment des organes digestifs. La viande, au contraire, répare admirablement les forces, et stimule l’activité du cerveau tout aussi bien que celle des muscles. La viande de bœuf a toujours eu, et justement, le pas sur toutes les autres, et il y a longtemps que les poèmes homériques ont montré, pour la première fois, les héros s’épanouissant à table autour du «dos succulent d’un bœuf ». « Car Homère, dit le judicieux Athénée, ne place jamais devant ses princes des gâteaux de fromage, des ragoûts, etc., mais il leur donne des mets qui soient de nature à fortifier leur corps et leur esprit. »
11 ne faudrait pas d’ailleurs, conclure de ces remarques à la nécessité d'ingérer, comme un trop grand nombre de gens, des quantités énormes de viande. Les 20 grammes d’azote nécessaires chaque jour à l’existence, sont contenus dans 130 grammes de matière azotée, supposée sèche, dans 600 grammes de viande fraîche environ. Mais comme on trouvera dans le pain, les légumes, 70 grammes de matière également azotée, il suit qu’on devra se contenter de la moitié de la ration indiquée : 300 grammes de viande par jour sont parfaitement suffisants : c’est la ration du marin français.
La digestibilité et les propriétés nutritives de la viande varient avec l’espèce de l’animal et avec le mode de préparation. Sous le rapport de l'Espèce, voici un tableau comparatif des principales chairs comestibles emprunté à Landois. On a ajouté le lait comme terme de comparaison : la viande des animaux est prise ici avec la graisse (matières non azotées).
Eau. Matières azotées. Mat. non Sels azotées.
Bœuf 62 15 20,5 2,5
Porc 55 11 33 1
Volaille 73 21 4,7 1,3
Poisson 76 16 6 2
Lait de vache. , . 86,1 5 8,3 1,6
— de femme. . 89 3,3 7,3 1,4
La viande du bœuf, convenablement engraissé, est celle qui convient le mieux pour la réparation des tissus, avec la viande de mouton, d'une compo-
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sition analogue. Le poisson et la volaille se digèrent très facilement. Le porc est plus long à digérer, en raison de la quantité plus considérable de graisse qu’il renferme toujours; les graisses, en effet, ne sont pas attaquées dans l'estomac, et par leur présence, elles retardent l’action du suc gastrique. Il s’en faut de beaucoup, d’ailleurs, que ces indications aient quoi que ce soit d’absolu, et il importe de mettre le public en garde contre des préjugés aussi répandus que déplorables.
La digestibilité dépend beaucoup plus des dispositions individuelles, des habitudes, que de la nature des substances, au moins quand il ne s’agit pas des extrêmes. C’est ainsi que le Parisien, élevé dans une sainte horreur de la graisse, sentira son cœur se soulever rien qu’à la vue de cet excellent lard fumé que les Anglais absorbent presque chaque jour et digèrent si bien. Il est vrai que cela convient mieux pour leur climat ; mais il est bon d’habituer les enfants à manger et par conséquent à digérer les graisses, quand ce ne serait que pour leur permettre d'avaler plus tard, sans vomir, du saumon, de l'alosc ou de l'anguille. Les gens ont encore une théorie sur le gibier : perdreaux, lièvres, grouses, etc., considérés comme « échauffants. » Ce préjugé ne repose, comme tant d’autres, que sur d’anciennes erreurs médicales et ne supporte pas l’examen. La vérité est que le fumet très prononcé de ces viandes fait qu'on s’en fatigue plus vite, pour l'usage ordinaire, que de la viande de boucherie ; mais c'est un aliment excellent, à tous égards, et il serait à souliaiter que tout le monde put, de temps en temps, l'avoir à sa disposition. Nous citons seulement pour mémoire, les autres espèces animales tirées des divers embranchements,' tels que les homards, la tortue, les huîtres, etqu’on trouvera traitées à part.
Quant au Tnode de préparation, il faut préférer les viandes grillées, rôties devant un grand feu qui coagule l'albumine à la surface, forme une croûte em- > prisonnant les sucs et les graisses.
Le bouillon ordinaire préparé avec 1 kilogramme de viande, 50 grammes d’os et 30 grammes de légumes, renferme pour un litre, 972 grammes d’eau, tl grammes de matières minérales et 17 grammes de matières organiques. Sur ces 17 grammes, 11 seulement sont fournis par la viande (le reste provenant des légumes) et consistent en créatine, créatinine, gélatine, tourine, etc., tous principes albumino'ides très peu noury-issants. Il faut donc se défaire aussi du préjugé si fortement enraciné touchant les propriétés nutritives du bouillon. Inappréciable pour les malades et les convalescents, à cause de la facilité avec laquelle on le digère et de l’excitation bienfaisante qu'il produit sur les organes digestifs, il ne peut jouer qu’un rôle accessoire dans la nutrition des personnes bien portantes.
