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GONIOMÈTRE

On donne ce nom, en anthropologie, à un instrument spécial destiné à mesurer Vangle facial (V. ce mot) sur le vivant comme sur le squelette, et à construire le triangle facial commeCuvier. Le goniomètre du professeur Broca (fig. 546) se compose de deux tiges AO, AC, fixées à angle droit.

Une troisième tigell, parallèle à AO se meut, en coulisse sur la pièce transversale AC. Les deux branches parallèles AO et II sont graduées, et sur elles se meuvent les deux tourillons auriculaires O que Ton introduit dans les conduits auditifs. En A s’articule en charnière une branche montante AB, sur laquelle monte et descend parallèlement à elle-même la tige exploratrice BF. Celle-ci étant appliquée sur le point susnasal F, pendant que le milieu de la branche AI est appliquée sur le point sous-nasal D, la branche montante marque sur le cadran l’ouverture

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de l'angle facial OAB. En outre, les longueurs OA et lues sur les tiges correspondantes qui sont graduées, permettent de conduire sur le papier le triangle facial de Cuvier OBA. A l’exception du cadran qui est en cuivre, toutes les pièces du goniomètre de Broca sont en bois. p. l.

GONORRHÉE. — Vieux mot employé comme synonyme de Blennorrhagie (V. ce mot). p. i.

GORGE. — Mot par lequel le vulgaire désigne la région de YisÜime du gosier et du pharynx (V. ces mots). On emploie aussi le mot gorge dans le langage familier comme synonyme de mamelles, p. l.

GORGERET. — On donne ce nom à des instruments chirurgicaux, creusés en forme de gorge ou de canal étroit, dont on se sert dans l’opération de la taille et de la fistule à l'anus, pour faciliter le maniement du bistouri et en guider la pointe. p. l.

GOSIER (ISTHME Do). — (Y, Isthme.)

GOUDRON MINÉRAL. — (V. Coaltar.)

GOUDRON VÉGÉTAL. — Le goudron végétal est un produit résineux qu’on obtient en brûlant les pins et les sapins qui ne peuvent plus fournir de la térébenthine. Il se présente sous l’aspect d'un liquide épais, gluant, d’une couleur brun noir, d’une odeur très forte sni generis, d’une saveur âcre, désagréable. 11 se compose de colophane, d'une résine empyreumatique, d’une huile térébenthinée, ainsi que d'un certain nombre de produits pyrogénés dont le plus important est la créosote. Il est très peu soluble dans l’eau, mais se dissout facilement dans l'alcool, l’éther, les huiles fixes et volatiles.

Celte composition du goudron étant connue, il est facile de déduire à l’avance le rôle qu’il doit jouer en thérapeutique. Ce produit, en effet, ayant beaucoup de points d’analogie avec la térébenthine, ses propriétés médicales se rapprochent complètement de celles qu’on attribue à ce précieux agent, avec la seule différence que l'irritation qu'il développe sur les organes intérieurs offre une moins grande intensité. Aussi le prescrit-on comme anticatarrhal dans les cystites et les bronchites chroniques, lors même qu’elles se compliqueraient d’un léger processus inflammatoire. Son élimination a lieu parles canaux bronchiques, les voies urinaires et les glandes sudoripares. En traversant les premiers de CCS canaux, le goudron calme la toux, diminue la sécrétion des mucosités; son action sur les seconds a pour effet d’augmenter la quantité d'urine et de tarir les dépôts muco-purulents qu elle peut renfermer ; par les troisièmes, s'exhale avec la sueur une odeur de goudron caractéristique qui se retrouve également dans les autres produits sécrétés.

Mais ce ne sont pas là les seuls effets du médicament en question. Par son goût frais, acre et légèrement amer, le goudron apaise la soif, stimule l’appétit, facilite la digestion, etc. Il possède aussi un faible degré d’astringence qui se fait sentir sur les capillaires pulmonaires et rénaux au point de le

rendre un bon moyen curatif contre les hémoptysies et les hématuries diverses. Si nous ajoutons à cela ses propriétés antiseptiques et ses vertus modificatrices sur les fonctions de la peau dans certaines maladies cutanées, nous aurons le tableau complet de ses nombreuses indications.

