‹ Dictionnaire populaire de médecine usuelle d'hygiène publique et privéeChapitre 214 sur 238 · Artères ombilicales · texte numérisé non relu

Artères ombilicales

die éruptive contractée par le fœtus, tandis que la mère est réfractaire à l’épidémie. Ainsi, Mauriceau raconte qu’il fut lui-même affecté de variole pendant la vie infra-utérine, alors que sa mère n’en fut jamais atteinte : il avait contracté cette maladie de son frère qui en mourut.

dentellenient et que, pour fixer l’ordre de transmission des héritages, il est nécessaire d’établir lequel des deux, de la mère ou de 1 enfant, est mort le dernier, la loi tranche toujours la difficulté en faveur de la mère.

L’appareil circulatoire du fœtus diffère de celui

de l’adulte, non seulement par le placenta mais aussi par certains organes supplémentaires qui disparaissent et s’atrophient dès que les poumons entrent en fonctions, c’est-à-dire aussitôt après la naissance. Ces organes sont :

1“ Les vaisseaux du cordon {fi.g. 498), comprenant la veine ombilicale qui charrie le sang rouge

Fig. 498.

Figure schématique montrant le système circulatoire du foetus.

A. Veine cave inférieure. — B. Artère aorte. — C. Veine cave supérieure. — D Artère pulmonaire. — E. Canal artériel. — F. Artère carotide droite. — G. Artère carotide gauche. — H. Veine porte. - I. Foie — J. Veine ombilicale — K Canal veineux. L. Oreillette droite du cœur. — M Placenta. — N. Ventricule droit du cœur. — 0 Trou de Botal. — P. Artères ombilicales. — Q. Poumon gauche. — R. Artère pulmonaire.

— S. Artère sous-clavière gauche. — T. Oreillette gauche du cœur. — U. Artère sous-clavière droite. — V. Ventricule gauche du cœur. — X Artèies hypogastriques. — Z. Nombril.

— A Gouttière conduisant le sang de la veine cave inférieure A dans l'oreillette T, en passant par le trou de Botal 0.

de la mère au fœtus et les deux artères ombilicales qui rapportent le sang noir du fœtus à la mère;

2° Le canal vnneux (K, fig. 498) qui est formé par la bifurcation de la veine ombilicale (J), à son. passage dans le foie, et débouche dans la veine cave inférieure (A), laquelle remonte jusqu’à l’oreillette droite du cœur;

3“ Le trou de Botal (O) qui est percé dans la cloison des oreillettes et établit, par l’intermédiaire d’une gouttière membraneuse, une communication directe entre la veine cave inférieure et l’oreillette gauche;

4® Le ca7ial artériel (E) qui s’étend de l’artère pulmonaire (D) à l’aorte (B), avec laquelle il s’abouche en un point postérieur à l’origine des vaisseaux artériels de la tête et des bras.

Voici maintenant par quel mécanisme s’opère la circulation fœtale ; le sang rouge, chargé des élé-

ments nutritifs, part du placenta (M) ; il suit successivement la veine ombilicale (J), le canal veineux (K), remonte la veine cave inférieure (A), passe par le trou de Botal (0), arrive dans l’oreillette gauche (T), tombe dans le ventricule du même côté (V) et de là est lancé dans toutes les parties du corps par l’aorte (B) ; puis il retourne au placenta par les artères ombilicales (P) pour se régénérer. De plus, le .sang noir, qui revient de la tête et des membres supérieurs par la veine cave supérieure (C), est déversé dans l’oreillette droite (L), passe dans le ventricule correspondant (N), s’engage dans l’artère pulmonaire (D), traverse le canal artériel (E) et vient ensuite se mélanger au sang que l’aorte distribue au tronc et aux membres inférieurs : de telle sorte que ce vaisseau fournit à la tète et aux membres supérieurs du sang rouge, et au reste du corps du sang mélangé; c’est ce qui explique le plus grand développement de la tète et des bras par rapport au tronc et aux membres inférieurs. Comme Tembouchure du canal artériel (E) est peu éloignée de celle de l’artère sous-clavière gauche (S), qui se rend au bras du même côté, il s’opère à ce niveau un léger mélange des deux sangs, tandis que l’autre artère sous-clavière (U) qui préside à la nutrition du bras droit, ne charrie que du sang rouge. On a expliqué par cette particularité la supériorité du bras droit sur le bras gauche.

L’analogie fonctionnelle qui existe entre le placenta et les poumons est encore démontrée par ce double fait physiologique : la veine ombilicale charrie du sang rouge comme les veines pulmonaires auxquelles elle correspond, et les artères ombilicales, qui sont les analogues des artères pulmonaires, ont comme ces dernières dn sang noir.

Nous avons déjà dit qu’après la naissance, tous les organes supplémentaires s’atrophient. Quelquefois, cependant, le trou de Botal persiste et le sang reste mélangé. La peau prend alors une teinte violacée qui a fait donner à cette affection le nom de maladie bleue ou cyanose.

Sensibilité du foetus. — L’application d’un corps froid sur le ventre de la mère suffit pour réveiller la sensibilité cutanée du fœtus et provoquer des mouvements plus ou moins violents. C’est un moyen conseillé par les accoucheurs pour établir le diagnostic de l’abdomen.

La compression trop forte de l’abdomen produit le même résultat. Dans l’un et l’autre cas, ces mouvements provoqués sont l’indice d’un certain malaise et démontrent que, pendant la grossesse, il faut tenir le ventre chaudement et éviter de le comprimer.

Sécrétions du foîtus. — Les produits de sécrétion du fœtus sont peu abondants, par suite de l’inaction de ses fonctions digestives. Vers la fin de la grossesse, l’intestin se remplit d’une matière épaisse d’un noir verdâtre, formée d’un mélange debile et de mucus intestinal. L’analogie de couleur de consistance que cette matière offre avec le suc de pavot lui a fait donner le nom de méconium. Elle n’est expulsée que dans les premiers jours de la naissance et les nourrices disent que l’enfant « se

FOI

FOI

fi

FOIE. — Anatomie. — Le foie, organe sécréteur de la bile, est la glande la plus volumineuse et la plus pesante de l'économie. 11 occupe l'hypochondre droit et une partie de l’épigastre ; il est protégé contre les chocs extérieurs par les sept ou huit dernières cètes droites. A l'état normal, en effet, cet organe, bien que logé dans l'abdomen, ne doit pas déborder la base du thorax. Dans certaines affections, le foie peut descendre jusque dans la fosse iliaque droite. Coste a vu un foie tuberculeux qui remplissait plus de la moitié de la cavité abdominale et pesait 28 livres. Par l’usage des corsets, cet organe peut encore dépasser le bord cartilagineux des côtes. Quelquefois ce déplacement est si considérable que quelques médecins le prennent pour une maladie et le traitent comme tel. Ordinairement le poids du foie est chez l’adulte de 2 kilos environ et présente, d’après Sappey, les dimensions suivantes : Diamètre transversal» 28 centimètres; diamètre antéro-postérieur, 20 centimètres ; diamètre vertical, 6 centimètres.

La glande bépatbique présente une face slpé- IllEL’ItE et une face IXFEr.lELIlE.

La face scpekielke est convexe et se moule sur le diaphragme qui la sépare de la base du poumon droit. C’est là ce qui rend compte de l’abaissement du foie par suite des épanchements de la plèvre droite.

Le foie s'abaisse aussi pendant l’inspiration, et

Fig. 499.

Vue générale des viscères thoraciques et abdominaux.

I. Trachée artère. — 2. Corps thyroïde. — 3. Artère pulmonaire, — 4. Artère aorte. — .5. Veine cave supérieure. — C,6. Tronc veineux brachio-céphalique. — 7,7. Artères carotides primitives et jugulaires internes. — 8. Veine sous-clavière. — 9,9. Oreillette. — 10. Diaphragme. — 11. Vésicule biliaire. — l‘2. Colon ascendant.

diaphragme et la face inférieure du poumon droit. Si au lieu de suivre cette voie, les collections purulentes du foie s’ouvrent dans la cavité abdominale, elles déterminent alors une péritonite mortelle.