La soupe si chère au peuple français, agit surtout par le pain qu’elle renferme et ne possède, par conséquent, que des propriétés nutritives d’ordre tout relatif. C’est une répugnance instinctive et bien justifiée que celle des enfants pour cet aliment grossier et imparfait en somme, et dont on les force à se bourrer, souvent au grand détriment de leur santé : car l’appétit leur fait défaut ensuite pour l’ingestion de mets plus réparateurs. L’utilité de la grande
marmite de soupe se comprend chez les malheureux paysans qui ne se nourrissent guère que de pain : c’est une façon différente et par conséquent plus agréable d’en avaler d’énormes quantités. Quant à la gelée (gélatine) provenant des substances collagènes (ossé'me, choudron, etc.), des os, des fibres tendineuses, etc., modifiées par la cuisson, c’est une matière aussi peu alimentaire que possible. (Pour les procédés de conservation, les sophistications, etc., voyez Viande.)
Substances végétales. — Il faut citer en première ligne les Céréales, dont les grains ont constitué depuis un temps immémorial la principale nourriture des hommes. Ces plantes surtout ont mérité à la Terre le nom sacré de mère — Dêmèter — que lui donnaient les Grecs ; les Latins, moins habiles à imaginer, mais toujours prompts à imiter, en ont fait Cérès, et chez nous, — leurs fils pour les mœurs et pour la langue, — ces précieuses graminées portent encore le nom de la déesse immortelle.
D’ailleurs, bien des siècles avant les Aryens de la Grèce, les Égyptiens cultivaient le blé et savaient en tirer le même parti que nous. Tout le monde connaît l’histoire de ces grains retrouvés dans des momies demeurées en terre depuis quelque cinq mille ans et qui ayant été semés, germèrent et poussèrent en épis hlonds, tout pareils à ceux qui jaunissaient les bords du Nil au temps des Pharaons de la quatrième dynastie. Sans remonter si haut, chacun peut voir aussi au Musée de Naples, ces pains qu’on dirait cuits d’hier, tout semblables aux nôtres, et qu’un boulanger de Pompé'i enfourna il y a plus de 1,900 ans.
On indiquera, dans une autre partie de ce dictionnaire, les conséquences à tirer de cette uniformité de la nourriture, relativement à l’uniformité des manifestations intellectuelles au sens le plus large de l’expression. Nous dirons seulement ici, que l’analyse scientifique a confirmé le résultat de l’expérience des siècles. Pour 100 parties, le pain de froment ordinaire renferme environ 51 parties de matière amylacée, 7 de matières albuminoi'des (gluten), et seulement 40 parties d’eau environ. On voit donc qu’en arrosant le pain et la viande en quantité convenable, on obtient aisément le carbone et l’azote nécessaires pour la nutrition. Avec le pain seul, il en faudrait près de 1,900 grammes par jour; mais comme la quantité de carbonne nécessaire n’est que de 300 grammes, contenus dans 1 ,033 grammes de pain environ, il reste 824 grammes en excès qui fatiguent en pure perte les organes de la digestion.
On sait quelles quantités énormes de pain consomme l’habitant des campagnes : heureux lorsqu’il peut, par l’addition de fromage ou d'un peu de lard, en diminuer d'autant la proportion. Avec le riz, nourriture habituelle des populations de l’Inde, c’est bien une autre affaire. Il en faut également 1,900 grammes par jour; mais additionnés d’un poids d’eau triple nécessaire pour la cuisson : de sorte qu’on doit ingurgiter environ six litres d’une bouillie épaisse chaque jour. Ajoutez que le riz renfermant une énorme proportion de fécule (79 p. 100), près des deux tiers de la bouillie en question sont ingérés en pure perte, au point de vue du carbone qui s’y trouve contenu.
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Les graines des légumineuses (haricots, fèves, etc.) sont extrêmement nourrissantes, en raison de la proportion considérable de matières azotées qu’elles renferment conjointement à l’amidon. On en jugera par la composition des liaricots et des lentilles, mise en regard de celle des pommes de terre ;
Eau. Matières Mat. fé- Grain. Cellulose Sels, azotées, culentes.
Haricots blancs
ordinaires
Lentilles. .
Pommes terre. . .
La matière albuminoïde des haricots et des lentilles est la légumine, beaucoup plus riche en azote et plus pauvre en carbone que les matières albuminoïdes animales et s’assimilant moins facilement que ces dernières. Elle est aussi beaucoup plus riche en pliosphore : avec le poisson (par sa graisse phosphorée), c'est elle qui fournit à l’organisme les plus grandes quantités de cet élément important.
Quant à la gomme de terre si vantée, c’est une des plus grandes mystifications dont riiumanité ait été la victime.