Son mode d’administration est assez variable, mais l’eau de goudron, à l’intérieur et à l’extérieur, est la préparation à laquelle on a recours le plus souvent. Un moyen facile d’obtenir instantanément une eau de goudron véritablement efficace et toujours exactement titrée, consiste à faire usage du goudron. Freyssinge ou du goudron Le Beitf [V. ces mots), deux liqueurs concentrées qui, malgré les procédés différents employés pour leur fabrication, sont bien incontestablement, de l’aveu de tout le corps médical, les deux meilleures que l’on rencontre dans le commerce.

On peut encore administrer le goudron à l’intérieur sous forme d’inhalations. Divers appareils ont été fabriqués dans ce but : un des plus ingénieux dans sa simplicité, et des pluscommodes àemployer, est celui qu’on appelle le pneumophile (V. ce mot).

L’usage externe de l’eau de goudron reçoit de fréquentes applications; comme antiseptique sur les plaies de mauvaise nature, en lotion contre le pifj'riasis du cuir chevelu, en injections contre les écoulements chroniques de l’oreille, du vagin et de l'urèthre. Les fumigations goudronnées se font : tantôt à froid, en plaçant dans la chambre du malade une assiette remplie de goudron liquide; tantôt à chaud, en mettant quelques charbons ardents dans un réchaud et appliquant par-dessus une casserole avec du goudron. Celui-ci doit être maintenu à une température [>eu élevée et toujours au-dessous de l'ébullition, afin d’éviter la formation de l’acide pyroligneux qui, par sa vaporisation, viendrait irriter les voies aériennes et produirait un effet contraire à celui qu’on s’est proposé d’obtenir. A ces conditions, c’est un remède efficace contre les catarrhes et les progrès de la tuberculisation pulmonaire. Enfin la pommade et le glycéré de goudron guérissent souvent très vite l’herpès circiné, le psoriasis, l’impétigo, le lichen et l'eczéma, en applications topiques deux fois par jour.

Rappelons en terminant que le goudron entre dans la préparation des GoutFs Livoniennes (V . ce mot) préparées par Trouette-Perret.

!)'■ Marc. Camboulives.

GOUET. — Nom vulgaire de l’Arum (V. ce mot).

GOUJON. — Le goujon est un petit poisson de rivière, long de 15 à 16 centimètres en moyenne, au corps allongé, au dos arrondi et couvert d’écailles verdâtres avec taches noires, au ventre plat et argenté, qui aime les eaux pures et les fonds sablonneux de nos rivières, * chair nourrissante, savoureuse et délicate, avec lequel on fait d’excellente friture, mais qui, comme tout ce qui est frit, ne convient guère aux convalescents. p. l.

GOULARD (EAU DE). — L’eau de Goulard, appelée aussi eau blanche, eau de Saturne, est une eau végéto-minérale composée de :

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Sous-acétate de plomb liquide. 15 grammes

Eau distillée 1000 ' —

Alcoolat de vulnéraire 60 —

que l’on emploie à l'extérieur, en fomentations et en lotions, contre les inflammations superficielles de la peau, les contusions, les meurtrissures, etc.

GOURME. — Sous le nom de gourme, on doit entendre une série de symptômes propres à l’enfance, caractérisés par un état fluxionnaire de la peau et des muqueuses, sans tendance à l’ulcération ni à la destruction des tissus. Cette affection qui joue un si grand rôle dans la pathologie infantile, et qui, au point de vue doctrinal, mériterait une longue description, porte différentes dénominations dans le public; tour à tour, et suivant les provinces, la gourme a été désignée sous le nom de croûtes de lait, de teigne humide, de pseudo-teigne de chapeau, etc.

Le mot de gourme a été emprunté Traisemblablement à la pathologie animale, dans laquelle on l’emploie pour désigner diverses éruptions de la tête, avec jetage, que l'on rencontre si fréquemment chez les jeunes chevaux, et qui, quelquefois, n’est autre que la variole du cheval thorse-pox, d’après Bouley).