Un repli du péritoine, dit ligament suspenseur ou falciforme jtartage la face supérieure du foie en deux lottes inégaux, un gauche et un droit. Ce ligament contribue, ainsi que son nom l’indique, à suspendre le foie ; il sert en outre à protéger la veine ombilicale qui va de l’ombilic au foie. D’autres replis, dits ligaments iriangulaires et coro-

vide ». .Sa présence dans les eaux de l’amnios, au moment de l’accouchement, indique la mort ou, au moins, la souffrance de l'enfant.

L’urine est aussi sécrétée par le fœtus, mais en faible quantité, et elle se répand dans le liquide amniotique, avec lequel elle se mélange. La miction du fœtus est généralement contestée; lelle est cependant démontrée par l’existence de l'urée dans les eaux de l’amnios et par les cas de rupture de la vessie, quand l’urèthre imperforé laisse accumuler l’urine à l’intérieur de ce réservoir.

L’enduit sébacé ou vernis taséeux, dont se couvre la surface du corps, est une sécrétion qui provient des glandes sébacées de la peau. Elle protège le fœtus contre la macération et facilite son passage au moment de l’accouchement.

Anomalies du développement de l’œuf.

Monstruosités. — Sous l'influence d’un état morbide particulier de l’œuf, ou, d’après quelques auteurs, à la suite d'une vive impression morale ressentie par la mère au début de la grossesse, le produit de la conception peut subir un arrêt de développement, de telle ou telle partie du corpi et vient au monde avec un vice de conformation indélébile, comme le bec-de-lièvre; lè coloboma de l’iris, les piedsbots; l'hydrocéphalie; le spina-bifida; les doigts palmés, bifurqués, surnuméraires ; l'hermaphrodisme; l’inversion de tous les organes splanchniques ; l'avortement d'un ou plusieurs membres, etc. te G. witkowski.

les médecins qui veulent explorer le bord inférieur de cet organe font prolonger ce temps de la respiration.

Le rapport du foie et du poumon droit explique encore comment le pus d’un abcès hépathique peut être évacué par la bouche après avoir perforé le

FOI

FOI

naires, concourent avec le précédent, à maintenir le foie en position. On pense généralement que le tiraillement de ces ligaments est la cause de la douleur sourde que provoque le décubitus latéral gauche.

La FACE iNFÉRiEDRE du foie est à peu près plane ;

Fig. 500. — Foie (face inférieure).

1. Lobe droit. — 2. Lobe gauche. — 3. Lobe de Spigel. — 4. Facette rénale du lobe droit. — 3. Facette surrénale de ce lobe. — 6 Facette colique de ce même lobe. — 7. Lobe carré. —8. Vésicule biliaire. — 9. Canal cystique. — 10. Conduits biliaires. — 11. Canal hépatique. — 12. Artère hépatique. — 13. Veine porte. — 14. Une veine sus. hépatique. — 15-18. Veine cave inférieure. — 10. (Le trait est mal placé, il doit être dirigé vers le cordon de la veine ombilicale oblitérée). — 17. Canal veineu.v d’Aranzi étendu de la veine porte à la veine cave inférieure. — 18. Fusion du canal veineux, des veines sus-hépatiques et de la veine cave inférieure.

elle est en contact avec le rein droit, avec l’angle droit du côlon et avec l’estomac, ces différents organes laissent sur la glande hépatique une empreinte plus ou moins profonde.

Le rapport du foie avec l’estomac, sur lequel il flotte pour ainsi dire, a fait penser que la rétraction de ce dernier organe dans l’état de vacuité, entraînait le foie avec lui et déterminait sur le diaphragme un tiraillement qui provoquait le sentiment de la faim. De là est venue l'habitude de calmer ce besoin, en soutenant le foie à l’aide d’une constriction plus ou moins énergique de la taille, ainsi est justifiée l’expression vulgaire « se serrer le ventre » employée comme synonyme de se passer de nourriture. C’est aussi à la pression du foie sur l’estomac qu’on attribue les troubles digestifs et les cauchemars qui accompagnent le décubitus sur le côté gauche. Ces inconvénients se rencontrent surtout chez les enfants, qui proportionnellement aux adultes, ont le foie beaucoup plus volumineux.

En raison du contact du foie et de l’estomac, il n’est pas rare d’observer la propagation des affections cancéreuses de l’un à l’autre organe.

On remarque sur le milieu de la face inférieure du foie un sillon transversal appelée hile, par lequel passe le canal hépatique, la veine porte et l’artère hépatique. En avant et en arrière de ce sillon, on voit deux petits lobes dont l’antérieur a reçu le nom de lobe carré, le postérieur celui de lobule de Spigel.

Structure du foie. — Le foie présente : 1° des enveloppes; 2" un tissu propre; 3° des vaisseaux; 4° des nerfs', 5° du tissu cellulaire interposé à tous ces organes.

1° Enveloppe du foie. — Ces enveloppes sont au nombre de deux : le péritoine et une membrane fibreuse.

La tunique péritonéale recouvre toute la surface du foie à l’exception de son bord postérieur, qui en est seul dépourvu; de là l’innocuité relative des blessures de cette dernière région.

En se réfléchissant du diaphragme sur le foie, la tunique péritonéale forme les replis dits ligaments falciforme, coronaire et triangulaire, que nous avons déjà signalés. La surface lisse et humide de l’enveloppe péritonéale facilite le glissement du foie sur les organes voisins.

La membrane fibreuse est recouverte par le péritoine, qui lui adhère intimement. La transparence de ces deux membranes permet de voir la couleur rouge brun du foie.

Après avoir tapissé toute la surface du foie, la membrane fibreuse s’enfonce au niveau du hile dans l’épaisseur de cet organe, et fournit des espèces de gaines cylindriques à tous les vaisseaux qui s y ramifient, de là le nom de capsule hépatique donné par Clisson à cette membrane.

2“ Tissu propre du foie et conduits biliaires. — On peut assimiler le foie à une glande en grappes dont les lobules, gros comme des graips de millet.

Fig. 501.

Figure schématique représentant la composition d’un lobule du foie.

1. Veine sus-hépatique émergeant du centre du lObule. — 2. Trame formée par les divisions de la veine porte, de l’artère hépatique et des canalicules biliaires; les mailles de cette trame sont occupées par les cellules hépatiques 4 (sur la moitié droite de la figure on a enlevé les cellules). — 3. Division de la veine porte. — 5. Conduits biliaires.

FOI

FOI

donnent au tissu de cet organe l'aspect granulé qu’il présente à la coupe. Ce sont ces granulations qui croquent sons la dent lors(ju’on mange du l'oie de porc.

De ces lobules partent des petits canaux dits conduits biliaires, qui, par convergence successive , \iennent al)ontir à un canal unique, le canal hépatique. Celui-ci débouche, sous le nom de canal cholédoque, dans la seconde poi'tion du duodénum par un orifice qui lui est commun avec le canal pancréatiijue. Le canal hépatique change de nom au moment où il reçoit l'embouchure d’un petit canal sinueux, dit ci/stique,qa\ part d’une sorte d’ampoule pyriforme adhérente à la face inférieure du foie, et dans laquelle la bile s’accumule pendant l’intervalle des digestions. Cette poche a reçu le nom de vésicule biliaire. Suivant la remarque de Glisson, l’ensemble des trois conduits cholédoque, cystique et hépatique figure assez bien la lettre Y.

3° Vaisseaux du foie. — On rencontre dans le foie les ramifications de trois vaisseaux sanguins : Y art ère hépatique, préposée, comme l’indique l’exigui’té. de son calibre, à la nutrition des éléments constitutifs du loie, et non à la sécrétion de ses produits; la veine porte, qui charrie dans le foie les sucs alimentaires puisés par ses racines dans tous les viscères abdominaux concourant à la digestion, et qui fournit aux lobules hépatiques les matériaux de leur sécrétion; enfin les veines sushépatiques, qui sont chargées de porter du centre des lobules hépatiques à la veine cave inférieure le sang modifié de l’artère hépatique et de la veine porte.