Cela ne veut pas dire que la pomme de terre ne puisse rendre des services : mais à la condition d'être associée à des substances vraiment nourrissantes. Ne renfermant que 20 p. 100 de matière féculente avec des quantités insignifiantes de matières azotées, c'est — comme on dit en Auvergne — « de la viande à Jean-le-Saoûl. » 11 importait d'autant plus d'insister sur les qualités réelles de ce comestible, que le préjugé contraire est plus répandu. Ajoutons que les pommes de terre sont excellentes pour le scorbut, en raison des sels de potasse qu’elles renferment.
Les végétaux herbacés, dits légumes verts (choux, asperge, salade, oseille, rhubarbe, etc.) sont excellents dans l’alimentation, non pas au point de vue de leurs propriétés nutritives qui ne font illusion à personne ; mais, outre que certains d’entre eux (choux, asperges) renferment des quantités notables d’albumine végétale et des matières féculentes, tous contiennent de la cellulose, dont une partie seulement est transformée en sucre. Le reste, non assimilé, s’en va par les selles et par le fait même de sa présence, s’oppose à la constipation. De plus, les sels alcalins, de potasse surtout, qu’ils contiennent, rafraîchissent le sang, c’est-à-dire le rendent plus fluide, en même temps que la digestion se trouve activée.
On en dira autant des fruits charnus et sucrés, tous d’une digestion facile, quand ils sont bien mûrs. Les poires, pêches, prunes, raisins, etc., renferment surtout du sucre (24 p. 100 dans les prunes de reine Claude), des sels, des acides organiques, auxquels ils doivent leur goût particulier, une substance gélatiniforme donnant de la pectine.
Les fruits féculents (châtaigne, rima ou fruit de l’arbre à pain) sont très nourrissants, étant riches en matières féculentes et azotées; de même, les fruits huileux (noix, amande) qui renferment peu ou point d’amidon, mais de l’huile et des matières prote’ïques végétales en quantité. A cette dernière
DiCTON.NAIRE POPCLAIHE DE MÉDECINE USUELLE.
classe appartient le fruit du cacaotier, base du chocolat, excellent aliment, presque complet et en même temps d’une digestion facile.
En résumé, s’il est possible d’entretenir la vie avec les seuls aliments empruntés aux végétaux, on voit que les substances animales sont nécessaires pour une nourriture saine et complète. A ceux qui objecteraient les Chartreux et autres trappistes, j’opposerai ce passage de Cabanis : (Rapports du physique et du moral, viii). — « Plusieurs fondateurs d’ordres ont eu l’intention formelle d’affaiblir leurs religieux en leur interdisant l’usage de la chair ; ceux qui ont voulu les affaiblir davantage leur ont
interdit en même temps celui du poisson Il était
plus facile de subjuguer ainsi des âmes avilies, de les environner de teneurs fantastiques, de sombres et décourageantes illusions. Ces tristes victimes devenaient sans doute plus malheureuses; mais, en même temps, elles étaient plus soumises, et soit que le fondateur crût ou ne crût point mieux assurer par là leur bonheur dans un autre monde, il avait assuré la durée et la sécurité de son empire dans celui-ci : il avait atteint son but principal. »
A. Regnard et Paul Labarthe.
ALISE. — Fruit d’un arbre de la famille des rosacées, nommé alisier, d’une saveur astringente très accusée, due évidemment à la quantité notable de tannin qu'il renferme, employé dans les campagnes contre la diarrhée. P. L.
ALISMA. — Nom donné au plantain d'eau. (V. ce mot).
ALKEKENGE. — Nom donné par certains botanistes au coqueret. (Y. ce mot).
ALLAITEMENT. — L’allaitement n’est autre chose que l’alimentation exclusive de l’enfant par le lait. On compte quatre grands modes d’allaitement : 1“ L'allaitement maternel; 2® L'allaitement étranger par une nourrice (constituant tous deux l’allaitement naturel); 3° L'allaitement artificiel par le lait d’un animal; 4° L'allaitement mixte, dans lequel on combine l’allaitement naturel et l’allaitement artificiel.
1“ Allaitement maternel. — L’allaitement maternel est sans contredit le plus conforme aux lois de la nature et de la morale. Le premier devoir de la mère est évidemment d’allaiter l’enfant qu’elle vient de mettre au monde.