La gourme est une affection d’une extrême fréquence ; elle débute le plus habituellement en même temps que se fait le travail de la dentition, c’est-à-dire à partir du cinquième ou septième mois ; elle peut persister fort longtemps, car quelquefois, malgré les soins les plus attentifs, il n’est pas rare de constater sa persistance pendant un an environ. La lésion anatomique est variable ; tantôt elle porte uniquement sur l’épiderme et est alors constituée par une sécrétion épidermique exagérée; cela s’observe surtout an cuir chevelu qui est alors recouvert de lamelles épidermiques plus ou moins épaisses, noirâtres, desséchées, adhérentes au derme sous jacent. Tantôt l’éruption débute par un simple érythème, qui existe au niveau des joues (feux de dents) cet érythème envahit la couche superficielle du derme, provoque une sensation de chaleur de cuisson, de démangeaisons violentes, le jeune enfant ne pouvant résister à la sensation excorie ces régions, et bientôt alors elles deviennent le siège d’une sécrétion fort abondante de sérosité (lymphe) qui se concrète et est représentée ensuite par des croûtes jaunâtres, melliformes, plus ou moins adhérentes. Il n’est pas rare d’observer la face entière (le menton restant parfois seul indemne) recouverte de ces croûtes; c’est à peine si fenfant peut entr’ouvrir les paupières ; les orifices des fosses nasales sont eux-mêmes rétrécis, obstrués par des croûtes qui peuvent mettre obstacle à la succion et, par suite, à l’alimentation.

La gourme peut donc occuper toute la face, mais elle peut même envahir les orifices des organes des sens, elle peut envahir le conduit auditif externe, se propager à la face muqueuse des paupières, et même à la conjonctive oculaire, elle peut enfin pénétrer assez loin dans l’inférieur des fosses nasales.

C’est dans ces formes confluentes, que l’un peut

observer toute une série de complications redoutables, car elles mettent en jeu les organes des sens, et surtout l’audition ou la vue.

De plus elles peuvent entraîner une lésion des ganglions lymphatiques de la région cervicale ou masto’i’dienne, par suite de l’inflammation propagée, par les vaisseaux lymphatiques ; il n’est pas rare d’observer, à l’hôpital comme en ville, de jeunes enfants encore à la mamelle, atteints de ganglions lymphatiques en pleine voie de suppuration et chez lesquels il est nécessaire de procéder à des débridements qui seront plus tard marqués par des cicatrices blanchâtres absolument indélébiles. Je suis également porté, et cela avec nombre d’auteurs, à considérer, dans certains cas, la calvitie survenant prématurément dans l’âge adulte comme une des conséquences tardives d’une éruption de gourme ayant persisté longtemps au niveau du cuir chevelu.

La gourme est-elle contagieuse? Non, quoiqu’on en ait dit ; seulement dans la classe pauvre où la promiscuité des enfants existe forcément, il n’est pas rare d’observer que dans u ne même famille, plusieurs jeunes enfants sont envahis simultanément par la gourme; la malpropreté fait apparaître rapidement les poux de tête ; si l’enfant est prédisposé par son tempérament lymphatique, les éruptions de la face et du cuir chevelu ne tarderont pas à se montrer et la contagion de la gourme ne sera pour rien dans cette évolution morbide.

Quelles sont les causes de la gourme ? — Elles sont multiples; mais en première ligne, il faut mettre le tempérament lymphatique et la diathèse scrofuleuse; la gourme, comme l’a démontré l’illustre dermatologiste de l’hôpital Saint-Louis, Bazin, est la première manifestation de la scrofule et du lymphatisme, c’est une scrofulide exsudative bénigne.

Le travail de la dentition est la cause occasionnelle, mais le lymphatisme ou la scrofule sont la cause déterminante, primordiale. D’autres causes secondaires favorisent cependant l’apparition de ces formes éruptives qui peuvent être variables, érythémateuses, eczémateu.ses ou impétigineuses; c’est ainsi que la gourme est plus fréquente chez les enfants élevés au biberon ; elle est plus souvent observée chez les enfants dont les nourrices font des écarts de régime (abus de café, de poissons, de vin, pur, de boissons fermentées, etc.) La gourme enfin s’observe assez fréquemment chez des enfants dont les ascendants sont atteints d’affections herpétiques (eczéma, psoriasis).

Quoiqu’on dise le vulgaire, la gourme doit être traitée activement, car, ainsi que je Tai démontré, si l’éruption est abandonnée à elle-même elle peut guérir spontanément sans avoir de cicalrices, mais elle expose à des accidents d’une haute gravité, ophthalmies rebelles , coryzas persistants, otites, adénites, suppurations sous-cutanées, etc.