4“ Tissu cellulaire et graisse. — Le tissu cellulaire du foie est représenté par les innombrables prolongements de la capsule de Glisson autour des lobules hépatiques, des canaux biliaires et des vaisseaux sanguins. Lorsque ce tissu s’enflamme, il produit les abcès de foie ; il s’épaissit comme dans la cirrhose, ainsi qu’on l’observe surtout à la suite d’abus alcooliques, les lobules s’atrophient et compriment les ramifications de la veine poi te. De là un ralentissement de la circulation abdominale et une hydropisie du ventre ou ascite, qui justifie cet aphorisme médical ; « Quiconque boira trop de vin périra dans l’eau. »

Le tissu hépatique renferme toujours une grande quantité de graisse, certains états pathologiques, tels que la phthisie et les empoisonnements par le phosphore, l’arsenic et les composés de l’antimoine rendent le foie graisseux;

5° Nerfs du foie. — Les nerfs du foie viennent du grand sympathique et du pneurno-gastrique gauche. Le bord postérieur du foie reçoit encore quelques filets du nerf phrénique droit, qui constitue une des branches profondes du plexus cervical : de là naît la douleur à l’épaule droite, qui se manifeste souvent dans les affections du foie.

Fonctions du foie. — I.a principale fonction du foie consiste dans la sécrétion delà bile. Celle-ci se forme dans les lobules hépatiques, à l’aide des matériaux charries par le sang de la veine porte, c’est pour cela que l’oblitération ou la ligature de ce vaisseau supprime instantanément la production du fluide biliaire. Des lobules hépatiques, la bile s’engage dans les canalicules biliaires qui la conduisent

dans le canal hépatique.; de là elle passe dans le canal cholédoque, puis, par une sorte de mouvement rétrograde, elle reflue par le canal cystique dans la vésicule biliaire, où elle se tient en réserve jusqu’à la prochaine digestion. La présence des aliments ou de corps étrangers, l’influence des purgatifs ou des vomitifs, un état inflammatoire aigu ou chronique, ainsi qu’on l’observe chez les grands buveurs; en un mot, toutes les causes d’irl'itation du duodénum provoquent, par action réflexe, la contraction de la vésicule biliaire, qui déverse aussitôt la bile dans le canal cholédoque et de là dans l’intestin.

Depuis les recherches de Claude Bernard, on peut attribuer au foie deux autres fonctions ; la production du sucre et celle de la graisse. Mais, en raison de son volume considérable et de la faible proportion des produits élaborés, il est probable que le foie joue dans l’économie un autre rôle que les physiologistes n’ont pu encore déterminer.

D'. G. WiTKOWSKI.

Congestion du foie. — Les congestions du foie sont fréquentes, ce qui s’explique par la richesse vasculaire de cet organe, ses rapports avec le système de la veine porte et ses relations étroites avec les circulations cardiaque et pulmonaire.

La. congestion du foie peut se produire sous l’influence de deux ordres de causes ; 1“ par stase; 2° par fluxion.

1“ Stase. — Le sang séjourne dans le foie parce que son cours se trouve entravé par un obstacle situé au delà du foie; les maladies du cœur et celles du poumon sont les causes ordinaires de cette congestion passive.

2° Fluxion. — Le sang arrive dans le foie en plus grande quantité qu’il ne convient.

La congestion par fluxion se produit donc à la suite d’excès de table, chez les gens dyspeptiques, comme conséquence de la suppression des hémorrho’ides. La congestion peut encore être placée sous la dépendance de certaines substances dont la présence dans le sang irrite le foie : tels sont l’alcool, le miasme paludéen et la dysenterie ; aussi ces congestions s’observent-elles fréquemment dans les pays chauds. Citons encore l’empoisonnement par le plomb ou le phosphore.

La congestion du foie peut être la conséquence d’un trauimitisme, de la piqûre du plancher du quatrième ventricule du cerveau; quelques auteurs ont même voulu rattacher à une congestion hépatique l’ictère parfois observé à la suite d’émotions morales.

Les deux caractères principaux d’une congestion du foie sont : 1° une sensation d’embarras et de gêne dans l’hypochondre droit; 2“ une augmentation de volume du foie. On peut observer aussi de l’ictère, des désordres gastro-intestinaux et même de la fièvre, mais l’inconstance de ces derniers symptômes ne permet de leur accorder qu’une importance secondaire.

V> Sensations anormales dans Vhypochondre droit. — 11 est rare que la congestion hépatique détermine une douleur véritable; elle se borne habituellement à produire une sensation d’embarras, de gêne

FOI

FOI

et de pesanteur qui rend très désagréable la constriction des vêtements et qui entrave le jeu du diaphragme au point de rendre la respiration pénible.

2" Augmenfaiion de volume du foie. — Dans le cas de congestion, on constate que le foie déborde notablement les fausses côtes, et avec les doigts recourbés on parvient à saisir le rebord inférieur de cet organe.

Ajoutons que l’augmentation de volume du foie et la gêne qu’en éprouve le patient sont des symptômes constants, mais fort variables dans leur intensité; ils peuvent en quelques heures se modifier beaucoup, soit en bien, soit en mal.

Symptômes inconstants. — La congestion du foie détermine souvent un léger ictère; il est d’ailleurs assez difficile de savoir si cet ictère ne se rattache pas à une congestion des voies biliaires; quoi qu’il en soit, on pourrait l’expliquer par la compression qu’exercent les vaisseaux dilatés sur les canalicules biliaires dont ils diminuent le calibre et entravent les fonctions. La fièvre est aussi rare dans nos climats qu'elle est fréquente dans les pays chauds La congestion hépatique étant souvent la conséquence d’une affection organique du cœur et des poumons, il faut distinguer au milieu des symptômes multiples ce qui appartient en propre à la lésion du foie.

Entièrement subordonnée à l’état transitoire ou définitif des causes qui l’engendrent, la congestion du foie entraîne rarement par elle-même une fâcheuse issue, sauf dans les pays chauds. Lorsqu’elle dépend d’une affection cardiaque, elle e.'t souvent le prélude d’une cirrhose (V. Cirrhose) dont l’ascite et l’amaigrissement sont les principaux symptôme^.

Le traitement de la congestion du foie varie suivant qu elle est active ou passive.

Dans les congestions actives, il faut suspendre les causes irritantes, réglementer le régime, supprimer fusage de l'alcool, combattre par le sulfate de quinine [capsules de quinine Pi-lletie>) le poison paludéen, rappeler les hémorrhoi’des, les règles.

La congestion peut être directement attaquée par les purgatifs salins, les eaux de Rubinat, de Chatelguyon, etc., l’usage de la rhubarbe, par l’application de sangsues à fanus; le traitement par les eaux de Digorre, d'Hem heloup, de Fougues, de Saint-Galmier(Badoit), de Vichy, etc., rend de grands services.

Quant aux congestions liées aux maladies du cœur, leurs indications sont entièrement subordonnées à celles que présente cet organe.

Inflammation et abcès du foie. — (V. Hépatite.)

Ictère simple. — (V. ce mot.)

Ictère grave. — (V. ce mot.)

Cirrhose du foie. — (V. Hépatite.)

Cancer du foie. — Maladie fréquente de cinquante à soixante ans, te cancer du foie peut être primitif ou consécutif à d’autres manifestations cancéreu.ses, ses causes sont inconnues. L’encéphaloide et le squirrhe sont les formes habituelles ; il est plus rare de rencontrer, au milieu de la masse cancéreuse, soit des fiigments noirâtres (cancer mélanique), soit des kystes (cancer alvéolaire).

La lésion débute souvent dans le tissu conjonctif sous la forme d'îlots qui se fusionnent plus tard. Le volume du foie augmente, sa surface devient irrégulière, bosselée. A la coupe, la tumeur offre un aspect lardacé; dure s’il s’agit d’un squirrhe; molle, vasculaire, imbibée de sucs s’il s’agit d’un encéphalo'ide.

Comme tout cancer, celui du foie progresse non en refoulant les tissus qui l’avoisinent, mais en se les appropriant; l’artère hépatique prend un développement en rapport avec les tissus nouveaux qu’elle^ doit nourrir; ses nouvelles branches sont délicates; se rompent souvent, et produisent des hémorrhagies dans l'épaisseur de la masse cancéreuse.