A quoi bon ce sein blanc sans cette bouche rose,
a dit le poète. « En remplissant de lait le sein des mères, a écrit Plutarque, la nature montre qu’elles doivent nourrir elles-mêmes l’enfant qu’elles viennent de mettre au jour. » « La femme, a dit encore Marc-Aurèle, est moitié mère pour enfanter et moitié pour la nourriture de son fruit, de façon qu’elle se peut appeler mère entière, lorsqu’elle a enfanté et nourri son enfant de ses propres mamelles.» Celle qui allaite le nouveau-né est plus mère que celle qui le met au jour : Quæ lactat mater magis quam quæ genuit, dit encore un viel adage latin repris à la fin du siècle dernier par l’immortel
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bâtard d’Alembert, dans cette phrase restée célèbre : « Ma vraie mère est celle qui m’a nourri de son lait, je n’en connais point d’autre. »
L’allaitement maternel a été pratiqué dès la plus haute antiquité. Chez les Hébreux, nous dit la Bible, les mères nourrissaient leurs enfants et chez eux l’allaitement maternel était un devoir tellement sacré que M. Lévy, grand rabbin de Bordeaux, affirme qu'il n'existe pas dans la langue hébra'ique un mot pour désigner la nourrice mercenaire. En lisant Homère on voit Hécube nourrir Hector, Pénélope nourrir Télémaque. Les romaines allaitaient ellesmêmes leurs enfants, les élevaient dans leurs bras. Se dévouer aux soins de la maternité et à la garde de la maison était toute leur gloire. « Jamais, écrit Plutarque en parlant de Caton le censeur, l’affaire la plus pressée, à moins qu’elle ne regardât la république , ne l’empêchait d'être auprès de sa femme quand elle lavait et emmaillotait son enfant qu’elle nourrissait de son lait. » « Autrefois, écrit Tacite, ce n’était pas dans la cellule d’une nourrice achetée, mais sur les genoux et sur le sein d'une mère que chaque homme faisait élever ses fils. » Et ailleurs, le même auteur décrivant les mœurs de Germains, ajoute : « Partout on laisse les enfants nus, partout ils sont allaités par leurs mères, — sua quemque mater uberibus alit, — qui ne les confient ni à des servantes ni à des nourrices, et c’est ainsi que se forment les hommes dont nous admirons la vigueur et la beauté. »
Que diraient ces grands historiens du paganisme, si revenant aujourd’hui parmi nous, ils voyaient la plupart des jeunes femmes de la société chrétienne se soustraire avec autant de facilité qu’elles le font aux devoirs sacrés de la maternité?
De ce court aperçu historique, il résulte d’une manière évidente que l’allaitement maternel était en plus grand honneur chez les anciens que de nos jours. Il est bon de rappeler toutefois qu’à l’arrivée des Césars, le luxe précurseur de la décadence, affranchit vite des devoirs de la maternité la plupart des mères, qui confièrent leurs enfants à des nourrices raercecenaires.
Le Catholicisme, s’inspirant des Hébreux, chercha bien à faire de l’allaitement maternel une obligation disciplinaire, mais dès le IV' siècle, saint Ambroise était forcé de constater combien les mères chrétiennes oubliaient cette obligation. « La tendresse des oiseaux pour leurs petits, dit-il, apprend aux pères et aux mères leurs devoirs envers leurs enfants. Combien de nos jours ces devoirs ne sontils pas oubliés ! Nous voyons la plupart des mères se hâter de repousser de leur sein ceux même de leurs enfants qu’elles aiment le plus, en les livrant à des nourrices étrangères quand elles sont en état de les payer.... Où rencontre-t-on ailleurs que chez les hommes une semblable cruauté? »
^ Ce qu écrivait saint Ambroise il y a 1,500 ans, peut s appliquer de tous points à notre époque. Car, malgré tout ce qu’ont écrit les moralistes et les philosophes, depuis Plutarque jusqu’à J.-J. Rousseau, un des plus éloquents apôtres de l’allaitement maternel, aujourd hui en Allemagne, en Angleterre, en Hollande, en France, la plupart des femmes d’un rang élevé ou simplement aisé, n’allaitent plus leurs
enfants et les abandonnent à des nourrices mercenaires. A peine trouve-t-on quelques mères qui veuillent bien allaiter et élever l'enfant qu’elles viennent de mettre au monde. « Comment ne pas encourager ces mères, trop peu nombreuses, dironsnous avec le D' Réné Blache, qui ne veulent pas donner à une étrangère le premier sourire, les premières caresses de leur enfant? Malheureusement les jeunes femmes ne trouvent dans leurs familles que peu ou point d’encouragements. D’ailleurs la crainte de souffrir, de se fatiguer, de s’asservir pour un long temps au berceau de l’enfant, au détriment du mari, des plaisirs du monde ou des exigences de la société, de perdre leur taille, leurs charmes, que sais-je encore? Tout leur est prétexte à renoncer à allaiter. » Voilà pourtant les mères chrétiennes, et soit-disant idéales, telles que nous les fait l’éducation des couvents. Ce n’est pas là une vue de l’esprit : car on lit dans la même brochure, que le professeur Tarnier, chirurgien en chef de la Maternité, n’hésite pas à fixer à un sur HUIT le chiffre de l’allaitement par la mère dans la haute clientèle où il exerce sa profession. Or, on sait assez que les femmes de la classe riche, auxquelles il est fait allusion, ne sortent généralement pas des maisons d’éducation laïques.