Une des premières conditions pour obtenir cette guérison, sera de s’assurer de l’état de santé de la nourrice et de surveiller son alimentation (diminuer les viandes saignantes, les boissons, lui faire boire de la biere pendant les repas, etc.). Si l’enfant | est élevé au biberon, il sera nécessaire de couper le

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lait avec des eaux alcalines, et quelquefois même on devra confier l’enfant au sein d’une nourrice. 11 sera nécessaire d’appliquer divers topiques pour diminuer l’irritation de la peau, et dans ce cas nous conseillons de modifier fréquemment les médicaments employés ; tour à tour il faudra recourir aux lotions émollientes ou astringentes , utiliser les cataplasmes appliques à froid de fécule de pomme de terre ; le glycérolé d’amidon et de bismuth, la vaséline, le beurre de cacao, seront d’un grand service ; les poudres elles-mêmes modéreront beaucoup l’inflammation, poudre de fécule de pomme de terre, de lycopode, poudre de talc, etc.

Sur le cuir chevelu, pour faire tomber les croûtes plus rapidement, on pourra de temps à autre, se servir d'une calotte de caoutchouc vulcanisée. Enfin, il sera utile de donner assez fréquemment à l’enfant de légers révulsifs sur l’intestin, tels que le sirop de chicorée, la manne, ou une cuillerée d’huile de ricin. En agissant ainsi le médecin devra faire usage de toute son autorité, car il aura à lutter dans les familles, contre toutes les théories humorales qui considèrent la gourme « comme un mal nécessaire et qu’il faut savoir respecter. »

C E. Landrieux,

Ancien Chef de clinique de la Faculté, Médecin des hôpitaux.

GOUT. — Le goût est le sens qui nous fait percevoir les saveurs, et la gustation est la fonction par laquelle l’appareil du goût reçoit l’impression des saveurs (V. ce mot). Ce sens est très développé chez l’homme.

La langue est l’agent principal, mais non exclusif du goût. Les parties qui limitent Visthme du gosier jouissent aussi, bien qu’à un moindre degré, de la faculté de percevoir.

Toutes les parties de la langue ne sont pas également sensibles aux impression? gustatives : la base, la pointe et les bords, par exemple, possèdent ce privilège, tandis que le dos et la face inférieure de cet organe semblent en être dépourvus. Mais c’est surtout à la base de la langue que la sensation gustative est le plus développée. Cette topographie du goût explique la persistance de ce sens chez les individus en apparence privés de langue, et chez ceux qui ont subi une mutilation, même étendue, de cet organe.

Les physiologistes ont remarqué que certaines saveurs impressionnent plus ou moins vivement le sens du goût, alors qu’elles sont perçues par l’une ou l’autre région de la langue : les saveurs amères, par exemple, sont à peine sensibles à la pointe et sont très nettes à la base ; le contraire a lieu pour les saveurs acides et salées. 11 est même des substances qui offrent une saveur différente suivant’ leur point de contact avec l’organe du goût; ainsi le nitre ou salpêtre et le sulfate de soude présentent une amertume prononcée à la base, tandis qu’ils paraissent, le premier, acide, et l’autre, salé, à la pointe.

Les substances acides peuvent agir sur les extrémités des nerfs du goût sans l’intermédiaire de la langue, et, de môme qu’il est possible de provoquer le vomissement en administrant l’émétique par une

autre voie que le tube digestif, de même en injectant du lait dans les veines d’un chien, Claude Bernard a démontré que cet animal se pourléchait comme s’il venait de laper un liquide agréable. Claude Bernard a fait une épreuve complémentaire en injectant dans le torrent circulatoire d’un chien une dissolution étendue d’extrait de coloquinte, et peu après, l’animal a manifesté son dégoût par des mouvements de gueule caractéristiques. Nous savons aussi que chez l’homme un lavement médicamenteux donne lieu à des sensations gustatives qui varient avec les substances administrées; de même une application de teinture d’iode sur une partie quelconque du corps produit souvent un goût d’iode plus ou moins prononcé dans la bouche; enfin dans la jaunisse, la salive a l’amertume de la bile.

Le goût a sur les autres sens l’avantage d’être le premier à se manifester et le dernier à disparaître, ce qui explique la gourmandise des enfants et la recherche des plaisirs de la table dans la vieillesse.