Le cancer peut comprimer la veine porte, les conduits biliaires, soit par lui même, soit par l’intermédiaire de ganglions logés dans le hile. Ces tumeurs se ramollissent, subissent par places des transformations graisseuses, mais s’ulcèrent rarement.

11 est des cas où l’on ne peut que soupçonner l’existence d’un cancer du foie. C’est ce qui a lieu chez certains individus qui s’affaiblissent graduellement sans qu’un ictère, une hypertrophie du foie, une ascite, puissent permettre de localiser le cancer dans le foie.

Habituellement le cancer du foie se produit par des signes locaux et généraux. Ceux-ci consistent en une perte g-aduelle des forces, de l’amaigrissement, une teinte jaune paille très souvent masquée par l’ictère, parfois des coagulations veineuses et enfin le marasme.

Les signes locaux dont l’existence n’est pas constante sont : 1° une douleur sourde dans l’hypochondre droit, cette douleur devient vive lorsque le péritoine s'est enflammé par voisinage ; 2" une augmentation de volume du foie et des bosselures appréciables au toucher ; 3“ un ictère produit par la compression des conduits biliaires ou par un catarrhe concomilant ; 4“ une ascite par gêne de la circulation de la veine porte ; 5“ des vomissements qui peuvent être sympathiques ou résulter de lu compression exercée par le cancer sur l’estomac; 6“ souvent des hémorrhagies dyscrasiques (par altération du sang), surtout des épistaxis. (Monneret.)

La mort arrive au bout d’un temps variable (six mois à deux ou trois ans).

Le traitement se borne à soutenir les forces au moyen des toniques; à administrer de l’eau de Vichy, et à calmer les douleurs par les préparations opiacées.

Kystes hydatiques du foie. — Sous les noms de kysleshy Antiques, (icéphaiocyst es, échinoc' ques, employés souvent en clinique d’une façon indifférente, on désigne une affection parasitaire dont le lieu de prédilection est le foie. Ces kystes qui se présentent sous l’aspect de poches grosses en moyenne comme des œufs de poule, transparentes, comprennent : 1“ une enveloppe de conjonctive ou kyste adventice; 2“ une enveloppe sans structure ou kyste hydatique; 3° une membrane granuleuse dont les granulations sont formées par les vers hydatides; 4“ un contenu liquide transparent comme le cristal de roche dont

FOI

FOI

i les principaux caractères sont l’absence d’albuniin ' et la présence d’une grande quantité de clüorure de sodium.

Sur le pourtour du kyste, le tissu du foie est 1 sain où légèrement congestionné.

Ces kystes peuvent offrir diverses altérations : ils peuvent s’enflammer, leur enveloppe s’épaissit et leur contenu devient lactescent; ils peuvent subir la ( transformation calcaire, le liquide devient caséeux, jaunâtre, analogue à du mastic, et si ce n’était la présence de quelques crochets d’bydatides, on pourrait méconnaître leur nature. Enfin, il est fré- I quent de voir la tumeur se rompre dans les orga- I nés du voisinage (péritoine, estomac, intestin, i jilèvre, poumons). On rencontre parfois des kystes , multiloculaires ou alvéolaires, c’est-à-dire dont la j cavité se trouve divisée en un certain nombre de loges. Enlin, chez quelques individus, on a trouvé ! une quantité innombrable de kystes.

, Les échinocoques on hydatides que l’on rencontre chez l’homme sont dépourvus d’organes sexuels; ce sont les scolex d’un tæ/da qu’on n'a I trouvé que chez le chien. Comment s’effectue la transmission de ce ver du chien à l’homme? Il est probable que les œufs de ce tænia sont rendus par les excréments, ils se mêlent à l’eau, s’incrustent ■ sur les végétaux, et c'est grâce à ces véhicules ( qu’ils sont avalés par l’homme ; l’enveloppe de 1 l'œuf est détruite par le suc gastrique, et l’em- ! bryon, grâce à ses crochets et à ses petites dimen- ! sions, s'insinue à travers les divers tissus et s’arj réte dans tel ou tel organe, surtout dans le foie, en obéissant à des lois qui nous sont inconnues.

I Les kystes hydatiques sont extrêmement communs en Islande et en Australie où il existe beaucoup de chiens, ils sont assez rares en France; on peut d’ailleurs les observer à tout âge.

( La marche des kystes est fort lente et ils peuvent I atteindre de grandes dimensions sans que rien réj vêle leur présence. Cependant ils donnent lieud’orj dinaire à deux ordres de symptômes, les uns physi- I ques, les autres fonctionnels.

Signes phyiiques. — L’augmentation de volume , du foie est souvent appréciable à la vue, elle peut • être uniforme ou partielle : souvent c’est une saillie globuleuse qui s’avance vers l'épigastre au point I de faire croire à une tumeur de l’estomac. La per- ; cussion révèle l’existence d’une matité d’étendue i anormale qui démontre que le foie s’élève très haut ' dans la poitrine ou descend fort bas dans l’abdomen. Parfois le doigt qui percute a la sensation ' d’un frémissement vibratoire comparable à celui I qu’on obtient en frappant un sommier : c’est là le frémissement hydatique découvert par Briançon. Ce signe est pathognomonique, mais il est assez rare, car sa production nécessite la collision de vésicules I flottant dans le liquide de la poche.

Troubles fonctionnels. — Très variables suivant I le volume et le siège de l’hydatide, ils consistent en j un sentiment de gêne, de pesanteur plutôt qu’en une douleur véritable; ils consistent fréquemment I en troubles digestifs résultant soit de la gène dans I la circulation de la bile, soit d’une compression de , l’estomac, Tictère est assez rare : chez d’autres ma- I lades, c’est une dyspnée plus ou moins prononcée, Dictionnaire populaire de Médecine usuelle.

elle a lieu lorsque le kyste développé sur la face convexe du foie entrave les mouvements du diaphragme. Un phénomène plus rare, c’est l’ascite par compression de la veine porte ou l’œdème des membres inférieurs par compression de la veine cave inférieure.

Les terminaisons des kystes bydatiques du foie sont variables :

1° Le kyste peut rester petit et persister indéfiniment sans troubler la santé;

2® 11 peut guérir par la mort des échinocoques, la transformation calcaire des parois et l’épaississement du contenu ;

3“ 11 peut s’enflammer, ce qui s’annonce par des frissons, de la fièvre, des douleurs hépatiques, en un mot par tous les symptômes d’une hépatite suppurée j l’avenir est le même;

4" 11 peut s’ouvrir dans les organes du voisinage ; soit dans le péritoine et la plèvre ; soit, s’il s’est formé des adhérences, dans l’estomac, l’intestin, les poumons et même la veine cave inférieure, etc. Ces perforations peuvent être mortelles par péritonite, par pleurésie, ou bien elles sont le point de départ de la guérison en permettant l’évacuation du kyste. Il n’est pas fort rare de voir ces kystes s’ouvrir dans les bronches et être rejetés sous forme de vomique.

Souvent avec le kyste du foie coïncident des kystes semblables dans d’autres organes.

Les moyens médicaux employés contre les kystes, tels que chlorure de sodium, iodure de potassium, kamala, n’ont donné que des résultats douteux. Lorsque le kyste détermine des accidents ou s’accroît rapidement, il faut donc agir plus activement; les procédés auxquels on peut recourir sont au nombre de trois :

1“ L’ouverture du kyste par la méthode de Récamier; elle consiste à se frayer une voie vers le kyste par des cautérisations successives, afin de créer des adhérences capables de prévenir la diffusion du liquide dans le péritoine ;

2° Les ponctions capillaires avec un appareil aspirateur; cette méthode est d’une simplicité séduisante, mais le liquide se reproduit très vite; de plus, ces ponctions favorisent peut-être sa transformation purulente; quoi qu’il en soit, c’est à elle que nous donnons la préférence.