Avantages de l’aluaitement maternel pour la mère ET l’enfant. — La nature et la morale font donc à la femme qui devient mère un devoir impérieux d’allaiter son enfant. La physiologie, la médecine et l’hygiène le lui enseignent aussi. En effet, outre que l’allaitement maternel est le meilleur mode d’alimentation pour l’enfant, il est favorable à la santé de la mère. Une nouvelle accouchée qui nourrit se rétablit généralement plus vite que si elle ne nourrit pas et échappe aux terribles accidents de la fièvre puerpérale. Les femmes qui étaient sujettes à des névralgies utérines ou ovariennes, dit très justement Tarnier, s’en trouvent parfois débarrassées après avoir nourri ; souvent aussi celles qui étaient chlorotiques, névropathes, qui n’avaient pas d’appétit et digéraient mal, dont la santé était languissante, jouissent pendant l’allaitement d’une santé excellente qui peut même se maintenir après qu’elles ont sevré.
Nous venons de dire que l’allaitement maternel est le meilleur mode d’alimentation de l’enfant : La statistique nous en fournit une preuve irréfutable. Tandis que la mortalité des enfants nourris au biberon atteint 30 pour 100, et qu’elle s’élève à 50, 60 et 80 pour 100 chez ceux qui sont emmenés en nourrice, elle ne dépasse pas 15 pour 100 et elle s’abaisse à 1 0 et même à 5 pour 100 chez les enfants allaités par leur mère !
Indications et contre-indications de l’allaitement maternel. — Avec Jacquemier et la grande majorité des accoucheurs, on peut affirmer, d’une manière générale que, toute femme douée d’une constitution de force moyenne, jouissant d’une santé ordinaire, un peu habituée à la vie active, peut, si elle le veut sérieusement, se promettre de nourrir avec succès son enfant, et ne craindre d'autres accidents que ceux inhérents à l'allaitement. Toutefois, il est des cas où la mère ne peut réellement allaiter son enfant. Les indications et les contre-indications se tirent : pour la mère, de son âge, de ses maladies, de l'état
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de ses seins, de sa condition sociale, et pour i/enfant, de certains vices de conformation.
Age de la mère. . — Pour être une bonne nourrice, i d’après le D' Jules Simon, la femme est trop âgée au-dessus de 3o ans, trop jeune au-dessous de 20. Dans ces deu.x cas, dit le savant médecin des enfants, elle ne pourra fournir à l’enfant de 2 à 4 mois la quantité de lait dont il a besoin.
Maladies. — Toute femme qui n’est atteinte d’aucune maladie pouvant s’aggraver par le fait de l’allaitement, ni d’aucune affection latente, dont les I manifestations, nulles jusqu’alors, pourraient se 1 développer sous l’influence de l’allaitement, est susceptible de nourrir. Par contre ne doivent pas i noun-ir ; les mères phtisiques ou dont les parents , sont morts phtisiques, non pas que leur lait trans- : mette à l'enfant nouveau-né les principes tuber- , culeux, mais parce qu’il ne renferme pas les éléments 1 nutritifs en quantité et de qualité indispensable pour , une bonne alimentation; les mères scrofuleuses,
I cancéreuses, rachitiques ou atteintes d’une cachexie I quelconque; les mères folies, épileptiques ou hyst tériques à un haut degré, chaque attaque modifiant ij la sécrétion lactée dans sa quantité et dans sa qualité.
I Avec Jules Simon nous défendrons l’allaitement aux mères qu’épuisent des flueurs blanches excessives ; à celles qui sont frappées d’une anémie profonde j causée par l’albuminurie, le diabète, un empoison- I nement paludéen, satuniin ou mercuriel. Une femme I qui a subi d’abondantes hémorrhagies après son I accouchement est dans de très mauvaises conditions I pour nourrir, surtout si, contrairement à ce qui I arrive d’ordinaire, la perte de sang redouble, sous . forme de métrorrhagie , dès que l’enfant prend le sein. Enfin, en ce qui concerne les femmes purement lymphatiques, nous partageons l’avis de Taraier, qui veut qu’on leur laisse toute liberté d’action. Mais, quant aux mères syphilitiques, il est de toute évidence qu’elles doivent allaiter leurs I enfants, puisque ceux-ci pourraient transmettre la syphilis à une nourrice saine.