Tandis que le sens de l’odorat (V. ce mot) est impressionné parles molécules d’une ténuité extrême, puisque les corps d’où elles émanent ne diminuent pas sensiblement de poids après plusieurs années d’usage, le sens du goût, au contraire, ne peut être stimulé qu’à l’aide d’une quantité relativement considérable de substance sapide : c’est ainsi qu’une solution ne paraîtra ni sucrée ni salée; si, pour 1,000 grammes d’eau, elle ne contient pas plus de 10 grammes de sucre ou de 10 grammes de sel. Le caractère de l’eau potable est de ne contenir que 3 grammes de matières salines pour 1,000 grammes de véhicule ; au-dessus de cette quantité, les sels dissous donnent à l’eau une saveur plus ou moins désagréable. Les saveurs amères sont, de toutes, les plus pénétrantes; car pour dissimuler l’amertume d’un gramme d’extrait de coloquinte, il faut au moins 5,000 grammes de liquide, et 100,000 pour la même dose de sulfate de quinine.

Le goût développe des impressions sensorielles variables selon les personnes; chez les unes, ce sens est très borné; chez d’autres, au contraire, il acquiert une finesse remarquable. C’est ainsi qu’à Rome, si l’on en croit Brillat-Savarin, certains gourmets désignaient, au goût, l’endroit précis du Tibre où avait été pêché le poisson qui leur était servi, et que d’autres, non moins habiles , savaient reconnaître si les figues qui avaient engraissé les foies d’oie étaient fraîches ou sèches. Il paraît que Néron, au dire de Juvénal, reconnaissait au goût si les huîtres avaient été nourries à Circéi dans le Latium, ou dans le lac Lucrin en Campanie, ou sur les bancs de Butupiœ en Angleterre. De nos jours, on rencontre des amateurs de gibier qui distinguent nettement la cuisse sur laquelle la perdrix s’appuie en dormant, et il n’est pas rare de trouver des dégustateurs qui indiquent non seulement le terroir du vin, mais encore le vignoble qui l’a fourni et l’année de sa récolte. On ne parvient à une délicatesse aussi exquise du goût que par un exercice attentif et soutenu de ce sens.

Une excitation trop intense du sens du goût peut diminuer et même suspendre, au moins temporairement, la perception des impressions sapides; c’est

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ainsi que les aliments trop chauds perdent toute la saveur qu’on leur trouve lorsqu’ils sont refroidis, et qu’il est très bon de prendre les médicaments désagréables, comme l’huile de ricin, entre deux rasades d’eau-de-vie. De même un gargarisme astringent de ratanhia ou de tannin, prive pendant quelque temps de la faculté gustative.

Si l’excition est permanente, comme lorsqu’on fait abus des liqueurs alcooliques ou du tabac à fumer, ou lorsqu’on recherche les mets fortement épicés, le sens du goût s’émousse graduellement et ne peut plus être impressionné que par des excitants très énergiques.

Il est des substances qui ont une saveur plus complète lorsqu’elles sont goûtées après certaines autres : c’est ainsi que la noix et le fromage font ressortir le goût du vin.

La sensibilité gustative peut être modifiée par les maladies : elle peut être affaiblie par l'embarras gastrique, l’érysipèle, le diabète, etc. Plusieurs médicaments paralysent aussi le goût, à savoir : l’aconit, la belladone, l’opium et le bromure de potassium, mais ce dernier exerce surtout son action sur la sensibilité du voile du palais.

Les défectuosités du goût se rencontrent à des degrés variables dans les maladies qui donnent à la salive un goût spécial, provenant de certaines substances, éliminées par les glandes salivaires, aini qu’on l’observe dans le diabète, la jaunisse et les intoxications saturnine, mercurielle et iodique.

La chlorose et la folie occasionnent souvent une dépravation du goût que l’on désigne sous le nom de pica, qui signifie en latin, pie. Ce nom lui a été donné par assimilation aux goûts dépravés de cet oiseau. Le pica est caractérisé par la recherche de substances non comestibles, telles que le charbon, le plâtre, la terre, les poux, les araignées, les matières fécales, des croûtes arrachées à des varioleux, l’urine, l’encre, etc.