3“ L’électricité a donné quelques bons résultats : on enfonce dans le kyste, à une petite distance Tune de l'autre, deux aiguilles dorées; elles sont mises en rapport avec une pile de Daniel de dix éléments ; le pôle positif terminé par une éponge mouillée est promené sur rabdomen et on laisse passer le courant pendant dix à vingt minutes. Cette méthode a donné en Angleterre de fort bons résultats, mais le professeur Richet l’a essayé deux fois sans succès.

Dégénérescence amyloïde du foie. — Chez certains malades épuisés par des suppurations osseuses prolongées, par la tuberculose ou par la cachexie palustre, différents viscères, mais surtout le foie, la rate, les reins, la muqueuse intestinale, peuvent être envahis par un produit morbide désigné sous le nom de dégénérescence amyloïde, en raison de sa ressemblance avec l’amidon.

lO»

FOI

FOI

Le principal caractère auquel on peut reconnaître la dégénérescence amyloïde du foie est l’augmentation du volume de cet organe survenue sans douleur chez un individu cachectique. Généralement il n’existe ni ictère, ni ascite, et s’il se dépose un peu de liquide dans le péritoine, cette ascite légère est consécutive à un œdème cachectique qui a déjà infiltré les membres inférieurs. En même temps on peut observer un gonflement de la rate, une diarrhée incoercible, de ralbuminurie ; ce sont là les symptômes d’une dégénérescence semblable survenue dans la rate, la muqueuse intestinale ou les reins.

Sauf certains cas de syphilis , la dégénérescence amyloïde a annoncé presque constamment une mort prochaine.

Comme traitement , la dégénérescence amyloïde ne présente pas d’indications spéciales ; il faut combattre l’état cachectique dans lequel se trouvent les malades.

Calculs du foie; coliques hépatiques. — On donne le nom de calculs du loie ou calculs biliaires, à des concrétions formées dans la vésicule et les voies biliaires aux dépens de certains éléments de la bile. Les coliques hépatiques sont des accès de douleur ayant leur siège dans l’hypochondre droit et déterminées par le passage des calculs à travers les voies biliaires.

Maladie rare dans la jeunesse, fréquente vers quarante ans et au delà, plus commune chez la femme que chez l’homme, assez souvent observée chez les ecclésiastiques; ses causes probables sont, outre l’àge : une vie sédentaire ; 2“ une nourriture très substantielle qui augmente la proportion des éléments concrescibles de labile; 3“ tout ce qui peut favoriser la stase de la bile dans la vésicule ; 4“ le catarrhe des voies biliaires, car la cholestérine qui compose le plus grand nombre de ces concrétions est maintenue en solution dans la bile par le glycocholate de soude qui, décomposé par la sécrétion catarrhale de la muqueuse, perdrait son pouvoir dissolvant (Meckel).

Les calculs se rencontrent habituellement dans la vésicule biliaire, plus rarement dans les conduits extra ou intra-liépatiques. Leur nombre est extrêment variable (de un à deux mille), il en est de même de leur volume. Leur surface est souvent lisse et régulière, présentant de nombreuses facettes par lesquelles ils se correspondent. Leur consistance est friable, du moins à la périphérie, car à leur centre se trouve un noyau plus dense. Leur couleur est jaune, verte, plus rarement blanche ou noire. Ils sont formés par de la cholestérine.

La vésicule biliaire est souvent enflammée, épaissie, dilatée; elle peut avoir contracté des adhérences avec les parties voisines et comm uniquer par une perforation avec les organes du voisinage. Les calculs peuvent même engendrer des hépatites suppurées.

Il n’est pas rare de rencontrer des calculs biliaires à l’autopsie de personnes qui, durant leur vie, n’avaient accusé aucun trouble hépatique, c’est que chez elles la situation des calculs ne gênait point le cours de la bile.

D’ordinaire la présence des calculs se traduit par des accès douloureux désignés sous le nom de co-

liques hépatiques. Ces accès débutent souvent deux ou trois heures après le repas au moment où, la digestion stomacale terminée, les aliments pénètrent dans le duodénum et provoquent l’évacuation de la vésicule biliaire. Alors, en effet, l»bile en se précipitantversleduodénumentraîneavecelle un calcul et l’engage dans le conduit cystique, hépatique ou cholédoque; ce calcul, soit par son volume, soit par l’irrégularité de sa forme, ne progresse que difficilement et en déchirant les parois du conduit dans lequel il est engagé ; il en résulte une douleur atroce dans l’hypochondre et l’épigastre, s’irradiant vers le dos et l’épaule droite; le patient s’agite, se roule par terre, il peut même survenir une syncope. Cette douleur s’accompagne de nausées et de vomissements aqueux ; ces vomissements se produisent par action réflexe, on conçoit que d’ordinaire ils ne seront pas verdâtres, puisque le calcul s’oppose à l’arrivée de la bile dans l’intestin. L’ictère n’est pas constant, il peut manquer lorsque, par exemple, le calcul occupe le canal cystique, car dans ce cas la bile formée dans le foie ne peut sans obstacle arriver dans l’intestin; en tous cas il n’apparaît que plusieurs heures après le début de l’accès. Pendant l’accès on peut constater parfois une dilatation de la vésicule biliaire.

L’accès est souvent sans fièvre.

Dès que le calcul est arrivé dans le duodénum, ce qui ordinairement a lieu au bout de quelques heures, le malade éprouve un bien-être inexprimable qui marque la terminaison de l’accès; dans des cas extrêmement rares, le calcul reste enclavé dans les voies biliaires, la douleur diminue d’intensité, mais elle ne disparaît pas, la teinte ictérique devient très foncée, la vésicule acquiert des proportions énormes, elle se dessine sous la paroi abdominale, le foie se congestionne et la mort peut s’ensuivre, ou bien la bile se fraye un passage à côté du calcul, où encore il s’établit une ulcération fistuleuse qui pourra entraîner une péritonite suraiguë, mais servira parfois à l’élimination du calcul.

Les accès se répètent à des époques indéterminées, ils sont souvent séparés par un espace de plusieurs années. Durant leurs intervalles la santé peut être parfaite, mais souvent les malades éprouvent des douleurs sourdes dans l’hypochondre, des troubles digestifs, leur teint est jaunâtre.

La colique hépatique pourrait être confondue avec la colique néphrétique. — Dans celle-ci la douleur siège dans la région lombaire, descend le long du cordon, détermine la rétraction du testicule, ne donne pas lieu à de l’ictère et s’accompagne de troubles de la sécrétion urinaire. Enfin le calcul est rendu avec les urines et non avec les fèces.

Le traitement présente trois indications à remplir ;

1° Calmer la douleur. — Pour calmer les douleurs occasionnées par les coliques hépatiques, on peut avoir recours à l’opium à la dose de 10 à 13 centigrammes, ou au chlorhydrate de morphine à la dose de 1 à 4 centigrammes ; plusieurs médecins, avec Bouchut, se sont bien trouvés de l’hydrate de chloral à la dose de 4 à 8 grammes [chloral perlé Limousin)-, d’autres ont recours aux inhalations d’éther et de chloroforme. Chez les malades

FOI

FOL

forts et pléthoriques, une saignée générale ou une application de sangsues (8 à 12), sur la région du foie, au moment de l’accès, calme rapidement la douleur. Les bains tièdes prolongés ne doivent pas être négligés.

2® Favoriser l'expulsion des calculs. — Pour cela, on donnera, lorsque les douleurs seront calmées, quelques purgatifs' doux, huileux ou salins, pour entraîner les calculs qui peuvent rester dans l’intestin.

3® Dissoudre les calculs hépatiques et prévenir la formation de nouveaux calculs. — Pour cela. Trousseau emploj^itle remède de Durande :

Es'^ence de térébenthine. . . 20 grammes

Éther sulfurique 30 —

à la dose de 3 à 6 grammes par jour, dans du bouillon, à jeun. On emploie beaucoup aujourd'hui Tessence de térébenthine sous la forme si commode de capsules (capsules de Raquin) ou l’huile de genévrier sous la même forme [capsules de Vial), à la dose de G à 12 capsules par jour, suivant les cas, ou encore le Benzoate de lithine effervescent de Le Perdriel.On administre concurremment les eaux de Vichy, d’ileucheloup, de Pougues, etc.