Étal des seins. — La mauvaise conformation du mamelon, son développement excessif, et les gerçures, crevasses et e.xcoriations qui l’accompagnent ; son développement insuffisant, ce qu’on appelle le mamelon rentrant, ombiliqué d’une façon permanente: les bouts de sein résistants, courts, incapables d’élongation, sont des obstacles à l’allaitement.
Condition sociale. — La femme pauvre, obligée de gagner péniblement son pain au dehors, ce qui fait qu’elle est forcément absente du logis pendant toute la journée; — la femme commerçante, dont la présence au magasin ou à la boutique est indispensable à la bonne gestion de ses affaires ; — la femme riche, mondaine, aimant les dîners, le théâtre, les soirées, les bals, les fêtes, les voyages ; — toutes ces femmes sont dans de mauvaises conditions pour faire de bonnes nourrices. Aussi l’Etat, les communes, les institutions de bienfaisance doivent encourager et aider pécuniairement les femmes pauvres qui auront le courage vraiment méritoire d’allaiter leurs enfants ; — les commerçantes feront bien de sacrifier quelque peu leurs intérêts commerciaux à ceux de leurs enfants; — quant aux mondaines, ce sont certainement celles qui feront
le plus difficilement les sacrifices nécessaires pour devenir de bonnes nourrices.
Obstacles provenant de l’enfant. — Plusieurs obstacles de gravité diverse provenant de l’enfant peuvent empêcher l’allaitement maternel, en ce qu’ils rendent la succion très difficile, et dans certains cas impossible. Tels sont : les vices de conformation des lèvres, le bec-de-lièvre, une tumeur sublinguale, la brièveté du frein de la langue, qui constitue ce que le public appelle le filet; une paralysie des lèvres, conséquence de la compression du nerf facial par le forceps.
Est-il possible de reconnaître d’avance si une
FEMME ENCEINTE SERA BONNE NOURRICE? — A Cette
question, journellement posée, nous répondrons par une citation du D'' Donné, ancien recteur de l’académie de Montpellier, fort compétent en la matière.
Donné croit, — et avec lui Bouchut, Tarnier et plusieurs accoucheurs, — qu’il existe un rapport à peu près constant entre les qualités et l’abondance du colostrum (V. ce mot) qu’on fait sourdre par une pression modérée du sein, pendant la grossesse, et les qualités et l’abondance du lait après l’accouchement. Sous le rapport de la sécrétion du colostrum, il divise les femmes en trois grandes catégories.
« Dans la première, dit-il, se rangent celles chez lesquelles à quelque époque de la grossesse que l’on fasse cet examen, la sécrétion du colostrum est si peu abondante, que l’on peut à peine en obtenir une goutte ou une demi-goutte par la pression la plus soigneusement exercée sur la glande mammaire et le mamelon. Si l’on joint l’observation microscopique à cet examen, on verra que ce colostrum contient un peu de globules laiteux, petits, mal formés, et un très petit nombre de corps granuleux propres à ce fluide. Dans ce cas, le lait sera presque à coup sûr en petite quantité après l’accouchement, pauvre et insuffisant pour la nourriture de l’enfant.
« La seconde catégorie comprend les femmes qui sécrètent un colostrum abondant, mais fluide, aqueux, coulant facilement, semblable à une légère eau de gomme, également pauvre en globules laiteux et en corps granuleux ; il semblerait qu’il est étendu et délayé avec de l’eau ; les femmes offrant ce caractère peuvent avoir du lait en plus ou moins grande quantité, quelquefois abondant, quelquefois rare; mais leur lait est pauvre, aqueux et très peu substantiel.
« Enfin, lorsque la sécrétion du colostrum chez une femme grosse de huit mois, par exemple, est assez abondante, que l’on en obtient facilement plusieurs gouttes dans un verre de montre, surtout lorsque ce fluide contient une matière jaune, plus ou moins foncée, plus ou moins épaisse, tranchant par sa consistance et par sa couleur avec le reste du liquide, dans lequel elle forme des stries distinctes , qu’il est riche en globules laiteux déjà bien formés, d’une bonne grosseur, sans mélange de globules muqueux , et qu’il contient également une plus ou moins grande quantité de corps granuleux, on a la presque certitude que la femme, dans ces conditions, aura du lait en suffisante quantité ; que ce lait sera riche en principes nutritifs, et qu’il jouira en un mot de toutes les qualités essentielles. «
Hygiène et régime de la mère pendant l’allaite-
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MENT. — Hygiène des seins avant l'allaitement. — Nous ne saurions trop conseiller à une femme enceinte qui veut allaiter de soigner ses seins d’une façon toute particulière, pendant les derniers mois de sa grossesse. Elle doit lotionner fréquemment lesbouts avec de la teinture d’arnica, ou simplement avec de l’eau-de-vie, ou encore les frictionner avec un glycérolé d’amidon ou de tannin pour les endurcir et prévenir les gerçures et les crevasses qui peuvent se produire lorsqu’elle allaitera. Si le bout des seins est peu saillant, ombiliqué, elle doit, pendant les derniers mois, les titiller, les chatouiller ou les tirailler avec ses doigts. Elle peut encore, ainsi que le conseille Bouchut, les faire sucer par son
Fig. 62. — Ventouse à bout de sein.