Citons un exemple frappant de la perversion du goût, celui des géophages de la Nouvelle-Calédonie qui mangent des morceaux de terre pour apaiser leur faim ; celui des polyphages, tels que Bijou, ce garçon de ménagerie qui mangeait les débris de dissections ; André Basile, forçat de la chiourme de Brest, dans l’estomac duquel on trouva après sa mort, cinquante-deux corps étrangers, tels que des fragments de verre, une pipe, un briquet, une cuiller en bois, un couteau avec sa lame, etc. ; .lacques, de Falaise, qui se montrait dans les foires et absorbait tout ce qu’il plaisait au public de lui offrir ; cailloux, bouchons, couleuvres, souris, oiseaux vivants, etc. ; Tarare qui, d’après Percy et Laurent, mangea un jour, à rbôpital de Sultzen, 4)) livres de cataplasme, plus 10 livres de farine de moutarde préparée au vinaigre et devant servir à l’application des sinapismes.

Citons encore l’exemple du sergent Bertrand qui, en 1848, exhumait les cadavres des cimetières et mâchonnait leur chair. Un autre, mentionné par le D’' Berthollet, violait les sépultures pour dévorer les intestins des morts, tout en respectant les autres parties.

L’anthropophagie est aussi une perversion du goût.

Certains actes de mortification accomplis par esprit de pénitence donnent aussi lieu à des perversions du goût. Tel est le cas d’Élisabeth de Hongrie, qui buvait Teau avec laquelle elle venait de laver les pieds des malheureux, et celui de celte autre sainte qui léchait les ulcères les plus repoussants.

Le goût est, comme les autres sens, sujet à des illusions et à des hallucinations. Ces troubles particuliers se rencontrent chez les personnes atteintes de névroses ou de maladies mentales : c’est ainsi que certains aliénés prennent pour du sucre pulvérisé le sulfate de quinine, dont l’amertume est si prononcée, et que d'autres, croyant leurs aliments empoisonnés, se laissent mourir de faim. C’est ce qui arriva à Charles Vil, craignant une tentative criminelle de la part de son fils.

Le sens de l’odorat est, pour ainsi dire, un annexe de celui du goût. Brillat-Savarin pense que ces deux sens n’en forment qu’un seul « dont Tun est le laboratoire et l'autre la cheminée ». Le même auteur ajoute : « On ne mange rien sans le sentir avec plus ou moins de réflexion ; et, pour les aliments inconnus, le nez fait toujours fonction de sentinelle avancée qui crie : Qui va là? Un gourmand, assis devant un bon plat dont il respire les émanations et dans lequel il plonge déjà sa fourchette, en sent d'avance le goût exquis; l’idée de la saveur attendue équivaut à la sensation de la saveur présente, de même qu’une personne chatouilleuse que l’on menace de chatouiller et qui voit la main s’approcher d’elle, imagine si fortement sa sensation prochaine qu’elle a des attaques de nerfs, les mêmes attaques que si la sensation avait lieu. »

L’odorat intervient surtout dans l’appréciation des saveurs aromatiques et spiritueuses : c’est pourquoi le fumet des viandes et le bouquet des vins disparaissent dès que l’on se bouche le nez ou qu’un coryza plus ou moins intense nous prive momentanément de l’olfaction.

La corrélation sympathique des fonctions du goût et de l’odorat est si intense que, pour avaler unesubstance désagréable, on se pince instinctivement le nez. A ce propos, disons que l’olfaction n’a aucune action sur les impressions réellement gustatives, telles que le doux et l’amer. Il est donc inutile , comme le font certaines personnes, de se boucher le nez pour prendre de l’eau de Sedlitz, par exemple. Quant aux saveurs salées, alcalines et acides; on pense qu’elles dépendent de la sensibilité tactile de l’organe du goût. d' g. witkowski.

GOUTTE. — En pharmacologie, on appelle goutte la petite quantité de liquide qui se détache sous forme d’un globule sphérique, du bord d'un flacon incliné doucement. Plusieurs médicaments très actifs sont prescrits sous forme de gouttes. Pour que celles-ci soient dosées exactement, il faut toujours se servir d’un compte-goutte (V. ce mot). Le poids d’une goutte varie suivant la pesanteur spécifique du liquide. On trouvera au mot compte-goutte un tableau indiquant combien il faut de gouttes des médicaments liquides les plus employés pour faire un gramme.

On donne encore le nom de gouttes à certains médicaments qu’on prescrit sous forme de gouttes.

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