4“ Faire suivre un régime spécial. — Le régime que doivent suivre les individus sujets aux calculs biliaires est très important à connaître, car, bien observé, il permettra de prévenir la formation de nouvelles concrétions.

Comme alimentation, user modérémentdes viandes de toute nature : viande de boucherie, volaille, gibier, etc.; — être encore plus réservé pour les poissons, les crevettes, les langoustes, les écrevisses, les moules, et autres coquillages ; — ne jamais manger plus d'un œuf par jour, parce que les œufs contiennent de la cholestérine et paraissent en favoriser la formation; peut-être même vaudrait-il mieux s’en abstenir ; — ne manger que des fromages frais et renoncer aux fromages avancés, brie, camembert, etc.; — manger des légumes à chaque repas, et de préférence les épinards, la laitue, la chicorée, les carottes, les artichauts, les topinambours, les patates ; — s’abstenir d’oseille et de tomates; — manger les haricots verts, les petits pois, les asperges et les choux en petite quantité, ainsi que les champignons, les truffes, les Iqntilles, les marrons; — l'usage journalier du cresson ou d'une salade de feuilles (laitue, romaine, escarole, pissenlit, mâche, barbe de capucin, etc.) est très utile, d’après Bouchardat, à condition toutefois de n’être qu’à peine poivrée et vinaigrée; — comme dessert, préférer les fruits sucrés (raisin, poires, pèches, prunes, etc.) aux fruits acides, et n’user (pi’avec modération des amandes, noix et noisettes sèches; — manger peu de pain et de préférence de la croûte; — ne pas boire de vins vieux et alcoolicjiies, mais bien un vin rouge léger fortement étendu d'eau de Saint-Galmier, de Vichy, de Longues, d’ileucheloup, etc.; — renoncer à la bière, à l’eau de Seltz, au champagne, aux liqueurs alcooliques, et ne prendre du thé ou du café que modérément, et si l’on n'est pas sujet aux insomnies.

Comme complément de ce régime, il faut faire de l’exercice après chaque repas, prendre un ou deux bains par semaine, éviter les refroidisse-

ments, enfin entretenir la liberté du ventre et faciliter l’écoulement de la bile avec les matières fécales, au moyen de podophylle Coirre, de grains de santé du D' Franck, de pilules de Bosredon, etc., ou d’un peu d’eau de Rubinat, de Chatelguyon, etc., pris de temps en temps.

Ajoutons, en terminant, que les individus sujets aux calculs biliaires, devront éviter les chagrins et les soucis, rechercher les distractions, en un mot faire tout leur possible pour s’assurer une parfaite tranquillité morale. D' Léon Moynac.

FOLIE. — Esquirol, le plus illustre des aliénistes modernes, définit la folie : « Une affection cérébrale, ordinairement chronique, sans fièvre, caractérisée par des désordres de la sensibilité, de l’intelligence et de la volonté. »

Tout en rendant justice à ce grand homme, le véritable fondateur de la pathologie mentale dans les temps modernes, je ne puis m’empêcher de faire remarquer combien cette définition est peu satisfaisante. Elle ne remplit pas la première des conditions requises, puisqu’elle peut s’appliquer, par exemple, à l’épilepsie, à l’hystérie et même, dans certains cas, à l’hémorrhagie cérébrale.

Son défaut capital est d’être trop compréhensive; et c’est sur cette pente que se sont égarés presque tous les successeurs d’Esquirol. 11 n’y a pas, en effet, une maladie, une affection appelée « folie », mais bien des états morbides multiples et divers, s’accompagnant de ces troubles de la raison désignés sous le nom d’aliénation mentale ou de folie (de follis, soufflet, ballon, d’où « tête vide»), et que le Code englobe sous le nom plus savant (au point de vue étymologique) de démence.

Foville a donc été beaucoup mieux inspiré en disant : « L’aliénation mentale ou folie est un terme générique qui comprend plusieurs états particuliers dont les symptômes principaux sont des dérangements dans l’exercice des facultés intellectuelles, morales et affectives. » M. Achille Foville précise la définition en ajoutant que le dérangement mental existe à titre d’état morbide indépendant, prédominant, non à titre de complication accidentelle d’une maladie préexistante, et qu’il est dû à différentes affections cérébrales.

Déjà Hippocrate disait, en parlant du cerveau, 400 ans avant l’ère vulgaire : « C’est par lui surtout que nous pensons, que nous voyons, que nous entendons, que nous connaissons le beau et le laid, le bien et le mal, l’agréable et le désagréable... C’est par lui que nous sommes fous et que nous délirons. » [De la maladie sacrée, 14.) Six siècles plus tard, Calien, l’un des plus grands génies dont puisse se glorifier la médecine, identifiait les maladies de l’esprit avec celles du cerveau ; c’est lui qui s’écrie quelque part : « N’allez pas consulter les Dieux pour découvrir par la divination l’âme dirigeante, qui apparaît si nettement à toutes les intelligences non perverties, non plus que le principe des nerfs, mais instruisez-vous auprès de quelque anatomiste. >• [Des lieux affectés, 111, 8.)

Malheureusement, il était écrit que l'esprit et la raison devaient ployer devant la superstition et la barbarie, comme dit Sprengel, et ne sortir qu’après

FOL

FOL

des siècles de leur sommeil léthargique. Comme les scolastiques commentaient l’immortel Aristote, les médecins du moyen âge, et même un grand nombre de ceux de la Renaissance, commentent Hippocrate et Galien sans les comprendre. Pour ce qui concerne la folie, la base fondamentale, l’organe lésé est complètement perdu de vue. Il faut arriver au temps de la Révolution, à Cabanis et à Gall, pour voir la science reprendre son niveau et rentrer dans la voie des recherches positives. L’illustre auteur des Rapports du physique et du moral, établit que le cerveau est l’organe de la pensée ; Gall démontre qu’il est de plus l’organe des sentiments moraux. Ces deux hommes, que la plupart des traités de médecine mentale négligent de mentionner, sont pourtant les promoteurs du grand mouvement qui marque le début de ce siècle ; eux seuls ont posé les bases indispensables, et rendu possibles les travaux des Esquirol, des Rroussais et des Georget.

Aujourd’hui, une nouvelle étape a été franchie. C’est un fait démontré et désormais admis par tous les savants, que le siège propre des processus intellectuels et moraux, c’est-à-dire du sentiment, de l’intelligence et de la volonté, réside dans les innombrables cellules nerveuses constituant la partie essentielle de la substance grise du cerveau, et particulièrement dans celles de la couche corticale.

D’après cela, on est en mesure de préciser davantage les définitions indiquées plus haut, et on dira que, sous le titre général de folie, ou mieux de maladies mentales, il convient de comprendre : — les altérations de la substance grise du cerveau, caractérisées par le trouble, ordinairement prolongé, des fonctions spéciales de cette substance, c’est-àdire des fonctions psychiques (sentiment, intelligence, volonté).

Maintenant, ces altérations se ramènent, en dernière analyse, comme celles de tout autre organe, à des troubles de la nutrition, — dont la circulation n’est qu’un cas particulier.

« Je suis porté à croire, écrivais-je en 1868, qu’un bon nombre de vésanies à lésions inconnues ou indéterminées sont dues à des congestions encéphaliques (actives, ou par augmentation de l’afflux sanguin). Quels sont, ici, les excitants? Les phénomènes de l’ordre intellectuel et moral. Quelles sont les parties excitées? Évidemment la substance nerveuse et, en particulier, les cellules de la substance grise. Leur suractivité, suite de préoccupations, de travaux, d’émotions vives et prolongées, entraîne une congestion anormale, qui se traduit en premier lieu par l’insomnie, ce précurseur de la folie complète. Et nous savons maintenant que l’insomnie coïncide précisément, en général, avec l'hyperémie du cerveau. » Et plus loin, après avoir cité une magnifique page de Meschede sur la liaison de l’hyperémie cérébrale avec les idées de bien-être et de grandeur chez les paralytiques généraux, j’ajoutais : « Qu’on se rappelle aussi les effets de l’ivresse, ou plus exactement cet état d’excitation charmante où la vie apparaît toute rose , par le fait d’un vin généreux convenablement supporté. Il y a là suractivité de la circulation cérébrale, suractivité aussi de la pensée et sensation de bien-être, comme

dans la première période de la paralysie générale. Plus d’un poète a dû à cette excitation artificielle des pages quelquefois sublimes, que sa cervelle abandonnée à elle-même eût été incapable de produire. Mais plus d’un aussi est mort fou, comme Edgard Poë. Car l’excitation prolongée, d’où qu’elle vienne, conduit à la démence; le ressort trop tendu se brise, et la cellule détruite, la vibration s’éteint.