Fig. 63.— Bout de sein en cristal avec tétine en caoutchouc, disposé avec un tube reliant la cloche à la tétine.
mari, et il est à croire que celui-ci sera toujours assez galant pour rendre à sa femme ce petit service. Si les tiraillements ne suffisent pas, si le mari mal complaisant refuse la succion, la femme peut se servir, pour modeler ses bouts de sein, d’une pipette {fig. 62), ou d’une ventouse spéciale {fig. 63), ou tout simplement d’une pipe en terre dont elle appliquera exactement le fourneau sur le mamelon ; puis elle aspirera par le tuyau.
Hygiène des seins avant et après la tetée. — Après l’accouchement, lorsque la mère allaite son enfant, elle doit encore prendre un soin tout particulier de ses seins. S’ils sont volumineux, il faut les soutenir, sans les comprimer dans un corset trop serré. Avant chaque tetée, il faut laver le mamelon pour désobstruer ses orifices et enlever le lait qui pourrait y être resté et avoir pris une acidité désagréable pour le nouveau-né. De même, après la tetée, on refera la même opération ; puis après avoir essuyé le mamelon, on recouvrira le sein avec une étoffe fine, et on le mettra à l’abri du froid, des poussières, des frottements rudes et des chocs. Grâce à ces précautions, la femme qui allaite évitera les gerçures, les crevasses et les abcès du sein.
Attitude de la mère et de l'enfant pendant la tetée. — L’attitude de la mère et la façon dont elle doit tenir l’enfant lorsqu’elle lui donne à téter sont loin d’être choses indifférentes. Voici les excellents préceptes donnés à ce propos par le regretté professeur Lorain : « La mère doit être assise ou avoir du moins le haut du corps soulevé ; elle ne doit pas tenir l’enfant horizontalement; il faut qu’elle le tienne obliquement placé, de façon que son visage ne soit pas appliqué avec force contre le sein. Les enfants doi-
vent pouvoir respirer largement pendant qu’ils tettent. Il faut que la main de la mère appuie sur le sein et modère l’excrétion du lait, et puisse épargner à l’enfant ces régurgitations brusques qui amènent la toux et quelquefois des vomissements. »
Régime de la mère. — Mener une existence calme, régulière, vivre au grand air, se livrer chaque jour à un exercice modéré, se coucher de bonne heure ; éviter tout ce qui peut produire une impression mo- * raie trop vive : colère, peur, joie ; bals, spectacles, soirées , lectures prolongées ; voilà les conditions premières et nécessaires d’une bonne hygiène pour une femme qui allaite. Quant au régime, nous ne sommes pas partisan d’une nourriture spéciale ; l’essentiel est que la nourriture soit bonne, suffisante pour réparer les pertes quotidiennes résultant de l’allaitement. Règle générale, tout aliment, viande, légume ou fruit, convient à la mère, si elle le digère bien. Elle peut donc manger de tout, mais dans de justes proportions, et en accordant toujours une certaine préférence aux aliments qui ont la réputation de donner du lait, comme les graines de légumineuses en général et les lentilles en particulier. De plus, elle n’oubliera pas que le lait participant des propriétés des substances ingérées, l’ail, l’oignon, les épices, les asperges, etc., doivent autant que possible être proscrits de son alimentation habituelle.
Comme boissons, la mère peut boire indifféremment du vin coupé avec de l’eau ou de la bière de bonne qualité. Toutefois nous devons dire que la bière a la réputation d’augmenter la quantité du lait. Nous permettons le café, le thé et l’alcool, mais à doses très modérées.
Certains médecins ne sont pas partisans de faire prendre des bains aux femmes qui allaitent. Nous ne partageons pas leur avis, et nous autorisons volontiers les bains tièdes, les bains froids et même l’hydrothérapie.
Quant aux rapports sexuels : « Quelques-uns défendent exactement aux nourrisses de leurs enfants d’approcher de leurs maris, craignans qu'elles ne troublent le laict, et qu' elles n’en deviennent trop échauffées. Ce que toutefois il ne faut entendre à toute rigueur : car la nourrisse qui sera d’une bonne nature, joviale et gaillarde, ayant désir du couple avec son mari, si elle sent que cela lui soit totalement dénié, elle s’eschauffe tellement en son harnois, que le laict se gaste, brusle et sent le bouquin, dont il est rendu beaucoup plus mauvais et pernitieux ; mais quand elle a esté délactée de quelques médiocres embrassements, elle est rendue plus modeste, tranquille et tempérée. Le laict en est meilleur, plus doux, gratieux et convenable pour la santé de l’enfant. » Cette opinion du vieil auteur du Traité des Hermaphrodits, est à peu de chose près celle de la plupart des accoucheurs contemporains. Avec eux donc, Tarnier et Jacquemier en tête, nous dirons que le co’i’t ne doit pas être absolument proscrit mais qu’il devra être très rare et, autant que possible, non suivi de grossesse.
Hygiène et régime de l’enfant allaité. — Nous venons d’étudier tout ce qui concerne la mère dans l’allaitement, nous allons nous occuper de tout ce qui touche à l’enfant.
A quel moment faut-il donner la première tetée?
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— Autrefois, pendant les deux ou trois premiers jours après la naissance, on ne donnait au nouveauné que du miel ou du sucre à sucer. De nos jours la plupart des mères ont remplacé le miel et le sucre par de l’eau sucrée tiède. Nous ne saurions protester assez énergiquement contre cette coutume absurde. « 11 faut, ainsi que le dit excellemment Bouchut, présenter l’enfant au sein de sa mère dès qu elle est reposée des fatigues de l’accouchement, ce qui est plus ou moins long suivant que l’accouchement a été plus ou moins pénible.
Les mouvements de succion qu’il exécute avec vigueur,lesvagissements qu’il fait entendre, indiquent assez le besoin qu’il éprouve; et quel aliment plus convenable peut-on lui offrir que celui que la nature lui a préparé?
11 ne tire d’abord à la mamelle qu’un liquide jaunâtre peu abondant, connu sous le nom de colostrum, et qui, par sa nature, est très propre à lubrélier la surface interne du conduit intestinal, à solliciter doucement les contractions, à dé laver le méconium, et par cela même à faciliter l’expulsion de cette matière. Ce liquide acquiert peu à peu l’apparence et les qualités du lait et devient de plus en plus abondant. Si l’on différait à mettre l’enfant à la 'mamelle, outre qu’il perdrait les avantages qu’il doit tirer du colostrum, la grande distension des mamelles, qui a lieu à l’époque de la fièvre de lait, s’opposerait à ce qu’il put téter; il faudrait attendre
ensuite que cette tension eût diminué. Un enfant faible et vigoureux ne pourrait supporter ces délais, et serait la victime de l’ignorance ou des préjugés de ceux qui le soignent. » Comme on le voit il n’y a aucune bonne raison pour ne commencer à donner à téter qu’après la fièvre de lait, tandis qu’il y en a
d’excellentes pour donner la première tétée de bonne heure deux, quatre ou six heures après l’accouchement.
Quel doit être le nombre lies tetées en uingt-qualre heures?— ¥\\e,Y d’une manière précise et absolue le nombre des repas de l'enfant à la mamelle est difficile sinon impossible, car il variera avec la force de la mère et de l’enfant, avec l’abondance et la qualité du lait, enfin avec la plus ou moins grande quantité de lait sucée chaque fois par l’enfant.
Règle générale , pendant les premiers mois, l’enfant doit téter toutes les deux ou trois heures pendant le jour et deux fois la nuit, c'est-à-dire huit à dix fois dans les vingt-quatre heures. A partir du quatrième mois, on peut diminuer le nombre des tetées, et à partir du sixième mois celles-ci peuvent n’avoir lieu que toutes les trois heures, ce qui en réduit le nombre à six en vingt-quatre heures, dont quatre ou .cinq pendant le jour et une ou deux pendant la nuit.
C’est assez dire que nous nous opposons formellement à cette habitude déplorable qui consiste à mettre l’enfant au sein à tout instant, pour l’empêcher de
Fig. 64. — Pèse-Bébé du b'' Bouchut. (Système Galante.)
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criri', car on snrchari>'.e ainsi son estomac outre mesure et on l'expose à de fréquentes indigestions.
Ajoutons que la mère doit à chaque tetée présenter successivement les deux seins à son enfant, et que si elle a assez de lait, chaque tetée ne durera pas moins de dix à quinze minutes. Elle doit aussi laisser l’enfant qui tette se .satisfaire à son aise, et attendre qu'il quitte le seiui de lui-même. Il arrive souvent qu’il s’y endort : il faut- alors le placer doucement dans son berceau, où il est incontestablement mieux que sur les genoux de sa mère.
Quelle est la quantité de lait prise par tetée et par vingt-quatre heures? — Le D' Bouchaud, a fait à la Maternité de Paris, sous le contrôle de Tarnier des recherches très intéressantes à ce sujet. Elles se trouvent résumées dans le tableau suivant :
POIDS DU LAIT pris
par tetée.