« Nous nous rapprochons ainsi de l’insomnie, l’un des signes les plus certains de l’hyperémie modérée du cerveau. La manie elle-même nous paraît se rattacher , dans beaucoup de cas, à une hyperémie notable de la couche grise; de même certaines hallucinations. Le temps nous fait défaut aussi bien que l’espace pour traiter ces intéressantes questions; nous nous proposons de les reprendre un jour. » (A. Regnard, Nouvelles recherches sur la congestion cérébrale, 1868, p. 58 et 78.)

En raison de circonstances indépendantes de ma volonté , ce jour n’est jamais venu. Mais je vois avec plaisir qu’un aliéniste distingué, M. le D' Luys, a marché résolument dans cette voie, que je n’ai pas d’ailleurs la prétention d’avoir ouverte, et qu'il a donné une classification des maladies mentales basée sur les principes indiqués. Je me permettrai seulement de préciser encore.

Je crois que désormais, dans tout traité véritablement complet de pathologie interne, on devra voir figurer, après les maladies du cerveau en général, les affections de la substance grise.

1. En première ligne, on aura les troubles de la circulation : V hyperémie, ayant pour phénomène caractéristique la manie (V. ce mot), c’est-à-dire l’excitation des fonctions psychiques avec toutes ses formes : Vischérnie, se traduisant surtout par la Mélancolie (V. ce mot), ou dépression des mêmes fonctions; enfin, la combinaison de ces deux états se succédant alternativement et se traduisant par les phénomènes de ce que l’on a appelé la « Folie à double forme. » J’ai rapporté dans mon travail cité plus haut le fait très curieux d'un malade chez lequel on observait de l’agitation maniaque pendant quinze à vingt jours, puis delà stupeur durant le même laps de temps, puis de l’agitation maniaque, et ainsi de suite. Le pouls battait à 90 et lOO pendant la période d’excitation ; il tombait à 30 pendant le stade de stupeur. Il y avait évidemment congestion dans le cerveau, — comme à la face et dans d’autres parties, — pendant la période de manie ; il y avait ischémie cérébrale assurément durant le stade de stupeur, où le pouls tombait à 30, parfois même à 23 pulsations.

IL Après les troubles de la circulation, ceux de la nutrition proprement dite. Ici deux classes distinctes, suivant que la nutrition est augmentée ou diminuée.

a. Dans la première clajse (processus actifs) on doit décrire l’inflammation, à tous les degrés, de la substance grise avec prolifération des cellules de la névroglie et des parois des vaisseaux, prolifération consécutive en général, à l’irritation primordiale des cellules nerveuses. On a ainsi la péri-encéphalite diffuse chronique, correspondant surtout à cette forme d’aliénation mentale si improprement désignée sous le nom de paralysie générale. 11 est

FOL

FOL

inconcevable que les aliénistes se soient obstinés, jusqu’ici, à distraire cette affection du cadre des maladies mentales, de la folie proprement dite, auquel elle appartient au premier chef. La présente classification a au moins le mérite de rétablir l’unité et la continuité à cet égard. Le délire aigu est souvent lié à une péri-encéphalite diffuse ; parfois à une hyperémie intense.

b. Dans la deuxième classe (processus passifs) se rangent : les dégénérescences de la substance grise, comme stade ultime le plus souvent, des processus précédents, caractérisées par la destruction progressive des éléments, et, au point de vue des symptômes, par la démence ou déchéance complète des facultés psychiques; — les atrophies {imbécillilé, idiotie, crétinisme); — les atypies (Benedikt) ou malformations des circonvolutions cérébrales, principalement, et qui constituent le substratum anatomique chez les criminels héréditaires (V. l’article Criminalité), les fous lucides et les faibles d'esprit.

C’est principalement à propos des atypies qu’il faudra décrire les délires partiels ou monomanies d’Esquirol. Quand la haine et la sottise des académiciens de la décadence eurent proscrit le nom de Gall — comme elles avaient proscrit celui de Lamarck, l'illustre prédécesseur de Darwin — les aliénistes, et même les plus distingués, se donnèrent des airs en répétant les fadaises de Victor Cousin et autres éclectiques, touchant le « moi », un et indivisible. Sans doute Gall, dont on méconnaissait les admirables travaux, avait eu le tort de généraliser trop rapidement des idées justes dans le fond, mais inexactes dans l’interprétation qu’il leur donnait. On sait aujourd’hui, grâce aux efforts de la science moderne et à la renaissance de la philosophie matérialiste, que la conscience de la personnalité n’est qu’une résultante, et non un point initial. Elle nous apparaît, suivant l’expression de Th. Ribot, non comme un point central d’où tout rayonne, mais « comme un lacis prodigieusement enchevêtré et inextricable. » (Les maladies de la personnalité, p. 164, 1885).

De plus, « les recherches et les expériences récentes de Broca, Ferrier, Munk, Hitzig, Nothnagel, etc., sur les localisations cérébrales, ont prouvé d’une façon définitive que le principe de la division du travail règne dans le cerveau comme dans le reste de l’organisme , et qu’à chaque partie du corps — bien plus, à chaque muscle — correspond un

point particulier de l’organe central L’âme n’est

pas, en quelque sorte une fonction du cerveau pris en masse ; au contraire, chaque portion de ce dernier a sa destination spéciale. » (Büchner, Force et matière, 15' édition, traduction A. Begnard, 1884, p. 350). Ces questions seront reprises à l’article Monomanies.

Dans la classification ainsi ébauchée, nous arrivons avec la dernière catégorie, avec les faibles d’esprit, à ces confins extrêmes où il devient véritablement impossible d’établir une démarcation tranchée entre la folie et la raison ; le dicton vulgaire est ici l’expression exacte de la réalité. Mais bien plus ! si les sots qui encombrent le monde ont tant de point de contact avec les « idiots » enfermés dans les asiles, — d’autre part on a prétendu que

par l’excitation du délire congestif, à l’extrémité supérieure de l’échelle, la folie confinait au génie !

« Comme l’état mixte intellectuel, dit Moreau (de Tours), comme l’état mixte affectif, les capa cités ou aptitudes intellectuelles transcendantes ont leur source dans un état extra-physiologique des or ganesde la pensée. Le génie, c’est-à-dire la plus haute expression, le nec plus ultra de l’activité intellectuelle, o.r\& névrose 1 Pourquoi non? On peut très bien, ce nous semble, accepter cette définition, en n’attachant pas au mot névrose un sens aussi absolu que lorsqu’il s’agit de modalités différentes des organes nerveux, en en faisant simplement le synonyme d’exaltation (nous ne disons pas trouble) des facultés intellectuelles. Le mot névrose indiquerait àlors une disposition particulière de ces facultés, disposition participant toujours de l’état physiologique, mais en dépassant déjà les limites et touchant à l’état opposé, ce qui d’ailleurs, s’explique si bien par la nature morbide de son origine. » {Psychologie morbide, p. 464).

Si l’éminent aliéniste s’était borné à faire ici, du mot « névrose, » le synonyme d’exaltation des facultés intellectuelles, il n’y aurait pas eu de discussion possible, et en somme, il aurait simplement présenté sous une forme étrange, une vérité banale. Mais en parlant de la « nature morbide » du génie, il a dépassé la mesure et est tombé dans le paradoxe. Sans doute, comme le dit Lombroso, les penseurs ont, comme les fous, le cerveau constamment hyperémie ; leur tête est souvent brûlante et leurs mains sont froides. Sans doute, ajouterai-je, un Tasse, un Swift, un Rousseau ont offert des signes incontestables quoique passagers d’aliénation mentale, et le délire de certains poètes et littérateurs a pu présenter quelque affinité avec celui d’un alcoolique à ses débuts. Mais quelle pondération des sentiments et des idées, quelle puissance d’équilibre cérébral chez les génies vraiment dignes de ce nom, chez un Aristote, chez un Shakespeare, chez un Goethe, chez un Molière ! Quant à ceux qui moins grands, moins solidement organisés voient leur cerveau succomber sous l’effort tenté ou sous le poids des circonstances, comme un Schumann ou un Edgard Poë, nous ne pouvons que les plaindre sans cesser de les admirer aussi. Bien plus, nous devons notre respect, sinon notre gratitude, à toutes ces têtes chaudes, à ces cerveaux brûlés — commes disent les gens rassis — qui, peu soucieux de l’intérêt mal entendu et des biens vulgaires, trouvent dans leur dévouement à la bonne cause, le plus réel et le plus sublime bonheur. Ne dites donc pas que le génie confine à la folie; en dépit des lésions cérébrales possibles, dont les penseurs ne sont pas plus exempts que les autres, c’est le contraire qui est la vérité. Au plus bas degré de l’échelle des intelligences, sont les faibles d’esprit et les criminels héréditaires: au sommet, les grands hommes , dont l’organisation cérébrale parfaite constitue l’épanouissement suprême des formes organiques. C’est à eux surtout que s’appliquent ces belles paroles de lluschke: « Le cerveau est le temple de ce qui nous intéresse le plus au monde. Oui, la destinée du genre humain est étroitement liée aux 65 ou 70 pouces cubes de la masse céré-

FOL

FOL

braie, et l’histoire de l’humanité s’y trouve inscrite comme en un grand livre plein d’hyiéroglyphes. »

Il est absolument impossible de donner ici une idée, même approximative, des troubles élémentaires si variés, susceptibles de se rencontrer dans les maladies mentales : ils seront indiqués à propos de chacune d’entre elles. Rappelons seulement que l’on peut observer les altérations les plus diverses des fonctions psychiques, soit dans la sphère affective ou du sentiment — soit dans la sphère intellectuelle ou des « représentations » (idées) — soit enfin dans la sphère pshycho-motrice (lésion de la volonté, etc.). Sous le rapport psychosensoriel, on note surtout des illusions et des hallucinations (V. ce mot) qui constituent l’un des éléments les plus communs des affections mentales. Mais, bien plus, de même que différents troubles de l’organisme retentissent sur le cerveau pour y produire les lésions et les symptômes caractéristiques des diverses maladies mentales, — de même, on observe souvent dans la folie, des troubles des autres fonctions : troubles essentiellement variables, du reste, suivant la nature de l’affection cérébrale. Il n’y a lieu de mentionner d’une façon générale, que l’t«A07nme, «véritable thermomètre de l’aliénation mentale », disait Marcé. Elle ne manque presque jamais et d’autre part, le retour du sommeil est un des meilleurs indices d’une guérison prochaine.

11 ne faut pas oublier non plus que, dans un grand nombre de cas, les aliénés conservent en partie leur jugement. Ils sont parfois pleins de finesse, de ruse, et, certains d’entre eux savent très bien dissimuler leur délire. Dans beaucoup d’occasions, leur déductions logiques sont parfaites; seulement le point de départ est faux. On ne doit donc pas se représenter tous les fous les yeux hagards et les cheveux épars, chantant et dansant comme Ophélia, ou grinçant des dents comme Oreste poursuivi par les Furies; c'est là seulement le cas des agités. Les plus malades, les plus radicalement incurables sont précisément ceux que le public ignorant prend pour des gens sains d’esprit et dont il déplore l’internement dans les maisons de santé ou les asiles.

Les causes des maladies mentales se divisent, comme celles de toutes les autres affections, en prédisposantes, occasionnelles et efficientes. Parmi les premières, il faut citer avant tout, Vhérédilé (V. ce mot), qui domine la pathologie mentale, comme elle domine, en somme, la biologie tout entière ; c’est la loi fondamentale du développement des êtres, telle qu’elle est établie par la doctrine de l’Evolution, et dans aucun cas, elle n’apparaît aussi manifestement que dans celui qui nous occupe. Si le perfectionnement successif, à travers plusieurs générations, de la cellule nerveuse de i’écorce cérébrale, aboutit à l’éclosion des grands hommes, la transmission, par le germe, des qualités mauvaises, dans ces mêmes cellules, produit les fous et les imbéciles. On a accusé la civilisation de jouer sous ce rapport un rôle funeste. On a dit que la folie n’existait pas chez les sauvages — ce qui est faux. Elle existe même chez les animaux, comme on pouvait s’y attendre, en raison des rap-

ports aujourd’hui bien connus, qui unissent tous les êtres. Chacun sait que les éléphants, que les vaches — les plus inoffensives des bêtes — sont sujets à des accès de folie furieuse, qui les rendent aussi féroces que des tigres. On a même allégué des faits de folie-suicide chez les animaux. Sans insister sur cet ordre d’idées, je me bornerai à rapporter les deux observations suivantes : « M. Fr. Cuvier, a dit Pierquin, a eu la bonté de me citer deux faits de suicide fort curieux. Dans l’un, c’était un cynocéphale du cap de Bonne-Espérance, qui se déchira la peau et les muscles du bras et en dénuda complètement les os; dans l’autre, il s’agissait d’un sapajou qui en faisait autant de la peau et des muscles de la poitrine, sans qu’on ait pu parvenir à empêcher ni l’un ni l’autre d’accomplir ces actes si douloureux de leur délire. » (Pierquin, Traité de la folie des animaux 1839, t. H, p. 114). Il s’agissait là, croyons- nous, non pas de suicide, mais d’une perversion des fonctions psychiques avec perte de la sensibilité, phénomènes qu’on observe fréquemment chez les aliénés. A ce titre ces deux faits sont caractéristiques.

Dans tous les cas, il est bien certain que chez les animaux comme chez les sauvages, la folie est beaucoup plus rare que chez les civilisés. On comprend très bien, du reste, que chez les Australiens, par exemple, qui n’ont pas de mots pour exprimer les idées de bien et de mal et dont les facultés intellectuelles ne s’élèvent guère au-dessus du niveau de celles de la brute, les troubles des fonctions psychiques soient extrêmement rares. D’autre part, on s’est fait une idée singulièrement exagérée des progrès de l’aliénation mentale dans ces derniers temps. On a pris les chiffres en bloc, sans se donner la peine de les interpréter. C’est ainsi qu’en Prusse, il y avait, en 1867, 1 aliéné sur 631 habitants ; en 1874, 1 sur 448. — En Belgique, en 1835, 1 sur 816 habitants; en 1874, 1 sur 410.— En Suède, en 1855, 1 sur 935; en 1870, 1 sur 464. — Dans l’Angleterre proprement dite et le pays de Galles, en 1859, 1 sur 536 ; en 1870, 1 sur 373 En France, avant la promulgation de la loi de 1838, on ne comptait guère qu’un aliéné sur 1,500 habitants; en 1872, 1 sur 410. Il saute aux yeux qu’avec une pareille progression on pourrait calculer le temps peu éloigné où l’Europe entière ne serait plus qu’un immense Charenton. Il se peut qu’il y ait eu un accroissement réel, d’ailleurs extrêmement peu considérable; mais cette progression, si effroyable en apparence, tient tout simplement à ce que depuis une quarantaine d’années on s’est beaucoup plus préoccupé des aliénés. Un grand nombre d’asiles ont été installés dans lesquels un nombre considérable de pauvres fous, jusqu’alors errant dans les campagnes ou végétant dans quelque taudis, ont été enfermés; enfin, dans les familles aisées, on a tendu de plus en plus à discerner, même les plus légers désordres de l’intelligence, et à faire enfermer, ou tout au moins traiter à domicile ceux qui en étaient atteints.

Parmi les causes occasionnelles — n’agissant que chez les individus prédisposés — je citerai les émotions vives, le travail prolongé et les excès vénériens, mais surtout l’action de ces deux dernières causes réunies.

Page 1